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Témoignage d’Hélène (n°79)

17 Mar
Pas un jour ne passe sans que je pense à Gabriel.

                Des pensées, la torture de l’esprit, de la colère, des doutes, du désespoir, l’abandon, l’impression d’avoir touché le fond mais parfois des lueurs d’espoir surviennent grâce aux soutiens de mes proches, c’est ces millions de pensées qui ont parcourues ma tête pendant pratiquement 3 ans de combat.

                Un combat, c’est bien ce mot qu’il faut employer lorsque l’on fait fasse à la justice.

Cette promesse faite à mon fils la dernière fois que je l’ai vu en mai 2016, c’est à cette promesse que je me suis accrochée durant ces années de souffrance et d’éloignement, cette promesse qu’un jour nous serions à nouveau réunis et que je ne l’oublierai jamais.

Aurélie et moi avons vécu une magnifique histoire d’amour, ce qui nous a donné l’envie à toutes les 2 d’être parents et de fonder notre propre famille.

Comme en France, la PMA n’est pas autorisée pour les couples de femmes, nous nous sommes rendues en Belgique avec ce projet murement réfléchi d’être parents. J’ai subi 3 inséminations en vain. J’ai été déçue de ces 3 échecs et j’ai demandé à ma conjointe d’essayer, parce que pour moi, le fait d’être parent ne signifiait pas forcément de porter notre enfant.  Aurélie étant d’accord, elle a donc subi quelques temps après une première insémination qui a été concluante de suite ! Quelle chance !

Nous étions folles de bonheur ! Nous allions être Parents !

Comme tous futurs parents, les préparatifs ont débutés. La décoration de la chambre, les vêtements, les accessoires, nous avons absolument tout partagé ensemble. Je l’ai accompagné à chaque rendez vous gynécologiques, chaque écographie, j’ai été présente et aux petits soins pour ma compagne  durant toute sa grossesse.

Nous avons décidé de nous marier avant l’arrivée de Gabriel, pour que je puisse l’adopter dès sa naissance, pour une reconnaissance légale. Nous nous sommes mariées le 18 avril 2015 et Gabriel est né le 26 juillet 2015.

J’ai alors entrepris les démarches d’adoption. Nous avons eu le 1er Rdv chez le notaire pour le consentement à l’adoption par Aurélie à la fin du mois d’août 2015. J’ai retiré le dossier d’adoption et entrepris de le compléter en novembre 2015. Nous avons eu ensuite le 2ème Rdv chez le notaire à la fin du mois de janvier 2016, pour le certificat de non rétractation au consentement à l’adoption.

Le dossier étant complet, je l’ai envoyé au début du mois de février 2016.

La procédure d’adoption devait avoir lieu le 7 avril 2016 au TGI de Valenciennes.

Entre temps, notre relation de couple s’est dégradée. Elle avait beaucoup de mal à supporter que j’avais plus souvent Gabriel qu’elle du fait de ma situation professionnelle. Elle en devenait jalouse et agressive envers moi, si Gabriel me souriait plus. La situation s’est vite envenimée après la naissance de notre fils. Elle m’a quitté courant du mois de mars 2016, soit 7 mois après la naissance de Gabriel.
C’est alors que mon combat a commencé …

Dès notre rupture, elle m’avait promis que je continuerai à voir Gabriel, ce qui fût bien évidemment un leurre. Parce que le lendemain de la décision de rompre, elle adressait un courrier recommandé au procureur de la république pour se rétracter sur son consentement à l’adoption.

J’ai pris rendez vous chez une avocate quelques jours après notre rupture pour expliquer ma situation et surtout pour qu’elle me représente et me défende à l’audience d’adoption qui arrivait quelques semaines après.

Je n’ai malheureusement pas eu gain de cause pour l’adoption car la seule rétractation de la mère biologique prédominait sur tout le reste.

Après ce jour du 7 avril 2016, je n’ai plus eu le droit de voir mon fils sur sa seule décision.

J’ai donc entrepris avec mon avocate de saisir le juge des affaires familiales dans le but d’obtenir un droit de visite légal en août 2016.

Durant cette attente, j’étais anéantie par la douleur de ne plus voir mon bébé de 8mois. La souffrance de ne plus rien être, d’être privée de mon fils, mon bébé.

Je n’étais plus autorisée à rentrer à la crèche où j’y déposais mon fils des mois en arrière. Et puis un jour, j’ai insisté pour y rentrer, c’était le 18 mai 2016, cela faisait plus d’1 mois et demi que j’étais empêchée de voir mon fils, et les employées ont finalement cédé à ma requête, de seulement serrer ne serait ce que 10 min Gabriel dans mes bras. Ce sentiment d’impuissance, cette horrible douleur qui me dévorait les entrailles, ce moment a été le plus difficile de toute ma vie, j’ai pleuré, j’ai versé un océan de larmes mais je lui ai promis ce jour, que jamais je ne l’abandonnerai !
Après des mois et des mois d’attente, pratiquement 2 ans, le TGI de Valenciennes m’a octroyé un droit de visite en février 2018, des visites progressives et médiatisées en lieu neutre sur Villeurbanne. Parce qu’entre temps, mon ex-femme avait déménagé avec notre fils à côté de Lyon, à plus de 650km de notre domicile.

J’ai donc fait mon 1er déplacement, au lieu neutre de Villeurbanne le 12 juin 2018 pour une visite d’une heure. Et j’ai revu mon petit garçon de 2ans et 11mois. Elle été partie avec un bébé de 10mois, et je le retrouvais âgé de presque 3 ans.

L’émotion m’a submergeait ce jour là. Je pouvais enfin mettre un visage d’enfant dans ma tête et non plus celle d’un bébé. Je pensais qu’enfin nous allions pouvoir retisser des liens, mais je ne l’ai vu qu’une seule fois, car les autres visites, elle ne s’est plus présentée. J’ai appris par la suite qu’elle avait encore déménagé et ce à plus de 720 km de chez moi, toujours plus loin.

                Entre temps Aurélie a fait appel de la décision de 1ère instance.

                Après 2 visites infructueuses, mon avocate à fait un rapport d’incident au TGI, mais qui n’a pas statuée et se retranchant derrière l’audience de la Cour d’Appel qui devait définitivement clore le dossier.

L’audience a eu lieu le 6 février 2019, avec un délibéré le 28 février 2019.
                La Cour d’Appel, m’a octroyé un droit de visite progressif et non médiatisé. Un weekend sur 2 jusqu’aux vacances estivales, et ensuite je pourrai avoir mon fils 1 semaine  à chaque vacances scolaires.

                Je suis descendue la 1ère fois le 9 et 10 mars, et j’ai enfin pu passer du temps avec mon fils. Il ne me connait plus, il ne savait même pas qui je suis .. Mais nous avons toute la vie maintenant pour apprendre à nous connaître, pour retisser des liens forts et durables. Gabriel est âgé de 3 et demi, c’est un petit garçon formidable et adorable. Il a le droit de savoir d’où il vient, ses origines, et de connaître enfin ses 2 parents.

                Le fait d’être parent, ce n’est pas simplement le lien biologique mais le plus important c’est l’amour inconditionnel qu’on porte à son enfant. Parce que je l’aime plus que tout au monde et il pourra toujours compter sur moi.
J’espère qu’un jour la Loi française évoluera pour permettre à toutes ces mères de ne plus jamais être privées de leurs enfants.

Cette situation inégale dont certaines abusent lors d’un conflit pour priver l’autre de tout lien avec son enfant ne devrait plus exister.
J’espère redonner du courage et de l’espoir à toutes celles qui se battent pour continuer à maintenir une relation avec leur enfant.
Hélène

Témoignage de Christel (n°78)

9 Fév

Je m’appelle Christel, j’ai 34 ans aujourd’hui, et je suis en couple avec ma femme depuis 10 ans ½. Nous sommes mariées depuis 2 ans ½. Dès le début de notre relation, nous savions que fonder une famille ferait partie de nos objectifs de vie. Cela ne s’improvise pas, alors nous avons attendu de finir nos études et d’être bien installées dans nos vies professionnelles pour nous lancer. Entre l’option de la Belgique et celle d’une insémination artisanale avec donneur, nous avons opté pour la 2ème, en pensant que ce serait plus simple au niveau de l’organisation. Nous avions convenu que ma femme porterait notre premier enfant. Après une fausse couche au 1er essai, le 7ème est finalement le bon, et 9 mois plus tard, nous voilà devenues les deux mamans comblées d’un merveilleux petit garçon (je passe outre les démarches que nous avons dû accomplir pour que je sois officiellement sa maman.)

Un peu inconscientes peut-être, nous décidons 2 mois plus tard de reprendre les essais avec le même donneur pour que je puisse porter notre 2ème enfant, nous rêvions d’enfants rapprochés, et nous avions l’occasion de le tenter. Les essais se multiplient, le scénario se rôde de mois en mois, mais excepté un début de grossesse chimique au 5ème essai, aucune 2ème barre n’apparaît jamais sur les tests de grossesse. Nous commençons à désespérer et nous tournons vers la Belgique. Cette fois, il faudra mettre la main au portefeuille. Nous commençons par les inséminations classiques. L’organisation est beaucoup plus complexe, surtout avec un enfant en bas âge. Il faut gérer les rdvs médicaux, les prises de sang, les aller-retours vers la Belgique lorsque le feu vert est donné par l’équipe médicale. Une, deux, trois inséminations, jusqu’à la 6ème autorisée, à raison de 700 euros par essai, mais toujours rien… Le temps passe, nous fêtons les 2 ans de notre petit garçon.

Début 2018, nous prenons la grande décision de tenter la FIV… 3500 euros… Ma ponction se déroule bien, et 10 petits embryons en résultent. Un embryon frais m’est transféré 3 jours après la ponction. Deux semaines plus tard, pour la première fois, une 2ème barre apparaît sur le test de grossesse, la prise de sang vient confirmer ce résultat, nous exultons, enfin !

Notre joie est malheureusement de courte durée, car 3 semaines plus tard, nous apprenons que cette grossesse sera classée sans suite… La retombée est encore plus douloureuse, la fausse-couche, provoquée, est atroce. Suite à cela, nous tentons 3 transferts d’embryons congelés, qui se soldent tous par des échecs.

Notre petit garçon aura 3 ans la semaine prochaine, et mon ventre reste désespérément vide… Nous en sommes à 12000 euros et 15000 kilomètres d’effectués dans ce parcours vers notre 2ème enfant. Je suis blessée à vif, je ne vis presque plus que pour cette grossesse, je suis fatiguée, sans doute un peu dépressive, à tel point que j’en oublie même de dire à ma femme à quel point elle est formidable et combien je l’aime.

Il est peut-être temps de penser à une pause, de changer nos plans, peut-être de renoncer à cette grossesse dont je rêve depuis si longtemps. Le parcours en PMA, les échecs à répétition abîment le couple. Quand ce parcours doit se faire à 500 kilomètres de chez soi et que vient s’ajouter le caractère financier et le stress que cela représente, ce parcours abîme encore plus. Il est plus que temps que les choses bougent en France… Vive la PMA pour toutes.

Témoignage de Céline (N°77 suite)

11 Mai

La Gay Pride approche à grands pas et j’espère que nous serons nombreux à se mobiliser une nouvelle fois. Car malgré une avance sur nos droits avec le mariage pour tous, nos enfants sont toujours en danger.  Je vous dis cela car personnellement je vis une situation très compliquée depuis 4 ans.

En 2010, avec mon ex compagne nous avons eu une petite fille par insémination en Belgique. Avec mon ex compagne à l’époque nous ne pouvions pas nous marier et je ne pouvais pas reconnaitre juridiquement ma fille. Je n’obtiens que la délégation partielle de l’autorité parentale grâce à une procédure effectuée devant les  tribunaux.

En 2013, je me suis séparée et là les galères sont vite arrivées. Mon ex-compagne a tout fait pour me couper les liens avec mon enfant. J’ai dû passer de tribunal en tribunal, avoir des attestations, tout cela pour prouver que je suis bien la mère. J’ai lu des choses affreuses sur moi, j’ai été salie par des personnes qui étaient avant des amis,  j’ai dû me justifier à plusieurs reprises devant des juges et raconter  à de multiples  reprises mon histoire, tout cela car mon enfant et moi ne sommes pas protégés par la loi.

Après un jugement en 1er instance puis un jugement en cours d’appel,  j’ai réussi à obtenir un droit de garde et d’hébergement un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires et garder ma délégation partielle de l’autorité parentale tout en sachant que mon ex ne  voulait plus que j’ai de liens avec ma fille.

Après deux ans de stress et je pensais en avoir fini avec cette épée de Damoclès sur ma tête, hé non…. je reçois un courrier de la cour de cassation car mon ex fait une demande de pourvoi sur la décision de  la cours d’appel. Me revoilà repartie dans une période d incertitude. Un an après la demande de pourvoi la décision tombe, le pourvoi de mon ex est rejeté. Vous allez me dire « youpi excellente nouvelle », il n’y a plus de danger, enfin je peux dormir tranquille.

Hé non, car entretemps, mon ex compagne a fait reconnaitre ma fille par son nouveau compagnon….voila j’ai perdu ma fille, plus jamais je ne pourrai pas avoir de filiation avec elle, je ne pourrais jamais l’adopter….une nouvelle fois je m’écroule.

Après quelques semaines de chute libre je reprends le dessus et nous  cherchons avec mon avocate que faire. Nous décidons de ne pas laisser la situation comme cela et nous décidons d’assigner mon ex et son mari pour contester la paternité. Mon cas passe une nouvelle fois sur le bureau du procureur et je vous passe les nombreuses plaintes que j ai dû déposer pour non présentation d’enfant.

Quelques semaines après je reçois un appel d’une assistante sociale qui veut me rencontrer avec un infirmier puériculteur car le procureur s’inquiète de l’état psychique de ma fille suite à toutes les procédures et dépôts de plainte.

Le rendez vous est fixé à mon domicile et l’assistante se présente en compagnie de l’infirmier. Et là après avoir du répondre à un nombre incroyable de questions sur mon comportement, ce que je peux faire avec ma fille quand elle est chez moi, visite de sa chambre ….vous comprenez qu’en vérité ils sont là pour savoir si réellement vous avez  votre place dans sa vie (tout en sachant qu’aujourd’hui elle a 7 ans).

Aujourd’hui cela fait 15 jours que l’assistante sociale est passée et j’attends les conclusions de son rapport qui pourra décider de ma vie future avec mon enfant. Ma vie peut basculer du jour au lendemain juste parce que mon ex-compagne a décidé que je ne ferai plus partie de la vie de mon enfant et qu’aucune loi actuelle n’est prévue pour les enfants et parents sociaux comme moi. Je vous passe les difficultés de construire sa nouvelle vie de couple en parallèle de toutes ces procédures juridiques…Sans une compagne ou  un compagnon à vos cotés il est impossible de gérer au quotidien ce stress, ces angoisses, ces incertitudes qu’engendrent cette histoire.
Cette année et une nouvelle fois nous serons à la GAY PRIDE de PARIS  le 24 juin. Plus que jamais je souhaite que vous tous et toutes qui  vivez la même situation, soyez à nos côtés pour vous battre et nous soutenir car nous ne pouvons pas laisser nos enfants vivre de tels drames au nom d’un lien qui n’est pas biologique.
Venez nombreux le 24 juin avec les enfants d’Arc en Ciel et venez nous  rencontrer pour échanger et faire de cette journée une journée de fête pour tous et toutes.
Céline et Nathalie ma compagne

Témoignage de Céline (n°77)

20 Sep

Mon ex compagne a fait en juin une demande de dérogation sans m’en avertir ni me concerter,  pour changer une nouvelle fois ma fille d école. Je l’ai appris en me présentant, à l’époque, dans la future école de ma.fille . L’école n avait  aucune connaissance de mon existence.

Ayant la délégation partielle de l’autorité parentale , après plusieurs courriers, coup de téléphone, auprès de l académie, rectorat, mairie, communauté de commune  …. j ai.réussi à annuler la demande de dérogation pour que ma fille reste dans son école habituelle.

Jeudi, jour de la rentrée scolaire, je me suis présentée à son école avec ma mère et ma compagne, j’étais très heureuse de revoir ma fille dont je n avais aucune nouvelle depuis le trois août que ce soit par téléphone ou de visu.
Après de longues minutes d attente ma fille n était toujours pas arrivée bien qu’ elle était bien inscrite sur la liste de rentrée. J’ai demandé  aux mamans, à l’institutrice ….si elles savaient ou avaient eu des nouvelles de ma puce ….rien personne. J’ai envoyé un message à  mon ex pour savoir mais toujours sans réponse (comme à son habitude )…

Très inquiète  de la situation ,je me suis.rendue à la.gendarmerie qui a essayé de la contacter mais en vain.
J ai téléphoné à plusieurs écoles des environs pour savoir si ma fille était scolarisée chez elles, et enfin j’ai réussi à trouver  où mon ex avait décidé de scolariser ma fille malgré qu’elle n’avait pas eu de dérogation.
Je me suis de nouveau rapprochée de l’inspection d’académie qui m’a conforté dans mes droits en me disant que ma fille  devait bien rester dans son école d’origine et mon ex n’avait pas le droit de la déscolariser.
La mairie, l’inspection d’académie, le rectorat ont tous dit et confirment que sans mon accord, mon ex ne pouvait pas prendre de décision sur la scolarité de ma fille  sans me concerter,

Ce qui me fit du bien moralement  d’être enfin écoutée après trois ans de combat.

A ce jour ma fille est scolarisée dans son école avec ses amies malgré que mon n’ex ne soit pas d accord avec la décision du rectorat  et de ses instances.

Il est vrai que devoir se faire entendre et se « battre » au quotidien est très difficile parfois mais je ne lâcherai pas, pour ma fille.

je voulais te transmettre ce.message pour dire.qu’ il ne faut pas désespérer quand on pense que toutes les portes nous sont fermées et que le droit triomphe parfois.

Céline

Témoignage d’Adeline (n°76)

28 Mar

Je souhaite témoigner ici de mon vécu de maman  « sociale » en espérant que les lois françaises évoluent rapidement pour être plus justes et plus proches de la réalité de nos situations.

Nous avons souvent l’impression, mon épouse et moi, d’avoir une bonne étoile à nos côtés. Peut être avons-nous eu de la chance en effet, car il a suffit d’une seule IAD réalisée en Belgique pour que ma compagne soit enceinte et car notre fille est née en bonne santé il y a tout juste deux mois.

Nous avons eu beaucoup de chance aussi, lors de notre mariage, d’être entourées de nos amis et familles, et encore plus de chance que la cérémonie soit célébrée par mon père portant son écharpe bleue blanc rouge. C’était un jour merveilleux et une belle reconnaissance après de longues années de mal-être adolescent, de conflits avec les parents, de chagrins d’amour secrets, des dizaines de comings out plus ou moins faciles, bref des aléas presque banals de tant de jeunes homosexuels.

Notre parcours de PMA s’est déroulé entre la France et la Belgique. La bonne humeur et le chaleureux accueil des personnels du chu de Liège nous ont soutenu et donné l’énergie nécessaire à la réalisation de ce parcours.

La première étape pour nous a été de trouver en France des interlocuteurs nous soutenant. C’est tout à fait par hasard que nous rencontrons une gynécologue de l’hôpital public qui accepte de nous prescrire les traitements hormonaux  (interdits en France pour les lesbiennes) ce qui nous a donc permis d’être remboursées par la cpam. C’était juste après avoir rencontré une gynécologue en ville qui a coupé court à l’entretien dès lors que notre orientation sexuelle avait été précisée.

C’est encore par hasard, que nous rencontrons une laborantine qui accepte d’envoyer les analyses de sang « en urgences » pour que nous puissions recevoir les résultats avant midi, la veille de l’IAD (exigences du chu de Liège). C’était juste après s’être rendues dans le laboratoire le plus proche de chez nous (pratique quand il faut s’y présenter à 7h du matin) et s’être entendues dire « nous ne faisons pas ça ici ».

Une autre fois par chance, lors d’un examen de routine, je rencontre un gynécologue en libéral qui me dit « vous savez, je fais des IAD ici, au cabinet. Si ça vous intéresse… ». Ce médecin de la région parisienne compare l’hypocrisie de la loi actuelle à celle qui régissait l’IVG. Je garde son adresse précieusement pour une éventuelle prochaine aventure.

L’équipe de la maternité, nous a très bien accueillies. Un couple de parents, comme un autre. J’ai coupé le cordon, j’ai donné le bain et les soins à notre enfant, j’ai pu dormir à la maternité chaque nuit. Je ne suis donc pas allée travailler mais je n’étais pas très sereine. En effet, mon employeur n’avait pas répondu à ma demande de congés (3 jours de naissance, 11 jours d’accueil de l’enfant, et passage de 100% à 80% pendant 6 mois de congé parental à temps partiel). Quelques jours avant l’accouchement, le DRH m’avait expliqué que j’étais « leur premier cas » c’est-à-dire qu’il ne savait pas quelle réponse m’apporter malgré les articles de lois dont je leur avais fait part.

Un mois après la naissance (les 14 jours d’absence pour naissance et accueil de l’enfant avaient été régularisés) j’ai été convoquée chez le DRH qui m’a demandé d’apporter tous les documents prouvant mon lien de parenté avec ma fille. Je suis fonctionnaire de la fonction publique hospitalière et ma demande concernait « un temps partiel de droit pour élever un enfant ». J’ai donc apporté les certificats de mariage, les deux livrets de famille, l’acte de consentement à l’adoption, les déclarations d’impôts, des factures d’électricité, notre situation CAF, ainsi que des photos de moi avec notre fille, des factures de courses mentionnant les couches et le lait, le testament de mon épouse mentionnant qu’elle me confiait la tutelle de notre fille si elle venait à mourir avant que l’adoption soit prononcée, bref tout ce qui prouvait mon implication dans la prise en charge de ma fille et de ma présence au domicile puisque c’est ce que la législation CAF demande.

Après plusieurs semaines sans réponse, sans que je puisse anticiper l’organisation de mon temps de travail, ni prévenir mes patients et mes collègues, mon employeur m’annonce qu’il refuse ma demande de « temps partiel de droit » tant que l’adoption ne sera pas prononcée, car actuellement à leurs yeux « nous ne sommes pas une famille ». Je leur explique que la démarche est engagée (j’ai déjà fournit la copie du consentement à l’adoption réalisé chez le notaire), mais qu’elle ne sera aboutie que dans environ 8 mois, trop tard pour bénéficier du complément de salaire de la CAF (qui est versé maximum 6 mois dans la première année de l’enfant) et donc impossible pour moi de bénéficier du temps partiel sans l’aide de la CAF. Le DRH reste sur sa position en argumentant par différents propos plus ou moins homophobes comme « vous imaginez si une femme vivant en colocation avec un couple bénéficie d’un congé parental pour l’enfant de ses colocataires ? » ou encore « là, vous êtes dans le bonheur total depuis la naissance, mais qui me dit que cela va durer ? ».

Je sollicite les syndicats, l’inspection du travail, le défenseur des droits, le centre d’information des droits des femmes et de la famille, la CAF, la CNRACLl, l’APGL, les EAC, une amie avocate spécialisée dans la fonction publique… Les réponses seront toutes les mêmes : la loi ne dit rien, c’est un vide juridique, ce qui  permet aux employeurs de répondre favorablement ou pas à cette demande. Même le guide du temps partiel édité par le ministère de la fonction publique en 2006 qui spécifie que l’enfant doit être à charge et vivre au domicile de l’agent pour qu’il puisse bénéficier du temps partiel de droit, peut ne pas être appliqué par les employeurs car il ne s’agit pas d’un article de loi. C’est donc la loi de 1986 qui prime.

Nous tentons finalement notre chance, directement auprès du ministère de la santé. J’écris un mail à Marisol Touraine et nous téléphonons au ministère. Nous sommes surprises de la facilité de joindre quelqu’un au ministère. Un coup de chance sans doute, de joindre une personne compétente, connaissant bien la loi et la situation des familles homoparentales. C’est donc le ministère qui a écrit à mon employeur en citant l’article 355 du code civil, en leur signifiant que l’adoption prend effet le jour de l’envoie de la requête au TGI et que je dois donc pouvoir bénéficier du congé parental à temps partiel dès à présent. Mon temps partiel a pris effet quelques semaines de retard mais j’ai aujourd’hui la chance de moins travailler et de passer plus de temps avec ma fille.

Les droits des familles homoparentales ne devraient pas se jouer au petit bonheur la chance. Nous ne devrions pas être à la merci de la chance et du hasard. Du hasard de rencontrer les bonnes personnes ou pas, qui pourront appliquer la loi à leur convenance, en la contournant, en l’interprétant ou en utilisant le vide juridique pour nous discriminer. Nos familles ont besoin de lois claires et justes pour que nous puissions fonder nos familles en toute sécurité.

Adeline

 

Grandir avec deux mamans

24 Fév

« Un grand préjugé envers les enfants de couples homoparentaux concerne l’orientation sexuelle. Les gens vous posent-ils souvent la question?

Non. Ce n’est pas une question que les gens me posent, surtout rendu à mon âge. Personne ne m’a jamais dit que j’étais gai parce que je vivais avec deux mères. Du moins, pas en pleine face. D’ailleurs, les études démontrent que, inversement à ce qu’on peut croire, il n’y a pas plus d’enfants homosexuels dans les familles homoparentales qu’ailleurs. Ça n’a aucun lien. Mais moi, je me suis posé cette question très jeune. J’avais 7 ou 8 ans et je me suis demandé si j’étais gai ou hétéro. J’avais alors avoué à mes mères, un soir, en soupant, que j’aimais les filles. Elles ont trouvé ça très drôle. »

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« Au Québec, dès l’accouchement, le nom des deux mamans est inscrit sur l’acte de naissance »

24 Fév

« Au Québec, la procréation assistée est en partie couverte par la sécurité sociale et accessible à tous, homosexuels ou hétérosexuels. À l’époque, l’achat de sperme était même remboursé par l’État. »

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