Témoignage de Zoé (5)

18 Jan

Je vis en Belgique, deuxième pays à avoir fait passer la loi pour le mariage homosexuel. Et nous allons très bien.

Oui, certes, comme dans tous pays il y a quelques embrouilles, mais elles sont principalement d’ordre linguistique, et on ne peut pas dire que les homosexuels aient un lien avec ça!

Ici en Belgique, il y a approximativement 85000 scouts. Ça étonne souvent les français, mais c’est comme ça: le scoutisme est une institution très appréciée dans mon pays. De plus, dans la majorité des unités, on ne parle plus de religion, et rien n’est imposé: des animés de toutes cultures peuvent s’y retrouver.

Après avoir moi-même été scoute, je suis devenue animatrice baladins (les plus jeunes chez les scouts, 5-8 ans) et le suis restée deux ans. Lors de mon premier camp, j’ai découvert qu’un de mes animés avait deux mamans. Je ne suis pas du genre à encourager le système de « chouchous », mais s’il y en avait un, c’était bien lui: il était toujours le plus motivé, le plus souriant, il avait aussi une mentalité incroyable, bien en avance sur son âge. On l’a d’ailleurs surnommé “Dom Juan”, parce que toutes les filles étaient amoureuses de lui.

On a appris que quand à l’école, on lui demandait “et t’as pas de papa?”, il répondait simplement “Non, mais j’ai deux mamans!”. C’est pour lui quelque chose de naturel, qu’il a toujours bien vécu, qu’il vit toujours très bien maintenant, et personne ne l’emmerde avec ça. Après tout, une famille c’est sacré, quelle que soit cette famille. C’est le cadre dans lequel on évolue, c’est notre foyer, nos premières découvertes…

On ne choisit pas sa famille. On ne peut pas protéger tous les enfants qui vont naître d’une “mauvaise” famille où ils se feront maltraiter. On ne peut pas jouer aux héros et “sauver” le monde. La France ne va pas changer plus que ça avec cette loi. D’ailleurs, les opposants n’ont même pas besoin d’être concernés. Ils ne seront pas invités aux mariages, qu’ils ne s’inquiètent pas. La filiation humaine ne sera pas remise en cause juste parce que la France fait enfin bravement un pas vers la modernité.

L’amour homosexuel est une réalité. S’opposer au mariage homosexuel, c’est s’opposer à l’amour. C’est, par peur du changement, par intolérance, par inconfort, empêcher nos égaux de vivre ce que l’on a la chance de vivre. S’opposer à l’amour, c’est accueillir encore plus de haine. Mon petit Dom Juan s’en sort bien dans la vie, mais il est vrai que d’autres enfants ont plus de mal. Ils se font taquiner, sont blessés, ne savent pas comment réagir. Ce n’est pas leur famille qui leur cause cette peine: ils y trouvent tout l’amour et le réconfort dont ils ont besoin, et s’y sentent en sécurité. C’est le monde extérieur, hostile, qui leur fait peur, et qui les rejette pour des raisons qu’ils ne peuvent ni ne veulent changer.

C’est cela qui peut (et doit) changer. Les mentalités doivent changer. Nous devons arrêter de refuser une évidence qui existe depuis plus longtemps que nos arrière-arrière-arrière-arrière-arrière… grands-parents.

De plus, en ce moment où l’on manifeste dans les rues contre un droit pour d’autres, ces enfants de familles homoparentales assistent à tout, pendant que l’homophobie grandit…

Vos enfants vous écoutent. Et comprennent que selon vous, un enfant d’homos, c’est pas normal, ça ne devrait pas exister. Et ces enfants, qui existent parmi nous, rentrent en pleurant à la maison, non pas à cause de leurs parents, mais à cause de vous, opposants à un droit si légitime.

Alors que la violence est partout, on s’oppose à l’amour au nom d’enfants qui ne nous ont rien demandé.

Il n’y a pas de concept universel, “L’ENFANT” n’existe pas. Il n’y a que DES enfants, avec chacun leur histoire, et aucun n’est préformaté: ils naissent innocents, et ne demandent qu’à découvrir le monde. Chacun se créera sa réalité, et deviendra quelqu’un, forgé par ce qu’il a appris.

Parmi vos enfants, certains deviendront homosexuels, d’autres non. On ne peut tabler sur une “disparition” de l’homosexualité, alors pour nos enfants et les générations d’enfants à venir, la véritable chose qui puisse changer quelque chose, c’est leur apprendre l’ouverture d’esprit dès leur plus jeune âge…

« Dom Juan » et mes autres baladins ont été comme mes enfants pendant 2 ans. Mais pas qu’à moi: au reste de mon staff, aux garçons qu’il y avait dedans également. Nous faisons partie de l’éducation de ces enfants. Les grands parents, les oncles, les tantes, les amis, les parrains, les marraines, les professeurs, les gardiennes, les animateurs, les baby-sitters, les copains, les parents des copains, les voisins, nous pouvons tous faire partie de la même famille. Un enfant a ses repères dans une famille qui n’est pas toujours biologique, mais énorme et pleine d’amour. Il n’y a pas de parité, pas que « un papa et une maman ».

Il y a tout le reste autour, tous les autres.

J’ai appris énormément de choses en m’occupant de ces petits. Mes liens avec eux se sont solidifiés, je comprends à présent comment ils fonctionnent, j’ai trouvé un tas de façons de gérer leurs conflits, je les ai soignés en cas de bobo, je les ai consolés en cas de chagrin, je me suis réveillée en pleine nuit en entendant des sanglots et j’ai tenu des enfants dans mes bras jusqu’à ce qu’ils s’endorment. Je leur ai inventé des histoires, des tas de jeux, ils ont été les héros de mille aventures différentes, qui finissaient toujours bien: le méchant reconnaissait ses torts et devenait gentil.

Je les ai parfois grondés, j’ai donné des règles, attribué des charges. Je me suis laissé dessiner des cœurs et tout plein de dessins sur la figure, on a fait des chaînes de « massages » dans l’herbe, au soleil, j’ai observé les grenouilles qu’ils avaient capturé et me ramenaient fièrement, je les ai mises dans un bocal et leur ai fait les libérer avant d’aller dormir.

On s’est racontés des secrets, des potins sur « qui est amoureux de qui », on a mangé ensemble, j’ai fait des tresses dans les cheveux des filles, j’ai lacé des chaussures, j’ai fait des « bagarres » dans l’herbe, j’ai chanté des berceuses, bref: j’ai partagé un quotidien avec ces enfants, et j’en retire énormément de choses positives. Je n’oublierai jamais ces enfants, et eux me sautent toujours dans les bras quand ils me voient.

Je sais que je serai mère un jour, et je sais que je serai une bonne mère. Et je sais que je pourrai compter sur ma compagne dans les moments durs, tout comme elle pourra compter sur moi.

Dans ce débat, il y a clairement deux partis, et les avis sont fixés, chacun campe sur ses positions et aucun parti n’admettra que l’autre a raison. La seule manière d’accepter quelque chose pour lequel on a tant de craintes et d’appréhensions, c’est de le vivre, de l’expérimenter, d’observer ce qui se passe, puis de se poser la question: “était-ce vraiment si terrible?”.

 

Zoé

 

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