Témoignage de Jeanne (n°1)

5 Avr

Témoignage publié le 8 janvier 2013

Ma conjointe et moi, françaises, nous sommes installées au Québec afin d’y fonder une famille. Bien nous en a pris.

En effet, depuis 2002, une loi adoptée à l’unanimité par l’Assemblée (ça fait rêver…) a ouvert le mariage et la parentalité aux couples homosexuels. Cette loi prévoit notamment la présomption de parentalité dans le cadre d’un recours à la PMA, ce qui change tout.

Depuis notre première visite à la clinique de fertilité, nous sommes toutes les deux inscrites sur le dossier, nous avons toutes les deux passé des examens médicaux (l’une ceux de fertilité et de MST, l’autre seuls ceux de MST : il s’agit donc aussi d’une mesure de protection…), nous avons toutes les deux échangé avec la psychologue chargée de nous donner l’agrément pour gestation avec un tiers et de juger si nous avions besoin d’un soutien pendant les démarches, nous étions toutes les deux présentes dans la salle lors des inséminations.

Normal. Nous étions deux à décider d’élever des enfants ensemble, nous étions deux à rêver du futur comme famille avec enfants, à discuter de nos valeurs éducatives, à envisager les joies et les défis qui attendent toutes les familles. Nous étions deux à pleurer quand les règles revenaient après une insémination, deux à mordre les oreillers de rage et de douleur après une fausse couche, deux à manquer de larmes de joie après les fameuses 12 premières semaines, deux à préparer la venue du bébé, deux à choisir la poussette, le lit, l’écharpe, les couches, les jouets, les stickers, le parc, deux à chaque rendez-vous de suivi de grossesse, deux à prendre des positions byzantines pendant les cours de préparation à la naissance, deux à travailler pendant l’accouchement.

B est né. Dans la joie et la bonne humeur. Ma conjointe avait retenu de la sage-femme que les endorphines étaient essentielles : elle m’a fait rire pendant tout l’accouchement. L’équipe médicale n’en revenait pas. B est né. Elle s’est écroulée au sol en larmes. La docteure a déposé B sur mon ventre. 5 minutes. Puis l’a tendu à ma conjointe en disant : « votre fils ».  Elle, si pudique, a défait sa chemise en une seconde pour déposer B sur sa peau nue. Quand elle a redéposé B sur mon ventre pour qu’il rampe vers mon sein et boive sa première tétée, elle a gardé sa main sur son dos. Nous étions trois.

Jeanne

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