Témoignage de Marie (2)

26 Nov

En couple depuis plus de 7 ans, j’attends énormément de notre nouveau Président.

J’avoue être de plus en plus frustrée par notre situation. Nous sommes citoyennes, respectons les lois et nos devoirs de citoyennes.

Mais, nous n’avons pas les mêmes droits !

Ma compagne et moi nous sommes longuement interrogées sur la question de la parentalité. Toutes ces interrogations, qui surprennent d’ailleurs nos amis hétéros, parents ou futurs parents, qui ne se posent pas autant de questions.

Quel avenir pour notre futur enfant dans une société qui ne reconnaît pas notre famille ? Quelle place pour chacune de nous, et notamment la seconde maman ? Que se passera-t-il si la maman biologique décède ?

Mais notre décision est prise : nous souhaitons élever un enfant, lui donner la chance de découvrir la vie qui peut être si belle, malgré le contexte économique, politique, environnemental actuel. Justement, les enfants d’aujourd’hui sont ceux qui permettront que demain, l’Homme soit moins égoïste, plus respectueux de la nature.

Pourquoi notre couple serait-il moins en capacité d’élever un enfant qu’un autre ? Avec tous les faits divers que nous entendons… que l’on ne nous parle pas de morale !

Que l’on ne nous parle pas non plus de bioéthique : un couple hétéro stérile ne devrait donc pas pouvoir bénéficier de la PMA car la nature a décidé qu’il ne serait pas parent !

Ma compagne et moi travaillons toutes les deux, nous sommes un couple stable, équilibré, et aujourd’hui, nous désirons un enfant.

Malheureusement, le parcours s’annonce difficile. Nous avons envisagé l’adoption, mais nous ne nous faisons pas d’illusion : combien de couples entrant dans la « norme » qui patientent pendant des années ?

Quelle est pour nous la possibilité, même si la législation venait à évoluer, de pouvoir avoir un enfant ? Certes, nous pourrions obtenir l’agrément… mais après ?

Aujourd’hui, nous avons bientôt 32 ans, même si nous avons encore quelques années devant nous, la question de porter un enfant est d’actualité.

Cependant, notre pays, pour lequel nous travaillons, payons des impôts ; notre pays dont nous respectons les lois, refuse de nous reconnaître comme couple, et nous devons envisager de nous rendre à l’étranger pour un parcours que nous espérons le plus court possible !

Car en effet, oui, nous travaillons, et ce depuis près de 10 ans, mais nous faisons partie de la classe moyenne basse avec environ 2600 € par mois pour nous deux. Et ce parcours, il va falloir le financer ! Avec environ 1000 € par insémination et 30 % de chance que la procédure fonctionne du premier coup !

Serions-nous des mi-citoyennes ?

Nous savons qu’en plus, le parcours ne sera pas simple : faire face à l’intolérance, à une administration qui ne nous reconnaît qu’à moitié, faire face à l’homophobie…

Mais notre décision est prise : notre amour est bien plus fort que tout cela. Nous sommes entourées (nous avons cette chance, ce qui n’est pas toujours le cas) par notre famille et nos amis.

Nous allons nous lancer et peut être qu’un jour nous serons mamans !

Il y a quelques mois, nous nous sommes rendues aux urnes, avec cet espoir : enfin une reconnaissance ! Aujourd’hui, cet espoir semble s’obscurcir… Nous espérons, sincèrement, que demain, rapidement, la situation évolue.

Pour une véritable égalité : mariage, adoption, présomption de parentalité et PMA !

Marie

Trois mois plus tard, Marie poursuit son témoignage:

A bientôt 32 ans, j’ai été confrontée à de nombreuses reprises à l’homophobie. Les exemples sont nombreux : insultes dans la rue, un motard qui tente de nous écraser car je tiens la main de ma compagne en traversant la rue, le couvreur qui refuse de réparer notre toit, le plombier qui ne donne plus de nouvelle depuis qu’il a compris que nous sommes un couple… C’est habituel et malheureusement, cela ne nous choque même plus.

Par contre, cette semaine, peut être en raison du contexte de ces derniers mois et de ces agressions verbales quasi quotidiennes sur tous les médias, ce que j’ai vécu est de trop !

Nous avons commencé en 2012 une démarche de PMA en Belgique, décision bien réfléchie après près de 8 ans de vie commune. Je passe tout ce qu’une telle décision implique comme énergie, patience, parfois courage car ce n’est pas l’objet de mon témoignage.

Ma gynéco n’étant pas équipée d’appareils d’échographie, une personne de mon entourage (hétéro) m’a conseillé sa gynéco qui, elle, est équipée. Dans le cadre de ma future grossesse, cela me paraît important de ne pas devoir me présenter dans un cabinet de radiologie à chaque écho et de devoir subir l’homophobie potentielle du radiologue dans un moment tellement important pour ma compagne et moi.

J’ai donc contacté le cabinet de gynéco en question en début de semaine afin de prendre RDV. Ce RDV a été fixé pour la fin du mois d’avril prochain. La secrétaire m’indiquant que, comme il s’agit d’un RDV lié à une grossesse, il était préférable de venir en couple.

J’ai donc préféré jouer cartes sur table et lui indiquer notre situation, demandant si la gynéco n’y voit pas d’inconvénient… La secrétaire m’a indiqué qu’elle poserait la question à la gynéco et m’a demandé de rappeler l’après-midi. Toute la semaine, j’ai rappelé 2 fois par jour. La secrétaire me demandant systématiquement de rappeler car n’ayant pas eu le temps d’en parler à la gynéco.

Finalement, même si la réponse me semblait de plus en plus évidente, je voulais l’entendre prononcer les mots. Hier soir, lors de mon dernier appel, elle m’a expliqué qu’en France, ce n’est pas autorisé, et que donc la gynéco refusait de me recevoir.

Je ne suis pas naïve. Je sais à quel point l’homophobie est répandue. La manifestation du 13 janvier et les commentaires nous le confirment d’ailleurs.

Cependant, j’ai réellement du mal à avaler ces quelques mots.

Il ne s’agissait pas pour elle d’être dans l’illégalité : je ne lui demandais pas de me faire une insémination. J’ai eu l’honnêteté d’expliquer notre situation, et là, elle refuse des soins pour une future maman, pour un futur bébé !

Près de deux et demi plus tard, Marie poursuit de nouveau son témoignage,

Plus de 3 ans que nous nous sommes lancées… Nous allions devenir mamans, nous pensions que nous y arriverions sans trop de problème.

3 ans après, toutes ces galères pour trouver une gynéco, concilier notre projet avec notre vie professionnelle…

3 ans d’insés, FIV, transferts d’embryons…

Les concessions car tout cela représente aussi un budget important…
Tous ces traitements, ces injections, ces attentes…
Et les espoirs, puis les chutes, de plus en plus difficile de rebondir…
Il nous restait 2 embryons. On avait encore ces 2 chances. On les vivait comme les 2 dernières…

Un nouveau traitement a débuté il y a quelques jours pour un nouveau transfert et là tout s’écroule… Un mail de notre centre : suite au don de notre donneur, 2 foetus présentent des anomalies graves (malformations, retards mental et moteur, espérance de vie limitée). 2 femmes différentes… Caryotype du donneur normal…

La décision nous appartient : est ce qu’on détruit nos embryons ?….
Pas possible de prendre la décision de prendre de risque… Mais si ces embryons sont sains ?… Nous n’allons même pas leur donner la chance de s’accrocher ? Après tout ça ?….
Non, ce n’est pas possible. C’est si difficile…

Aujourd’hui, nos espoirs nous semblent de plus en plus lointains…

On serait de la nationalité de notre centre de PMA, on serait peut être davantage accompagnées.
Mais là, juste un mail, un appel furtif… Une décision à prendre elle et moi…. Les mots me manquent pour décrire cette immense peine…

Marie

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :