Témoignage de Sylvie (45)

17 Jan

En couple depuis 18 ans. Ma compagne est infirmière, 50 ans et moi tapissière décoratrice, 42 ans.

Nous avons élevé ensemble une fille née d’une histoire d’amour entre sa mère et son père. Elle a 23 ans aujourd’hui.

Après 10 ans de vie de couple et de longues années de réflexions intra conjugale et familiale, accompagné de notre désir sincère et profond d’agrandir la famille et de permettre à notre fille de partager cette vie, nous avons décidé de concevoir un enfant.

Dans un premier temps, notre couple avait choisi l’option de la coparentalité, en proposant à un homme, que nous apprécions sincèrement et qui semblait avoir tout ce que nous attendions d’un papa pour notre enfant, de devenir le papa de cet enfant.

Après 18 mois, de rencontres régulières, d’échanges sur les attentes des uns et des autres sur le rôle  de chaque partenaire a donné, l’éducation choisie, etc… Tous les 3 nous avons tenté les essais. Après 6 mois de non réussite, le papa a eu des doutes. Il a préféré arrêter l’aventure là.

Par crainte d’un nouvel abandon l’année suivante, notre famille prenait la route du nord en 2004, pour rejoindre la Belgique et rencontrer le corps médical belge. Nous avons commencé l’aventure par une procédure de 6 mois de réflexions psychologiques et philosophique avec l’équipe médicale. Au terme de cette période, nous et l’équipe étions en accord pour poursuivre ensemble le chemin qui devait nous permettre d’accueillir notre second enfant.

Un IAD, deux IAD, trois IAD,…. Les mois se succédèrent, les kilomètres s’additionnèrent, les factures s’accumulèrent… jusqu’au jour où notre premier gynéco français décide de nous lâcher sans nous en parler directement !! en nous envoyant voir un confrère de l’infertilité qui nous a refusé sa porte car elle ne pouvait rien pour nous : « la loi lui interdisait de suivre des gens comme nous !!! »

Heureusement pour nous, un médecin qui lui a un vrai sens de la médecine et de son engagement Hippocrate a accepté de nous suivre jusqu’au bout de notre histoire !

Les IAD ont continué avec des protocoles de plus en plus lourds, et de plus en plus onéreux… sans compter les difficultés avec les employeurs et les absences au travail car nous ne choisissons pas le jour et l’heure où c’est le meilleur moment de concevoir la vie… et cela vient perturber aussi bien la vie familiale (en effet le conjoint ne peut pas forcément vous accompagner pour cet événement qui devrait être un événement heureux),  la vie professionnelle car vous devez parfois « abandonner votre poste » lorsque ce ne n’est pas opportun ! Vos collègues n’en sont pas forcément contents et votre hiérarchie de moins en moins conciliante lorsque votre parcours devient un très long parcours. A la fin, je subissais des remarques et des pressions professionnelles qui étaient vraiment limite avec le harcèlement professionnel !

Et pourtant notre désir était le plus fort !

Nous avons continué jusqu’au dernier de nos euros d’économie ! par 2 FIV ICSI*… qui malheureusement ne nous ont pas permis d’accueillir notre second enfant…

Si nous devions résumer ce parcours par quelques chiffres :

33180 kilomètres de route

480 heures de route

40 000 € de frais médicaux, transport, hébergement etc…

Des vies soumises au rythme des cycles ovulatoires avec leurs espoirs et leurs déceptions…

Des larmes, des peurs, des angoisses…

Une famille qui au bout de 10 ans doit vivre avec l’absence d’un second enfant, l’acceptation de ne pas avoir donné la vie en ayant malgré tout donné toutes ses tripes, son énergie, toutes ses espérances et avoir épuisé les économies de sa famille…

Je suis une citoyenne française de naissance, je paye mes impôts comme tous français, je vote, je cotise pour la sécu, la mutuelle, je travaille, je respecte mon voisin avec ses différences de pensées, de religion, de vie… je suis une catholique plus pratiquante à force d’entendre, de voir, des discours, des comportements d’intolérance, d’irrespect, d’homophobie… Je ne me reconnais plus ou pas dans cette catégorie dite une famille !

Et pourtant, dans mon pays d’origine, certaines personnes estiment que je suis une sous citoyenne et que par conséquent je ne dois pas avoir accès aux mêmes protections pour moi et les miens, aux mêmes avantages pour moi et les miens, et de quel droit ?!

De quoi ont-ils vraiment peur !? Que la vie démontre que finalement, nous ne sommes pas pire qu’eux, voire nous pourrions être comme eux voir mieux que certains !!!

Dans tous les cas, notre fille va bien, n’a pas de problème particulier fait des études d’ostéopathie et « oh malheur » a une orientation sexuelle plus que commune puisqu’elle est hétérosexuelle !!!

Et nous sommes des parents comblés car notre fille est une femme responsable, respectueuse, de son prochain. Elle a une ouverture d’esprit qui lui permet de s’adapter dans tous les univers de ce monde !  C’est là une richesse qu’aucun propos homophobe ne pourra lui enlever !!!

Et faute de moyen financier, je suis contrainte d’accepter que je ne serai jamais mère, que mon corps ne portera jamais la vie, que je ne verrai  jamais les yeux de ma femme briller portant notre enfant dans ses bras… que je n’entendrai jamais le mot « maman » à mes oreilles !!!

Quand tant d’enfants sont nés par accidents, que tant d’enfants sont maltraités dans leurs familles (physiquement, psychologiquement, socialement…)… Que ce soit dans des familles catholiques bien pensantes, que dans des familles athéistes !

Car notre projet n’était pas uniquement un projet égocentrique, mais bel et bien un projet de vie, un projet de famille, dans le respect de l’enfant !

 

Sylvie

*FIV ICSI: Le sigle ICSI vient de l’anglais   » IntraCytoplasmic Sperm Injection » , ce qui signifie   » injection de spermatozoïde dans le cytoplasme  » (de l’ovocyte). Cette technique vient de la Fécondation In Vitro classique et nécessite ,comme pour la FIV standart , une stimulation ovarienne. La seule différence consiste à introduire directement un seul spermatozoïde à l’aide d’une micro pipette dans chaque ovocyte recueillis.

 

Publicités

2 Réponses to “Témoignage de Sylvie (45)”

  1. juliette 17 janvier 2013 à 12:43 #

    Quel témoignage touchant. On parle souvent des réussites mais les longs parcours n’aboutissant pas à un enfants sont d’une part très lourds à vivre et d’autre part trop peu connus. Il n’y a que votre amour qui puisse soutenir ces épreuves. On partage souvent les beaux évènements alors que les douloureux restent isolés. Je vous félicite d’y avoir cru jusqu’au bout, les dépenses d’énergie et financières ne seront que de mauvais souvenirs qui passeront car à voir votre courage vous allez trouver d’autres motivations dans la vie pour faire perdurer votre amour à travers le temps.

    Juliette (victime également d’un long parcours, cher et fatiguant mais c’est pas fini…!!!)

    • Stef 17 janvier 2013 à 14:56 #

      Très touchée par ton témoignage Sylvie …
      Je t’embrasse, merci et bravo pour ce partage.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :