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Témoignage de Marie (n°19)

21 Jan

Nous avons décidé de faire un bébé (d’essayer…) en août 2010, juste après notre PACS. Nous étions ensemble depuis un peu plus de deux ans à cette époque.
Nous avons commencé par chercher un donneur connu, dans notre « deuxième cercle » de connaissances. Nous avions trouvé quelqu’un qui s’est rétracté début janvier 2011, nous laissant donc un peu démunies. Après réflexion, nous avons opté pour un donneur anonyme, notamment suite à un argument apporté par une de mes amies « au moins, avec un donneur anonyme, l’enfant fait « le deuil » d’un père qu’il n’aura jamais et ne risque pas d’avoir d’attentes vis-à-vis de son géniteur ». C’était pas faux, on a donc dit banco.
Nous avons donc eu notre premier rdv à Barcelone début février 2011 puis nous avons fait trois IAD (Insémination Artificielle avec Donneur anonyme) là-bas, dans mon ventre. J’étais la plus jeune, ma compagne venait de perdre son job, voilà comment le choix s’est fait (et j’étais très prête et elle moins).
Après avoir dépensé 6000€ en trois mois, nous avons compris que l’Espagne ne nous conviendrait pas. Chacun de ces essais était stimulé (bien que je n’ai a priori pas de souci particulier (j’avais 27 ans)), mais rien n’a pris.
Suite à cela, nous sommes parties à Gent où j’ai refait 3 IAD stimulées mais très mal encadrées (sans gynéco en France, et mal suivies par l’hôpital belge). Trois nouveaux négatifs.
Après un an de stim, j’étais à bout et ma compagne avait envie de s’y mettre (elle avait 35 ans).
Nous sommes parties à Liège, où nous sommes encore aujourd’hui.
Là-bas, elle a fait 5 IAD stimulées, toutes négatives, puis une FIV (Fécondation in Vitro), négative et sans embryon à congeler, une seconde FIV qui nous a donné un joli espoir qui s’est envolé après 7 semaines de grossesse, un TEC (Transfert d’Embryon Congelé) d’un embryon restant de la FIV 2 qui n’a pas pu avoir lieu car l’embryon n’a pas survécu à la décongélation, une 3ème FIV mi juin qui a conduit à un nouveau négatif, et un dernier TEC qui n’a pas pu avoir lieu.

Enfin, je m’y suis remise à mon tour, j’ai fait une FIV pour laquelle ma stimulation a été un peu trop forte, m’a donné des maux de ventre terribles, une souffrance incroyable à la ponction des 14 ovocytes, puis les jours suivants. On m’a transféré un embryon qui n’a pas tenu, lui non plus. Il reste 8 embryons congelés là bas, mais au bout de trois ans de douloureux et couteux parcours, il devient nécessaire de faire une pause. Cette pause que nous n’avons encore jamais faite, en enchaînant 15 échecs et 2 faux départs, en encaissant une fausse couche, et en ayant dépensé à l’étranger l’équivalent de plus d’un an de salaire…

Alors, vous n’y avez rien compris ? Dites-vous que nous non plus au début. Et que si on avait tout simplement eu le droit de vivre tout cela en France, à côté de chez nous, la peine de de ce parcours long et compliqué n’aurait pas été amplifiée par la honte de devoir quitter mon pays pour avoir le droit d’espérer, un jour, fonder une famille.

Ou sinon, comme les gens idiots racontent parfois, je n’ai qu’à « me faire un mec dans une boîte de nuit ». Ben oui, c’est pas beau de faire des enfants illégalement…

Marie

Témoignage de Lucy (n°18)

13 Jan

Charlotte et moi sommes en couple depuis 3 ans. Entre elle et moi, le départ fut mouvementé car nous étions chacune en couple avec d’autres femmes lorsque nous nous sommes rencontrées. Limpide et clair, elle et moi ne pouvions plus passer la moindre journée et la moindre nuit l’une sans l’autre. Au delà d’un coup de foudre, l’union de nos deux êtres nous a fait nous sentir entières, nous a fait grandir et mûrir à une vitesse incroyable. Nous avons emménagé ensemble 4 mois après notre première rencontre, même si cela a pu sembler prématuré, nous en avions le désir et rien n’était forcé. L’année suivante, nous avons emménagé ensemble dans la Ville Rose, accueilli un chat et nous nous sommes fiancées officiellement.

Le temps a passé, nos amis deviennent parents les uns après les autres et avec la jalousie que nous éprouvions vient l’envie de devenir mamans à notre tour. Avoir un bout de nous, avec son tempérament de feu et mes jolies boucles brunes.

Après de longues discussions, nous avons pris la décision de lancer ce bébé d’amour à la fin de l’année prochaine car nous souhaitons avoir le temps de mettre encore quelques sous de côté afin de nous organiser un petit mariage simple (pour simplifier les choses ) et  de changer de maison et d’en trouver une où notre grenouille pourra avoir sa propre chambre.

Le choix de l’insémination avec donneur anonyme était une évidence car nous ne souhaitons pas partager l’autorité parentale, aussi je serai celle qui portera notre enfant.

Hormis ces informations, nous réalisons qu’il est dur de connaître toutes les procédures liées à la conception de ce bébé. Les médecins sont rarement confrontés à ce type de situation et sont frileux dès qu’il s’agit de donner des informations et connaître ses VRAIS droits est presque impossible, j’ai lu bon nombre de témoignages à ce sujet et chacun comportait son lot de mauvaises surprises.

Le mariage gay a aidé à l’éclaircissement, mais quelles sont nos options lorsque nous ne souhaitons pas avoir recours à des cliniques spécialisées en Espagne ou en Belgique? Demander à un passant dans la rue de nous donner son sperme? Tout ça pour s’inquiéter de l’avenir de son enfant en cas de décès et se battre avec le tribunal pour obtenir une adoption plénière ?
Il est temps de faire bouger les choses, que de réelles solutions soient trouvées. Nous avons trop de questions et pas assez de réponses.

Lucy

Témoignage de Sylvie (17)

21 Jan

Dans un mois, ma fille va naître. Elle ne sortira pas de mon ventre mais de celui de ma compagne. Et pourtant, elle sera quand même ma fille.

• Parce que je suis très amoureuse de son autre maman et que fonder une famille nous a semblé naturel. Fonder une famille lorsque l’on est un couple heureux, c’est juste normal.

• Parce qu’avec ma compagne, nous avons réfléchi à la manière de concevoir cet enfant, à la manière de l’éduquer, à la manière de défendre ses droits pendant 2 ans avant de passer à l’acte en prenant contact avec des cliniques belges. Notre désir d’enfant a été murement réfléchi, bien plus que dans la plupart des couples hétérosexuels de ma connaissance.

• Parce que j’ai parlé de ce désir d’enfant à tout mon entourage pendant des années et qu’à tous, ce désir a semblé couler de source. Maintenant que ma compagne est enceinte, ma mère me dit qu’il est possible que ma fille me ressemble. Ma sœur n’arrête pas de me répéter que dès que sa nièce viendra au monde, elle prendra sa voiture et fera 800 km d’une seule traite pour venir embrasser ma fille et me donner des conseils. Mon père m’aide à installer sa chambre. Mes amis me harcèlent pour connaître son prénom.

• Parce que j’ai été là pendant sa conception. C’était en Belgique, dans une clinique où l’on nous a accueillies, conseillées, choyées comme de futurs parents tout simplement, ni plus ni moins.

• Parce que comme tous les parents, je n’arrête pas de penser à ce petit être que je vais élever : la première fois que je la tiendrai dans mes bras, la première fois que je la verrai téter le sein de ma compagne,  la première fois qu’elle me serrera la main, la première fois que je lui ferai prendre un bain, la première fois qu’elle me sourira, la première fois qu’elle m’appellera maman, la première fois qu’elle marchera, … la liste est sans fin.

• Parce que je serai là quand elle viendra au monde. Je tiendrai la main de son autre maman et je couperai le cordon ombilical. Je l’embrasserai avec émerveillement.

• Parce que les liens biologiques n’ont aucune valeur. Ce n’est pas la biologie qui fait des êtres humains de bons parents. Ce qui compte, c’est que je sois là pour la nourrir, la laver, l’habiller, la coiffer, la consoler, l’amuser, lui lire des histoires, lui préparer à manger, l’emmener au parc, l’emmener en vacances, l’aider à faire ses devoirs, l’emmener au musée et au cinéma, … la liste est sans fin.

• Parce que quand je pense à ce petit être qui est en train de grandir dans le ventre de ma compagne, je me dis que je ne peux plus imaginer ma vie sans elle. Elle fait déjà parti intégrante de ma vie, de mes pensées, de mes projections dans l’avenir.

• Parce que j’exige l’égalité avec les couples hétérosexuels. Lorsqu’un couple hétérosexuel a recours à la PMA, on leur octroie la filiation automatiquement.

• Parce que si on écoute les « bien pensants », les femmes n’auraient toujours pas le droit de voter, ni celui de divorcer, ni celui d’ouvrir un compte en banque sans l’aval de leur maris, ni celui d’avorter.

Pourtant, tant que la loi ne reconnaîtra pas ma famille :

• Les médecins pourront me refuser l’accès à la salle de naissance lorsque ma fille naîtra.

• Je dépendrai du bon vouloir des médecins s’il arrive quoi que ce soit à ma fille. (Ils peuvent refuser que j’assiste à la consultation)

• Je n’apparaîtrai pas sur le livret de famille de ma fille. Légalement, elle n’aura qu’un seul parent.

• Ma fille ne portera pas mon nom.

• Ma fille aura autant de liens juridiques avec moi et ma famille que ma voisine, autrement dit : aucun.

• J’aurai besoin d’une autorisation de ma compagne pour aller chercher ma fille à la crèche et à l’école.

• Je ne pourrai pas me présenter comme parent d’élève.

• Je pourrais perdre ma fille si ma compagne décide de me quitter.

• Je pourrais perdre ma fille si ma compagne venait à décéder.

• Je pourrais abandonner ma compagne et ma fille sans avoir de compte à rendre à personne.

• Ma fille n’aura pas de liens juridiques avec ses frères et sœurs (parce que oui, nous désirons avoir d’autres enfants et je désire en porter aussi).

• Ma fille ne pourra pas hériter de moi.

• Je serai une sous citoyenne avec pour seule raison le fait que je sois homosexuelle, orientation sexuelle que, je le rappelle, je n’ai pas choisie. Cela fait partie de mon identité, de mon essence. Au même titre que ma couleur de cheveux, la grandeur de mes mains, la forme de ma bouche, le timbre de ma voix, la grandeur de mes jambes… Je suis homosexuelle et je suis mère. Donnez-moi des droits parce que je suis une mère comme les autres, ne me les refusez pas parce que je suis lesbienne.

En bref, si la loi ne prend pas en compte nos familles, je devrai continuer à trouver des pansements à mettre sur tous les vides juridiques auxquels ma famille sera confrontée jour après jour.

Témoignage de Tatiana (16)

19 Jan

La lecture d’un article récent m’a décidée à écrire ce témoignage. Brillamment intitulé « Il faut se méfier de la France bien élevée », il parlait de tous ces gens, soi disant, bien éduqués, qui se lèvent dans le métro, qui ne disent jamais rien, qui respectent les autres … et qui décident de manifester pour que d’autres n’aient surtout pas les mêmes droits qu’eux.

Claire et moi nous sommes rencontrées il y a un peu plus de 4 ans.
Jeunes filles sages par excellence. Pas de crise d’adolescence tonitruante, bonnes études, bon poste, bon salaire, polies, bien sous tous rapports. Je pousse le vice jusqu’à avoir grandi entourée de ceux qui défilaient dimanche 13 Janvier. Je suis allée au cathé avec eux, j’ai campé avec  eux, j’ai prié avec eux, j’étais sur le Champ de Mars avec eux pour accueillir JPII mais jamais, je ne les aurais accompagnés dans une manifestation pour que d’autres n’aient pas les mêmes droits que moi.

Ok en l’occurrence mes droits à moi ou, plutôt ceux de ma fille qui va naître d’ici 1 mois ½.
Mais comme je suis lesbienne, je ne suis plus « bien élevée » et je n’ai pas le droit de reconnaître l’enfant qui va naître dans notre couple et qu’il me tient tant à cœur de protéger. Pourtant, être « bien élevé », pour moi, ce n’est pas baiser avec quelqu’un qui n’est pas de mon sexe, c’est, en tout temps, prendre soin d’autrui.

De celle qui partage ma vie déjà et de celle qui va venir la rendre plus belle encore. 4 ans qu’on grandit ensemble, qu’on avance, pas toujours bien droit, mais comme tant de couples. Que, même fâchées, on prend soin de l’autre. Qu’on fait ce qu’il faut pour construire un foyer qu’on veut le plus sécurisant, le plus aimant et le plus propice à l’éducation d’un enfant.   2 ans ½ qu’on parcourt les routes aussi. On finit par bien connaître la Belgique. 2 ans ½  qu’on cherche un pharmacien sympa, un laboratoire pas trop curieux, un gynéco qui retranscrit les ordonnances belges, 2 ans ½ que le pays qui nous a vues naître, pour lequel on paye des impôts, ignore notre couple et notre volonté d’avoir un enfant. 2 ans ½ où j’ai rassuré, consolé, accompagné, soupiré, cru, désespéré, voulu, laissé tomber, espéré, raconté, tu, prié aussi.

7 mois ½ qu’on attend une petite puce. 7 mois ½ que Claire est enceinte d’un enfant qui n’est pas légalement le mien. 7 mois ½ que je suis à toutes les échos, aux rendez-vous avec les sages-femmes, que je participe aux séances d’haptonomie. 7 mois ½ que je rassure, espère, attends, achète, installe, décore, choisis un prénom, bricole…. et prie aussi.

1 mois que j’ai peur. Qu’il arrive quelque chose à Claire pendant l’accouchement. Que je ne peux même me raccrocher à la « sécurité » qui est accordée au père lorsque celle qu’il aime, meurt en couches.  Que je me dis que cette enfant pourra m’être retirée sans aucune difficulté. 1 mois que j’entends, de partout, des propos ignobles sur nos couples, nos familles, nos enfants. 1 mois que je suis prise à parti par tout un tas de gens qui pensent pouvoir me dire ce qui m’est nécessaire et le sera à ma fille.

Une seule chose lui est nécessaire : vivre dans un pays où ses 2 parents sont reconnus. Où elle pourra jouir de la sécurité que représente une double filiation. Un pays où ses deux mères pourront la protéger de la même façon. Un pays où les liens du cœur seront aussi importants que ceux du sang. Un pays où parents sociaux, homos comme hétéros (si le seul lien reconnu est le lien « biologique », alors les parents adoptifs ne sont rien pour leur enfant et sont également des parents sociaux) seront légalement reconnus parents de l’enfant qu’ils ont désiré.

En attendant. Dans une semaine. Je manifeste. Pour Elle.

Tatiana

 

Témoignage de Morgane (15)

19 Jan

Je m’appelle Morgane, j’ai 41 ans…
J’ai depuis toujours désiré un enfant.
Mon rêve était de fonder une famille avec une femme que j’aimerais et qui pour moi serait égale concernant les droits et les devoirs par rapport à cet enfant. Je me voyais avec un p’tit bout, avec ma p’tite femme et notre amour plus fort que tout…Je me voyais fonder une famille entourée d’amour, une famille avec 2 mamans et l’amour de notre enfant…
Ce n’était pas un caprice que de désirer un enfant, c’était une envie, un désir de donner la vie, d’être mère et de partager avec ma compagne ce bonheur…Mais du rêve à la réalité, la route est longue, chaotique, difficile, parsemée de morceaux de verre pointus qui vous coupent à chaque pas les pieds….
Avec ma première compagne, j’ai essayé quand j’avais 20 ans avec un donneur par insémination artisanale : échecs sur échecs, tristesse, déception…
Les années ont passé : séparation, case départ…
Une nouvelle vie, un nouvel amour et toujours cette envie forte en moi d’avoir un enfant qui ne me quitte pas…
Je réitère avec ma nouvelle compagne par insémination artisanale. Au bout de 3 mois le type nous lâche…

J’ai alors 35 ans. La recherche d’un nouveau donneur m’épuise : expliquer, réexpliquer que ce sera sans rapport sexuel. Je fais le tour de mes connaissances masculines, ceux qui ne refuseront pas me diront : « je suis ok mais on fait ça naturellement »…Naturellement, mon corps le refuse, je ne peux pas, c’est impossible. J’ai épuisé mon carnet de connaissances…

Alors je me tourne vers la Belgique : une clinique accepte de pratiquer une insémination. Il n’y a, à cette époque, pas d’attente mais je dois suivre un protocole de stimulation ovarienne : piqûres dans le ventre, échographie tous les 2 jours, puis quand le follicule atteint sa taille, coup de fil à la clinique pour prévenir que c’est ok..

Je suis heureuse, je me mets à y croire, ma compagne jusque-là motivée commence à me délaisser totalement. Ce désir d’enfant, l’envie de donner la vie prend le dessus. Je suis maintenant seule à affronter cette aventure…

La dernière échographie montre 3 follicules assez mûrs pour pratiquer une insémination, ces 3 follicules sont comme des bébés, sur les 3 je sais qu’il y aura mon enfant. J’ai les larmes qui me montent aux yeux, je suis comme dans un rêve… Coup de fil à la clinique, j’ai 36 heures après la dernière piqûre pour me rendre en Belgique…Bruxelles, la Belgique, la clinique, j’y suis enfin…La salle d’attente se remplit à vue d’œil, je regarde ces femmes seules ou en couple. On m’appelle, c’est enfin mon tour. La dame qui va m’inséminer est celle qui m’avait reçue avec mon amie… »Alors vous avez un follicule de mûr? » Oui j’en ai trois.

« Trois! Mais vous vous rendez compte trois! Je ne veux pas trois follicules mais un, je ne vais pas vous inséminer, je n’en veux qu’un! Ah vous les Françaises et vos gynécologues, vous ne comprenez rien! »

La terre s’écroule sous mes pieds, je me mets à pleurer, elle a la fiole d’insémination dans la main, je la supplie de m’inséminer lui disant que sur les trois, tous ne marcheront peut- être pas…Elle ne veut rien savoir…En partant je regarde une dernière fois la salle d’attente pleine et je me dis que l’une d’elle portera mon enfant…

Sur le chemin du retour, je n’arrête pas de pleurer, je me sens humiliée, rabaissée…Après toutes les prises de sang subies, tous les examens, les piqûres, les échographies, je me sens honteuse!

Je téléphone à mon amie : « je rentre, tu seras la pour me prendre dans tes bras ? » « Non je ne serai pas là. » « Mais j’ai besoin de toi, moi! »

Quand j’arrive chez moi, il n’y a personne, le calme, le vide et la douleur…Je me rappelle d’un type qui me draguait…Je lui téléphone : accepterais-tu d’être mon donneur? Le type me dit « oui » « Sida etc c’est ok? » « Oui pas de soucis… » Je lui précise qu’il ne me touchera pas, il est ok aussi…Après avoir prévenu ma meilleure amie de l’endroit où j’allais me trouver et lui avoir donné toutes les coordonnées du donneur, je me suis pointée chez lui vers 19 h… Je lui ai tendu un magazine genre Play Boy avec des superbes nanas… Il m’a dit qu’il voulait me voir nue, que sinon il ne pourra pas… Me voici dans sa piaule à me mettre nue devant lui, je lui tends le flacon et lui dit : n’oublie pas de mettre dans ce flacon ta semence…Je me dégoûte mais dans ma tête je pense à cette dernière piqûre et ces 36 heures…Il ne me reste plus que quelques heures…Pendant qu’il fait son affaire, je pense à ma compagne…Si elle avait était là, si elle m’avait prise dans ses bras, si elle m’avait juste réconfortée, je ne serais pas là, nue devant ce type…

Quelques jours plus tard…Mes règles sont arrivées…

Si la PMA avait été autorisée en France, toute cette histoire ne se serait jamais passée. Si la PMA avait été autorisée, je ne serais pas allée voir une psy en lui disant : je me dégoûte, je suis une moins que rien!

J’ai aujourd’hui 41 ans et les chances d’avoir un enfant s’amenuisent considérablement et je sais bien que malheureusement pour les nanas de plus de 40 balais, nous n’aurons pas le droit à la PMA, Cependant j’espère que la PMA verra le jour pour éviter à des tas de femmes de faire n’importe quoi et se retrouver devant une psy à lui dire : je me dégoûte!

Ce témoignage ne demande pas de jugement, il ne sert que de reflet à ce qui ne se voit pas, une pierre dans l’édifice pour toutes ces femmes seules ou en couple qui désirent un enfant…Ce désir que beaucoup vivent de l’intérieur avec toute cette souffrance et les non-dits…

 

 

Morgane

 

Témoignage d’Emilie et Edwige (14)

18 Jan

Notre histoire de futur parent

 

Notre désir de fonder notre famille est issu d’une longue réflexion.

Toute une période à se demander ce que la société pourrait penser de notre famille, de notre enfant, quelle place nous aurons.

Pourquoi devons-nous justifier et expliquer notre projet auprès de nos familles respectives, nos amie-s, notre travail…etc ?

Toute une période pour s’interroger et construire ce projet en commun, malgré les réticences de nombreuses personnes qui ne nous connaissent pas. Notre projet n’est pas un accident, mais le reflet de notre amour et l’envie d’agrandir notre famille car que cela plaise ou non, nous ne sommes pas qu’un couple mais aussi une famille, avec des grands-parents, des oncles, des tantes, des cousins et des cousines… ce qui fera de notre petit bout un enfant à part entière avec des repères et un environnement rempli d’amour et de stabilité.

Nous nous efforçons de ne pas juger notre prochain (et pourtant nous sommes agnostiques), et tous ces anti feraient mieux de balayer devant leur porte. Nous ne prendrons jamais notre enfant en otage pour défendre des convictions qui pourraient le dépasser et lui apprendre l’intolérance.

Notre projet est clair et limpide, nous nous lançons dans notre 1er premier essai en Juin prochain, nous avons choisi un donneur connu pour des raisons qui nous sont propres, intimes et qui vont avec nos valeurs.

Nous souhaitons pouvoir nous marier pour être toutes les deux protégées quoi qu’il arrive, pour que notre enfant ait un statut juridique qui correspond à son schéma familial sans que celui-ci soit tenu à notre sexualité ! Nous serons parents avant d’être LESBIENNES !

Alors vous anti, nous ne détruirons pas vos familles ou votre mariage ! Pensez plutôt à vos enfants que vous instrumentalisez à chaque manifestation ! Nous les plaignons sincèrement… NOUS ! Nous ne mentirons pas à notre enfant !

 

Émilie et Edwige.

 

 

Témoignage de Céline (13)

17 Jan

Je m’appelle Céline et je me décide enfin à témoigner à mon tour car je suis révoltée de voir que, dans notre pays, le pays des Droits de l’Homme, des gens militent et manifestent pour empêcher leurs concitoyens d’avoir le droit de s’aimer, d’être reconnus en tant que famille et d’en fonder une.

J’entends tellement d’ignominies et je supporte de plus en plus difficilement de voir comment mon existence, ma vie et mon couple peuvent être niés. Moi qui étais si fière d’être française, j’en arrive à en avoir honte devant les idées rétrogrades des opposants au Mariage Pour Tous.

J’aime ma femme depuis 4 ans et nous sommes pacsées depuis 3 ans, dès notre rencontre, s’unir et fonder une famille était une évidence.

Nous essayons d’avoir un enfant depuis 2 ans.

J’ai passé des heures, des nuits à rechercher des informations sur la façon de procréer en étant un couple de femmes, consulté des forums sur internet, lu des livres, et comme tant d’autres avant nous, et tant d’autres actuellement, pris des rendez-vous, consulté des médecins, fait des kilomètres et des kilomètres vers la Belgique, des examens douloureux, des piqûres, dépensé des milliers d’euros… pour rien.

Désormais, faute de moyens financiers, nous avons dû abandonner la PMA belge et trouver un gentil jeune homme qui accepte de nous aider… à qui nous devons faire entièrement confiance et ne pas trop penser au risque sanitaire que j’encoure car il a sa vie également, sans parler de l’illégalité… pour nous comme pour mon gynécologue qui risque très gros à me prescrire des traitements destinés uniquement aux couples hétérosexuels infertiles…

Et malgré tout cela, malgré les risques de contracter une maladie très grave et mortelle, malgré les traitements qui me fatiguent, épuisent mon corps, provoquent de très fortes de douleurs, je continuerai jusqu’à ETRE MAMAN ! car je n’imagine pas ma vie autrement. En attendant, je pleure toutes les larmes de mon corps à chaque échec car j’ai si peur que notre rêve n’aboutisse jamais que parfois je m’en rends malade.

Nous EXISTONS, nous TRAVAILLONS, nous PAYONS NOS IMPÔTS  nous VOTONS, pensez-vous vraiment qu’une loi nous empêchera de fonder notre famille ?

Elle ne l’empêche absolument pas actuellement !

Des centaines de milliers d’enfants EXISTENT et ne sont absolument pas protégés par les lois de LEUR PAYS.

C’est inadmissible et insupportable de savoir cela, de le vivre, de le SUBIR.

Nous n’empêchons personne de s’unir, de vivre, d’avoir des enfants, de quel droit tente-t-on de nous l’interdire ?

Un papa, une maman, pour reprendre le fameux slogan totalement stupide de gens dont je ne citerai pas le nom, nous non plus on ne ment pas à nos enfants, les enfants sont loin d’être bêtes, apparemment, ces gens-là ne l’ont pas encore compris, et les nôtres ne sont pas élevés dans le déni de la réalité.

Une question, M. le Député, pourquoi ne sommes nous pas considérés comme des citoyens français à part entière ?

Sommes-nous vraiment coupables de nous aimer ?

Céline

Témoignage de Valérie et Leslie (12)

17 Jan

Nous ne sommes pas encore mamans, malgré tout nous nous sentons évidemment très impliquées dans cette loi.
Nous ne sommes pas encore parents que nous nous inquiétons déjà pour les droits de chacune et la protection de nos enfants.

Nous sommes ensemble depuis bientôt 4 ans, et partageons les joies de la vie a deux depuis 2 ans.
Le désir d’enfant n’a jamais été un tabou, mais bien la consécration de notre amour.
Quelle joie de sentir un petit être dans son ventre, un petit être pour qui nous donnerions notre vie.

Les familles homoparentales existeront avant ou après ces manifestations. Le nier c’est empêcher les enfants d’homos d’avoir la même protection que tout autre enfant.

Le débat sur le mariage et l’adoption devient stérile, limite dangereux dans les mots. Nous avons même entendu se glisser inceste, pédophilie…

Nous n’imaginons pas notre vie sans enfant. Malgré tout pour y arriver nous devrions traverser bon nombre d’épreuves physiques et psychologiques.

Nous avons opté pour une IA [insémination artisanale], la PMA étant beaucoup trop cher et trop éprouvante. Même si nous avons choisi l’IA, nous sommes hors-la-loi, donc nous risquons beaucoup autant sur le plan judiciaire qu’hygiénique.

Et si pour donner la vie et fonder une famille il faut en passer par là, nous sommes prêtes et nous nous battrons.

Valérie et Leslie

 

Témoignage de Melvine (11)

17 Jan

Je m’appelle Melvine, j’ai 26 ans et je vis en couple depuis bientôt 5 ans avec ma moitié. Cinq années de purs bonheurs avec elle (le « s » à la fin du mot bonheur n’est pas une faute de frappe..), mais aussi 5 ans de combat, qui j’espère prendra fin bientôt.

Nous ne sommes pas encore mamans, mais nous souhaitons plus que tout au monde le devenir. Voilà maintenant 4 ans que nous en discutons et 1 an que ce projet de maternité devient de plus en plus concret.

Notre maison s’agrandit tout doucement au fur et à mesure de nos démarches, nous irons prochainement à la rencontre de celui qui sera peut être le père de notre enfant…Dur dur de faire confiance à un inconnu, malheureusement nous manquons de temps et d’argent pour un parcours en PMA, alors nous allons nous improviser chimistes afin de concevoir notre enfant, ce qui est loin d’être sans danger pour notre santé. Tout serait tellement plus facile et sécurisant si notre pays acceptait la PMA pour les couples de même sexe.

Cette loi est également indispensable afin de protéger les enfants issus des familles homoparentales, notamment pour la reconnaissance du parent social.

Il y a 3 ans, les médecins m’ont annoncé leur diagnostic : « Maladie orpheline » = maladie rare délaissée par la recherche médicale car trop peu de cas. Dans notre malheur, une lueur d’espoir : ce n’est pas une maladie héréditaire et elle n’affecte en aucun cas la stérilité.

Toujours est-il que s’il m’arrive malheur, ma compagne n’aura aucun droit sur notre enfant. La tutelle testamentaire ne pourra qu’influencer la décision d’un juge, elle n’a aucun pouvoir dans sa décision.

Notre premier combat fut semblable à celui d’un bon nombre d’homos, l’acceptation par mes parents. Après avoir été insultée, humiliée, violentée et considérée comme « anormale », il nous aura fallu 2 ans pour reprendre un dialogue parents/enfant normal, pour qu’ils « acceptent » ma compagne, puis finalement décident d’ignorer notre vie.

Le mariage devient donc pour nous et toutes les familles semblables à la nôtre, la seule protection pour nos enfants et futurs enfants, mais aussi la concrétisation de notre amour.

Tout aurait été différent si Julie s’était appelé Julien, c’est malheureux mais il suffit parfois qu’une lettre manque à l’appel pour qu’une famille vole en éclats…

 

Melvine

 

Témoignage de Stéphanie (10)

15 Jan

2 ans pour en arriver là…

Ça fait 2 ans qu’on essaie de faire un bébé, qu’on essaie de fonder notre famille sans se soucier des qu’en dira-t-on, sans prendre la peine de savoir ce que Pierre, Paul ou Jacques peuvent bien en penser.

2 ans qu’on a fait de ce projet un combat quand on sait qu’en France ce projet nous est interdit.

2 ans de parcours, de recherche, de rencontres avec des familles homoparentales, de dialogues, de questions, de doutes, de découvertes, d’ordonnances, de traitements, de piqûres, d’attentes, d’espoirs, de déceptions, d’allers-retours en Espagne, en Belgique, en Belgique, en Belgique…

2 ans de militantisme…

2 ans jusqu’à ce jour de décembre où tout a basculé, et où ce rêve est enfin devenu réalité !

Et pourtant, aujourd’hui, quand je vois la violence des propos des anti, quand j’entends leurs arguments, pauvres arguments,  aussi homophobes qu’ils les pensent pertinents, quand je découvre combien ils ont été à descendre dans la rue pour lutter contre une future loi plus égalitaire pour tous, et qui permettrait à d’autres d’avoir les mêmes droits qu’eux. Oui quand je prends conscience de tout cela, je réalise que finalement je suis presque heureuse que notre enfant ne soit pas encore là, en âge de comprendre tout cela et de subir la violence de ces propos… De ces attaques… De ces discriminations… De cette homophobie décomplexée…

 

Stéphanie

 

Témoignage de Sandrine (9)

14 Jan

Je m’appelle Sandrine et ma compagne Odile. Nous sommes pacsées et vivons ensemble depuis plusieurs années.

Depuis septembre 2010, nous avons entamé notre parcours en Belgique afin d’être aidées pour avoir notre enfant et devenir parents.

Nous avons procédé à 9 IAD et 1 FIV qui ont toutes échoué. Ces échecs sont très difficiles à vivre normalement mais sont accentués par toutes les difficultés que nous rencontrons parallèlement dues à notre statut d’homosexuelles. Néanmoins, malgré les kilomètres à parcourir, malgré les examens à faire en dernière minute et la course aux ordonnances qui s’en suivent, malgré l’épuisement physique dû au traitement, malgré l’épuisement psychologique à devoir faire face à tous ces obstacles dont nous pourrions être soulagées si notre pays nous reconnaissait, malgré les mensonges que nous devons dire à nos employeurs pour justifier nos absences de dernière minute car nous ne pouvons pas leur dire la vérité sans prendre le risque de nous dévoiler et de nuire à notre carrière professionnelle, malgré les frais engagés non remboursés qui entament durement nos économies, malgré tout cela, nous sommes en route pour notre seconde FIV.

Nous sommes plus motivées que jamais grâce à l’équipe médicale Belge qui nous suit et que nous remercions de tout cœur de nous considérer comme un couple à part entière alors que nous ne sommes même pas mariées,

Merci d’avoir considéré avant tout l’amour que nous nous portions et notre désir d’enfant, plutôt que notre orientation sexuelle,

Merci pour votre tolérance, votre compréhension, votre complicité et votre gentillesse à nous encourager,

Merci de ne pas nous juger,

Merci du fond du cœur de nous permettre d’être nous-mêmes et de réaliser notre rêve,

Merci de nous accepter telles que nous sommes et à défaut de l’être dans notre propre pays.

 

Sandrine

 

Témoignage de Marie (8)

14 Jan

Une 1ère rencontre, il y a 8 ans et demi, d’abord un baiser échangé timidement parce que ça ne se fait pas deux filles ensemble… Puis un 2ème, puis s’assumer, accepter, faire accepter, vivre ensemble et avoir des projets communs.  Des projets de plus en plus ambitieux, mais que l’on regarde parfois de loin. Tout ce que j’imaginais avec un homme, en aurais-je le droit ? Aurais-je le droit de faire ce sur quoi tous les contes de fées concluent ? Être heureuses et avoir des tas d’enfants ?

D’accord, pour le prince charmant, on repassera… Mais une princesse charmante a tout autant d’atouts !

Et puis les projets nous rattrapent et prennent de l’ampleur, notre « nous » se concrétise, se solidifie. Finalement nous optons pour un parcours « classique » ; comme tout couple lambda, nous aspirons à un foyer, et y fonder une famille.  Voir des bambins courir dans la maison, les élever ensemble. Avoir le droit de vivre ça, de s’engueuler ensemble à propos de la couleur de la chambre de bébé, veiller des nuits entières auprès de son enfant malade, avoir peur pour lui lors de sa 1ère rentrée, se faire traiter de vieilles chouettes quand il aura 15 ans… Pourquoi ne serait-ce qu’un privilège d’hétéro ?

Un parcours classique dans la tête oui, mais dans la réalité un peu plus compliqué. Etudier la question dans un monde tellement culpabilisant… Devoir parfois se justifier,  dans ce choix si égoïste de vouloir un enfant qui sera malheureux quoiqu’il arrive parce qu’il va naître dans une famille différente. Mais c’est ce regard là qui nous rend différentes…

Depuis quand vouloir un enfant n’est pas un acte égoïste ? Ce prolongement de soi, voir un petit être nous appeler maman, aimer et être aimée…

Et puis on passe le pas, d’abord on n’en parle à personne, de peur d’avoir de la pression de la part de nos proches, et de devoir expliquer nos démarches, les allers-retours en Belgique, les espoirs, les désillusions… Et puis un beau jour, c’est le bon, le test est positif et le ventre s’arrondit autant que nos yeux brillent et nos mains deviennent fébriles… Nous allons être parents !

Et puis la chance d’avoir une famille (presque) totalement derrière nous, à ne pas juger, à nous regarder réellement comme un couple qui souhaite fonder une famille.

Parfois des repères difficiles à trouver dans le couple. Pour la femme enceinte, c’est facile de se représenter, d’assumer le regard des autres et d’avoir une place sociale connue et reconnue. Mais pour celle qui accompagne, celle qui n’est pas le père, n’aura pas de liens biologiques avec cet enfant, aux yeux de ces autres, elle ne ressemble pas à ces futurs papa qui bricolent et retapent la chambre de leurs mains ou se ruent chez le concessionnaire acheter une nouvelle voiture plus grosse… Pourtant ce sont ces mêmes mains qui frôlent la peau, qui ressentent exclusivement les premiers mouvements, qui partagent cette intimité et crée un lien avec son futur enfant. C’est elle qui accompagne, qui vit, subit parfois, répond à certaines exigences de la femme enceinte… Qui emmène à la maternité et coupe le cordon…

Elle est une maman qui n’aura pas été enceinte. Pas simple…

Etre une famille homoparentale, c’est donc tout un schéma à créer, à s’approprier à défaut de pouvoir être reconnu par tous ces gens qui jugent, qui osent interdire à un couple épanoui et prêt (il le faut pour pouvoir emprunter ce parcours…) à être parent. C’est à la fois déroutant et excitant.

D’un point de vue médical, tous les professionnels que l’on a rencontrés en Belgique et en France ne nous ont JAMAIS jugées, nous ne sommes jamais senties différentes, et ils ont accepté sans aucun sous entendu ou mise à distance notre relation. Les échographies, les consultations, la préparation à l’accouchement… Nous ne sommes apparemment pas les premières et ne seront évidemment pas les dernières, même dans notre petite maternité, à être 2 femmes, prêtes à donner la vie, sans mensonge, avec pudeur et avec cette même envie que n’importe quel couple !

Alors, qu’attend-on…

Dans quelques jours, nous serons 3. Alors, oui, nous serons comblées et ravies. Comme un couple hétéro, ce sera le plus beau jour de notre vie. Comme un couple hétéro, nous recevrons famille et amis pour fêter l’arrivée de notre bébé. Comme un couple hétéro, nous élèverons cet enfant avec les valeurs qui nous semblent justes et qui nous correspondent. Mais par contre, parce que nous sommes homos, le livret de famille ne comportera que mon nom. Parce que nous sommes homos, il faudra expliquer notre situation, affronter les regards.  Parce que nous sommes homos, nous n’aurons pas les mêmes droits, bien que nous ayons les mêmes devoirs : assurer la sécurité physique et morale de notre enfant, celui que nous avons fait ensemble, l’aimer, le protéger et le faire grandir du mieux que l’on pourra… Comme dans toutes les familles.

 

Marie

 

Témoignage d’Anne (7)

13 Jan

Au lendemain du 6 mai 2012, c’était la joie complète dans notre foyer et mon cœur se gonflait doublement d’espoir : j’apprenais ma grossesse (ma dernière FIV avait marché)  -promesse d’une vie tellement désirée-, et je venais de contribuer à élire un président qui me donnait à croire en des droits nouveaux pour ma compagne et en une meilleure protection de notre enfant à venir.

Enfin, nous voyions le projet parental que nous portions depuis de longues années aboutir sous des horizons plus favorables pour les familles homoparentales. Nous avions passé tant de temps à réfléchir sur notre envie de fonder une famille et sur notre capacité à devenir parents, à nous projeter dans notre vie à 3, à 4 peut être… Que de lectures et de questionnements sur les familles homoparentales nous avions mis en discussion.

Nous avions fini par choisir la méthode qui nous convenait le mieux et avec laquelle nous nous sentions à l’aise pour expliquer à notre futur enfant son histoire et sa conception ;  nous avons opté pour la Procréation Médicalement Assistée avec donneur anonyme et nous nous sommes alors tournées vers l’étranger.

A cinq semaines de l’accouchement, on oublierait presque les trois difficiles années passées à essayer de faire un bébé :

– les nombreux échecs, les déboires médicaux divers, les fausses couches et leurs lots de peines, de douleurs, de découragement,

– le couple qui souffre et qui s’accroche vaille que vaille,

– les finances qui suivent plus ou moins,

– la vie entre parenthèses conditionnée par un départ au pied levé à 1000 km de chez nous pour réaliser une IAD ou une FIV.

Nous avons eu la chance de croiser des professionnels formidables sur notre chemin. Nous avons été accompagnées par une gynécologue spécialisée en PMA qui voyait en face d’elle un couple désireux de construire une famille, qui a besoin d’un coup de pouce -comme ses patients habituels- et elle a toujours cherché avec nous le meilleur moyen d’aboutir à une grossesse. Nous nous sommes senties pleinement accueillies et reconnues en tant que futur couple parental dans les cliniques qui nous ont ouvert leurs portes en Belgique, comme en Espagne.

Aujourd’hui, nous nous sentons reconnues toutes les deux en tant que parents dans nos premières démarches de mamans. Nous sommes allées ensemble inscrire notre fille à la crèche, et nous avons été reçues comme les deux parents de notre enfant à naître. Tout au long du suivi de la grossesse, le corps médical s’est adressé au couple parental que nous formons avec professionnalisme et bienveillance ; nous ne nous sommes pas sentis des parents différents, mais juste des parents.

Néanmoins, j’ai demandé à la sage-femme qui fait la préparation à l’accouchement, comme à la gynécologue qui me suit à l’hôpital depuis le début de la grossesse, de bien vouloir rédiger une attestation pour prouver le cas échéant l’implication de ma compagne dans la grossesse, expliquant à chaque fois pourquoi ce papier peut être important pour notre famille. Je vais également  rédiger un testament, où je spécifierai qu’au cas où je décèderais je demande à ce que ma compagne soit nommée tuteur légal de mon enfant à naître. Etc…. Nous devons faire tout cela, bien que nous soyons déjà reconnues en tant que parents dans notre quotidien, car légalement à ce jour je suis le seul parent de notre enfant…

Notre fille viendra au monde en janvier 2013, au moment où sera examiné le projet de loi sur le mariage pour tous, la boucle pourrait être bouclée… et pourtant, depuis quelques  semaines j’ai juste envie de fermer ma radio, ma télé, mon ordi, car je ne supporte plus d’entendre des horreurs sur la famille que nous tentons de construire depuis plusieurs années, je ne supporte plus que ma fille soit rejetée avant même d’être née, je ne supporte plus que tant d’homophobie puisse se répandre si facilement dans les médias…

Ce sera notre travail de parents de la protéger de ces jugements qui existent dans la société, mais mesdames et messieurs les députés c’est à vous de fournir le cadre légal que nous attendons pour notre famille ; faites que sa famille et sa filiation soient reconnues, et ensemble nous laisserons moins de champ à l’homophobie et à la haine.

 

Anne

 

 

Témoignage d’Elise (6)

12 Jan

A ma femme, ma sœur, ma fiancée…

Voilà quatre mois que mon corps mûrit la vie, quatre mois que mon ventre s’arrondit.

Elle est là, ma fée du logis, mon infatigable abeille, nourricière du matin au soir. Elle va chercher au gré de mes envies, fruits merveilleux et légumes rares. Un jour, elle apporta des fraises de lune car son aimée porteuse de vie en avait émis le désir.

De chaque rendez-vous, de chaque bilan sanguin, de chaque échographie – bientôt six par mois, vrais jumeaux obligent-, elle m’honore avec des larmes dans les yeux. Insatiable de voir ce ventre qui s’arrondit à loisir, les yeux écarquillés. Émerveillée de ce corps qui s’épanouit devant elle. Sa main posée sur mon ventre palpitant, elle essaie d’en capter les ondes souterraines, le jour, la nuit, chaque seconde de cette grossesse sont dégustées, anoblies par elle.

Plusieurs fois par jour elle m’enduit le ventre puis tout le corps de ces mains longues et douces, de multiples onguents et crèmes destinés à nourrir la peau tendue.

Ma femme, ma sœur, ma fiancée, plus que mère de nos deux enfants à venir, je t’offre ces deux petits garçons en gage de mon amour. Toi, qui, déjà mère, ne le seras jamais autant qu’avec le présent de vie que je t’offre.

A cet être extraordinaire, je dédie ces moments de vie inoubliables, ce bonheur qui ignore la haine déroulée en banderole dans la rue, les visages grimaçants et les lois auxquelles il manque la fin.

Ces moments, personne, ni homme, ni dieu, ni démon, ne nous les voleront.

 

Elise

 

Témoignage de Sylvie (5)

11 Jan

Je m’appelle Sylvie. Avec ma compagne Elise, nous sommes pacsées depuis quelques années et nous attendons des jumeaux conçus par F. I. V. en Belgique à Gand.

Avoir ces enfants a été un combat de plusieurs années, en rupture avec la famille de ma compagne qui n’acceptait pas ce projet, en rupture avec notre employeur qui a réduit nos carrières d’infirmières à néant (nous obligeant à être de nuit pour ne pas « gêner » les équipes de jour incommodées par les allers-retours mensuels en Belgique). Un combat financier, où il fallut investir 18 000 euros pour faire 9 IAD et 2 FIV. Un combat psychologique, pour affronter 3 fausses couches, seules et sans soutien médical, où le couple a vacillé parfois pour mieux se retrouver ensuite. Un combat contre la bêtise ambiante des médias et de beaucoup dans la rue.

Physiquement et psychologiquement, ce fut difficile sur la longueur, il y a eu des moments d’espoir puis d’abattement pour finalement arriver au plus grand des bonheurs avec ces deux petits garçons à naître en mai. Il faut beaucoup d’amour pour faire un enfant quand on est différent dans notre pays.

Nous attendons beaucoup de la future loi à venir en espérant qu’elle ne soit pas un pastiche de loi.

Sylvie