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Témoignage de Christel (n°78)

9 Fév

Je m’appelle Christel, j’ai 34 ans aujourd’hui, et je suis en couple avec ma femme depuis 10 ans ½. Nous sommes mariées depuis 2 ans ½. Dès le début de notre relation, nous savions que fonder une famille ferait partie de nos objectifs de vie. Cela ne s’improvise pas, alors nous avons attendu de finir nos études et d’être bien installées dans nos vies professionnelles pour nous lancer. Entre l’option de la Belgique et celle d’une insémination artisanale avec donneur, nous avons opté pour la 2ème, en pensant que ce serait plus simple au niveau de l’organisation. Nous avions convenu que ma femme porterait notre premier enfant. Après une fausse couche au 1er essai, le 7ème est finalement le bon, et 9 mois plus tard, nous voilà devenues les deux mamans comblées d’un merveilleux petit garçon (je passe outre les démarches que nous avons dû accomplir pour que je sois officiellement sa maman.)

Un peu inconscientes peut-être, nous décidons 2 mois plus tard de reprendre les essais avec le même donneur pour que je puisse porter notre 2ème enfant, nous rêvions d’enfants rapprochés, et nous avions l’occasion de le tenter. Les essais se multiplient, le scénario se rôde de mois en mois, mais excepté un début de grossesse chimique au 5ème essai, aucune 2ème barre n’apparaît jamais sur les tests de grossesse. Nous commençons à désespérer et nous tournons vers la Belgique. Cette fois, il faudra mettre la main au portefeuille. Nous commençons par les inséminations classiques. L’organisation est beaucoup plus complexe, surtout avec un enfant en bas âge. Il faut gérer les rdvs médicaux, les prises de sang, les aller-retours vers la Belgique lorsque le feu vert est donné par l’équipe médicale. Une, deux, trois inséminations, jusqu’à la 6ème autorisée, à raison de 700 euros par essai, mais toujours rien… Le temps passe, nous fêtons les 2 ans de notre petit garçon.

Début 2018, nous prenons la grande décision de tenter la FIV… 3500 euros… Ma ponction se déroule bien, et 10 petits embryons en résultent. Un embryon frais m’est transféré 3 jours après la ponction. Deux semaines plus tard, pour la première fois, une 2ème barre apparaît sur le test de grossesse, la prise de sang vient confirmer ce résultat, nous exultons, enfin !

Notre joie est malheureusement de courte durée, car 3 semaines plus tard, nous apprenons que cette grossesse sera classée sans suite… La retombée est encore plus douloureuse, la fausse-couche, provoquée, est atroce. Suite à cela, nous tentons 3 transferts d’embryons congelés, qui se soldent tous par des échecs.

Notre petit garçon aura 3 ans la semaine prochaine, et mon ventre reste désespérément vide… Nous en sommes à 12000 euros et 15000 kilomètres d’effectués dans ce parcours vers notre 2ème enfant. Je suis blessée à vif, je ne vis presque plus que pour cette grossesse, je suis fatiguée, sans doute un peu dépressive, à tel point que j’en oublie même de dire à ma femme à quel point elle est formidable et combien je l’aime.

Il est peut-être temps de penser à une pause, de changer nos plans, peut-être de renoncer à cette grossesse dont je rêve depuis si longtemps. Le parcours en PMA, les échecs à répétition abîment le couple. Quand ce parcours doit se faire à 500 kilomètres de chez soi et que vient s’ajouter le caractère financier et le stress que cela représente, ce parcours abîme encore plus. Il est plus que temps que les choses bougent en France… Vive la PMA pour toutes.

« Doit-on porter des talons aiguilles pour enfanter ? »

4 Jan

Cinquième épisode du récit de Jeanne et Maïwen, un couple de femmes qui a choisi la procréation médicalement assistée pour devenir mères.

Pour lire l’article en entier sur le site de Libération, article du 21 décembre 2014, cliquez ici

En Belgique: la coparente ne devra plus adopter son enfant

15 Déc

Article sur le site de la RTBF du 3 décembre 2014

« Une bonne nouvelle pour la communauté lesbienne. La coparente, c’est-à-dire la mère qui ne porte pas le bébé, ne devra plus passer par l’adoption pour établir un lien de filiation avec son enfant. Une nouvelle loi entrera en vigueur le 1er janvier 2015. Les parlementaires fédéraux ont apporté hier la dernière touche. Le lien de filiation sera désormais automatique. « 

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PMA. Piqûres, allers-retours en Belgique : Eloi est né, on nous avait dit d’abandonner

2 Juil

Article du Nouvel Observateur du 28 Juin 2014

 » Le mariage homosexuel a été adopté il y a maintenant plus d’un an en France, mais la procréation médicalement assisté n’est toujours pas d’actualité. C’est ce que regrettent certains militants qui défileront ce samedi lors de la Gay Pride à Paris. Claire Blandin et son épouse, signataires du « Manifeste des 343 fraudeuses » dans « Libération », racontent leur combat pour obtenir une PMA. »

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«Passé la frontière, je perdrai le droit d’être la mère de mon enfant»

30 Mai

Article de Libération du 25 mai 2014

Deuxième épisode du récit de Jeanne et Maïwen, un couple de femmes qui a choisi la procréation médicalement assistée pour devenir mères.

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Témoignage d’Annelore (n°5)

14 Mai

Témoignage sur la situation belge antérieure à la loi du 3 avril 2014.

Je suis Annelore, épouse de Sophie et maman d’Emma (3 ans). J’ai déjà écrit un témoignage pour les Enfants d’Arc-en-Ciel lors des débats en France sur le mariage et l’adoption pour tous. Je voulais montrer que lorsqu’il s’agissait de fonder un foyer, en Belgique, tout était plus simple pour les couples de femmes.

Aujourd’hui, avec la nouvelle loi française et les combats encore à gagner en Belgique, nous pouvions penser que les familles homoparentales seraient logées à la même enseigne dans nos deux pays. Mais ce n’est pas encore le cas puisque la PMA reste interdite en France pour les couples homosexuels alors qu’elle est ouverte à toutes les femmes en Belgique. Les centres de fertilité de mon pays continuent donc d’accueillir de nombreuses futures mamans françaises dont le parcours médical est encore rendu plus difficile par ces voyages forcés de l’autre côté de la frontière.

En matière d’établissement de la filiation, les démarches restent discriminantes en Belgique pour les familles homoparentales par rapport aux familles hétéroparentales. Cependant, à lire les récits de nombreuses familles françaises, j’ai quand même le sentiment que les choses restent plus simples chez nous. Difficile d’établir avec certitude si la procédure est en elle-même moins complexe ou si l’on doit évoquer des différences de mentalité entre nos deux pays ou si c’est la nouveauté de la loi qui engendre tous les problèmes et les incertitudes dont témoignent ces familles françaises.

Voici comment cela se passe chez nous :

D’abord, pour que la mère qui n’a pas porté l’enfant puisse être désignée comme parent légal de celui-ci, il faut attendre la naissance du bébé. Ça peut paraître logique de prime abord mais ça ne l’est pas totalement puisque des parents qui souhaitent adopter entament en général les formations à l’adoption avant de savoir si l’enfant qu’ils adopteront peut-être un jour est déjà né quelque part sur la planète. Vous me suivez ?

La première étape de la procédure d’adoption de son propre enfant est une « formation » (en fait, plutôt une séance d’information) donnée par l’autorité compétente en matière d’adoption (en Belgique francophone, la Communauté Wallonie-Bruxelles). Donc, pendant ma grossesse, mon épouse n’avait pas le droit de s’inscrire à cette matinée pour prendre un peu d’avance et réduire le délai d’attente (et donc les risques liés à cette absence de liens officiels avec sa fille). Par contre, un couple gays de mes amis, qui avait suivi toute la procédure et obtenu l’agrément en vue d’adopter à l’étranger, a pu faire valoir sa participation à cette formation quand il s’est agit pour l’un des deux d’adopter le fils biologique de son conjoint finalement conçu par GPA. Donc voilà, un coup, « ça compte », un coup, on peut pas… Bref.

L’idée est donc de suivre une procédure d’adoption « intrafamiliale ». Je mets des guillemets parce que contrairement à la France, la Belgique ne réclame pas forcément l’existence préalable de liens familiaux officiels entre l’adopté et l’adoptant et, donc, n’impose pas aux parents d’être mariés pour pouvoir adopter son enfant. Dans notre cas, nous étions de toute façon mariées depuis des années donc pas de question de ce côté-là.

Les délais d’inscription à la formation sont variables. Des séances sont régulièrement organisées dans différentes villes de Wallonie et il faut attendre que l’une d’elles se tiennent près de chez soi. Pour nous, ça a été relativement vite car Emma n’avait pas encore un mois quand Sophie s’y est rendue. La présence du parent biologique n’est pas requise (heureusement car moi, je vivais avec un nourrisson scotché à mon sein à cette époque).

Ensuite, avec toutes les infos récoltées lors de la matinée, il faut commencer à réunir les pièces du dossier et choisir un organisme d’adoption (public ou associatif) qui va réaliser les entretiens d’évaluation relatifs à votre projet d’adoption. Et là, on sent qu’on joue une pièce qui n’est pas écrite pour nous, c’est-à-dire qu’on essaye de faire rentrer dans les cases de l’adoption intrafamiliale notre famille qui n’a pas grand chose à voir avec cette démarche.

Le plus drôle, c’est que tout le monde en est parfaitement conscient : l’assistante sociale et la psy de l’organisme qu’on avait choisi en tête. Ces entretiens sont conçus pour des personnes qui souhaitent adopter un enfant qui leur est plus ou moins étranger (soit complètement, soit c’est un membre de leur famille qui va « devenir » leur enfant). Alors que nous, nous nous rendons aux entretiens AVEC notre fille endormie dans l’écharpe de portage. Nous sommes des jeunes mamans qui manquent un peu de sommeil, qui gèrent des problèmes d’allaitement, qui racontent leur accouchement et pour qui la filiation ne fait aucun doute. C’est ridicule, les professionnels en conviennent mais on doit quand même débaler notre vie, expliquer pourquoi on a voulu un enfant, comment nos familles ont réagi, etc etc. Et on doit aussi règler la modique somme de 250 euros pour deux fois une heure de blabla.

Une fois, les deux rencontres passées, on reçoit une attestation qu’on joint au dossier avec le consentement de la mère biologique à l’adoption et la requête de mon épouse pour adopter Emma. Tout cela est déposé au tribunal de la Jeunesse en juillet 2011. Emma a alors 3 mois. Ça a roulé, on a plus qu’à attendre d’être convoquées au tribunal.

Sur l’ordre du juge, quelques semaines après, Sophie est convoquée au commissariat pour une « enquête sociale » (ou un terme approchant). Là encore, il s’agit d’un acte purement formel : la logique voudrait que cela vise à s’assurer que nous vivons bien ensemble, qu’il existe bien un lien permanent entre l’adoptant et l’adopté, etc mais en fait, le flic établit simplement un procès verbal d’audition de Sophie qui affirme qu’elle veut adopter Emma. Puis, comme le policier ne demande plus rien et qu’elle est là dans un bureau sans savoir trop quoi dire, elle explique qu’Emma est « la fille biologique de son épouse, Annelore, et qu’elle a été conçue par FIV ». Le flic lui résume sa déclaration qu’elle signe puis une fois dans la rue, en relisant le p.v., elle se rend compte que le gars a écrit « Annelore a été conçue par opération invitro » !!!! Gros fou rire. La confusion des prénoms mèlée au jargon de flic, c’est quand même délicieux !

Bref, rectification, nouveau PV, retour aux greffes du tribunal de la jeunesse et on attend à nouveau des nouvelles. En décembre, ne voyant rien venir, je téléphone au tribunal qui m’explique que « si, si, ça avance, on attend l’audition de vos parents » ! Là, je suis scandalisée. Sophie reçoit cette nouvelle comme une humiliation. Jusque là, on trouvait tout ça ridicule, parfois rigolo mais là, c’est consternant. J’apprends de la juge en personne que nous pouvions nous opposer à ce que les ascendants soient entendus mais que c’est la police qui devait nous informer de cette possibilité, chose que l’inspecteur Labavure a évidemment oublié de nous préciser !

Nous nous entendons à merveille avec mes parents et jamais ils ne se seraient opposés à cette filiation qu’ils trouvent bien entendu naturelle. C’est le principe de demander l’avis des ascendants que nous trouvons insupportable même si cet avis n’est pas forcément pris en compte (d’après la juge). Humiliant et inutile, à l’image de toute cette procédure.

C’est finalement au printemps que nous sommes enfin convoquées au tribunal de la jeunesse. Emma a 11 mois. Nous rencontrons enfin « en vrai » la juge en charge de notre dossier. Elle est très sympa, le procureur aussi. L’audience est une formalité. Emma gazouille et plait beaucoup aux magistrats. Comme tout au long de la procédure, les professionnels rencontrés n’ont aucune hostilité à l’égard de notre famille, ils nous comprennent et sont désolés de devoir nous infliger des démarches aussi longues et pénibles mais « c’est ainsi ».

A ce moment, nous pensons en avoir fini avec la justice mais nous devrons malheureusement revenir au tribunal une seconde fois car nous avions demandé à ce que notre fille porte nos deux noms accolés, ce que la juge nous a accordé avant de se rendre compte quelques jours plus tard que cette possibilité était interdite en cas d’adoption plénière. Lors de la seconde audience, nous demandons donc à ce que soit noté dans le procès verbal que nous regrettons d’avoir à choisir un seul de nos deux noms (le mien, nom de naissance d’Emma). La loi sur le nom de famille est sur le point de changer en Belgique; deux ans après cette adoption, nous espérons donc qu’elle aura un effet rétroactif et que nous pourrons enfin donner à Emma nos deux patronymes.

Il aura fallut 13 mois en tout pour que la filiation entre Emma et sa maman soit enfin reconnue. Quelques semaines plus tard, nous figurions toutes les deux comme parents sur sa toute nouvelle carte d’identité et elle était enfin inscrite dans notre carnet de mariage (chose qui nous avait été refusée lors de son inscription dans les registres de la population à sa naissance).

En matière de filiation, la Belgique est donc loin d’être un paradis. Cependant, jamais nous n’avons du « faire la preuve » de cette filiation, des liens affectifs entre Emma et Sophie. Tout est basé sur la déclaration et le consentement, ce qui est à mon sens une bonne chose. A aucun moment, nous n’avons ressenti des obstacles au niveau des mentalités : chacun a joué son rôle à un niveau administratif ou légal mais sans jamais remettre en question la légitimité de notre famille. Je pense que cela prouve, s’il le fallait encore, l’absurdité de la situation et l’urgence à modifier la loi pour que la filiation s’établisse de la même façon que pour les couples hétéros.

En France comme en Belgique, il faut que les choses bougent. Nos enfants et nos familles sont encore trop longtemps légalement fragilisés par ces procédures longues et humiliantes.

 

Annelore

 

La Belgique adopte la filiation automatique au sein des couples de femmes

30 Avr

Article de Yagg du  24 avril 2014

« Il [le texte] reconnaît la filiation automatique, une sorte de présomption de maternité, pour la compagne de la mère biologique dans un couple de femmes qui a recouru à une PMA et lorsque le couple est marié. À défaut, la compagne doit donc faire reconnaître l’enfant né comme c’est le cas pour les couples hétérosexuels.

L’article 12 de la proposition de loi «portant établissement de la filiation de la coparente» indique ainsi qu’est inséré dans le Code civil un article 325/2, selon lequel «l’enfant né pendant le mariage ou dans les trois cents jours qui suivent la dissolution ou l’annulation du mariage, a pour coparente l’épouse». »

Pour lire le texte en entier, cliquez ici

Le parcours du combattant de Céline, qui va adopter les enfants de sa femme

17 Avr

Article de 20 minutes du 17 avril 2014

« La plupart des gens à qui on a parlé du dossier d’adoption nous ont dit: «Bah vous êtes mariées, ça suffit pas?». On se dit: mais où vous étiez pendant les débats? On a supporté tout ça pour rien, parce que les gens ne savent pas que non, le mariage [condition sine qua non pour que les couples homosexuels puissent adopter] ne suffit pas, il faut encore prouver qu’on est de bons parents »

 

Pour lire l’article en entier, cliquez ici:

http://www.20minutes.fr/societe/1355013-temoignage-de-celine-qui-va-adopter-les-enfants-de-sa-femme

Témoignage-Anne-Sophie (n°4)

6 Avr

Nous sommes belges, mariées et mamans d’une adorable petite fille de 3,5 ans.

Nous avons la grande chance d’être belges et donc de bénéficier des avancées concernant les droits de LGBTQI, cependant la filiation n’est pas automatique et nous oblige à passer par une procédure d’adoption intra-familiale, pas très complexe mais trop longue selon nous: entre 6 mois et 1 an avant que notre enfant ait 2 parents légaux. Avec notre association « Homoparentalités.be » nous travaillons sur un projet de loi qui permettra, entre autres, la présomption de maternité; ce qui permettra aux enfants nés au sein de couples lesbiens d’avoir, dès la naissance, 2 parents légaux.

Notre parcours vers notre famille :

Nous nous sommes mariées en mai 2007, l’année suivante nous avons décidé de fonder notre famille.

Nous nous sommes tournées vers le centre de PMA de la Citadelle de Liège (hôpital de notre ville).  Entourées d’une super équipe, nous avons commencé les inséminations artificielles avec donneur anonyme. Après 6 échecs, l’équipe nous a proposé de passer à la fécondation In-Vitro, nous sommes devenues les heureuses mamans d’une magnifique petite fille en octobre 2010.

Dans un premier temps nous avons attendu que nos Politiques bougent : en effet « la rumeur » nous laissait espérer le passage de la loi reconnaissant la filiation dans les couples lesbiens. Ce projet est toujours sur la table de nos Ministres à l’heure actuelle.

Ne voyant rien venir, nous nous sommes donc lancées dans le parcours d’adoption intra familiale qui allait permettre à notre fille d’avoir deux parents…légaux alors que dans les faits, nous sommes ses mamans depuis bien avant sa naissance.  Cette procédure a d’ailleurs choquée plus d’un membre de notre entourage. En effet, pour beaucoup de belges, il est acquis que les couples mariés (homo ou hétéro) sont égaux devant la loi et très souvent notre entourage trouvait ridicule cette procédure surtout si en prime vous leur expliquez que dans un couple hétéro ayant recours à une FIV le mari est d’office le père de l’enfant !

Le parcours est long mais simple : une séance d’information sur toute la procédure avec le service adoption de l’État, deux rendez-vous avec un organisme agréé d’adoption : vous y faites l’anamnèse et la genèse de votre vie/couple. Une fois cette étape réussie le parent adoptant reçoit un certificat d’aptitude à l’adoption.  Avec ce précieux sésame, vous rédigez une requête auprès du Tribunal de la Jeunesse dont vous dépendez, vous rencontrez votre agent de quartier (le nôtre nous a convoquées au commissariat en s’excusant 100 fois de cette démarche qu’il est obligé de faire mais qu’il trouve ridicule, pour la forme il est aussi passé à la maison et a demandé si nous étions d’accord pour qu’il rencontre les grands-parents biologiques de notre fille, procédure oblige), une fois que l’inspecteur a rédigé son rapport et l’a transmis au Juge chargé de votre dossier, vous êtes convoqués au Tribunal de la Jeunesse, où le Juge des Enfants, le Procureur du Roi, leur greffier, statuent sur votre famille : « Bonjour Mesdames, vous Madame B, venez pour que nous actions l’adoption de votre fille par vous-même et vous Madame C, vous êtes bien d’accord pour que Mme B soit légalement le parent de votre enfant ? » en coeur nous répondons « oui » « Et bien Mesdames, vous êtes les heureuses Mamans légales de votre fille ! »

Bien entendu, nous ne sortons pas réellement toutes les deux parents « légal » nous devons (je dois) encore attendre que ce jugement soit acté : un délai d’un mois au cas où quelqu’un ferait opposition, retranscription du jugement dans les livres de l’État Civil et surtout réception de ce précieux courrier où il est inscrit noir sur blanc que votre fille, est légalement votre enfant !

 

Anne-Sophie, Co-Présidente de l’asso « Homoparentalités.be »

 

Témoignage de Marie (n°19)

21 Jan

Nous avons décidé de faire un bébé (d’essayer…) en août 2010, juste après notre PACS. Nous étions ensemble depuis un peu plus de deux ans à cette époque.
Nous avons commencé par chercher un donneur connu, dans notre « deuxième cercle » de connaissances. Nous avions trouvé quelqu’un qui s’est rétracté début janvier 2011, nous laissant donc un peu démunies. Après réflexion, nous avons opté pour un donneur anonyme, notamment suite à un argument apporté par une de mes amies « au moins, avec un donneur anonyme, l’enfant fait « le deuil » d’un père qu’il n’aura jamais et ne risque pas d’avoir d’attentes vis-à-vis de son géniteur ». C’était pas faux, on a donc dit banco.
Nous avons donc eu notre premier rdv à Barcelone début février 2011 puis nous avons fait trois IAD (Insémination Artificielle avec Donneur anonyme) là-bas, dans mon ventre. J’étais la plus jeune, ma compagne venait de perdre son job, voilà comment le choix s’est fait (et j’étais très prête et elle moins).
Après avoir dépensé 6000€ en trois mois, nous avons compris que l’Espagne ne nous conviendrait pas. Chacun de ces essais était stimulé (bien que je n’ai a priori pas de souci particulier (j’avais 27 ans)), mais rien n’a pris.
Suite à cela, nous sommes parties à Gent où j’ai refait 3 IAD stimulées mais très mal encadrées (sans gynéco en France, et mal suivies par l’hôpital belge). Trois nouveaux négatifs.
Après un an de stim, j’étais à bout et ma compagne avait envie de s’y mettre (elle avait 35 ans).
Nous sommes parties à Liège, où nous sommes encore aujourd’hui.
Là-bas, elle a fait 5 IAD stimulées, toutes négatives, puis une FIV (Fécondation in Vitro), négative et sans embryon à congeler, une seconde FIV qui nous a donné un joli espoir qui s’est envolé après 7 semaines de grossesse, un TEC (Transfert d’Embryon Congelé) d’un embryon restant de la FIV 2 qui n’a pas pu avoir lieu car l’embryon n’a pas survécu à la décongélation, une 3ème FIV mi juin qui a conduit à un nouveau négatif, et un dernier TEC qui n’a pas pu avoir lieu.

Enfin, je m’y suis remise à mon tour, j’ai fait une FIV pour laquelle ma stimulation a été un peu trop forte, m’a donné des maux de ventre terribles, une souffrance incroyable à la ponction des 14 ovocytes, puis les jours suivants. On m’a transféré un embryon qui n’a pas tenu, lui non plus. Il reste 8 embryons congelés là bas, mais au bout de trois ans de douloureux et couteux parcours, il devient nécessaire de faire une pause. Cette pause que nous n’avons encore jamais faite, en enchaînant 15 échecs et 2 faux départs, en encaissant une fausse couche, et en ayant dépensé à l’étranger l’équivalent de plus d’un an de salaire…

Alors, vous n’y avez rien compris ? Dites-vous que nous non plus au début. Et que si on avait tout simplement eu le droit de vivre tout cela en France, à côté de chez nous, la peine de de ce parcours long et compliqué n’aurait pas été amplifiée par la honte de devoir quitter mon pays pour avoir le droit d’espérer, un jour, fonder une famille.

Ou sinon, comme les gens idiots racontent parfois, je n’ai qu’à « me faire un mec dans une boîte de nuit ». Ben oui, c’est pas beau de faire des enfants illégalement…

Marie

Bref, on va être mamans

1 Fév

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=ndT_iJiHjlc

Le blog « Puisque c’est la guerre » parodie « Bref » pour nous montrer leur parcours PMA en Belgique. A voir!

Témoignage de Nathalie (72)

27 Jan

J’ai la chance de vivre dans un pays ou les lois ont permis aux couples homosexuels de pouvoir s’unir, d’adopter et  d’avoir accès à la PMA.

Aux yeux de la loi, j’ai mes droits de maman car de leurs deux mamans, je suis celle qui ne les a pas portés. Mais j’ai été présente comme tout père avant leur naissance, pendant la grossesse et encore et pour toujours maintenant. Aux yeux de nos familles, de nos lois nous formons une famille.

J’ai pu les adopter : ils portent mon nom, s’ils n’ont pas mon sang, ils ont mon nom et tout l’amour que je peux leur apporter…

Être parents c’est avant tout savoir élever, éduquer et aimer ses enfants…

Il y a dix maintenant quand ces lois ont été votées, le peuple belge a su réagir en peuple tolérant et respectueux. Bien sûr encore maintenant certaines personnes n’acceptent pas cela mais on ne peut pas faire l’unanimité sur tous les sujets.

Nous avons aussi la chance d’être entourées de notre famille, nos collègues, nos amis qui nous aiment et qui nous respectent.

Merci aux hommes et femmes politiques belges, merci à nos familles, nos amis, nos collègues.

Merci de nous avoir permis d’avoir nos droits.

Nathalie

Témoignage de Vanessa (67)

22 Jan

Nous nous sommes rencontrées il y a 15 ans déjà.

Il nous a fallu ces 10 années pour construire, réfléchir, refuser, formuler, discuter, argumenter, douter, renoncer, s’opposer, se dépasser, oublier, désirer… un enfant. Il nous a fallu 10 ans pour décider de qui, de quand, de comment. Il nous a fallu quelques mois de plus pour oser appeler un hôpital en Belgique et quelques semaines pour rédiger une lettre de motivation…

Motiver = justifier par des motifs, apporter des raisons à

Quelles peuvent être les motivations au désir d’enfant ?

– Se conformer à la norme sociale : nous allions avoir trente ans, propriétaires et sans doute nous avions un plan de carrière. Le temps était venu de construire une famille… comme les autres 

 Donner une suite à notre histoire, que « ça continue même après la page »

– Ne pas décevoir nos mères, elles qui avaient peut-être tiré un trait sur nos maternités et sur le partage de leur propre expérience.

Nos motivations n’étaient pas différentes de celles des autres : nous avions coché la case du besoin de sécurité (un appart, un boulot). Venait ensuite un besoin d’identité (s’affirmer comme mamans aux yeux du monde à défaut d’avoir réussi à s’affirmer comme un couple au-delà de notre cercle intime – cela viendrait plut tard). Bien sûr, il était aussi question de réalité d’être, d’accomplissement de soi, de se projeter dans la vie…

Seulement nous, à la différence des autres, nous avions à apporter des motivations et nous devions tout justifier. Pour l’agrément d’un hôpital et pour la reconnaissance de nos proches.

Les étapes furent nombreuses, toutes stressantes. Et puis un jour, un médecin qui dit oui, et puis un jour, un rendez-vous à Bruxelles, et un résultat sanguin positif.

Pour moi, tout devenait simple. Et comme j’allais devenir Maman mais sans porter l’enfant, il me sembla tout à coup évident que tous ceux avec qui je passais du temps, devaient savoir qui j’étais. A commencer par mes collègues… Ce fut une libération. Pour ma compagne, ce fut moins facile : il lui fallut encaisser la froideur d’un grand frère adoré, les remarques profondément blessantes d’une mère ancrée dans son éducation, la désapprobation de collègues qui le lui feraient payer plus tard…

Cependant lorsque notre fille naquit, tout devint plus beau. Les proches qui avaient rejeté violemment notre désir d’enfants, accueillaient cette cousine le cœur débordant d’amour. Et notre couple avec.

Tout devenait tellement évident que nous décidions de recommencer tout de suite. Et en mai 2011, arrivait une petite sœur que j’avais cette fois portée.

Aujourd’hui, notre aînée a 3 ans, notre deuxième pas encore 2 ans. A l’école, à la crèche, dans la rue, elles sont nos filles, et nous sommes des parents comme les autres. C’est-à-dire avec nos propres caractéristiques.

Au même titre que cette femme de plus de 50 ans que je croise à l’école avec sa petite fille de 3 ans, de ce papa qui s’occupe tout seul de son fils, et de tous les autres.

Depuis la naissance des enfants, jamais nous n’avons ressenti d’oppositions, de rejets…

Jamais avant ces dernières semaines, et la violence de certaines paroles dans la presse, dans les manifs, dans des tracts…

Et  je me dis que nous avons de la chance, nous qui avons eu des enfants finalement assez facilement,  parce que Bruxelles n’est qu’à deux heures de chez nous, parce que nous avons « les moyens », parce que nous sommes des femmes aussi. Et je me dis que nous avons de la chance, nous qui habitons dans ce quartier où chaque directrice de crèche, chaque directrice d’école a déjà accueilli d’autres enfants de familles homoparentales. Et je me dis que nous avons de la chance, nous qui avons des enfants encore trop jeunes pour être confrontés aux paroles de haine, si fréquentes ces derniers jours.

Dans l’absolu, oui nous avons de la chance, mais pas la même chance que les couples mariés.

Biologiquement nos filles sont demi-sœurs, issues du même donneur.

Socialement, elles sont sœurs, élevées par les mêmes parents – une maman et une mamoune.

Légalement, ils n’existent aucun lien entre elles…

Comme il n’existe aucun lien entre notre aînée et moi, et entre notre cadette et ma compagne.

Pour combien de temps ? …

 

Vanessa

 

Témoignage d’Anne (64)

20 Jan

Je souhaite m’exprimer en tant que parent dit « social » même si je me reconnais déjà dans beaucoup de vos témoignages.

Notre histoire me semble d’une grande banalité, nous nous sommes rencontrées, ma compagne et moi il y a bientôt 12 ans et le désir d’élever un enfant ensemble est venu petit à petit au sein de notre couple. Convaincues par les études scientifiques nord américaines qui montrent que les enfants élevés dans des familles homoparentales ne vont, ni mieux, ni moins bien que les autres, nous nous sommes lancées dans l’aventure.

Notre première fille est née il y a 6 ans, ce fut bien sûr un grand bonheur pour nous. Nous n’avons pas rencontré de difficulté particulière en dehors de la logistique de pratiquer une IAD en Belgique. C’est au début de sa scolarité, lorsque j’ai voulu me présenter en tant que parent d’élève que les choses se sont compliquées. Cette démarche me semblait tellement naturelle que je n’ai pas compris le refus de la directrice d’école puis de l’inspecteur d’académie. Mais il fallait se rendre à l’évidence, je n’avais aucun droit sur ma fille, les textes de loi me renvoyait à cette réalité. Comment accepter cela, je suis tellement une mère aux yeux de ma fille!

Nous avons alors engagé une procédure de délégation d’autorité parentale. J’ai vécu avec beaucoup de violence le passage devant le juge avec notre avocat. C’était édifiant d’entendre notre avocat nous défendre en justifiant que nous sommes propriétaire d’une maison comportant un nombre suffisant de pièces compatible avec l’accueil d’un enfant ou que ma compagne faisant beaucoup de trajets en voiture il pourrait être intéressant que je puisse prendre des décisions importantes en son absence concernant notre fille.

Être obligé de se faire juger par des inconnus sur notre capacité à être parent me semble être de l’ordre de l’humiliation. En espérant que la loi sur l’adoption de nos enfants soit votée, si les démarches d’adoption n’évoluent pas, j’attends avec impatience le passage de l’assistante sociale chez nous!

Cependant, grâce à cette autorité parentale partagée (valable du vivant de ma compagne)  je suis aujourd’hui élue parent d’élève et je peux assumer cette responsabilité concernant la vie scolaire de ma fille.

Quelques années plus tard, nous avons souhaité avoir un deuxième enfant et là notre parcours a été plus complexe, souvent vécu par beaucoup de couples de femmes: examens médicaux, voyages itératifs en Belgique avec les problèmes que cela entraine (trajet de 10 h, absences professionnelles au dernier moment, garde de notre fille,…).

Je tiens d’ailleurs à remercier les gynécologues français qui nous soutiennent dans nos démarches, nous accueillent dans leurs consultations avec nos projets. Ils nous prescrivent examens et traitements d’AMP en engageant leur responsabilité.

Après finalement une IAD en Espagne, notre deuxième petite fille est née il y a 11 jours et nous comble de bonheur.

Le seul changement depuis 6 ans est que j’ai pu prendre le congé d’accueil de l’enfant anciennement congé paternité.

Nous faisons parti de la société française, les lois sont faites pour encadrer la population, dans l’égalité. Nos familles existent et doivent être reconnues.

Nous ne voulons enlever de droit à personne, nous voulons juste en avoir.

Être parent n’est pas qu’une question de sang. Accéder à la notion symbolique de la parentalité est une des dimensions de l’espèce humaine.

 

Anne

 

 

Témoignage d’Emmanuelle (63)

20 Jan

Je m’appelle Emmanuelle, et je vis depuis bientôt 20 ans avec Marion. Nous avons trois enfants, nés à la suite d’inséminations artificielles avec donneur (IAD) pratiquées en Belgique.

Nous habitons une petite ville de la banlieue parisienne depuis 5 ans. Nous y vivons simplement, au milieu de nos amis, de nos connaissances, des parents d’élèves, des commerçants. Nous faisons partie d’associations locales, pour la musique, le sport, la convivialité.

Nous sommes comme tout le monde.

Nous sommes tellement comme tout le monde que lorsque nous avons expliqué à nos voisins, lors de la galette des rois de notre immeuble, pourquoi nous allons manifester dimanche, ils sont tombé des nues : à nous voir vivre au quotidien depuis ces quelques années, ils n’imaginaient pas que l’une ne puisse pas emmener ses enfants à l’hôpital, ni lui léguer ses biens en cas de décès, ni voter aux élections des parents d’élèves, ni qu’elle ne figure pas sur notre livret de famille.

Ils ne l’imaginaient pas parce qu’ils savent, eux, que nos enfants ont bel et bien deux mères, que nous sommes une famille comme les autres, que nous nous énervons quand les enfants transforment l’appartement en champ de bataille comme les leurs, et que nous nous émerveillons quand ils nous racontent leur première blague de Toto, comme les leurs.

Tout ce que nous voulons, c’est avoir la même protection que ces familles que nous côtoyons tous les jours, et qui sont prêtes, elles, à accepter le mariage pour tous et les différentes formes de parentalité de notre époque.

 

Emmanuelle