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Témoignage d’Annelore (n°5)

14 Mai

Témoignage sur la situation belge antérieure à la loi du 3 avril 2014.

Je suis Annelore, épouse de Sophie et maman d’Emma (3 ans). J’ai déjà écrit un témoignage pour les Enfants d’Arc-en-Ciel lors des débats en France sur le mariage et l’adoption pour tous. Je voulais montrer que lorsqu’il s’agissait de fonder un foyer, en Belgique, tout était plus simple pour les couples de femmes.

Aujourd’hui, avec la nouvelle loi française et les combats encore à gagner en Belgique, nous pouvions penser que les familles homoparentales seraient logées à la même enseigne dans nos deux pays. Mais ce n’est pas encore le cas puisque la PMA reste interdite en France pour les couples homosexuels alors qu’elle est ouverte à toutes les femmes en Belgique. Les centres de fertilité de mon pays continuent donc d’accueillir de nombreuses futures mamans françaises dont le parcours médical est encore rendu plus difficile par ces voyages forcés de l’autre côté de la frontière.

En matière d’établissement de la filiation, les démarches restent discriminantes en Belgique pour les familles homoparentales par rapport aux familles hétéroparentales. Cependant, à lire les récits de nombreuses familles françaises, j’ai quand même le sentiment que les choses restent plus simples chez nous. Difficile d’établir avec certitude si la procédure est en elle-même moins complexe ou si l’on doit évoquer des différences de mentalité entre nos deux pays ou si c’est la nouveauté de la loi qui engendre tous les problèmes et les incertitudes dont témoignent ces familles françaises.

Voici comment cela se passe chez nous :

D’abord, pour que la mère qui n’a pas porté l’enfant puisse être désignée comme parent légal de celui-ci, il faut attendre la naissance du bébé. Ça peut paraître logique de prime abord mais ça ne l’est pas totalement puisque des parents qui souhaitent adopter entament en général les formations à l’adoption avant de savoir si l’enfant qu’ils adopteront peut-être un jour est déjà né quelque part sur la planète. Vous me suivez ?

La première étape de la procédure d’adoption de son propre enfant est une « formation » (en fait, plutôt une séance d’information) donnée par l’autorité compétente en matière d’adoption (en Belgique francophone, la Communauté Wallonie-Bruxelles). Donc, pendant ma grossesse, mon épouse n’avait pas le droit de s’inscrire à cette matinée pour prendre un peu d’avance et réduire le délai d’attente (et donc les risques liés à cette absence de liens officiels avec sa fille). Par contre, un couple gays de mes amis, qui avait suivi toute la procédure et obtenu l’agrément en vue d’adopter à l’étranger, a pu faire valoir sa participation à cette formation quand il s’est agit pour l’un des deux d’adopter le fils biologique de son conjoint finalement conçu par GPA. Donc voilà, un coup, « ça compte », un coup, on peut pas… Bref.

L’idée est donc de suivre une procédure d’adoption « intrafamiliale ». Je mets des guillemets parce que contrairement à la France, la Belgique ne réclame pas forcément l’existence préalable de liens familiaux officiels entre l’adopté et l’adoptant et, donc, n’impose pas aux parents d’être mariés pour pouvoir adopter son enfant. Dans notre cas, nous étions de toute façon mariées depuis des années donc pas de question de ce côté-là.

Les délais d’inscription à la formation sont variables. Des séances sont régulièrement organisées dans différentes villes de Wallonie et il faut attendre que l’une d’elles se tiennent près de chez soi. Pour nous, ça a été relativement vite car Emma n’avait pas encore un mois quand Sophie s’y est rendue. La présence du parent biologique n’est pas requise (heureusement car moi, je vivais avec un nourrisson scotché à mon sein à cette époque).

Ensuite, avec toutes les infos récoltées lors de la matinée, il faut commencer à réunir les pièces du dossier et choisir un organisme d’adoption (public ou associatif) qui va réaliser les entretiens d’évaluation relatifs à votre projet d’adoption. Et là, on sent qu’on joue une pièce qui n’est pas écrite pour nous, c’est-à-dire qu’on essaye de faire rentrer dans les cases de l’adoption intrafamiliale notre famille qui n’a pas grand chose à voir avec cette démarche.

Le plus drôle, c’est que tout le monde en est parfaitement conscient : l’assistante sociale et la psy de l’organisme qu’on avait choisi en tête. Ces entretiens sont conçus pour des personnes qui souhaitent adopter un enfant qui leur est plus ou moins étranger (soit complètement, soit c’est un membre de leur famille qui va « devenir » leur enfant). Alors que nous, nous nous rendons aux entretiens AVEC notre fille endormie dans l’écharpe de portage. Nous sommes des jeunes mamans qui manquent un peu de sommeil, qui gèrent des problèmes d’allaitement, qui racontent leur accouchement et pour qui la filiation ne fait aucun doute. C’est ridicule, les professionnels en conviennent mais on doit quand même débaler notre vie, expliquer pourquoi on a voulu un enfant, comment nos familles ont réagi, etc etc. Et on doit aussi règler la modique somme de 250 euros pour deux fois une heure de blabla.

Une fois, les deux rencontres passées, on reçoit une attestation qu’on joint au dossier avec le consentement de la mère biologique à l’adoption et la requête de mon épouse pour adopter Emma. Tout cela est déposé au tribunal de la Jeunesse en juillet 2011. Emma a alors 3 mois. Ça a roulé, on a plus qu’à attendre d’être convoquées au tribunal.

Sur l’ordre du juge, quelques semaines après, Sophie est convoquée au commissariat pour une « enquête sociale » (ou un terme approchant). Là encore, il s’agit d’un acte purement formel : la logique voudrait que cela vise à s’assurer que nous vivons bien ensemble, qu’il existe bien un lien permanent entre l’adoptant et l’adopté, etc mais en fait, le flic établit simplement un procès verbal d’audition de Sophie qui affirme qu’elle veut adopter Emma. Puis, comme le policier ne demande plus rien et qu’elle est là dans un bureau sans savoir trop quoi dire, elle explique qu’Emma est « la fille biologique de son épouse, Annelore, et qu’elle a été conçue par FIV ». Le flic lui résume sa déclaration qu’elle signe puis une fois dans la rue, en relisant le p.v., elle se rend compte que le gars a écrit « Annelore a été conçue par opération invitro » !!!! Gros fou rire. La confusion des prénoms mèlée au jargon de flic, c’est quand même délicieux !

Bref, rectification, nouveau PV, retour aux greffes du tribunal de la jeunesse et on attend à nouveau des nouvelles. En décembre, ne voyant rien venir, je téléphone au tribunal qui m’explique que « si, si, ça avance, on attend l’audition de vos parents » ! Là, je suis scandalisée. Sophie reçoit cette nouvelle comme une humiliation. Jusque là, on trouvait tout ça ridicule, parfois rigolo mais là, c’est consternant. J’apprends de la juge en personne que nous pouvions nous opposer à ce que les ascendants soient entendus mais que c’est la police qui devait nous informer de cette possibilité, chose que l’inspecteur Labavure a évidemment oublié de nous préciser !

Nous nous entendons à merveille avec mes parents et jamais ils ne se seraient opposés à cette filiation qu’ils trouvent bien entendu naturelle. C’est le principe de demander l’avis des ascendants que nous trouvons insupportable même si cet avis n’est pas forcément pris en compte (d’après la juge). Humiliant et inutile, à l’image de toute cette procédure.

C’est finalement au printemps que nous sommes enfin convoquées au tribunal de la jeunesse. Emma a 11 mois. Nous rencontrons enfin « en vrai » la juge en charge de notre dossier. Elle est très sympa, le procureur aussi. L’audience est une formalité. Emma gazouille et plait beaucoup aux magistrats. Comme tout au long de la procédure, les professionnels rencontrés n’ont aucune hostilité à l’égard de notre famille, ils nous comprennent et sont désolés de devoir nous infliger des démarches aussi longues et pénibles mais « c’est ainsi ».

A ce moment, nous pensons en avoir fini avec la justice mais nous devrons malheureusement revenir au tribunal une seconde fois car nous avions demandé à ce que notre fille porte nos deux noms accolés, ce que la juge nous a accordé avant de se rendre compte quelques jours plus tard que cette possibilité était interdite en cas d’adoption plénière. Lors de la seconde audience, nous demandons donc à ce que soit noté dans le procès verbal que nous regrettons d’avoir à choisir un seul de nos deux noms (le mien, nom de naissance d’Emma). La loi sur le nom de famille est sur le point de changer en Belgique; deux ans après cette adoption, nous espérons donc qu’elle aura un effet rétroactif et que nous pourrons enfin donner à Emma nos deux patronymes.

Il aura fallut 13 mois en tout pour que la filiation entre Emma et sa maman soit enfin reconnue. Quelques semaines plus tard, nous figurions toutes les deux comme parents sur sa toute nouvelle carte d’identité et elle était enfin inscrite dans notre carnet de mariage (chose qui nous avait été refusée lors de son inscription dans les registres de la population à sa naissance).

En matière de filiation, la Belgique est donc loin d’être un paradis. Cependant, jamais nous n’avons du « faire la preuve » de cette filiation, des liens affectifs entre Emma et Sophie. Tout est basé sur la déclaration et le consentement, ce qui est à mon sens une bonne chose. A aucun moment, nous n’avons ressenti des obstacles au niveau des mentalités : chacun a joué son rôle à un niveau administratif ou légal mais sans jamais remettre en question la légitimité de notre famille. Je pense que cela prouve, s’il le fallait encore, l’absurdité de la situation et l’urgence à modifier la loi pour que la filiation s’établisse de la même façon que pour les couples hétéros.

En France comme en Belgique, il faut que les choses bougent. Nos enfants et nos familles sont encore trop longtemps légalement fragilisés par ces procédures longues et humiliantes.

 

Annelore

 

Témoignage-Anne-Sophie (n°4)

6 Avr

Nous sommes belges, mariées et mamans d’une adorable petite fille de 3,5 ans.

Nous avons la grande chance d’être belges et donc de bénéficier des avancées concernant les droits de LGBTQI, cependant la filiation n’est pas automatique et nous oblige à passer par une procédure d’adoption intra-familiale, pas très complexe mais trop longue selon nous: entre 6 mois et 1 an avant que notre enfant ait 2 parents légaux. Avec notre association « Homoparentalités.be » nous travaillons sur un projet de loi qui permettra, entre autres, la présomption de maternité; ce qui permettra aux enfants nés au sein de couples lesbiens d’avoir, dès la naissance, 2 parents légaux.

Notre parcours vers notre famille :

Nous nous sommes mariées en mai 2007, l’année suivante nous avons décidé de fonder notre famille.

Nous nous sommes tournées vers le centre de PMA de la Citadelle de Liège (hôpital de notre ville).  Entourées d’une super équipe, nous avons commencé les inséminations artificielles avec donneur anonyme. Après 6 échecs, l’équipe nous a proposé de passer à la fécondation In-Vitro, nous sommes devenues les heureuses mamans d’une magnifique petite fille en octobre 2010.

Dans un premier temps nous avons attendu que nos Politiques bougent : en effet « la rumeur » nous laissait espérer le passage de la loi reconnaissant la filiation dans les couples lesbiens. Ce projet est toujours sur la table de nos Ministres à l’heure actuelle.

Ne voyant rien venir, nous nous sommes donc lancées dans le parcours d’adoption intra familiale qui allait permettre à notre fille d’avoir deux parents…légaux alors que dans les faits, nous sommes ses mamans depuis bien avant sa naissance.  Cette procédure a d’ailleurs choquée plus d’un membre de notre entourage. En effet, pour beaucoup de belges, il est acquis que les couples mariés (homo ou hétéro) sont égaux devant la loi et très souvent notre entourage trouvait ridicule cette procédure surtout si en prime vous leur expliquez que dans un couple hétéro ayant recours à une FIV le mari est d’office le père de l’enfant !

Le parcours est long mais simple : une séance d’information sur toute la procédure avec le service adoption de l’État, deux rendez-vous avec un organisme agréé d’adoption : vous y faites l’anamnèse et la genèse de votre vie/couple. Une fois cette étape réussie le parent adoptant reçoit un certificat d’aptitude à l’adoption.  Avec ce précieux sésame, vous rédigez une requête auprès du Tribunal de la Jeunesse dont vous dépendez, vous rencontrez votre agent de quartier (le nôtre nous a convoquées au commissariat en s’excusant 100 fois de cette démarche qu’il est obligé de faire mais qu’il trouve ridicule, pour la forme il est aussi passé à la maison et a demandé si nous étions d’accord pour qu’il rencontre les grands-parents biologiques de notre fille, procédure oblige), une fois que l’inspecteur a rédigé son rapport et l’a transmis au Juge chargé de votre dossier, vous êtes convoqués au Tribunal de la Jeunesse, où le Juge des Enfants, le Procureur du Roi, leur greffier, statuent sur votre famille : « Bonjour Mesdames, vous Madame B, venez pour que nous actions l’adoption de votre fille par vous-même et vous Madame C, vous êtes bien d’accord pour que Mme B soit légalement le parent de votre enfant ? » en coeur nous répondons « oui » « Et bien Mesdames, vous êtes les heureuses Mamans légales de votre fille ! »

Bien entendu, nous ne sortons pas réellement toutes les deux parents « légal » nous devons (je dois) encore attendre que ce jugement soit acté : un délai d’un mois au cas où quelqu’un ferait opposition, retranscription du jugement dans les livres de l’État Civil et surtout réception de ce précieux courrier où il est inscrit noir sur blanc que votre fille, est légalement votre enfant !

 

Anne-Sophie, Co-Présidente de l’asso « Homoparentalités.be »

 

Témoignage de Nathalie (n°3)

5 Avr

Témoignage publié le 27 janvier 2013

J’ai la chance de vivre dans un pays ou les lois ont permis aux couples homosexuels de pouvoir s’unir, d’adopter et  d’avoir accès à la PMA.

Aux yeux de la loi, j’ai mes droits de maman car de leurs deux mamans, je suis celle qui ne les a pas portés. Mais j’ai été présente comme tout père avant leur naissance, pendant la grossesse et encore et pour toujours maintenant. Aux yeux de nos familles, de nos lois nous formons une famille.

J’ai pu les adopter : ils portent mon nom, s’ils n’ont pas mon sang, ils ont mon nom et tout l’amour que je peux leur apporter…

Être parents c’est avant tout savoir élever, éduquer et aimer ses enfants…

Il y a dix maintenant quand ces lois ont été votées, le peuple belge a su réagir en peuple tolérant et respectueux. Bien sûr encore maintenant certaines personnes n’acceptent pas cela mais on ne peut pas faire l’unanimité sur tous les sujets.

Nous avons aussi la chance d’être entourées de notre famille, nos collègues, nos amis qui nous aiment et qui nous respectent.

Merci aux hommes et femmes politiques belges, merci à nos familles, nos amis, nos collègues.

Merci de nous avoir permis d’avoir nos droits.

Nathalie

Témoignage d’Isabelle (n°2)

5 Avr

Témoignage publié le 18 janvier 2013

Depuis bientôt 17 ans, je partage la vie de ma compagne. Nous menons une vie « on ne peut plus classique » ! Après 6 ans, nous nous sommes installées dans un appartement…. Ensuite, achat de notre nid d’Amour….
Et c’est alors que nous nous sommes surprises à nous imaginer avec un enfant à nos côtés….
Il nous a fallu un certain temps de réflexion avant d’oser nous lancer….
Après presque 4 ans de parcours (et 3 fausses couches), nous avons accueilli la plus belle des Pommes d’Amour au mois de mai 2012.
Cela fait donc 8 mois que nous sommes parents.

8 mois de bonheur intense
8 mois où nous tentons de lui apporter tout ce dont il a besoin pour grandir sereinement… comme tous les parents !!

Nous sommes belges donc nous avons pu concevoir notre enfant sans passer les frontières.
Nous sommes belges donc je n’ai aucune crainte pour ma compagne concernant sa reconnaissance légale en tant que parent.
Nous sommes belges donc d’ici quelques mois, notre fils aura légalement deux parents de même sexe….

Nous sommes belges ET POURTANT vous nous avez blessées…. Vous les centaines de milliers de manifestants contre les mêmes droits pour tous !
Vos slogans homophobes (même si vous jurez que vous ne l’êtes pas), nous ont heurtés.
Vous vous êtes attaqués à nos tripes en criant haut et fort que nos enfants étaient en danger à nos côtés !

C’est vous et votre attitude intolérante qui êtes un danger pour autrui, n’inversez pas les rôles, s’il vous plait !

Isabelle

Témoignage d’Annelore (n°1)

5 Avr

Témoignage publié le 13 décembre 2012

Monsieur le Président,

Mesdames, Messieurs les députés,

Je m’appelle Annelore, je suis Belge. Sans doute mon témoignage n’aura peut-être pas à vos yeux la valeur de celui d’un de vos concitoyens susceptible de vous apporter des voix pour une future élection. Je prends néanmoins la peine de vous écrire, en solidarité avec mes amis et amies homosexuel(le)s français(es). En effet, la tournure que prennent les « débats » dans votre pays à propos de l’ouverture du mariage et de l’adoption ne me laisse pas indifférente. Je suis francophone et vos médias nationaux sont les nôtres. A l’heure des réseaux sociaux et de l’Europe, je ne peux que me sentir concernée par le sort de ces familles françaises qui vivent au quotidien les mêmes réalités que moi. Chaque fois que j’allume mon poste de télévision, chaque fois que je me connecte sur Internet, ces dernières semaines, je me sens insultée en entendant des Français descendre dans la rue pour crier leur haine (plus ou moins déguisée en bons sentiments) envers les homosexuels, pour dénier l’existence même de nos familles, pour prédire le pire destin à nos enfants (qui seraient perturbés, déséquilibrés, menacés de pédophilie, programmés pour devenir des terroristes… et j’en passe).

Ces discours, inspirés par la haine ou la peur, me semblent terriblement éloignés de la réalité que nous vivons au jour le jour dans nos familles et avec notre entourage, et cela en France comme en Belgique. En effet, au quotidien, nous sommes parfaitement acceptés dans cette société dont nous faisons partie depuis notre naissance. Nos enfants vont bien : ils sont aimés, entourés ; ils ont des références de toutes sortes et bien peu de gens les regardent de travers à cause de la vie privée de leurs parents. Malgré tout, je ne cesse de me dire que j’ai beaucoup de chance d’être née quelques kilomètres au Nord de la frontière partagée par nos deux pays. Il me semble pourtant insensé qu’en Europe, entre des pays partageant les valeurs qui fondent l’Union européenne, ce soient la chance et quelques kilomètres qui décident de faire de nous des citoyens à part entière ou bien des gens sans droit, condamnés aux marges et à l’insécurité pour la seule raison que nous sommes gays ou lesbiennes. Pour illustrer mon propos, laissez-moi vous raconter mon histoire.

Il y a presque neuf ans, je suis tombée amoureuse d’une femme qui m’a aimée en retour. C’était en 2004. Un an auparavant, la Belgique avait légalisé le mariage pour tous. Aussi n’avons-nous pas eu à nous inquiéter. Par cette loi, non seulement le gouvernement nous avait offert l’égalité des droits mais en plus, nos couples avaient gagné en légitimité. Puisque nous pouvons nous aimer légalement, fonder un foyer officiellement, qui pouvait encore nous traiter comme des marginaux, dire que nos histoires d’amour valent moins que celles des hétéros ? Nous nous sommes mariées en 2008 et notre union n’avait déjà plus rien d’exceptionnel. L’officier de l’état civil s’est félicité de pouvoir célébrer ce mariage. Conscient de vivre dans un pays pionnier, il a reconnu avoir évolué sur la question grâce à cette loi et à tous les couples homos qu’il avait pu rencontrer et unir.

Contrairement à mes ami(e)s français(es), je n’ai pas peur qu’à ma mort mon épouse doive payer des droits de succession élevés. Si je suis transportée à l’hôpital, je sais que c’est elle qu’on préviendra en premier, c’est à elle que l’on demandera de prendre des décisions importante concernant ma santé si je ne pouvais les prendre moi-même. Je sais qu’elle ne serait pas écartée des salles de soins « parce qu’elle n’est pas de la famille. » Ce mariage a fait d’elle ma plus proche parente, mon amour légitime reconnu de tous. C’est tout ce que souhaitent vos concitoyens qui militent aujourd’hui pour le mariage pour tous.

Nous marier était aussi pour nous une étape dans la construction de notre foyer. Quelques mois plus tard, nous avons entamé des démarches pour devenir parents. Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours rêvé d’être maman. La découverte de mon homosexualité n’a rien changé à cela. Je savais aussi que ma femme serait une mère extraordinaire. Un parcours en PMA n’est jamais simple : cela n’a rien à voir avec « une balade au supermarché » ou avec « l’achat d’un animal de compagnie » comme le maintiennent certains opposants au projet de loi. Pour nous, entre le premier rendez-vous et ce fameux coup de fil nous confirmant un test positif, se sont écoulés deux ans, deux années d’espoirs déçus, d’attente, de traitements, d’échographies de contrôle, de prises de sang, de larmes. Ce fut éprouvant comme ça l’est pour tout couple entreprenant l’aventure. Mais ce n’est rien comparé aux épreuves que traversent les couples de lesbiennes en France lorsqu’elles veulent réaliser le même rêve bien légitime.

Je n’ai pas dû prendre plusieurs trains pour me rendre à la clinique. Je n’ai pas dû trouver un gynécologue qui accepte de me suivre malgré une loi qui le lui interdit. Nous n’avons pas dû payer des sommes exorbitantes pour nous offrir médicaments, billets de train ou d’avion, nuits d’hôtel, etc. Je n’ai pas dû mentir à mon employeur pour m’absenter du travail les jours d’insémination. En Belgique, la PMA est accessible à toutes les femmes, les examens et les interventions sont prises en charge par la sécurité sociale, les patientes sont protégées de tout licenciement abusif comme pendant une grossesse. Voilà de quoi rendre ce parcours plus facile à vivre !

Notre enfant, nous l’avons conçu ensemble. Notre fille est issue de notre couple. Pas biologiquement bien sûr, mais ça nous le savons, nous l’assumons et nous lui expliquons qu’elle a été conçue grâce à la graine d’un monsieur généreux. Mais nous lui disons aussi que nous sommes ses parents, qu’elle est le fruit de notre amour, notre projet de vie commune. Nous l’avons attendue ensemble pendant les deux ans de PMA, puis pendant les huit mois qu’a duré ma grossesse. Mon épouse est sa mère autant que moi. Elle est là pour elle depuis le commencement. Elle lui parlait dans mon ventre avec sa voix et avec ses mains. A sa naissance, c’est elle qui l’a rassurée la première alors qu’elle était examinée par les médecins dès sa première minute de vie. Elle l’a conduite elle-même en néonat’, emballée dans des draps comme un petit paquet très léger. Au quotidien, depuis maintenant presque vingt mois aujourd’hui, nous nous occupons d’Emma à égalité et je peux dire que c’est une enfant heureuse et parfaitement équilibrée.

Cette histoire de parentalité, d’amour, c’est la nôtre mais elle ressemble trait pour trait à celle de milliers de familles françaises. A ceci près que les lois de notre pays ont permis à mon épouse d’adopter notre fille et d’ainsi faire reconnaître légalement la filiation qui les lie, alors qu’en France cette démarche est impossible. Mon épouse peut maintenant inscrire Emma à l’école, prendre pour elle des décisions médicales, faire toutes les choses que font les parents sans avoir à se poser de questions. Les compagnes lesbiennes de mères biologiques ont maintenant droit à un congé de naissance en Belgique, un soutien non négligeable pour accueillir son enfant comme il se doit. Ma fille a ainsi deux mamans mais aussi quatre grands-parents légaux comme tous ses cousins et cousines. Personne ne peut la séparer arbitrairement de celles qui assurent son éducation au quotidien.

Ceci dit, l’adoption n’est qu’une solution insatisfaisante : elle prend du temps (pendant lequel nos enfants restent insécurisés), elle n’est pas adaptée à la réalité de nos familles (nous avons dû rencontrer des psys d’organismes d’adoption qui reçoivent habituellement des couples en attente d’enfant, pas des couples qui viennent les voir avec leur bébé déjà né) et enfin, elle coûte inutilement à la société puisqu’elle mobilise des juges, des policiers, des travailleurs sociaux, tout ça pour faire reconnaître une filiation qui est déjà, dans les faits, reconnue par tous. La reconnaissance en mairie ou la présomption de parenté pour les couples mariés seraient éminemment plus adaptées et efficaces.

J’aurais sans doute encore beaucoup de choses à vous dire mais j’ai déjà été longue. J’espère que ce témoignage pourra vous éclairer à l’heure de voter les lois qui rendront plus facile la vie de milliers de familles françaises. Il faut que Jules, Augustin, Calixte, Victoire, Romane, Mathys et tous les autres enfants français qui vivent dans des familles homoparentales aient les mêmes droits qu’Emma, Hanaë, Willow, Alexandre, Juliette et tous les autres enfants d’homos qui ont eu la « chance » de naître au nord de la frontière franco-belge. Je veux surtout vous rassurer : en Belgique, ces lois n’ont eu d’autres conséquences que l’égalité des droits et l’ouverture des esprits vers plus de tolérance. Cela n’a strictement rien changé pour tous les autres couples. Je suis pourtant certaine que nous y avons tous gagné en diversité.

 

Annelore (Belge, lesbienne, mariée, maman)

Nouvelle rubrique sur le blog des Enfants d’Arc en Ciel – l’asso !

5 Avr

L’association Les Enfants d’Arc-en-Ciel est convaincue de la nécessité de l’entraide et du partage entre les familles et les futures familles LGBTparentales.

Nous militons activement afin de défendre les familles LGBTparentales, en créant une visibilité, en aidant à leur créer une place juridique et sociale, en luttant contre les discriminations qui leur sont faites et en militant pour la protection juridique des enfants et de leur famille. Nous avons toujours choisi la voie de la démonstration des réalités de vie des familles et futures familles LGBTparentales de manière visible et pédagogique. Nos revendications sont issues de ces réalités de vie, les faire partager au plus grand nombre est donc nécessaire pour permettre la compréhension de nos revendications.

Grâce à cette nouvelle rubrique de notre blog, nous souhaitons notamment illustrer les différences de traitement des enfants pourtant conçus de manière identique… selon la nationalité/ lieu de résidence de leurs parents.

Nous avons fait appel à la solidarité des familles homoparentales francophones à l’étranger afin de nous aider à faire avancer les droits des familles LGBTparentales françaises en racontant leur parcours parental et particulièrement comment elles ont pu faire établir la filiation pour protéger leurs enfants dans leur pays.

Nous menons cette action en partenariat avec deux associations de référence :

Homoparentalités.be pour la Belgique

Coalition des familles homoparentales pour le Québec

Alors à votre avis…

Et ailleurs, ça se passe comment ?