Témoignage d’Evy (58)

19 Jan

Issue d’une famille très traditionnelle et baignée dans une éducation stricte et religieuse, je n’ai entendu parler de l’homosexualité que très tard dans ma vie.  A ce moment-là, mon ignorance m’a fait imaginer des gens pervers, sans morale.

Mariée comme il le fallait, je n’ai jamais réussi à m’épanouir dans mon couple. Je ne comprenais pas pourquoi. Puis, après un enfant, un divorce et une dizaine d’années de solitude, un évènement est venu bouleverser ma vie.

Une collègue de travail s’est rapprochée de moi. Au début cela n’était qu’amitié mais au fils du temps, notre relation devenait troublante. J’ai alors découvert ce que veut dire le verbe « aimer ».

Tout cela pour dire à nos détracteurs que l’homosexualité n’est pas une question d’éducation. C’est ainsi. On ne choisit pas et cela peut tomber dans n’importe quelle famille.

Notre histoire dure depuis huit ans. Aujourd’hui, après quatre années d’acharnement, trois donneurs, 37 inséminations artisanales,  une fausse couche et beaucoup de faux espoirs, nous sommes enfin les mamans comblées d’une petite fille. Sa grande sœur se dit elle aussi comblée. A noter que pour nous il était impossible de recourir à une PMA en Belgique. Nos obligations professionnelles et nos moyens financiers n’auraient pas supportés. Nous avons donc dû faire confiance à des donneurs avec tous les risques que cela comporte.

Après ce parcours du combattant, quel hétéro, peut aujourd’hui venir me dire en face que nous  sommes incapables d’aimer et d’éduquer notre fille.

Si nous revendiquons aujourd’hui les mêmes droits pour tous, ce n’est que pour protéger nos enfants. Ils méritent comme tous les autres, d’avoir une famille reconnue capable de le protéger en cas de coup dur. Je veux pouvoir soutenir ma compagne comme le feraient tous les pères. Pouvoir sans même me poser de questions, récupérer ma fille à la crèche, puis à l’école. En cas d’hospitalisation comment expliquer à Lucile que seul  un de ses parents est autorisé à venir lui rendre visite car le second n’est pas reconnu par la loi ?

Et puis est-ce normal que, lorsque ma compagne s’est retrouvée enceinte il m’a fallu prouver que j’étais à jour des remboursements de ma maison pour qu’elle puisse toucher sa prime de naissance ? Pacsées depuis  6 ans, seules  pour la CAF et les impôts, nous sommes  considérées comme un couple. Des devoirs oui mais aucuns droits ! C’est cela la république aujourd’hui ?

Je finirai par une note positive.

Aujourd’hui, à 48 ans et  après mon coming-out, je suis heureuse d’être soutenue par une famille unie, dans laquelle ma deuxième fille va pouvoir trouver toute sa place au même titre que sa grande sœur.

 

Evy

 

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