Témoignage de Marjolaine (n°9)

4 Fév

Premier chapitre

Ce soir, le moral n’y est pas ; j’ai l’impression d’avoir subi une violence terrible, d’être absolument désarmée pour m’en protéger, d’avoir d’autant moins de hargne à me défendre que j’ai moi-même du, sciemment, agir contre mon gré, contre mes opinions, contre mon choix de vie.

Que les autres n’y comprennent rien, prennent cela à la rigolade alourdit encore la sourde angoisse que génère l’acte que je viens de commettre.

J’ai l’impression d’être flouée, dépossédée de ma liberté de mouvements, d’avoir du me parjurer, d’être une traitre à la cause, enfin, bref, cela m’est insupportable.

Et pourtant nos subconscients ont vaillamment résisté, eux, si l’on songe que nous avons du nous y reprendre à de nombreuses fois avant de parvenir enfin à déposer notre dossier de mariage en mairie.

Je vous épargnerai les premières tentatives avortées mais les dernières valent leur pesant de rires (amers) :

Mardi dernier en huit (nous ne disposons de temps commun sur les horaires d’ouverture que le mardi après midi entre 14 et 16h00), notre dossier est enfin complet. Nous nous présentons au guichet des mariages. L’employée nous demande de produire les pièces obligatoires (pièces d’identités, justificatif de domicile, extraits d’acte de naissance, etc.). Nous nous apercevons que l’extrait d’acte de naissance de ma compagne a mystérieusement disparu de la pochette. Comme j’ai à faire au centre ville, elle propose de faire l’aller et retour jusqu’à la maison pour prendre ce fichu papier. Trente minutes plus tard, elle me téléphone : Elle l’a déniché. Une heure plus tard, nous nous retrouvons devant le bureau. L’employée prend l’extrait d’acte de naissance et nous découvrons que c’est soit un acte de naissance, mais qu’il s’agit d’un des miens datant de plus de trois mois.

Mardi dernier, nous retournons à la mairie, avec nos actes de naissance respectifs et pas « périmés », et là, je ne retrouve pas ma carte d’identité (laissée le midi même ainsi que tout mon portefeuille au domicile de copains chez lesquels j’ai déjeuné). Pas le temps de faire l’aller et retour.

Et là, nous sommes jeudi, le dossier est enfin déposé, et j’ai les boules.

Bon, je n’ai pas pu laisser vierge la case : Enfants du couple, j’ai écrit bien proprement les prénoms, noms et dates de naissance des filles, mais toute gênée, l’employée m’a « fait comprendre » qu’elle ne pouvait laisser écrit « enfants du couple » pour des enfants de notre couple.

Lorsqu’elle nous a demandé si nous voulions passer des musiques particulières, j’ai bien essayé de suggérer « Ni Dieu ni maître » ou « Société, tu m’auras pas ! », mais j’ai failli me prendre un coup de coude dans les côtes en plus du regard courroucé de ma compagne, qui n’aime pas les esclandres, ni les remarques improductives.

Dire qu’il y en a plein qui ont des enfants légitimes hors mariage et que nous, nous n’en avons pas le droit. Dire qu’on va devenir les gens les plus rangés des voitures (un mariage ? Deux bagnoles ? Un caniche ? Deux enfants. Une bagnole ? Une télé ? Un permis de chasse ? Un pavillon de banlieue ?) après des siècles de mise au ban de la société ! Dire que dans deux semaines, ils publieront les bans et qu’il va falloir dire « oui » alors que spontanément, je n’aurai jamais eu l’idée de m’alourdir de fers institutionnels. Depuis quand a-t-on besoin de l’accord de l’état pour s’aimer, de preuves, de contrat devant la loi pour savoir ce qui est le mieux pour nous deux ?

Je crois que c’est cette idée, de devoir attester publiquement de mon amour et de m’attacher à l’état par le mariage qui me répugne profondément. Je n’ai rien à prouver ni à crier sur les toits et je préfère a priori le maquis à la grand place. Sauf que là, aujourd’hui, en France, la discrimination dont nous sommes victimes ne laisse pas le choix : Pour être mère de ses enfants, il est obligatoire de se marier.

Nous nous marions dans trois semaines, mais après les démarches d’adoption, aurons-nous encore les moyens financiers de divorcer ?

Marjolaine

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