Témoignage d’Eloïne (53)

18 Jan

Quand nous nous sommes rencontrées il y a 13 ans, nous avons immédiatement su que nous avions une belle histoire à vivre. Elle avait 20 ans, j’en avais 22, nous étions étudiantes, nous avions toute la vie devant nous et beaucoup de choses à construire, mais une chose était sûre pour toutes les deux : un jour nous aurions des enfants. La famille, c’est vraiment une valeur très importante pour nous.

Les années ont passé, nous avons pris le temps de nous renseigner sur les très nombreuses études réalisées sur les familles homoparentales outre-Atlantique depuis près de 40 ans, et c’est avec soulagement que nous avons pu constater que toutes les études sérieuses (c’est-à-dire basées sur un échantillon représentatif, et avec comparaison avec un groupe témoin comparable) concluaient qu’il n’y avait aucune différence notable entre les enfants issus de famille homoparentale ou hétéroparentale. Nous avons réfléchi aux situations où nos enfants pourraient être mis en difficulté à cause de leur schéma familial, et à ce que nous parents pouvions faire pour éviter ces difficultés. Nous avons réfléchi au mode de conception qui nous convenait, celui avec lequel nous serions assez à l’aise pour assumer ce choix et pouvoir l’expliquer un jour à nos enfants. Pour nous ce fut l’insémination artificielle avec donneur (IAD), et nous avons décidé de nous tourner vers la Belgique.

C’est ensemble que nous avons fait les allers-retours vers la clinique pour rencontrer un gynécologue puis un psychothérapeute. Oh comme nous l’avons redouté ce fameux rendez-vous, quelle angoisse de dire un mot maladroit quand ce psy tenait notre avenir entre ses mains, jugeant notre capacité à être de bons parents… Quel soulagement quand la clinique a finalement accepté notre dossier ! Quels cris de joie devant ce premier pas accompli sur le chemin qui allait nous mener vers notre futur bébé !

C’est là qu’ont commencé les examens parfois douloureux, les stimulations hormonales et leur cortège d’effets secondaires, les prises de sang et échographies à répétition dans l’attente d’un résultat satisfaisant, le stress de devoir nous absenter du travail du jour au lendemain en croisant les doigts pour que l’insémination ne tombe pas un jour trop chargé, les départs à l’aube pour arriver juste à temps à notre rendez-vous quelques centaines de kilomètres plus loin, les milliers de kilomètres parcourus mois après mois, l’attente fébrile du résultat, les larmes, encore les larmes, la vie mise entre parenthèses parce qu’on ne peut rien prévoir au cas où une prise de sang et une échographie devraient être faites ce jour là, au cas où nous devrions partir en Belgique à ce moment là…

Et un jour un résultat positif, encore des larmes partagées mais de bonheur cette fois. La grossesse que nous avons vécue ensemble avec émerveillement et crainte, comme tous les futurs parents heureux. La naissance de notre fille, moment inoubliable, notre bébé, enfin. Ma compagne qui coupe son cordon ombilical, qui lui donne son premier bain, qui contemple ce tout petit bébé niché dans ses bras avec une émotion qui nous met les larmes aux yeux à toutes les deux.

Notre fille que nous élevons ensemble, que nous aimons autant l’une que l’autre et qui nous aime elle aussi tout autant. Notre fille, à qui comme tous les parents nous transmettons nos valeurs : le respect de l’autre comme de soi-même,  le goût du partage, le goût de la vie, des découvertes, des rencontres… Notre fille heureuse, joyeuse, drôle, câline, pleine de vie, curieuse de tout.

Un deuxième parcours du combattant commence, plus long et plus douloureux que le premier, qui s’achève avec la naissance de notre fils, cette fois c’est moi qui coupe le cordon.

Notre fils, bébé modèle, doux et câlin, qui fait gonfler nos cœurs de mamans de bonheur quand il nous regarde avec une égale adoration, quand il nous sourit en croisant notre regard, quand il se niche tendrement au creux de notre cou…

Ces deux enfants, ce sont les nôtres, à part égale. Ils ne sont certes pas nés de notre corps à toutes les deux, ils le savent bien car depuis leur naissance nous leur parlons de leur histoire, mais ils sont nés de notre amour, car c’est ensemble que nous les avons désirés, ensemble que nous les avons attendus. Parce que nous nous aimions, parce que nous voulions fonder une famille ensemble.

Ces deux enfants sont frère et sœur, personne ne peut en douter en voyant l’amour et la complicité qui les unit.

Ces deux enfants ont deux parents qui les aiment, qui les élèvent au quotidien, qui les guident pour faire d’eux des enfants puis des adultes équilibrés et bien dans leur peau, responsables et citoyens, et surtout heureux.

Deux parents à part entière, parce que ce n’est pas la biologie qui fait un parent. Un parent, c’est celui qui se réveille en pleine nuit pour écouter la respiration calme de son bébé, celui qui se lève pour nourrir son enfant, changer sa couche ou ses draps ou faire fuir un vilain cauchemar. Un parent c’est celui qui sait soigner les bobos avec un bisou magique, c’est celui qui apaise les pleurs et les peurs, celui qui raconte l’histoire du soir et chasse vaillamment les monstres cachés sous le lit, c’est celui qui explique, encore, et encore, c’est celui qui écoute les chagrins et les joies, c’est celui qui accompagne son enfant pour l’aider à vaincre ses peurs, celui qui fait les bonshommes de neige, qui fabrique des cabanes ou qui boit avec application le café que son enfant lui a préparé dans sa dinette. Un parent c’est ça, et beaucoup d’autres choses, mais ce n’est pas une question de gènes.

Nos enfants ont deux parents, deux mamans. Et chacun un donneur, qui n’est pas un parent, pas plus dans notre famille que dans toutes celles, hétéroparentales ou homoparentales, qui ont recours à un don de gamètes.

Mais parce que nous sommes de même sexe, nous n’avons pas le droit d’être reconnues comme parents à part entière, comme une famille à part entière. Parce que nous sommes de même sexe nous ne pouvons pas avoir la certitude qu’un de nos enfants ne nous sera pas enlevé un jour, si nous nous séparons ou que l’une de nous décède. Parce que nous sommes de même sexe nos enfants pourraient être un jour séparés l’un de l’autre. Parce que nous sommes de même sexe, nos enfants n’hériteront pas à égalité, ni de leurs parents, ni de leurs grands-parents.

C’est injuste.

C’est terrifiant.

Et ça doit changer, parce que c’est ça, l’intérêt des enfants.

Eloine

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2 Réponses to “Témoignage d’Eloïne (53)”

  1. parlertouthaut 19 janvier 2013 à 20:55 #

    Reblogged this on Parler Tout Haut.

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