Archive | Témoignages des futurs parents RSS feed for this section

Témoignage de Valérie et Leslie (12)

17 Jan

Nous ne sommes pas encore mamans, malgré tout nous nous sentons évidemment très impliquées dans cette loi.
Nous ne sommes pas encore parents que nous nous inquiétons déjà pour les droits de chacune et la protection de nos enfants.

Nous sommes ensemble depuis bientôt 4 ans, et partageons les joies de la vie a deux depuis 2 ans.
Le désir d’enfant n’a jamais été un tabou, mais bien la consécration de notre amour.
Quelle joie de sentir un petit être dans son ventre, un petit être pour qui nous donnerions notre vie.

Les familles homoparentales existeront avant ou après ces manifestations. Le nier c’est empêcher les enfants d’homos d’avoir la même protection que tout autre enfant.

Le débat sur le mariage et l’adoption devient stérile, limite dangereux dans les mots. Nous avons même entendu se glisser inceste, pédophilie…

Nous n’imaginons pas notre vie sans enfant. Malgré tout pour y arriver nous devrions traverser bon nombre d’épreuves physiques et psychologiques.

Nous avons opté pour une IA [insémination artisanale], la PMA étant beaucoup trop cher et trop éprouvante. Même si nous avons choisi l’IA, nous sommes hors-la-loi, donc nous risquons beaucoup autant sur le plan judiciaire qu’hygiénique.

Et si pour donner la vie et fonder une famille il faut en passer par là, nous sommes prêtes et nous nous battrons.

Valérie et Leslie

 

Témoignage de Melvine (11)

17 Jan

Je m’appelle Melvine, j’ai 26 ans et je vis en couple depuis bientôt 5 ans avec ma moitié. Cinq années de purs bonheurs avec elle (le « s » à la fin du mot bonheur n’est pas une faute de frappe..), mais aussi 5 ans de combat, qui j’espère prendra fin bientôt.

Nous ne sommes pas encore mamans, mais nous souhaitons plus que tout au monde le devenir. Voilà maintenant 4 ans que nous en discutons et 1 an que ce projet de maternité devient de plus en plus concret.

Notre maison s’agrandit tout doucement au fur et à mesure de nos démarches, nous irons prochainement à la rencontre de celui qui sera peut être le père de notre enfant…Dur dur de faire confiance à un inconnu, malheureusement nous manquons de temps et d’argent pour un parcours en PMA, alors nous allons nous improviser chimistes afin de concevoir notre enfant, ce qui est loin d’être sans danger pour notre santé. Tout serait tellement plus facile et sécurisant si notre pays acceptait la PMA pour les couples de même sexe.

Cette loi est également indispensable afin de protéger les enfants issus des familles homoparentales, notamment pour la reconnaissance du parent social.

Il y a 3 ans, les médecins m’ont annoncé leur diagnostic : « Maladie orpheline » = maladie rare délaissée par la recherche médicale car trop peu de cas. Dans notre malheur, une lueur d’espoir : ce n’est pas une maladie héréditaire et elle n’affecte en aucun cas la stérilité.

Toujours est-il que s’il m’arrive malheur, ma compagne n’aura aucun droit sur notre enfant. La tutelle testamentaire ne pourra qu’influencer la décision d’un juge, elle n’a aucun pouvoir dans sa décision.

Notre premier combat fut semblable à celui d’un bon nombre d’homos, l’acceptation par mes parents. Après avoir été insultée, humiliée, violentée et considérée comme « anormale », il nous aura fallu 2 ans pour reprendre un dialogue parents/enfant normal, pour qu’ils « acceptent » ma compagne, puis finalement décident d’ignorer notre vie.

Le mariage devient donc pour nous et toutes les familles semblables à la nôtre, la seule protection pour nos enfants et futurs enfants, mais aussi la concrétisation de notre amour.

Tout aurait été différent si Julie s’était appelé Julien, c’est malheureux mais il suffit parfois qu’une lettre manque à l’appel pour qu’une famille vole en éclats…

 

Melvine

 

Témoignage de Stéphanie (10)

15 Jan

2 ans pour en arriver là…

Ça fait 2 ans qu’on essaie de faire un bébé, qu’on essaie de fonder notre famille sans se soucier des qu’en dira-t-on, sans prendre la peine de savoir ce que Pierre, Paul ou Jacques peuvent bien en penser.

2 ans qu’on a fait de ce projet un combat quand on sait qu’en France ce projet nous est interdit.

2 ans de parcours, de recherche, de rencontres avec des familles homoparentales, de dialogues, de questions, de doutes, de découvertes, d’ordonnances, de traitements, de piqûres, d’attentes, d’espoirs, de déceptions, d’allers-retours en Espagne, en Belgique, en Belgique, en Belgique…

2 ans de militantisme…

2 ans jusqu’à ce jour de décembre où tout a basculé, et où ce rêve est enfin devenu réalité !

Et pourtant, aujourd’hui, quand je vois la violence des propos des anti, quand j’entends leurs arguments, pauvres arguments,  aussi homophobes qu’ils les pensent pertinents, quand je découvre combien ils ont été à descendre dans la rue pour lutter contre une future loi plus égalitaire pour tous, et qui permettrait à d’autres d’avoir les mêmes droits qu’eux. Oui quand je prends conscience de tout cela, je réalise que finalement je suis presque heureuse que notre enfant ne soit pas encore là, en âge de comprendre tout cela et de subir la violence de ces propos… De ces attaques… De ces discriminations… De cette homophobie décomplexée…

 

Stéphanie

 

Témoignage de Sandrine (9)

14 Jan

Je m’appelle Sandrine et ma compagne Odile. Nous sommes pacsées et vivons ensemble depuis plusieurs années.

Depuis septembre 2010, nous avons entamé notre parcours en Belgique afin d’être aidées pour avoir notre enfant et devenir parents.

Nous avons procédé à 9 IAD et 1 FIV qui ont toutes échoué. Ces échecs sont très difficiles à vivre normalement mais sont accentués par toutes les difficultés que nous rencontrons parallèlement dues à notre statut d’homosexuelles. Néanmoins, malgré les kilomètres à parcourir, malgré les examens à faire en dernière minute et la course aux ordonnances qui s’en suivent, malgré l’épuisement physique dû au traitement, malgré l’épuisement psychologique à devoir faire face à tous ces obstacles dont nous pourrions être soulagées si notre pays nous reconnaissait, malgré les mensonges que nous devons dire à nos employeurs pour justifier nos absences de dernière minute car nous ne pouvons pas leur dire la vérité sans prendre le risque de nous dévoiler et de nuire à notre carrière professionnelle, malgré les frais engagés non remboursés qui entament durement nos économies, malgré tout cela, nous sommes en route pour notre seconde FIV.

Nous sommes plus motivées que jamais grâce à l’équipe médicale Belge qui nous suit et que nous remercions de tout cœur de nous considérer comme un couple à part entière alors que nous ne sommes même pas mariées,

Merci d’avoir considéré avant tout l’amour que nous nous portions et notre désir d’enfant, plutôt que notre orientation sexuelle,

Merci pour votre tolérance, votre compréhension, votre complicité et votre gentillesse à nous encourager,

Merci de ne pas nous juger,

Merci du fond du cœur de nous permettre d’être nous-mêmes et de réaliser notre rêve,

Merci de nous accepter telles que nous sommes et à défaut de l’être dans notre propre pays.

 

Sandrine

 

Témoignage de Marie (8)

14 Jan

Une 1ère rencontre, il y a 8 ans et demi, d’abord un baiser échangé timidement parce que ça ne se fait pas deux filles ensemble… Puis un 2ème, puis s’assumer, accepter, faire accepter, vivre ensemble et avoir des projets communs.  Des projets de plus en plus ambitieux, mais que l’on regarde parfois de loin. Tout ce que j’imaginais avec un homme, en aurais-je le droit ? Aurais-je le droit de faire ce sur quoi tous les contes de fées concluent ? Être heureuses et avoir des tas d’enfants ?

D’accord, pour le prince charmant, on repassera… Mais une princesse charmante a tout autant d’atouts !

Et puis les projets nous rattrapent et prennent de l’ampleur, notre « nous » se concrétise, se solidifie. Finalement nous optons pour un parcours « classique » ; comme tout couple lambda, nous aspirons à un foyer, et y fonder une famille.  Voir des bambins courir dans la maison, les élever ensemble. Avoir le droit de vivre ça, de s’engueuler ensemble à propos de la couleur de la chambre de bébé, veiller des nuits entières auprès de son enfant malade, avoir peur pour lui lors de sa 1ère rentrée, se faire traiter de vieilles chouettes quand il aura 15 ans… Pourquoi ne serait-ce qu’un privilège d’hétéro ?

Un parcours classique dans la tête oui, mais dans la réalité un peu plus compliqué. Etudier la question dans un monde tellement culpabilisant… Devoir parfois se justifier,  dans ce choix si égoïste de vouloir un enfant qui sera malheureux quoiqu’il arrive parce qu’il va naître dans une famille différente. Mais c’est ce regard là qui nous rend différentes…

Depuis quand vouloir un enfant n’est pas un acte égoïste ? Ce prolongement de soi, voir un petit être nous appeler maman, aimer et être aimée…

Et puis on passe le pas, d’abord on n’en parle à personne, de peur d’avoir de la pression de la part de nos proches, et de devoir expliquer nos démarches, les allers-retours en Belgique, les espoirs, les désillusions… Et puis un beau jour, c’est le bon, le test est positif et le ventre s’arrondit autant que nos yeux brillent et nos mains deviennent fébriles… Nous allons être parents !

Et puis la chance d’avoir une famille (presque) totalement derrière nous, à ne pas juger, à nous regarder réellement comme un couple qui souhaite fonder une famille.

Parfois des repères difficiles à trouver dans le couple. Pour la femme enceinte, c’est facile de se représenter, d’assumer le regard des autres et d’avoir une place sociale connue et reconnue. Mais pour celle qui accompagne, celle qui n’est pas le père, n’aura pas de liens biologiques avec cet enfant, aux yeux de ces autres, elle ne ressemble pas à ces futurs papa qui bricolent et retapent la chambre de leurs mains ou se ruent chez le concessionnaire acheter une nouvelle voiture plus grosse… Pourtant ce sont ces mêmes mains qui frôlent la peau, qui ressentent exclusivement les premiers mouvements, qui partagent cette intimité et crée un lien avec son futur enfant. C’est elle qui accompagne, qui vit, subit parfois, répond à certaines exigences de la femme enceinte… Qui emmène à la maternité et coupe le cordon…

Elle est une maman qui n’aura pas été enceinte. Pas simple…

Etre une famille homoparentale, c’est donc tout un schéma à créer, à s’approprier à défaut de pouvoir être reconnu par tous ces gens qui jugent, qui osent interdire à un couple épanoui et prêt (il le faut pour pouvoir emprunter ce parcours…) à être parent. C’est à la fois déroutant et excitant.

D’un point de vue médical, tous les professionnels que l’on a rencontrés en Belgique et en France ne nous ont JAMAIS jugées, nous ne sommes jamais senties différentes, et ils ont accepté sans aucun sous entendu ou mise à distance notre relation. Les échographies, les consultations, la préparation à l’accouchement… Nous ne sommes apparemment pas les premières et ne seront évidemment pas les dernières, même dans notre petite maternité, à être 2 femmes, prêtes à donner la vie, sans mensonge, avec pudeur et avec cette même envie que n’importe quel couple !

Alors, qu’attend-on…

Dans quelques jours, nous serons 3. Alors, oui, nous serons comblées et ravies. Comme un couple hétéro, ce sera le plus beau jour de notre vie. Comme un couple hétéro, nous recevrons famille et amis pour fêter l’arrivée de notre bébé. Comme un couple hétéro, nous élèverons cet enfant avec les valeurs qui nous semblent justes et qui nous correspondent. Mais par contre, parce que nous sommes homos, le livret de famille ne comportera que mon nom. Parce que nous sommes homos, il faudra expliquer notre situation, affronter les regards.  Parce que nous sommes homos, nous n’aurons pas les mêmes droits, bien que nous ayons les mêmes devoirs : assurer la sécurité physique et morale de notre enfant, celui que nous avons fait ensemble, l’aimer, le protéger et le faire grandir du mieux que l’on pourra… Comme dans toutes les familles.

 

Marie

 

Témoignage d’Anne (7)

13 Jan

Au lendemain du 6 mai 2012, c’était la joie complète dans notre foyer et mon cœur se gonflait doublement d’espoir : j’apprenais ma grossesse (ma dernière FIV avait marché)  -promesse d’une vie tellement désirée-, et je venais de contribuer à élire un président qui me donnait à croire en des droits nouveaux pour ma compagne et en une meilleure protection de notre enfant à venir.

Enfin, nous voyions le projet parental que nous portions depuis de longues années aboutir sous des horizons plus favorables pour les familles homoparentales. Nous avions passé tant de temps à réfléchir sur notre envie de fonder une famille et sur notre capacité à devenir parents, à nous projeter dans notre vie à 3, à 4 peut être… Que de lectures et de questionnements sur les familles homoparentales nous avions mis en discussion.

Nous avions fini par choisir la méthode qui nous convenait le mieux et avec laquelle nous nous sentions à l’aise pour expliquer à notre futur enfant son histoire et sa conception ;  nous avons opté pour la Procréation Médicalement Assistée avec donneur anonyme et nous nous sommes alors tournées vers l’étranger.

A cinq semaines de l’accouchement, on oublierait presque les trois difficiles années passées à essayer de faire un bébé :

– les nombreux échecs, les déboires médicaux divers, les fausses couches et leurs lots de peines, de douleurs, de découragement,

– le couple qui souffre et qui s’accroche vaille que vaille,

– les finances qui suivent plus ou moins,

– la vie entre parenthèses conditionnée par un départ au pied levé à 1000 km de chez nous pour réaliser une IAD ou une FIV.

Nous avons eu la chance de croiser des professionnels formidables sur notre chemin. Nous avons été accompagnées par une gynécologue spécialisée en PMA qui voyait en face d’elle un couple désireux de construire une famille, qui a besoin d’un coup de pouce -comme ses patients habituels- et elle a toujours cherché avec nous le meilleur moyen d’aboutir à une grossesse. Nous nous sommes senties pleinement accueillies et reconnues en tant que futur couple parental dans les cliniques qui nous ont ouvert leurs portes en Belgique, comme en Espagne.

Aujourd’hui, nous nous sentons reconnues toutes les deux en tant que parents dans nos premières démarches de mamans. Nous sommes allées ensemble inscrire notre fille à la crèche, et nous avons été reçues comme les deux parents de notre enfant à naître. Tout au long du suivi de la grossesse, le corps médical s’est adressé au couple parental que nous formons avec professionnalisme et bienveillance ; nous ne nous sommes pas sentis des parents différents, mais juste des parents.

Néanmoins, j’ai demandé à la sage-femme qui fait la préparation à l’accouchement, comme à la gynécologue qui me suit à l’hôpital depuis le début de la grossesse, de bien vouloir rédiger une attestation pour prouver le cas échéant l’implication de ma compagne dans la grossesse, expliquant à chaque fois pourquoi ce papier peut être important pour notre famille. Je vais également  rédiger un testament, où je spécifierai qu’au cas où je décèderais je demande à ce que ma compagne soit nommée tuteur légal de mon enfant à naître. Etc…. Nous devons faire tout cela, bien que nous soyons déjà reconnues en tant que parents dans notre quotidien, car légalement à ce jour je suis le seul parent de notre enfant…

Notre fille viendra au monde en janvier 2013, au moment où sera examiné le projet de loi sur le mariage pour tous, la boucle pourrait être bouclée… et pourtant, depuis quelques  semaines j’ai juste envie de fermer ma radio, ma télé, mon ordi, car je ne supporte plus d’entendre des horreurs sur la famille que nous tentons de construire depuis plusieurs années, je ne supporte plus que ma fille soit rejetée avant même d’être née, je ne supporte plus que tant d’homophobie puisse se répandre si facilement dans les médias…

Ce sera notre travail de parents de la protéger de ces jugements qui existent dans la société, mais mesdames et messieurs les députés c’est à vous de fournir le cadre légal que nous attendons pour notre famille ; faites que sa famille et sa filiation soient reconnues, et ensemble nous laisserons moins de champ à l’homophobie et à la haine.

 

Anne

 

 

Témoignage d’Elise (6)

12 Jan

A ma femme, ma sœur, ma fiancée…

Voilà quatre mois que mon corps mûrit la vie, quatre mois que mon ventre s’arrondit.

Elle est là, ma fée du logis, mon infatigable abeille, nourricière du matin au soir. Elle va chercher au gré de mes envies, fruits merveilleux et légumes rares. Un jour, elle apporta des fraises de lune car son aimée porteuse de vie en avait émis le désir.

De chaque rendez-vous, de chaque bilan sanguin, de chaque échographie – bientôt six par mois, vrais jumeaux obligent-, elle m’honore avec des larmes dans les yeux. Insatiable de voir ce ventre qui s’arrondit à loisir, les yeux écarquillés. Émerveillée de ce corps qui s’épanouit devant elle. Sa main posée sur mon ventre palpitant, elle essaie d’en capter les ondes souterraines, le jour, la nuit, chaque seconde de cette grossesse sont dégustées, anoblies par elle.

Plusieurs fois par jour elle m’enduit le ventre puis tout le corps de ces mains longues et douces, de multiples onguents et crèmes destinés à nourrir la peau tendue.

Ma femme, ma sœur, ma fiancée, plus que mère de nos deux enfants à venir, je t’offre ces deux petits garçons en gage de mon amour. Toi, qui, déjà mère, ne le seras jamais autant qu’avec le présent de vie que je t’offre.

A cet être extraordinaire, je dédie ces moments de vie inoubliables, ce bonheur qui ignore la haine déroulée en banderole dans la rue, les visages grimaçants et les lois auxquelles il manque la fin.

Ces moments, personne, ni homme, ni dieu, ni démon, ne nous les voleront.

 

Elise