Françoise Héritier (anthropologue) : la famille hétérosexuée est tout autant une construction sociale que la famille homosexuée

26 Nov

Article du Nouvel Observateur du 25 novembre 2012

http://feministesentousgenres.blogs.nouvelobs.com/archive/2012/11/23/francoise-heritier-la-famille-heterosexuee-est-tout-autant-u.html

Quelques extraits de la soirée spéciale « mariage pour touTEs » sur Mediapart, le 23 novembre

Mediapart, rappelle Edwy Plenel, est engagé contre la domination des hommes sur les femmes, des Blancs sur les noirs et des hétérosexuelLEs sur les homosexuelLEs

 « Nous ne devons pas avoir peur de l’innovation sociale, expression du génie humain. » F. Héritier, Une pensée en mouvement, éditions du Seuil,  2009

Lien de la vidéo: http://www.dailymotion.com/video/xvbxer_special-mariage-pour-tous-un-etat-des-lieux-des-debats_news?start=1

« Il y a un ancrage naturel – nous sommes des êtres vivants et des animaux – mais il n’y a pas de norme naturelle. »

Le modèle hommes/femmes et la valence différentielle des sexes – la domination des hommes sur les femmes – ont été construits au cours de millénaires, visant à répondre à l’énigme constituée par le fait que les femmes donnent naissance aux deux sexes ; les femmes ont été échangées entre les hommes, leur rendant ce service à la fois de les allier entre eux et de les reproduire. Mais il y avait et il y a d’autres « possibilités logiques » d’alliance et de paix.

L’échange d’individus – d’otages, par exemple, vise à lier et à solidariser ; le mariage poursuit lui aussi cet objectif. Le mariage est une construction, il n’est pas naturel.

Rien n’empêche qu’il y ait alliance entre deux hommes ou deux femmes. Dans certaines sociétés, en Afrique de l’Est et au Nigéria, il y avait des unions entre femmes. Une femme qui s’avère stérile peut quitter son mari et elle est considérée comme une femme dans une peau d’homme. Elle se procure une épouse, grâce au bétail qu’elle recçoit en partage quand des femmes de don groupe sont vendues à des hommes d’un autre groupe. Un serviteur est chargé de féconder l’épouse de cet homme, qui est  considéré comme leur seul père.

L’anthropologue Françoise Héritier souligne la non-pertinence de l’attribution à la famille hétérosexuelle du statut de « vérité anthropologique », qui serait la condition nécessaire de la seule forme d’humanité possible.

« La vérité anthropologique, précise-t-elle, c’est que tout est une création de l’esprit, et qu’il n’y a pas de loi de nature » ; il n’y a pas à l’égard de l’organisation sociale et familiale de lois naturelles. Les religions révélées, qui lèsent, enferment les femmes, et condamnent l’homosexualité et l’homoparentalité, sont en réalité récentes ; elles datent de 7 000 ans environ, les alliances entre êtres humains ont elles une histoire de 200 000 ans.

L’espèce humaine pas condamnée pour survivre à suivre les règles qui régissaient sa survie il y a 200 000 ans lorsqu’elle était réduite à chasser et à cueillir pour se nourrir.  L’espèce humaine évolue, elle invente. « Le propre de l’espèce humaine, c’est d’innover ». C’est là que réside l’humanité, et non pas dans l’ordre symbolique hétérosexuel et androcentrique qui assure aux hommes la domination sur les femmes.

Elle juge le projet de loi du gouvernement utile et nécessaire ; il constitue un premier pas. Il est important de légitimer les unions homosexuées, et d’ailleurs elles sont aujourd’hui, dans les sociétés occidentales, assez bien acceptées : il n’y a donc aucune raison de ne pas les légitimer.

La/le premier qui énonce une idée, il lui arrive malheur. Une idée pensable doit devenir émotionnellement concevable pour être socialement acceptée : on en est à ce moment-là – celui de l’acceptation – dans nos sociétés occidentales, des couples  homosexués et de l’homoparentalité.

« Il serait plus sage et moins injuste de donner à tous les couples les mêmes droits en matière de parentalité en explicitant es deivers moyens pour avoir des enfants ». (Une pensée en mouvement, p. 171)

En tant que citoyenne, et aussi en tant qu’anthopologue, d’ailleurs, Françoise héritier déclare qu’elle est pleinement favorable à ce que toutes et tous aient les mêmes droits ; elle est favorable à l’adoption pour les couples homosexués – aujourd’hui seulE l’unE des deux parentEs homosexuEes peut adopter un enfant. Elle estime aussi nécessaire de légaliser certaines formes de PMA. Mais elle demeure réticente – sinon franchement défavorable – à la légalisation de la gestation pour autrui, qui risque fort de soumettre des femmes économiquement défavorisées à une exploitation par des couples riches – homo- ou hétérosexuels. La GPA lui paraît contrevenir aux impératifs éthiques qui sont à l’œuvre dans la plupart des sociétés : mon droit a faire quelque chose qui me profite s’arrête là où cela nuit à quelqu’un d’autre, et les femmes qui portent des enfants pour d’autres couples lui paraissent lésées sinon mises en danger, en tout cas exploitées.

S. Duverger

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :