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Témoignage de Céline (N°77 suite)

11 Mai

La Gay Pride approche à grands pas et j’espère que nous serons nombreux à se mobiliser une nouvelle fois. Car malgré une avance sur nos droits avec le mariage pour tous, nos enfants sont toujours en danger.  Je vous dis cela car personnellement je vis une situation très compliquée depuis 4 ans.

En 2010, avec mon ex compagne nous avons eu une petite fille par insémination en Belgique. Avec mon ex compagne à l’époque nous ne pouvions pas nous marier et je ne pouvais pas reconnaitre juridiquement ma fille. Je n’obtiens que la délégation partielle de l’autorité parentale grâce à une procédure effectuée devant les  tribunaux.

En 2013, je me suis séparée et là les galères sont vite arrivées. Mon ex-compagne a tout fait pour me couper les liens avec mon enfant. J’ai dû passer de tribunal en tribunal, avoir des attestations, tout cela pour prouver que je suis bien la mère. J’ai lu des choses affreuses sur moi, j’ai été salie par des personnes qui étaient avant des amis,  j’ai dû me justifier à plusieurs reprises devant des juges et raconter  à de multiples  reprises mon histoire, tout cela car mon enfant et moi ne sommes pas protégés par la loi.

Après un jugement en 1er instance puis un jugement en cours d’appel,  j’ai réussi à obtenir un droit de garde et d’hébergement un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires et garder ma délégation partielle de l’autorité parentale tout en sachant que mon ex ne  voulait plus que j’ai de liens avec ma fille.

Après deux ans de stress et je pensais en avoir fini avec cette épée de Damoclès sur ma tête, hé non…. je reçois un courrier de la cour de cassation car mon ex fait une demande de pourvoi sur la décision de  la cours d’appel. Me revoilà repartie dans une période d incertitude. Un an après la demande de pourvoi la décision tombe, le pourvoi de mon ex est rejeté. Vous allez me dire « youpi excellente nouvelle », il n’y a plus de danger, enfin je peux dormir tranquille.

Hé non, car entretemps, mon ex compagne a fait reconnaitre ma fille par son nouveau compagnon….voila j’ai perdu ma fille, plus jamais je ne pourrai pas avoir de filiation avec elle, je ne pourrais jamais l’adopter….une nouvelle fois je m’écroule.

Après quelques semaines de chute libre je reprends le dessus et nous  cherchons avec mon avocate que faire. Nous décidons de ne pas laisser la situation comme cela et nous décidons d’assigner mon ex et son mari pour contester la paternité. Mon cas passe une nouvelle fois sur le bureau du procureur et je vous passe les nombreuses plaintes que j ai dû déposer pour non présentation d’enfant.

Quelques semaines après je reçois un appel d’une assistante sociale qui veut me rencontrer avec un infirmier puériculteur car le procureur s’inquiète de l’état psychique de ma fille suite à toutes les procédures et dépôts de plainte.

Le rendez vous est fixé à mon domicile et l’assistante se présente en compagnie de l’infirmier. Et là après avoir du répondre à un nombre incroyable de questions sur mon comportement, ce que je peux faire avec ma fille quand elle est chez moi, visite de sa chambre ….vous comprenez qu’en vérité ils sont là pour savoir si réellement vous avez  votre place dans sa vie (tout en sachant qu’aujourd’hui elle a 7 ans).

Aujourd’hui cela fait 15 jours que l’assistante sociale est passée et j’attends les conclusions de son rapport qui pourra décider de ma vie future avec mon enfant. Ma vie peut basculer du jour au lendemain juste parce que mon ex-compagne a décidé que je ne ferai plus partie de la vie de mon enfant et qu’aucune loi actuelle n’est prévue pour les enfants et parents sociaux comme moi. Je vous passe les difficultés de construire sa nouvelle vie de couple en parallèle de toutes ces procédures juridiques…Sans une compagne ou  un compagnon à vos cotés il est impossible de gérer au quotidien ce stress, ces angoisses, ces incertitudes qu’engendrent cette histoire.
Cette année et une nouvelle fois nous serons à la GAY PRIDE de PARIS  le 24 juin. Plus que jamais je souhaite que vous tous et toutes qui  vivez la même situation, soyez à nos côtés pour vous battre et nous soutenir car nous ne pouvons pas laisser nos enfants vivre de tels drames au nom d’un lien qui n’est pas biologique.
Venez nombreux le 24 juin avec les enfants d’Arc en Ciel et venez nous  rencontrer pour échanger et faire de cette journée une journée de fête pour tous et toutes.
Céline et Nathalie ma compagne

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Témoignage de Céline (n°77)

20 Sep

Mon ex compagne a fait en juin une demande de dérogation sans m’en avertir ni me concerter,  pour changer une nouvelle fois ma fille d école. Je l’ai appris en me présentant, à l’époque, dans la future école de ma.fille . L’école n avait  aucune connaissance de mon existence.

Ayant la délégation partielle de l’autorité parentale , après plusieurs courriers, coup de téléphone, auprès de l académie, rectorat, mairie, communauté de commune  …. j ai.réussi à annuler la demande de dérogation pour que ma fille reste dans son école habituelle.

Jeudi, jour de la rentrée scolaire, je me suis présentée à son école avec ma mère et ma compagne, j’étais très heureuse de revoir ma fille dont je n avais aucune nouvelle depuis le trois août que ce soit par téléphone ou de visu.
Après de longues minutes d attente ma fille n était toujours pas arrivée bien qu’ elle était bien inscrite sur la liste de rentrée. J’ai demandé  aux mamans, à l’institutrice ….si elles savaient ou avaient eu des nouvelles de ma puce ….rien personne. J’ai envoyé un message à  mon ex pour savoir mais toujours sans réponse (comme à son habitude )…

Très inquiète  de la situation ,je me suis.rendue à la.gendarmerie qui a essayé de la contacter mais en vain.
J ai téléphoné à plusieurs écoles des environs pour savoir si ma fille était scolarisée chez elles, et enfin j’ai réussi à trouver  où mon ex avait décidé de scolariser ma fille malgré qu’elle n’avait pas eu de dérogation.
Je me suis de nouveau rapprochée de l’inspection d’académie qui m’a conforté dans mes droits en me disant que ma fille  devait bien rester dans son école d’origine et mon ex n’avait pas le droit de la déscolariser.
La mairie, l’inspection d’académie, le rectorat ont tous dit et confirment que sans mon accord, mon ex ne pouvait pas prendre de décision sur la scolarité de ma fille  sans me concerter,

Ce qui me fit du bien moralement  d’être enfin écoutée après trois ans de combat.

A ce jour ma fille est scolarisée dans son école avec ses amies malgré que mon n’ex ne soit pas d accord avec la décision du rectorat  et de ses instances.

Il est vrai que devoir se faire entendre et se « battre » au quotidien est très difficile parfois mais je ne lâcherai pas, pour ma fille.

je voulais te transmettre ce.message pour dire.qu’ il ne faut pas désespérer quand on pense que toutes les portes nous sont fermées et que le droit triomphe parfois.

Céline

Témoignage d’Adeline (n°76)

28 Mar

Je souhaite témoigner ici de mon vécu de maman  « sociale » en espérant que les lois françaises évoluent rapidement pour être plus justes et plus proches de la réalité de nos situations.

Nous avons souvent l’impression, mon épouse et moi, d’avoir une bonne étoile à nos côtés. Peut être avons-nous eu de la chance en effet, car il a suffit d’une seule IAD réalisée en Belgique pour que ma compagne soit enceinte et car notre fille est née en bonne santé il y a tout juste deux mois.

Nous avons eu beaucoup de chance aussi, lors de notre mariage, d’être entourées de nos amis et familles, et encore plus de chance que la cérémonie soit célébrée par mon père portant son écharpe bleue blanc rouge. C’était un jour merveilleux et une belle reconnaissance après de longues années de mal-être adolescent, de conflits avec les parents, de chagrins d’amour secrets, des dizaines de comings out plus ou moins faciles, bref des aléas presque banals de tant de jeunes homosexuels.

Notre parcours de PMA s’est déroulé entre la France et la Belgique. La bonne humeur et le chaleureux accueil des personnels du chu de Liège nous ont soutenu et donné l’énergie nécessaire à la réalisation de ce parcours.

La première étape pour nous a été de trouver en France des interlocuteurs nous soutenant. C’est tout à fait par hasard que nous rencontrons une gynécologue de l’hôpital public qui accepte de nous prescrire les traitements hormonaux  (interdits en France pour les lesbiennes) ce qui nous a donc permis d’être remboursées par la cpam. C’était juste après avoir rencontré une gynécologue en ville qui a coupé court à l’entretien dès lors que notre orientation sexuelle avait été précisée.

C’est encore par hasard, que nous rencontrons une laborantine qui accepte d’envoyer les analyses de sang « en urgences » pour que nous puissions recevoir les résultats avant midi, la veille de l’IAD (exigences du chu de Liège). C’était juste après s’être rendues dans le laboratoire le plus proche de chez nous (pratique quand il faut s’y présenter à 7h du matin) et s’être entendues dire « nous ne faisons pas ça ici ».

Une autre fois par chance, lors d’un examen de routine, je rencontre un gynécologue en libéral qui me dit « vous savez, je fais des IAD ici, au cabinet. Si ça vous intéresse… ». Ce médecin de la région parisienne compare l’hypocrisie de la loi actuelle à celle qui régissait l’IVG. Je garde son adresse précieusement pour une éventuelle prochaine aventure.

L’équipe de la maternité, nous a très bien accueillies. Un couple de parents, comme un autre. J’ai coupé le cordon, j’ai donné le bain et les soins à notre enfant, j’ai pu dormir à la maternité chaque nuit. Je ne suis donc pas allée travailler mais je n’étais pas très sereine. En effet, mon employeur n’avait pas répondu à ma demande de congés (3 jours de naissance, 11 jours d’accueil de l’enfant, et passage de 100% à 80% pendant 6 mois de congé parental à temps partiel). Quelques jours avant l’accouchement, le DRH m’avait expliqué que j’étais « leur premier cas » c’est-à-dire qu’il ne savait pas quelle réponse m’apporter malgré les articles de lois dont je leur avais fait part.

Un mois après la naissance (les 14 jours d’absence pour naissance et accueil de l’enfant avaient été régularisés) j’ai été convoquée chez le DRH qui m’a demandé d’apporter tous les documents prouvant mon lien de parenté avec ma fille. Je suis fonctionnaire de la fonction publique hospitalière et ma demande concernait « un temps partiel de droit pour élever un enfant ». J’ai donc apporté les certificats de mariage, les deux livrets de famille, l’acte de consentement à l’adoption, les déclarations d’impôts, des factures d’électricité, notre situation CAF, ainsi que des photos de moi avec notre fille, des factures de courses mentionnant les couches et le lait, le testament de mon épouse mentionnant qu’elle me confiait la tutelle de notre fille si elle venait à mourir avant que l’adoption soit prononcée, bref tout ce qui prouvait mon implication dans la prise en charge de ma fille et de ma présence au domicile puisque c’est ce que la législation CAF demande.

Après plusieurs semaines sans réponse, sans que je puisse anticiper l’organisation de mon temps de travail, ni prévenir mes patients et mes collègues, mon employeur m’annonce qu’il refuse ma demande de « temps partiel de droit » tant que l’adoption ne sera pas prononcée, car actuellement à leurs yeux « nous ne sommes pas une famille ». Je leur explique que la démarche est engagée (j’ai déjà fournit la copie du consentement à l’adoption réalisé chez le notaire), mais qu’elle ne sera aboutie que dans environ 8 mois, trop tard pour bénéficier du complément de salaire de la CAF (qui est versé maximum 6 mois dans la première année de l’enfant) et donc impossible pour moi de bénéficier du temps partiel sans l’aide de la CAF. Le DRH reste sur sa position en argumentant par différents propos plus ou moins homophobes comme « vous imaginez si une femme vivant en colocation avec un couple bénéficie d’un congé parental pour l’enfant de ses colocataires ? » ou encore « là, vous êtes dans le bonheur total depuis la naissance, mais qui me dit que cela va durer ? ».

Je sollicite les syndicats, l’inspection du travail, le défenseur des droits, le centre d’information des droits des femmes et de la famille, la CAF, la CNRACLl, l’APGL, les EAC, une amie avocate spécialisée dans la fonction publique… Les réponses seront toutes les mêmes : la loi ne dit rien, c’est un vide juridique, ce qui  permet aux employeurs de répondre favorablement ou pas à cette demande. Même le guide du temps partiel édité par le ministère de la fonction publique en 2006 qui spécifie que l’enfant doit être à charge et vivre au domicile de l’agent pour qu’il puisse bénéficier du temps partiel de droit, peut ne pas être appliqué par les employeurs car il ne s’agit pas d’un article de loi. C’est donc la loi de 1986 qui prime.

Nous tentons finalement notre chance, directement auprès du ministère de la santé. J’écris un mail à Marisol Touraine et nous téléphonons au ministère. Nous sommes surprises de la facilité de joindre quelqu’un au ministère. Un coup de chance sans doute, de joindre une personne compétente, connaissant bien la loi et la situation des familles homoparentales. C’est donc le ministère qui a écrit à mon employeur en citant l’article 355 du code civil, en leur signifiant que l’adoption prend effet le jour de l’envoie de la requête au TGI et que je dois donc pouvoir bénéficier du congé parental à temps partiel dès à présent. Mon temps partiel a pris effet quelques semaines de retard mais j’ai aujourd’hui la chance de moins travailler et de passer plus de temps avec ma fille.

Les droits des familles homoparentales ne devraient pas se jouer au petit bonheur la chance. Nous ne devrions pas être à la merci de la chance et du hasard. Du hasard de rencontrer les bonnes personnes ou pas, qui pourront appliquer la loi à leur convenance, en la contournant, en l’interprétant ou en utilisant le vide juridique pour nous discriminer. Nos familles ont besoin de lois claires et justes pour que nous puissions fonder nos familles en toute sécurité.

Adeline

 

Témoignage de Zina (75)

5 Avr

Témoignage publié le 6 février 2013

Vendredi soir (1 fevrier 2013)  accompagnée de ma fille Târâ de 5 ans, nous sommes allées chercher sa sœur Gaïa âgée de 7 mois chez la nounou. Je me suis entendu dire par une petite fille de tout juste 3 ans: « c’est pas bien 2 mamans »
Je me suis tournée vers elle, mise à son niveau et lui ai demandé si c’est son papa et sa maman qui lui avait dit cela, elle me répond évidemment « oui »
Donc je lui dis très gentiment que son papa et sa maman disent des bêtises, je lui demande s’ils connaissent déjà des enfants qui ont 2 mamans, donc là évidemment elle me répond « non », donc je lui dis qu’on ne peut pas dire si quelque chose est mal ou pas si on ne connaît pas.
Je regarde Târâ (qui est un peu troublée) alors je lui demande « dis moi Târâ c’est pas bien d’avoir 2 mamans, qu’en penses-tu? » et là je vois ma fille reprendre du poil de la bête et dire fièrement « si c’est très bien, je suis heureuse avec mes 2 mamans.
La pauvre petite fille était toute troublée, quant à la nounou elle était furax s’est excusée et à pris Târâ dans ses bras, lui a fait un gros câlin en lui disant de ne surtout pas croire à ces bêtises!

Zina

Témoignage d’Anne et Agnès (74)

25 Mar

Ma compagne et moi-même nous nous sommes rencontrées en avril 1993, pacsées en décembre 2000 et enfin heureuses mamans depuis aout 2008 d’un petit Gaspard, qui a 4 ans et demi maintenant.

Gaspard est né d’une FIV réalisée à l’AZVUB de Bruxelles, un bébé Thalys comme on les appelle …….. Mais quel parcours! Que de questions, que d’interrogations, que de choix, que d’options…

Tout a commencé dans l’intimité de notre couple, un enfant oui naturellement et jamais nous ne nous sommes senties illégitimes dans cette démarche. Mais ensuite… concrètement comment faire ? L’ APGL de Paris a été d’une grande aide, nous accueillant au sein de groupes de paroles, nous expliquant toutes les solutions possibles.

Informées, aiguillées, renseignées… pour nous, les choix étaient désormais clairs : pas de conception en méthode artisanale, pas de conception en co-parentalité, ce sera une PMA avec donneur anonyme et la Belgique comme destination. La feuille de route était claire. Des anges gardiens ont veillés sur nous : une équipe formidable à l’AZVUB à Bruxelles, un gynécologue à Paris, puis un autre à Saint-Malo trouvé un peu au hasard ( car entre-temps nous avons déménagées en région , comme on dit ……)

Tous ces gens étaient formidables et ils avaient réglés avec eux-même toutes les questions « éthiques », et pour eux nous n’étions pas les premières a effectuer ce genre de démarches . Nous avons également bénéficié d’un entourage amical fort et impliqué à nos côtés contrairement a nos familles ……

En revanche, 5 ans ont été nécessaires pour que je « tombe » enceinte (quelle drôle d’expression tout de même), et 5 ans de stress pour ne pas louper un train, pour arriver à l’heure, pour ne pas louper une injection, pour faire des échographies, pour trouver le bon hôtel à Bruxelles, pour boucler le budget… Une PMA n’est pas simple, moralement, physiquement, intellectuellement, financièrement … la distance, la double équipe (France et Belgique) n’arrangent rien. Ce parcours nous l’avons fait à 2, Agnès et moi ( Anne ), une équipe, soudée, unie, faisant face. Une seule fois elle est restée à Paris, car elle avait la grippe, l’équipe de Bruxelles n’a pas compris que je vienne seule, pour eux, nous n’étions pas 2 filles, nous étions un couple qui souhaitait procréer et la procréation se fait à 2…

Et enfin, 5 ans après tout ce parcours du combattant, le test, les prises de sang, les nausées tout indiquait que j’étais enceinte ! Joie, bonheur… et puis dès cet instant… amasser toutes les preuves qu’Agnès était là, présente en tant que parent, pas marraine ou tata ou tatie ou mamoune ou quelque chose dans le genre …….non parent, maman, mère à part entière au même titre que moi qui l’ai porté. Y penser même dans la salle d’accouchement, y penser en demandant à la sage femme un témoignage attestant de la présence de sa seconde maman dès le 1er souffle de notre enfant… Y penser en permanence dès le moindre papier à remplir ……. Tout consigner pour plus tard, quand nous aurions les moyens (et oui toujours l’argent au cœur du problème) de passer devant le tribunal des Affaires Familiales pour faire une délégation d’autorité parentale (quel horrible terme, réducteur, froid, impersonnel…) et faire reconnaitre Agnès comme sa mère à part presque entière. Penser à sa mort le jour de la naissance de son fils… il y a plus gai, mais c’est une réalité, aujourd’hui fonder une famille avec 2 parents de même sexe c’est tout de suite penser au pire, protéger en cas de décès de la mère biologique, pour qu’en cas de décès de cette mère biologique, notre enfant ne perde pas sa deuxième mère au passage devant le juge des affaires familiales ou au pire, d’une volonté de la famille de la mère biologique décédée …….Car c’est souvent dans bien des cas que l’épée de Damoclès est tenue par sa propre famille ! Lugubre…

Et depuis 4 ans comment cela se passe-t-il pour lui , pour nous ? Et bien comme dans toutes les familles de France, il grandit normalement, il se développe normalement, il est en pleine forme, il est au courant du pourquoi et du comment il a été conçu et il est né. Il est à l’école (privée et catholique, où tout le monde connait la situation et où tout le monde, même le prêtre, reconnait Agnès comme sa mère) où il dessine sa famille comme les autres petits camarades, bref un enfant normal, au sein d’une famille normale…

Mais une famille soumise au bon vouloir et à la compréhension des autorités représentatives de l’état (crèches, écoles, médecins, douaniers…) qui dans notre cas ne se sont jamais posés de question quant à la légitimité d’Agnès. (En revanche pas de souci de reconnaissance de notre famille pour les impôts et pour la CAF, que cela arrangent bien de ne pas me reconnaître comme parent isolé………)

Mais soudain espoir, la proposition du programme de F. Hollande accordant le mariage pour tous. Nous nous marierons, bien sûr, le plus vite possible (le temps de trouver une salle quand même !) Nous profiterons de cette fantastique avancée de la société. Mais, le mariage ne résoudra pas tout pour nous. Gaspard étant né avant notre mariage, Agnès devra l’adopter… (nous aurions espérer voir la filiation reconnue d’office, ou la possibilité d’une reconnaissance comme pour un couple « normal ») Avocat, tribunal ? on verra ce que dira la loi…

Encore un combat, mais on le gagnera…. Pour notre enfant, pour notre famille. À tous ceux qui nous lisent, surtout ne pas se décourager . Nous réussirons à changer les choses. L’important c’est de garder espoir…….

Anne et Agnès et leur petit Gaspard

Témoignage de Jo (73)

4 Fév
J’ai 34 ans, je vis une histoire d’amour avec une femme formidable depuis presque 8 ans et nous avons depuis peu la chance de voir grandir une petite fille adorable.
Longtemps je me suis cherchée, mal dans ma peau, mal à l’aise en couple avec des hommes, je me sentais “différente” jusqu’à ce que je LA rencontre, ce fût une évidence !
Une évidence aussi de construire une famille, d’officialiser notre amour, comme beaucoup de couples amoureux…. Pacsées depuis 2006, parce que c’est la seule option qui nous était autorisée, il nous a manqué le côté cérémonieux  et romantique du mariage (Pacs conclu en 5 min dans le bureau d’un greffier du tribunal qui n’a même pas la place de nous faire signer sur son bureau en désordre !) Le Pacs nous a toujours semblé être un engagement moins fort que le mariage. Finalement à part pouvoir faire notre déclaration des impôts en commun cela n’a pas changé grand chose dans notre quotidien.
Longtemps aussi je me suis interrogée sur mon désir d’enfant. Ma compagne était déjà maman d’une grande fille, moi je voulais donner un papa à un éventuel bébé. Mais très vite, il nous semblait évident que ce bébé serait un bébé de l’amour que nous seules serions ses parents. L’unique différence serait pour lui de n’avoir pas 2 parents de sexe opposé.ET alors ? ce n’est pas pour autant qu’il sera plus malheureux qu’un enfant élevé par un papa et un maman ou un seul papa ou une seule maman…Il sera aimé, choyé, éduqué, protégé au sein d’un foyer doux et rassurant entouré d’une famille unie.
Il n’est évidemment pas question de lui mentir sur sa conception en lui disant qu’il n’a pas de géniteur. notre fille a un donneur, un homme formidable, altruiste qui nous a offert le plus beau des cadeaux. Tout cela nous le lui dirons au moment venu avec les mots adaptés à son âge. Elle aura même la possibilité de le rencontrer plus tard si elle le désire.
Voilà dans les faits nous sommes une famille mais officiellement notre fille n’a  qu’un seul parent : sa mère biologique. S’il  arrive quoique ce soit à cette dernière, le sort de notre puce dépendra uniquement du bon vouloir d’un juge. Imaginez la douleur d’une enfant qui perd un de ses parents et qui en plus est arrachée à son autre parent !
Et même au quotidien, sa maman de cœur n’a aucun droit sur elle alors qu’elle la désirée aussi fort que sa maman biologique, qu’elle est là chaque jour pour elle : non elle ne peut ni la chercher à la crèche ou à l’école sans autorisation, ne peut prendre aucune décision la concernant : hospitalisation par exemple, ne peut pas voyager seule avec elle, etc
Petit paradoxe : je suis le seul parent de ma fille (cf livret de famille) avec tous les inconvénients et problèmes que cela engendre. Par contre, au niveau de la CAF, je vis en couple donc je ne suis pas considérée comme parent isolé. Pareil pour les impôts, je ne suis pas célibataire donc je ne peux prétendre à la demie part supplémentaire pour parent élevant seul ses enfants… Alors soyons logique jusqu’au bout : notre fille doit avoir en toutes circonstances deux parents légaux et pas seulement quand ça arrange l’administration !
Jo

Témoignage de Nathalie (72)

27 Jan

J’ai la chance de vivre dans un pays ou les lois ont permis aux couples homosexuels de pouvoir s’unir, d’adopter et  d’avoir accès à la PMA.

Aux yeux de la loi, j’ai mes droits de maman car de leurs deux mamans, je suis celle qui ne les a pas portés. Mais j’ai été présente comme tout père avant leur naissance, pendant la grossesse et encore et pour toujours maintenant. Aux yeux de nos familles, de nos lois nous formons une famille.

J’ai pu les adopter : ils portent mon nom, s’ils n’ont pas mon sang, ils ont mon nom et tout l’amour que je peux leur apporter…

Être parents c’est avant tout savoir élever, éduquer et aimer ses enfants…

Il y a dix maintenant quand ces lois ont été votées, le peuple belge a su réagir en peuple tolérant et respectueux. Bien sûr encore maintenant certaines personnes n’acceptent pas cela mais on ne peut pas faire l’unanimité sur tous les sujets.

Nous avons aussi la chance d’être entourées de notre famille, nos collègues, nos amis qui nous aiment et qui nous respectent.

Merci aux hommes et femmes politiques belges, merci à nos familles, nos amis, nos collègues.

Merci de nous avoir permis d’avoir nos droits.

Nathalie