Témoignage de Gaëlle (3)

26 Nov

J’aime une femme. Jusque là, tout va bien. Je n’ai pas choisi, c’est tombé comme ça. On se sent un peu différente, bien sûr, mais rien de vraiment problématique.
J’aime une femme qui m’aime, depuis plusieurs années. L’amour grandissant et l’âge avançant, nous avons eu envie de construire notre famille. Et là, je ne me suis plus sentie « un peu différente », je me suis sentie HORS-LA LOI. Parce que nous sommes concrètement devenues des HORS-LA LOI.
INTERDITES de la procréation médicalement assistée en France, nous avons dû nous rendre en Espagne.

Pour pouvoir bénéficier des examens médicaux demandés par la clinique espagnole (préalables au début du processus d’insémination), nous avons dû trouver un médecin français qui accepte de TRANSGRESSER LA LOI (la PMA étant ILLÉGALE pour les couples de lesbiennes, la prescription du traitement de stimulation l’est donc aussi).

Ce serait difficile, on en avait bien conscience. On a d’abord demandé de l’aide à notre médecin traitant, au courant de notre situation de couple et toujours très sympathique. On a essuyé un « non » gêné mais sec. « Trop compliqué, vous comprenez ». On a donc pris l’annuaire, bien décidées à faire le tour des gynécologues de notre département (rural). Nous avons eu beaucoup de chance. Le premier qu’on a rencontré a accepté de nous suivre. C’est à dire de nous prescrire tous les examens et les traitements de stimulation demandés par la clinique. Nous avons conscience des risques qu’a pris ce professionnel. L’ordonnance en main, l’angoisse monte dans le cabinet de radiologie. « Et si le radiologue me demande pourquoi on me demande de faire cette hystérosalpingographie ? Je lui dis quoi ? Et s’il devine ? Et s’il DÉNONCE le gynéco ? »
Même stress en tendant l’autre ordonnance au pharmacien. « Et s’il refuse de nous donner les médocs ? Et s’il contacte la sécu ? Et s’il DEMANDE DES COMPTES au gynéco ? » Là aussi, on a eu beaucoup de chance : un pharmacien qui ne nous a pas regardées d’un air soupçonneux et qui nous a servies avec le sourire.
Des professionnels comme ces deux-là, beaucoup de nos copines de galère n’ont pas la chance d’en rencontrer. Certaines doivent payer en totalité leur hystéro, leurs prises de sang et leurs échos pourtant effectués dans des labos français. Et pour limiter la casse (compte tenu du prix souvent exorbitant des inséminations), d’autres se débrouillent pour s’échanger les fins de boîtes de médicaments.
Notre parcours a été court, la première insémination a été la bonne. Encore une fois, nous avons eu énormément de chance. Mais aujourd’hui, enceinte de 4 mois et demi, d’autres angoisses encore plus fortes nous tiraillent : Et si après la naissance de notre enfant, il arrive quelque chose à ma compagne, la maman biologique ? Combien faudra-t-il de temps pour que la procédure d’adoption aboutisse et que moi, la maman ILLEGALE, je puisse me voir reconnaître le droit d’être le vrai parent de mon enfant ? Pourvu qu’il n’arrive rien avant. Et comment la directrice de la crèche, la voisine ou le boulanger pourront-ils nous regarder comme une vraie famille si on est HORS-LA LOI ?
Comment mon enfant pourra-t-il se sentir égal aux autres s’il est considéré comme un CLANDESTIN ?

Gaëlle-qui-regarde-le-ventre-de-sa-compagne-pousser-avec-bonheur-mais-aussi-avec-angoisse

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