Témoignage de Marie (8)

14 Jan

Une 1ère rencontre, il y a 8 ans et demi, d’abord un baiser échangé timidement parce que ça ne se fait pas deux filles ensemble… Puis un 2ème, puis s’assumer, accepter, faire accepter, vivre ensemble et avoir des projets communs.  Des projets de plus en plus ambitieux, mais que l’on regarde parfois de loin. Tout ce que j’imaginais avec un homme, en aurais-je le droit ? Aurais-je le droit de faire ce sur quoi tous les contes de fées concluent ? Être heureuses et avoir des tas d’enfants ?

D’accord, pour le prince charmant, on repassera… Mais une princesse charmante a tout autant d’atouts !

Et puis les projets nous rattrapent et prennent de l’ampleur, notre « nous » se concrétise, se solidifie. Finalement nous optons pour un parcours « classique » ; comme tout couple lambda, nous aspirons à un foyer, et y fonder une famille.  Voir des bambins courir dans la maison, les élever ensemble. Avoir le droit de vivre ça, de s’engueuler ensemble à propos de la couleur de la chambre de bébé, veiller des nuits entières auprès de son enfant malade, avoir peur pour lui lors de sa 1ère rentrée, se faire traiter de vieilles chouettes quand il aura 15 ans… Pourquoi ne serait-ce qu’un privilège d’hétéro ?

Un parcours classique dans la tête oui, mais dans la réalité un peu plus compliqué. Etudier la question dans un monde tellement culpabilisant… Devoir parfois se justifier,  dans ce choix si égoïste de vouloir un enfant qui sera malheureux quoiqu’il arrive parce qu’il va naître dans une famille différente. Mais c’est ce regard là qui nous rend différentes…

Depuis quand vouloir un enfant n’est pas un acte égoïste ? Ce prolongement de soi, voir un petit être nous appeler maman, aimer et être aimée…

Et puis on passe le pas, d’abord on n’en parle à personne, de peur d’avoir de la pression de la part de nos proches, et de devoir expliquer nos démarches, les allers-retours en Belgique, les espoirs, les désillusions… Et puis un beau jour, c’est le bon, le test est positif et le ventre s’arrondit autant que nos yeux brillent et nos mains deviennent fébriles… Nous allons être parents !

Et puis la chance d’avoir une famille (presque) totalement derrière nous, à ne pas juger, à nous regarder réellement comme un couple qui souhaite fonder une famille.

Parfois des repères difficiles à trouver dans le couple. Pour la femme enceinte, c’est facile de se représenter, d’assumer le regard des autres et d’avoir une place sociale connue et reconnue. Mais pour celle qui accompagne, celle qui n’est pas le père, n’aura pas de liens biologiques avec cet enfant, aux yeux de ces autres, elle ne ressemble pas à ces futurs papa qui bricolent et retapent la chambre de leurs mains ou se ruent chez le concessionnaire acheter une nouvelle voiture plus grosse… Pourtant ce sont ces mêmes mains qui frôlent la peau, qui ressentent exclusivement les premiers mouvements, qui partagent cette intimité et crée un lien avec son futur enfant. C’est elle qui accompagne, qui vit, subit parfois, répond à certaines exigences de la femme enceinte… Qui emmène à la maternité et coupe le cordon…

Elle est une maman qui n’aura pas été enceinte. Pas simple…

Etre une famille homoparentale, c’est donc tout un schéma à créer, à s’approprier à défaut de pouvoir être reconnu par tous ces gens qui jugent, qui osent interdire à un couple épanoui et prêt (il le faut pour pouvoir emprunter ce parcours…) à être parent. C’est à la fois déroutant et excitant.

D’un point de vue médical, tous les professionnels que l’on a rencontrés en Belgique et en France ne nous ont JAMAIS jugées, nous ne sommes jamais senties différentes, et ils ont accepté sans aucun sous entendu ou mise à distance notre relation. Les échographies, les consultations, la préparation à l’accouchement… Nous ne sommes apparemment pas les premières et ne seront évidemment pas les dernières, même dans notre petite maternité, à être 2 femmes, prêtes à donner la vie, sans mensonge, avec pudeur et avec cette même envie que n’importe quel couple !

Alors, qu’attend-on…

Dans quelques jours, nous serons 3. Alors, oui, nous serons comblées et ravies. Comme un couple hétéro, ce sera le plus beau jour de notre vie. Comme un couple hétéro, nous recevrons famille et amis pour fêter l’arrivée de notre bébé. Comme un couple hétéro, nous élèverons cet enfant avec les valeurs qui nous semblent justes et qui nous correspondent. Mais par contre, parce que nous sommes homos, le livret de famille ne comportera que mon nom. Parce que nous sommes homos, il faudra expliquer notre situation, affronter les regards.  Parce que nous sommes homos, nous n’aurons pas les mêmes droits, bien que nous ayons les mêmes devoirs : assurer la sécurité physique et morale de notre enfant, celui que nous avons fait ensemble, l’aimer, le protéger et le faire grandir du mieux que l’on pourra… Comme dans toutes les familles.

 

Marie

 

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