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Témoignage de Maud (n°14)

13 Juin

Le 16 mai 2014, par une procédure gracieuse le TGI de Quimper nous accordait l’adoption croisée de nos deux filles.

Je viens ici vous faire un témoignage de ce moment important de notre vie.

Isa et moi nous sommes rencontrées en septembre 1998 entre les murs d’une institution religieuse à vocation enseignante. Isa y louait une chambre et moi, j’y arrivais pour préparer mon entrée dans la vie religieuse (un pré-postulat). Dès que nos yeux se sont croisés, j’ai su que ma vie serait liée « très étroitement » à la sienne. S’en est suivie une période de doutes et de crise de foi pas facile à gérer pour deux catholiques qui découvraient la puissance de l’ Amour « différent », jetées dans un débat sur le PACS où certains de nos amis et notre famille ( ignorant bien entendu la force de notre relation) se livraient à une homophobie « bien pensante ».

Il nous a fallu plusieurs années pour passer aux yeux de notre entourage de l’état de « colocataires » à celui d’ « amantes » et je dois dire que celui de « couple » est toujours « difficile » à digérer pour nos familles d’origine. Alors quand nous avons envisagé des enfants dans notre vie, cela a été un tsunami dans nos relations… Même nos frères et soeurs n’ont pas aidé à faire avancer nos parents. Nous y voyons bien sûr des questions d’intérêts divers mais cela nous fait violence encore aujourd’hui.

Il est évident qu’en choisissant  cette incarnation avec ce contexte familial nous avons à penser constamment à cette notion « d’égalité »

Après un parcours assez long de PMA en Belgique et un changement de stratégie, nous avons eu le bonheur d’attendre nos deux petites mouflettes.

Et quand est arrivé le changement politique que nous attendions depuis longtemps, notre espoir de voir reconnaître notre famille est devenu intense. Nos familles d’origine n’y parvenant pas ,nous nous sommes dit que si la république le faisait elles seraient bien devant leurs incohérences sociétales et devraient faire un pas vers nous… Mais la force de leur système leur phagocyte le coeur et le cerveau… La religion au lieu de « relier » (= du latin religare) peut « délier » voire devenir un « cancer » de la famille…

Voilà donc pour le contexte familial…

J’en reviens au contexte historique et politique :

Automne 2013 : Le futur examen du projet de loi « mariage pour tous » passe des couloirs de l’Assemblée Nationale aux trottoirs et pavés de la rue et inonde sans discernement cet espace virtuel qu’est Internet. Sous couvert de pseudonymes les invectives se fichent complètement des lois qui régissent notre pays et l’homophobie est devenue le jeu à la mode… Nous lisons les pires horreurs sur notre compte tout cela venant d’hommes et de femmes qui droits et droites dans les bottes de l’Eglise (le fameux lobying papal qui donne tous les droits puisque venant de la droite du Père…) cherchent à développer les instincts les plus bas et les peurs les plus ancrées dans les esprits emprisonnés par cette institution millénaire.

Nous nous posons la question : mais que leur volons-nous en cherchant à acquérir les mêmes droits ?

19 janvier 2013 : Lors d’une manifestation pour l’Egalité à Quimper nous interrogeons notre député présent, sur le projet de loi en cours de discussion à l’ Assemblée Nationale et lui demandons concrètement comment cela va se passer pour l’adoption de nos filles. Après quelques photos ce dernier nous promet une réponse rapide et prend « toutes » nos coordonnées… Nous n’avons jamais eu de réponse… Pourtant quand quelques mois auparavant, juste avant les législatives nous avons questionné son attaché de presse, ce dernier nous avait envoyé un message mail pour nous garantir de sa position pour le mariage, l’adoption et la PMA…

23 avril 2013 : la loi « mariage pour tous » est votée aux cris de « EGALITE-EGALITE ». Nous frissonnons devant notre « ordi », pleurons chaudement autant que lorsque nous avons accompagné par la pensée les présidente et vice-présidente des Enfants d’arc en ciel quelques semaines plus tôt devant les députés.

Personne ne sait encore le « réel contenu » de cette loi à part que nous allons pouvoir nous marier. Pour nous deux le mariage n’est pas une fin en soi mais juste le moyen de protéger nos enfants.

17 mai 2013 : François Hollande promulgue la loi « mariage pour tous », cela fait aussi 7 ans que nous nous sommes pacsées : un chouette anniversaire !

Fin juin 2013 : Nous allons voir notre maire (apparenté UMP) pour poser la date de notre mariage :

C’est OK pour lui et nous serons le premier couple à nous marier dans la toute nouvelle mairie !

Juillet passe à une vitesse de dingue… La tête dans les préparatifs, on essaye de ne pas remarquer que presque personne dans nos familles ne s’associera à notre union… Depuis 15 ans on commence à faire avec…

17 août 2013 : à 10h 30 devant la mairie se rassemblent nos amis, un frère d’ Isa ainsi que sa femme et ses enfants . Finalement dans les dernières semaines notre mariage a changé de statut dans nos deux têtes et ça nous fait tout bizarre de voir notre amour célébré « au grand jour », nous qui avons signé notre PACS sur un coin de table d’un placard à balais du TGI de Saint-Denis face à une greffière sans sourire.

26 août 2013 : rendez-vous avec la notaire pour le consentement à l’adoption

30 août 2013 : signature du dit consentement

Fin octobre 2013 : rencontre avec notre avocate et début de la constitution de notre dossier.

On fait marcher la photocopieuse du bourg à fond la caisse et on court après les attestations diverses : nos amis nous font pleurer régulièrement quand on lit leurs témoignages : ça fait un bien fou de lire l’affection qui nous lie après ces mois de tension animés par ceux qui ne veulent pas l’égalité des droits et qui tentent par tous les moyens de faire plier le gouvernement.

10 décembre 2013 : dépôt des requêtes pour l’adoption plénière des filles

3 janvier 2014 : avis favorable du parquet ( qui nous sera transmis par notre avocate une semaine avant l’audience)

21 mars 2014 : audience  «  bienveillante » avec le juge, sa greffière et la procureur.

Nous sortons « heureuses » même si le jugement est mis en délibéré pour le 18 avril 2014 puis prorogé au 16 mai et que nous pressentons la difficulté de l’attente…

16 mai 2014 : ça y est nous SOMMES toutes les deux MAMANS des deux mouflettes !

Tout s’est « presque » passé sans anicroches…

C’est vrai que le temps nous a paru long durant ces 9 mois… 9 mois : le temps de faire un troisième enfant ? Le temps de la sérénité ?

Nous apprenons notre bonne nouvelle alors que des vagues d’ homophobie se déchaînent dans d’autres TGI notamment celui de Versailles ( ville où nous avons nous-mêmes de la famille royaliste…) Nous n’arrivons pas à décolérer… Nos enfants sont protégés, certes mais nos copines sont dans la mouise à cause d’une « demie-loi » qui les soumet aux idéologies d’un autre âge…

L’égalité scandée par nos députés le 23 avril 2013 n’existera que lorsqu’elle retrouvera son unité c’est à dire lorsque nous pourrons comme n’importe quel couple aller déclarer notre enfant en mairie avant ou dans les trois jours qui suivront sa naissance…

L’égalité n’existera que lorsque nous pourrons «  faire famille » en France , sans avoir besoin de passer les frontières de notre pays.

L’égalité n’existera que lorsque nous ne serons plus obligées de nous marier pour protéger nos enfants…

Je pense à nos couples d’amies qui sont séparées et qui n’auront pas la même chance que nous…

Et je pense à toutes celles qui vont peut-être être obligées d’ aller jusqu’à la Cour Européenne des droits de l’homme pour obtenir ce misérable papier qu’un couple hétéro lambda met deux minutes montre en main à obtenir…

Quand je pense à ma belle-mère qui nous avait prévenu que si la loi était votée nous ne pourrions pas compter sur elle pour assister à notre mariage car cela serait « offenser Dieu », je me souviens aussi de ce mot « phare » asséné par elle et tous nos opposants : MENSONGE.

Ce mot est une arme à double tranchant et il est clair que dans cette volonté de faire stagner notre société, nos adversaires, à force de l’utiliser à tort et à travers ont eu le mérite de rendre lucides ceux qui l’hiver dernier encore préféraient penser que notre lutte pour l’égalité était « presque » un acquis…

Aujourd’hui, nous ne pouvons pas attendre qu’un éventuel changement passe par la tête des hommes et femmes qui ont obtenu nos suffrages.

Il faut les interpeller à toutes les occasions pour qu’ils prennent conscience que nous ne sommes pas un dossier parmi d’autres, mais des êtres humains nés dans le pays des droits de l’homme et du citoyen, qui ne bénéficions pas des mêmes droits que les autres et dont les enfants souffrent de leur manque de courage politique.

15 années ne peuvent pas encore passer sans que cette situation ne soit résolue…

C’est à nous avec cette « sainte colère » au creux des tripes, cette lucidité au fond du coeur et ce « vrai » amour du prochain de faire partir les marchands du temple pour que les valeurs de notre pays LIBERTE-EGALITE-FRATERNITE ne soient pas que des mots gravés sur les pierres mais s’incarnent au plus profond de chacun…

 

Maud

Manifeste des 343 « fraudeuses »

3 Juin

Appel à soutien du « Manifeste des 343 » qui a un besoin urgent de nombreuses signatures.

Nous invitons chacune et chacun à réfléchir à la portée et à l’importance de sa signature.

Nous vous invitons également à diffuser largement cet appel.

EAC-L’Asso

 

MANIFESTE DES 343 « fraudeuses »

Chaque année, des milliers de femmes ont recours à une PMA à l’étranger dans le but de fonder une famille.

D’autres le font dans des conditions dangereuses pour leur santé en raison de l’exclusion à laquelle elles sont condamnées alors que la France autorise la PMA pour les couples hétérosexuels.

Je déclare que je suis l’une d’elles. Je déclare avoir eu recours à une insémination avec donneur afin de fonder une famille.

Nous réclamons l’ouverture de la PMA à toutes les femmes.

Nous réclamons que la loi ouvrant l’adoption aux couples de même sexe soit appliquée partout en France, sans discrimination.  

Nous réclamons l’égalité entre couples homosexuels  et hétérosexuels pour l’établissement de la filiation de leurs enfants.  

Nous réclamons que tous les enfants de France puissent bénéficier des mêmes droits et que cessent immédiatement les discriminations dont sont victimes les enfants élevés dans des familles homoparentales.

 

AGIR EN 2 CLICS :

 

1/ Je signe ce manifeste en indiquant mes nom et prénom et en précisant : je déclare que je suis l’une d’elles. Je déclare avoir eu recours à une insémination avec donneur afin de fonder une famille (concerne toutes les femmes ou conjoint-e de femmes inséminées).

OU Je soutiens ce manifeste en indiquant mes nom et prénom et en précisant : je déclare apporter mon soutien au MANIFESTE DES 343 « fraudeuses » (concerne tous les hommes/femmes non-signataires, associations…).

2/ Je le renvoie à l’adresse : manifestedes343fraudeuses@gmail.com   Ce faisant, j’accepte que mes nom et prénom soient publiés dans le journal Libération,  sur internet et autre support médiatique en tant que signataire ou soutien de ce manifeste.


POURQUOI CE MANIFESTE :

La loi du 17 mai 2013 (loi dite sur le mariage et l’adoption ‘’pour tous’’), permet à des couples de même sexe mariés de déposer un dossier d’adoption pour autoriser l’un des époux à adopter les enfants de l’autre époux. L’esprit de la loi était de permettre de créer des liens parentaux entre l’enfant et le parent social, personne qui l’élève, pourvoit à son éducation et avec lequel il entretient des liens affectifs. Alors que ces adoptions ont été entérinées à Lille, Montpellier, Clermont-Ferrand, Le Mans (…) sans difficulté, certains tribunaux les refusent en arguant d’une fraude à la loi pour les couples ayant fait une PMA. Or, le mode de conception de l’enfant ne fait pas partie des éléments demandés quand une adoption concerne un couple hétérosexuel et la loi sur l’adoption est la même pour tous.

Des mesures légales rapides s’imposent pour sortir ces familles de la situation d’otages politiques que leur réservent certains magistrats.

La PMA n’est pas interdite en France, elle est pratiquée chaque jour pour des couples hétérosexuels. Il est temps de mettre un terme à ces discriminations d’un autre âge et d’ouvrir la PMA à toutes les femmes comme c’est le cas chez nos voisins européens : Belgique, Royaume-Uni, Espagne, Autriche, Danemark, Pays Bas, Suède, Norvège, Finlande, Islande.

Il est temps de protéger tous les enfants de France quelle que soit l’orientation sexuelle de leurs parents, en assurant comme pour les couples hétérosexuels leur reconnaissance en mairie pour les couples non mariés et la présomption de parenté pour les couples mariés.

Toutes les discriminations à l’égard d’enfants doivent cesser et  tous les enfants doivent pouvoir bénéficier des mêmes droits, des mêmes devoirs et de la même protection de leurs familles, quelle que soit la manière dont ils sont venus au monde.

 

C’est pourquoi nous vous invitons à signer le manifeste ci-dessus et à le diffuser à vos proches et à toutes personnalités engagées pour l’égalité des droits, afin de les mobiliser.

Ce manifeste paraîtra avec vos nom et prénom (en guise de signature) dans le journal Libération avec l’ensemble des autres signataires.

Le collectif MANIFESTE DES 343 « fraudeuses »

manifestedes343fraudeuses@gmail.com

 

«Passé la frontière, je perdrai le droit d’être la mère de mon enfant»

30 Mai

Article de Libération du 25 mai 2014

Deuxième épisode du récit de Jeanne et Maïwen, un couple de femmes qui a choisi la procréation médicalement assistée pour devenir mères.

Pour lire l’article cliquez ici

Première adoption intrafamiliale en Auvergne

20 Mai

Article de la Montagne du 20 mai 2014

PMA : une femme autorisée à adopter les enfants de son épouse

Le recours à la procréation médicalement assistée à l’étranger contourne-t-il la loi française de nature à empêcher une adoption ? Non, a jugé, jeudi, pour la première fois, le tribunal de Clermont-Ferrand.

Aux yeux de la loi, des jumeaux puydômois ont désormais deux mamans.

Pour la suite de cette article, cliquez ici

 

 

Témoignage de Sandrine (n°12)

13 Mai

Nous sommes passées devant le tribunal d’Évreux pour l’adoption plénière de notre fille ce jour (le 9 mai 2014)

A peine rentrées dans la salle d’audience le juge nous a énuméré nos identités et a donné la parole au Procureur. Cette dernière, sans nous demander quoi que ce soit, s’est opposée à l’adoption prétextant que la PMA était interdite. Personne lui a dit que c’était par PMA mais elle est restée là dessus.

J’ai demandé à m’exprimer cela a été très rapide, quelques phrases, en gros 3 minutes. J’avais préparé des attestations sur l’honneur de diverses personnes, j’ai demandé si cela valait la peine que je les donne vu que la décision du Procureur était prise. Le juge m’a dit oui vous pouvez me les donner nous étudierons quand même.

En dernière phrase je leur ai demandé si il arrive quelque chose à ma femme qu’allait devenir ma petite fille que j’ai toujours élevée ? Aucune réponse ! C’est scandaleux à notre époque de voir que des tribunaux ne prennent même pas la peine d’écouter les parents de l’enfant afin de les faire peut être changer d’avis… Nous recevrons le verdict définitif au mois de juin mais je m’attends pas à des miracles. Ma femme était en pleurs et je ne pouvais rien dire pour sortir toute ma colère . Le couple avant nous même décision, en 15 minutes c’était terminé.

Sandrine

À Versailles, le TGI refuse une adoption intrafamiliale pour cause de PMA

1 Mai

Article de Yagg du 1er mai 2014

« En détournant l’esprit de la loi du 17 mai 2013 ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de même sexe, cette toute première décision de refus met en lumière les lacunes du droit de la famille en France. »

« Sa voix se brise lorsque Marie évoque le fond de l’affaire. «De quoi parle-t-on? On parle de sécuriser un enfant. J’ai un enfant, demain s’il arrive quoi que ce soit à sa mère biologique, il devient quoi? J’étais là à sa naissance, c’est moi qui l’ai sorti du ventre de ma compagne, c’est moi qui l’accompagne à l’école tous les matins, qui l’élève… « 

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Le TGI de Versailles refuse l’adoption de Martin par l’épouse de sa mère

1 Mai

Article de Rue89 daté du 1er mai 2014

« Depuis la loi Taubira du 17 mai 2013, l’adoption est officiellement et théoriquement ouverte aux couples homosexuels mariés. L’adoption de l’enfant de son ou sa conjointe était évidemment au cœur des revendications. En octobre dernier, les associations avaient d’ailleurs célébré la première du genre. Le tribunal de grande instance de Lille venait d’accorder l’adoption plénière des deux enfants d’une mère biologique à son épouse.

Mais cette première avancée ne pouvait pas faire oublier que la loi était sujette à interprétation juridique. « 

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Témoignage de Carmin (n°10)

23 Fév

Avez-vous vu « Les 12 travaux d’Astérix » ? Vous rappelez-vous du 8ème ? Celui où nos héros doivent obtenir le laissez-passer A-38, mais pour lequel ils doivent d’abord obtenir le formulaire A-39 selon la circulaire B-65 dans une administration (française sûrement, quoique). Ca y est vous vous souvenez ? Alors bienvenue dans mon monde !

Nous voilà donc, quelques années en arrières toutes les 2 (je ne dirais pas qui fait Obélix ou Astérix, hein) au pied d’un bâtiment immense et une petite voix pour nous donner le top départ « Voici votre épreuve : construisez une famille ! Prêtes ? Feux, partez ! ».

Oui parce que tu crois quoi ? Que le plus dur c’était de prendre conscience de ton homosexualité, de l’accepter, de faire ton coming out (au pluriel ce serait plus judicieux) et de changer de vie pour suivre ton nouvel amour ??? Ben non en fait ! Mais heureusement ça se joue à 2 et avec beaucoup d’Amour, la meilleure des potions bien sur.

Alors c’est parti, on entre dans ce bâtiment, y a tellement de monde mais si peu qui nous regarde ou nous écoute que nous ne savons par où commencer. On n’a peu d’armes, peu de moyens, on tente le Pacs … bien mais pas top, toujours pas une « vraie » famille. On continue. Ah, on a trouvé un stand avec une asso « Les Enfants d’Arc-en-ciel », super ! Des réponses, des idées, du soutien, on se lance ! Et on en fait des allers, des retours chez le doc, au labo, en Belgique. On y perd des plumes, mais on ne se décourage pas et on a raison : juin 2012 notre bébé vient au monde.

Puis faut s’armer pour la bataille du mariage, idem, des marches, des manifs, des jets d’insultes, des élections, des suspens mais toujours pas de passoire sur la tête, on avance, on s’épuise mais on avance. Aout 2013, on se dit « oui » ! On y est presque …

On parvient donc à d’autres bureaux, d’autres questions, d’autres formulaires. D’abord le notaire pour le consentement d’adoption. 2 mois et 250 euro plus tard place à l’avocate (non obligatoire, c’est un choix) qui pourra déposer notre dossier au tribunal. Mais il faut le construire ce dossier. Là j’avoue que la passoire n’est pas loin. Des tonnes de documents officiels, bon là il suffit de patience. Par contre ce qu’on ne savait pas c’est combien ça nous couterait en perte d’intimité et en « ravale ta fierté » quand il nous faut demander aux gens d’écrire noir sur blanc qu’ils ont été témoins que nous étions bien une vraie famille, que ma femme aimait et s’occupait de notre fils comme une mère, comme elle s’occupait de ses 2 premiers enfants …

Et puis c’est arrivé. La passoire est venue s’assoir sur ma tête à la seconde où j’ai compris qu’en plus de tout cela je devrais demander l’avis mais surtout l’avis favorable de l’ex de ma femme, le père de ses ainés, le représentant du plus petit, trop jeune selon la loi pour donner son avis. Et puis heureusement on se reprend, on est 2, on s’aime encore, toujours, alors une fois la colère criée, on reprend ses esprits. Puisqu’il le faut, faisons-le ! (avons-nous le choix ?) On n’est plus à ça près. Alors on court dans tous les sens pour réunir toutes les pièces de notre dossier, les photos de nous, de notre intimité, les témoignages, les preuves, pour qu’ils puissent être déposés au tribunal, au juge, un inconnu, l’ultime boss du jeu.

Voilà, c’est là où nous en sommes aujourd’hui en février 2014. On s’apprête à affronter sa décision, va-t-il demander une enquête sociale ? Verrons-nous la gendarmerie débarquer chez nous pour savoir si notre fils a un lit et du lait ? Ou le dossier lui suffira-t-il pour juger que oui  nous sommes déjà une famille ? Comme c’est dur de se suspendre à cette décision, comme c’est injuste, comme ça me met en colère. La dernière ligne droite, allons-nous remporter cette épreuve ? à suivre, très vite je l’espère. Pourvu que tout se termine bien avec de la bonne musique sans barde et un bon banquet convivial !

Carmin

 

Témoignage de Séverine (n°8)

2 Fév

Après 3 ans de vie commune et à l’approche de la trentaine, ma compagne et moi décidons d’avoir un enfant, ce qui, pour un couple de même sexe nécessite TOUJOURS un (très) long de temps de réflexion pour savoir comment, pourquoi, quelles conséquences etc. Pour nous la réflexion a duré 1 an avant de commencer la moindre procédure. Je tiens à le rappeler, et à mettre ça en regard avec le fait qu’il nous faut ensuite PROUVER que nous sommes bien les parents de nos enfants alors que certains couples hétéros pour qui c’est l’  « accident » n’ont rien à prouver (et heureusement!)….

Garance, dont je suis la mère « sociale », est donc née en août 2012, période où après l’élection de François Hollande nous pensions légitimement que tout serait plus facile, la suite nous prouve que… pas tout à fait…

Récit de l’adoption en cours en 6 actes.

1- Trouver l’information, ou comment se découvrir des compétences juridiques inconnues….

Comment savoir quelle est la procédure à suivre ? Faut-il un avocat ? Quelle est cette histoire de notaire ? Doit-on vraiment se marier avant ? Pour nous renseigner, nous contactons une juriste de l’antenne locale du Planning familial, qui nous oriente vers le Conseil Général, compétent en matière d’adoption. Apparemment il y aura enquête sociale. Le Conseil Général nous informe qu’il ne s’occupe que d’adoption internationale, donc ça n’est pas de leur ressort. Nous apprenons en cherchant par nous-même, et grâce aux associations de familles homoparentales, que notre procédure relève de « l’adoption de l’enfant du conjoint ». Personne d’autre ne semble au courant…

Nous décidons de nous passer d’avocat, non pas pour des raisons financières (ce qui est le cas pour plusieurs couples de notre entourage), mais par conviction, car ça nous semble injuste de devoir payer pour prouver que je suis bien la mère de Garance.

 2- Le TGI, ou le royaume de la fausse information

Première rencontre avec le TGI : « ah non pour adopter il vous faut 2 ans de mariage ». On explique que non, dans le cas de l’adoption de l’enfant du conjoint, pas besoin. On nous donne donc un formulaire à remplir. Arrivées à la maison, on s’aperçoit qu’il s’agit du formulaire d’adoption à l’étranger. Retour au Tribunal, mêmes explications pour enfin récupérer le bon formulaire. Ce qui est rageant, c’est que cette procédure n’est pas nouvelle, elle existe pour les hétéros, alors qu’on ne nous fasse pas le coup de « Oui mais il faut qu’on s’adapte à la nouvelle loi ! ». Nul n’est censé ignorer la loi, et si maintenant la simple citoyenne doit la connaître mieux que le TGI…

J’ajoute que selon les TGI, le discours n’est pas du tout le même : soit c’est une « simple procédure administrative », soit il faut « prouver le lien à l’enfant ». Egalité du citoyen devant la loi, donc…

3- Le mariage, ou comment renoncer à ses convictions

Si nous souhaitions évidemment que le mariage soit ouvert à tout-e-s, nous n’aimons pas son institution pour nous-même et ne pensions donc jamais nous marier. Selon l’INED, il y a en France, en 2012, 56 % de naissances hors mariage. Qu’est donc censé prouver le mariage dans ce cas précis de l’adoption de l’enfant du conjoint ? Rien ! C’est obsolète et inutile, pour les hétéros comme pour les homos. Nous nous sommes donc mariées par obligation en août 2013.

4- Le notaire, ou comment payer 250 € pour un travail mal fait, qu’on doit refaire soi-même

Une fois chez le notaire, il avait écrit « adoption simple » sur le consentement alors que nous souhaitons demander la plénière. Nous lui faisons donc modifier sur le consentement. Mais une fois l’attestation de non-rétractation reçue, il est à nouveau mentionné « adoption simple ». Nous appelons donc le notaire pour faire changer, ce qu’il refuse, arguant que c’est la loi et que son juriste le lui a confirmé. Nous avons du nous battre avec le notaire pour faire figurer la bonne mention sur l’attestation, correspondant à notre requête auprès du Tribunal.

5- Le dossier, ou comment enrager de devoir prouver une évidence

Constitution du dossier : en plus des pièces administratives, pour se border on apporte la preuve que je suis bien là depuis l’origine, et que je m’occupe de ma fille comme n’importe quelle mère au quotidien. Témoignages de la famille, du médecin, de l’employeur, photos etc. Tout ça prend du temps. Et fait monter la colère de devoir prouver à la Justice ce que tout le monde autour de moi, et ma fille la première, sait déjà : je SUIS sa mère !

6- L’attente, et la colère

On nous a annoncé 5 à 6 mois de délai. Ce qui nous laisse assez de temps pour ruminer la chose suivante : dans un couple hétéro, si le couple a recours à un don de sperme en cas d’infertilité de l’homme, que se passe-t-il à la naissance ? Le père, qui n’est donc pas plus le père biologique que moi la mère biologique, va en mairie et déclare l’enfant. Basta. On veut simplement le même droit, est-ce trop demander ?

Séverine

Témoignage de Clothilde (n°7)

28 Jan

Les difficultés ont commencé lorsque nous avons évoqué notre désir d’avoir un enfant.

Nos familles étaient déjà réticentes à cette idée, tout comme elles l’étaient sur notre homosexualité. Nous avons dû d’abord, nous battre contre leurs préjugés et leurs craintes, avant de se lancer concrètement dans notre projet d’avoir un enfant.

Nous avons alors cherché des études, des livres sur l’homoparentalité qui prouveraient le « bien fondé » de notre désir d’enfant à notre entourage. Un enfant élevé par 2 femmes n’évolue ni mieux ni pire que n’importe quel autre enfant. Notre enfant est désiré, attendu et aimé avant même d’être dans nos bras. Il a été longuement réfléchi. Il n’est pas le fruit d’un accident. Combien de couples se posent autant de questions avant de faire un enfant?

Mes parents ont toujours refusé ce projet d’enfant. Ils sont pourtant aujourd’hui 2 grands-parents aimants et attentionnés pour mon fils, que ma compagne a porté. 4 ans de débats, pour mûrir notre projet avant de se lancer réellement. Comme quoi tout peut évoluer.

Puis concrètement, nous avons ensuite demandé à notre gynécologue habituelle, qui nous a conseillé un hôpital Edith Cavell à Bruxelles en Belgique. Car lorsqu’un couple de femmes françaises qui s’aiment et désirent avoir un enfant, et qu’il leur manque la gamète mâle, le spermatozoïde sain, elles ne peuvent demander l’aide de leur propre pays pour recevoir l’aide médicale d’un centre de Procréation Médicalement Assisté (PMA). Elles doivent se tourner vers une autre nation où cela est légalement autorisé et encadré: la Belgique, l’Espagne, l’Angleterre, les Pays-Bas, le Danemark, le Canada…

Nous avons pris RDV par téléphone avec la Belgique avec un délai d’attente d’1 mois. Puis les dépenses ont commencé. Mais pas que. Nous avons dû poser des jours de congés pour ce RDV, prendre des billets de train Thalys, une nuit d’hôtel à Bruxelles. Nous sommes ensuite retournées voir notre gynécologue habituelle en France pour qu’elle nous délivre une ordonnance de suivi médical, comme ferait n’importe quelle femme qui voudrait avoir un enfant et vérifier qu’elle est fertile. Nous avons ensuite communiqué les résultats de ces examens à Edith Cavell, qui nous a donné finalement son accord pour obtenir leur aide (6 mois d’attente pour passer en commission chez eux). Je précise que cela fut possible, car nous étions un couple reconnu par un PACS. Puis Edith Cavell a prescrit un traitement hormonal qui n’est pas anodin à ma compagne, qui porterait l’enfant. Ce traitement est contraignant en temps, en argent et pour sa santé. Comme convenu, nous avons demandé son avis avec notre gynécologue habituelle et lui avons envoyé nos ordonnances belges à retranscrire en ordonnances françaises. Elle ne nous a jamais recontacté malgré nos relances.

Nous avons recherché en catastrophe un second gynécologue, qui nous suivrait tout au long de notre parcours, jusqu’à l’accouchement. Ma compagne a fait joué ses relations de travail, ce qui l’a obligé à faire son coming-out professionnellement, sans savoir comment tout le monde allait réagir. Ce gynécologue a été notre sauveur.

Prise de sang et échographie des ovaires tous les 2 jours pendant 10 jours à jeun le matin, avant d’aller au travail, demander à recevoir les résultats avant midi, pour les communiquer à Edith Cavell, qui nous donne alors 36h pour venir les voir et pratiquer l’insémination (acte médical pratiqué par un gynécologue: dépôt de sperm d’un donneur anonyme dans le vagin à l’aide d’une pipette spéciale, c’est ça une IAD). Autant vous dire que les heures sont comptées à ce moment là. Prévenir nos employeurs que nous ne serons pas là le lendemain, et du jour au lendemain c’est un risque à prendre pour ma carrière professionnelle, tout comme ça l’a été pour ma compagne d’être régulièrement en retard à cause des examens médicaux matinaux. Alors qu’il aurait été tellement plus simple, si nous avions pu être suivies dans l’hôpital à côté de notre domicile. Trouver des billets de train au dernier moment au tarif maximum, youpi. Rentrer en France et espérer en attendant 14 jours, avant de faire une prise de sang pour savoir si on est enceinte ou pas. Et recommencer jusqu’à tomber enceinte enfin.

Après le suivi de grossesse se fait avec notre gynécologue habituel, comme toute femme enceinte. Bref ça a certes un certain coût financier: examens médicaux, déplacements, hôtellerie, jours de congés, frais médicaux d’insémination… mais pas que. Nous avons du débourser en 2 ans de quoi s’acheter une voiture. Oui une belle voiture neuve! Ces démarches nous auraient peut-être coutée qu’un plein d’essence, si ce parcours de PMA avait été autorisé et pratiqué en France à côté de chez nous. Mais pas que. C’est un sacrifice conséquent sur nos revenus, aucunes vacances, aucuns vêtements neufs, aucun achat superflu, rien que du nécessaire absolument nécessaire. Mais pas que. C’est aussi se sentir rejeter de notre pays, notre pays qui nous a vu naître, nous a élevé, que nous soutenons aux JO et lors des grandes rencontres sportives internationales avec notre cœur.

Depuis le moment, où ma compagne est tombée enceinte, nous n’avons plus rencontré de difficultés insurmontables. Nous les pulvérisions sur place. Les préjugés des gens ne nous gênaient plus. Nous prenons depuis le temps de nous montrer telles que nous sommes, nous sommes comme tout le monde: nous respirons, nous avons du sang dans nos veines et nous aimons, voilà tout. Nous avons essuyé quelques dégâts sur mon véhicule (pneus crevés, rétroviseur cassé, essuie glace arraché, plaque d’immatriculation arrachée et cassée), notre voisin était ouvertement homophobe et nous pourrissait la vie dès qu’il le pouvait dans le quartier et auprès de notre bailleur. Des voisines amicales nous signalaient être témoins de ses dégâts. Bref nous avons depuis déménagé et ne subissons plus ce personnage.

Lorsque notre garçon est né, nous avons eu par chance une place en crèche pour lui. La directrice ne voulait pas me parler n’étant pas  » la vrai mère de l’enfant ». Au bout de quelques semaines et à force de politesse et d’échanges, elle a évolué et a fini par me parler et m’offrir même des cafés, comme tout parent de la crèche.

Ma compagne étant la seule parent reconnue légalement, je n’avais pas le droit légalement d’emmener notre fils chez le médecin, même en cas d’urgences je n’étais qu’un tiers, personne aux yeux de la loi, impossible de prendre une décision médicale, pourtant il a bien fallu aller le faire recoudre lors d’une chute à la crèche. J’étais la plus proche à pouvoir intervenir, j’ai pu déposer mon fils aux urgences, mais attendre ma compagne, la seule mère reconnue car mère biologique, pour l’en faire sortir. Plein de situations deviennent absurdes rapidement.

Nous avons alors entamé avec une avocate une procédure de demande de délégation d’autorité parentale DAP, 1 an de procédure au TGI (Tribunal de Grande Instance) de Paris et 3600 euros plus tard, le juge aux affaires familiales nous l’a accordé heureusement. Ça fait cher payé pour avoir le droit de sortir son enfant de l’hôpital, de l’emmener chez le médecin. Dans le même Tribunal de Grande Instance, un couple d’amies dans la même situation se l’est vu refuser sans motif réel. Un sentiment de justice à la « loterie ».

Depuis nous avons milité pour obtenir la possibilité de nous marier: l’appel de Montpellier en 2009. C’est une bataille au quotidien,  pour dire à tout le monde que nous sommes comme tout le monde, et que nous méritons les mêmes droits et les mêmes devoirs.

Nous nous sommes mariées en décembre 2013, dans une petite commune de Loire Atlantique, le maire a dû prévenir et demander les services de la gendarmerie car Mr le maire avait reçu des menaces « d’abrutis armés » comme il disait. Nous avons demandé au procureur de la République l’autorisation de ne pas publier sur les bans de notre mariage notre adresse de domicile, pour ne pas donner l’adresse de notre domicile aux « abrutis armés ». Nous sommes mariées sous protection de la gendarmerie, tout s’est bien déroulé finalement.

Nous souhaitions ensuite entamer la procédure d’adoption. Nous nous sommes d’abord renseignées auprès de l’association les enfants-d’arc-en-ciel- l’asso! et de son forum. Puis nous avons été au TGI de Nantes, pour se renseigner sur place. Chaque TGI a sa propre procédure. La personne du service civil et adoptions nous a annoncé que ma compagne (mère biologique) perdrait ses droits, si je demandais l’adoption de mon fils, et que je ne pourrais adopter qu’en adoption simple et non en forme plénière. Totalement faux! Nous avons du lui expliquer qu’elle devait être mal renseignée, qu’elle devrait demander l’avis du greffier en chef. Un comble! Former, celle qui doit nous informer de nos droits!! Le greffier en chef lui a confirmé par téléphone que nous avions raison et indiqué les documents pré-imprimés à remplir. Nous avons ensuite contacté notre notaire de famille, qui nous a reçu 2 jours après notre mariage: « parce que vous avez déjà trop attendu pour ça ». Nous avons signé un acte notarié de consentement à l’adoption plénière, nous attendrons les 2 mois, délai de rétractation légal. Puis notre notaire pourra attester de notre non-rétractation à ce consentement. Avec tous ces documents et quelques autres (actes de naissance, certificat de mariage, livret de famille…) nous allons déposer notre demande d’adoption plénière de l’enfant de mon épouse, celui que j’élève depuis sa naissance et désire depuis plus longtemps, par une requête auprès du service adoptions du parquet du TGI de Nantes. La greffière nous a indiqué un délai de 6 à 8 mois de procédure. Que faire pendant encore ces 8 mois s’il arrivait malheur à mon épouse? Elle n’a su quoi me répondre.

Nous avons donc commencé la procédure en justice pour demander l’adoption plénière de l’enfant du conjoint en espérant obtenir victoire. Mon fils de 4ans 1/2 deviendrait bientôt mon fils légalement dans 6 à 8 mois. Il aura alors plus de 5 ans. Enfin, si le juge m’autorise à devenir son parent. Et pour le second enfant? Tout recommence…

Clothilde

 

Témoignage de Marie (n°19)

21 Jan

Nous avons décidé de faire un bébé (d’essayer…) en août 2010, juste après notre PACS. Nous étions ensemble depuis un peu plus de deux ans à cette époque.
Nous avons commencé par chercher un donneur connu, dans notre « deuxième cercle » de connaissances. Nous avions trouvé quelqu’un qui s’est rétracté début janvier 2011, nous laissant donc un peu démunies. Après réflexion, nous avons opté pour un donneur anonyme, notamment suite à un argument apporté par une de mes amies « au moins, avec un donneur anonyme, l’enfant fait « le deuil » d’un père qu’il n’aura jamais et ne risque pas d’avoir d’attentes vis-à-vis de son géniteur ». C’était pas faux, on a donc dit banco.
Nous avons donc eu notre premier rdv à Barcelone début février 2011 puis nous avons fait trois IAD (Insémination Artificielle avec Donneur anonyme) là-bas, dans mon ventre. J’étais la plus jeune, ma compagne venait de perdre son job, voilà comment le choix s’est fait (et j’étais très prête et elle moins).
Après avoir dépensé 6000€ en trois mois, nous avons compris que l’Espagne ne nous conviendrait pas. Chacun de ces essais était stimulé (bien que je n’ai a priori pas de souci particulier (j’avais 27 ans)), mais rien n’a pris.
Suite à cela, nous sommes parties à Gent où j’ai refait 3 IAD stimulées mais très mal encadrées (sans gynéco en France, et mal suivies par l’hôpital belge). Trois nouveaux négatifs.
Après un an de stim, j’étais à bout et ma compagne avait envie de s’y mettre (elle avait 35 ans).
Nous sommes parties à Liège, où nous sommes encore aujourd’hui.
Là-bas, elle a fait 5 IAD stimulées, toutes négatives, puis une FIV (Fécondation in Vitro), négative et sans embryon à congeler, une seconde FIV qui nous a donné un joli espoir qui s’est envolé après 7 semaines de grossesse, un TEC (Transfert d’Embryon Congelé) d’un embryon restant de la FIV 2 qui n’a pas pu avoir lieu car l’embryon n’a pas survécu à la décongélation, une 3ème FIV mi juin qui a conduit à un nouveau négatif, et un dernier TEC qui n’a pas pu avoir lieu.

Enfin, je m’y suis remise à mon tour, j’ai fait une FIV pour laquelle ma stimulation a été un peu trop forte, m’a donné des maux de ventre terribles, une souffrance incroyable à la ponction des 14 ovocytes, puis les jours suivants. On m’a transféré un embryon qui n’a pas tenu, lui non plus. Il reste 8 embryons congelés là bas, mais au bout de trois ans de douloureux et couteux parcours, il devient nécessaire de faire une pause. Cette pause que nous n’avons encore jamais faite, en enchaînant 15 échecs et 2 faux départs, en encaissant une fausse couche, et en ayant dépensé à l’étranger l’équivalent de plus d’un an de salaire…

Alors, vous n’y avez rien compris ? Dites-vous que nous non plus au début. Et que si on avait tout simplement eu le droit de vivre tout cela en France, à côté de chez nous, la peine de de ce parcours long et compliqué n’aurait pas été amplifiée par la honte de devoir quitter mon pays pour avoir le droit d’espérer, un jour, fonder une famille.

Ou sinon, comme les gens idiots racontent parfois, je n’ai qu’à « me faire un mec dans une boîte de nuit ». Ben oui, c’est pas beau de faire des enfants illégalement…

Marie

Image

Première adoption dans la Sarthe!

21 Jan

Témoignage de Jennifer (n°4)

16 Jan

Mariée avec ma femme fin juin 2013 après 13 ans et demi de vie commune et un enfant née en novembre 2012 après un parcours fastidieux et douloureux de PMA  en Belgique.

Consentement à l’adoption rédigé début septembre pour 300 euros.

Acte de non rétractation reçu début septembre mais on réalise qu il y a une erreur puisque c’est mentionné adoption simple et non plénière…on n’avait pas relu dans l’euphorie du moment.

Le notaire a établi un acte rectificatif le 9.9.13 stipulant une erreur matérielle.  On envoie la requête au TGI (Tribunal de Grande Instance) de Melun.

La requête est simple à faire sur un imprimé fourni par le tribunal sans attestations à fournir ni lettre de motivation, ni preuve du donneur anonyme.

Finalement, le juge estime qu’il faut un nouveau délai de 2 mois de non rétractation…

On obtient la nouvelle attestation le 12.11.13 que j’envoie au tribunal la semaine suivante et  on attend la réponse du Juge qui arrive mi décembre.

Nous avons été convoquées ma femme et moi le 9.01.14 sans notre fille car trop petite.

Trois magistrates et deux greffières nous reçoivent. On nous demande de motiver notre requête, Caroline dit qu’avoir désiré et eu notre fille puis l’élever ne peut se concevoir sans moi, que c est un projet de couple et de vie.

Puis j’ explique la gorge nouée d’émotion l’ensemble du parcours et mon rôle maternel, mes devoirs et responsabilités en quelques minutes en précisant qu’en mai 2013 j avais obtenu le partage de l exercice de l’autorité parentale.

Elles se regardent et décident de nous donner leur verdict sans délibéré. Et là je souris déjà car leur sourire rayonne.Une des magistrates prononce donc l’adoption plénière de Lou en ma faveur….

Moment unique, magique rempli d’émotion où toute la pression retombe….voilà c est fait je suis officiellement maman sur le plan juridique ! On est fières !

Je vous souhaite à tous et toutes un bon déroulement dans vos démarches et savourez l’instant qui vous légitime dans votre statut parental car nous n’avons rien volé à personne, ce droit nous le méritons…

Jennifer (en Seine et Marne)

Un an auparavant Jennifer nous faisait parvenir ce témoignage:

https://lesenfantsarcenciel.wordpress.com/2013/01/17/temoignage-de-jennifer-46/

Témoignage de Lucy (n°18)

13 Jan

Charlotte et moi sommes en couple depuis 3 ans. Entre elle et moi, le départ fut mouvementé car nous étions chacune en couple avec d’autres femmes lorsque nous nous sommes rencontrées. Limpide et clair, elle et moi ne pouvions plus passer la moindre journée et la moindre nuit l’une sans l’autre. Au delà d’un coup de foudre, l’union de nos deux êtres nous a fait nous sentir entières, nous a fait grandir et mûrir à une vitesse incroyable. Nous avons emménagé ensemble 4 mois après notre première rencontre, même si cela a pu sembler prématuré, nous en avions le désir et rien n’était forcé. L’année suivante, nous avons emménagé ensemble dans la Ville Rose, accueilli un chat et nous nous sommes fiancées officiellement.

Le temps a passé, nos amis deviennent parents les uns après les autres et avec la jalousie que nous éprouvions vient l’envie de devenir mamans à notre tour. Avoir un bout de nous, avec son tempérament de feu et mes jolies boucles brunes.

Après de longues discussions, nous avons pris la décision de lancer ce bébé d’amour à la fin de l’année prochaine car nous souhaitons avoir le temps de mettre encore quelques sous de côté afin de nous organiser un petit mariage simple (pour simplifier les choses ) et  de changer de maison et d’en trouver une où notre grenouille pourra avoir sa propre chambre.

Le choix de l’insémination avec donneur anonyme était une évidence car nous ne souhaitons pas partager l’autorité parentale, aussi je serai celle qui portera notre enfant.

Hormis ces informations, nous réalisons qu’il est dur de connaître toutes les procédures liées à la conception de ce bébé. Les médecins sont rarement confrontés à ce type de situation et sont frileux dès qu’il s’agit de donner des informations et connaître ses VRAIS droits est presque impossible, j’ai lu bon nombre de témoignages à ce sujet et chacun comportait son lot de mauvaises surprises.

Le mariage gay a aidé à l’éclaircissement, mais quelles sont nos options lorsque nous ne souhaitons pas avoir recours à des cliniques spécialisées en Espagne ou en Belgique? Demander à un passant dans la rue de nous donner son sperme? Tout ça pour s’inquiéter de l’avenir de son enfant en cas de décès et se battre avec le tribunal pour obtenir une adoption plénière ?
Il est temps de faire bouger les choses, que de réelles solutions soient trouvées. Nous avons trop de questions et pas assez de réponses.

Lucy

Témoignage de Nathalie (n°2)

10 Jan

30 juillet 2013

585,84 €
A quoi correspond ce montant ?

1/ Le prix de fournitures scolaires pour la rentrée des classes de 2 enfants
2/ Le prix d’une semaine de vacances en famille en bord de mer
3/ Le prix d’une heure dix d’inégalité en pleine face

Réponse : Je suis en colère !

Après le bonheur et la fierté du jour du mariage où l’on constate qu’enfin les LGBT ne sont plus des sous-citoyens…
Voici la colère du jour du recueil du consentement à l’adoption de l’enfant du conjoint…

Comme je l’ai toujours dit, les parents sociaux ne sont pas considérés comme des parents, cette Loi nous assimile à des beaux-parents ni plus ni moins.
Nous allons donc devoir adopter nos propres enfants !

Depuis le mariage, j’ai du le répéter des dizaines de fois : « Non, le mariage ne change rien à la protection immédiate des enfants » « Non, Madame, ce n’est pas parce qu’on a eu nos enfants avant le mariage, ce sera pareil pour tous les enfants d’homos à venir ! » « Non je ne peux pas aller la reconnaitre en Mairie alors que n’importe quel homme peut y aller »
La plupart des gens, qu’ils soient pour ou contre cette Loi n’avaient pas compris son essence
La haine la plus vive s’est levée car elle a cru à l’Égalité
Le soutien le plus profond ne s’est pas levé car il a cru à l’Égalité

Ce matin, nous avions rendez-vous avec notre Notaire et voilà, nous avons pris en face, la réalité des conséquences de la demi-mesure…
Vous avez nié ce qui fait notre identité de parent : le projet et l’engagement parental.
Nous devons donc cheminer vers la filiation comme un beau-parent, arrivé dans la vie de l’enfant après sa conception et donc qui n’est pas à l’origine de sa naissance.
La colère monte minute après minute…

Monsieur le Notaire lit : « parent » « adopté » « adoptante » « conjoint de l’adoptante »
Il cafouille « bah non c’est vous la mère c’est vrai », tout cela est tellement illogique que cela en devient ridicule…
Je lui fais corriger une mention car on « essuie les plâtres » comme disent les juristes que nous avons rencontrés et on modifie donc les documents habituels.
Le Notaire s’excuse d’ailleurs par avance au cas où, par malheur, le document ne conviendrait pas au juge… on verra bien…
Pendant ce temps, le futur « adopté » remue sur les genoux de son « adoptante », il lui attrape les deux joues et lui dit « Maman je t’aime le plus fort du monde ! »
Puis la future « adoptée » fait 3 câlins à son petit frère car « plusieurs câlins c’est mieux qu’un »

Après une heure dix, la feuille de dessin de ma fille comprend deux parents, deux enfants et un Monsieur-le-Notaire…
Il reste de la place sur sa feuille, elle pourra rajouter Monsieur-le-Maire, Madame-l’Avocate, Monsieur-le-Greffier, Madame-la-Juge, Mesdames-les-Secrétaires-de-Mairie…
Que quiconque ose venir me dire en face que notre République nous considère comme une famille comme les autres!

Avant de partir, le Notaire nous rappelle qu’il ne faut pas qu’on oublie de rédiger un testament…
car oui, même après le mariage, si je décède avant la fin de la procédure d’adoption, mon fils sera légalement orphelin et je n’ai aucune garantie qu’il reste auprès de sa maman et de sa sœur.

Je me demande quand cette colère s’éteindra ?
Quand je brûlerai les deux premiers livrets de famille pour ne conserver que celui que j’aurais du avoir dès le premier souffle de mon premier enfant ?

Bon, j’ai du travail…
Je dois maintenant aller quémander des témoignages à ma famille, mes amis, les médecins, les professionnels de la petite enfance, les professionnels de l’éducation, etc.
Je dois réunir des preuves venant des administrations, de mon employeur, de mon casier judiciaire, etc.

Ah je dois aussi ajouter des photos de ma vie de famille…
mais je vais éviter de mettre ma photo à l’instant présent car la colère se lit bien trop sur mon visage…

Vous avez enterré la filiation dès la naissance
Vous avez amputé l’Égalité
La discrimination évidente a changé d’échelle
Les enfants d’homos sont discriminés et maintenant c’est flagrant !

9 octobre

Clic… clic… clic…
(oui les bruitages étaient plus sympas avant la photo numérique )

Une photo de moi devant le centre de PMA ?

Zut… je n’ai pas de photo du moment où je mange un sandwich avec l’anesthésiste qui vient de te faire la péridurale…

bon attends j’en ai une dans la salle d’accouchement…

Oh wait… hier, j’aurais dû prendre une photo de nos enfants qui se tenaient la main, d’un siège auto à l’autre, tout le long du chemin en voiture vers l’école !

L’intérêt de l’enfant, Nous on en doute pas…

#montage des dossiers d’adoption

29 novembre 2013

dépôt
nom masculin
(latin depositum, consignation)
– Action de mettre, placer, poser quelque part quelque chose que l’on portait
– Action de laisser, de confier quelque chose à quelqu’un qui s’en porte garant
– Lieu de détention temporaire
…Etc.

Cinquième démarche dans ce Tribunal…

J’espère que j’ai enfin déposé l’épée de Damoclès
celle au dessus de ma famille
celle si lourde, si injuste et si effrayante
celle que j’espère qu’un jour
aucun enfant d’homo
aucun homoparent
n’aura à porter…

j’ai confié l’espoir
en un traitement égalitaire de nos dossiers
lors d’une procédure inégalitaire…

la filiation, l’identité, la sécurité de mes enfants
sont détenues temporairement…

23 janvier 2014

Après avoir déposé un dossier déjà bien complet,
on nous demande maintenant une attestation indiquant
qu’on n’a pas d’enfant caché !

Si si, on ne sait jamais…
Malgré tous les documents, témoignages, photos…
Une requête rédigée par notre avocate avec les jolis mots qui vont bien…
Le résumé de l’histoire de notre vie rédigé en plusieurs paragraphes…

On m’annonce aujourd’hui qu’il faut une autre pièce
C’est bien noté dans la catégorie « Autres » du document du T.G.I d’ailleurs…
« Attestation de Mme selon laquelle est n’est mère d’aucun autre enfant issu d’une précédente union »
L’information est déjà dans la requête, puisqu’on me demande si j’ai d’autres enfants [que l’adoptée] et que je dis qu’on a un fils
Si j’avais un troisième enfant, je l’aurais dit, non ?

On doit partir à l’étranger pour concevoir nos enfants,
Puis on doit revenir en France pour les adopter,
Certains estiment maintenant qu’on pourrait bien avoir des enfants cachés dont on ne parle pas dans la requête déposée au T.G.I. …

Voilà ce que cela entraîne de confier
la filiation des enfants d’homos
aux mains de l’arbitraire judiciaire…

Les 12 travaux d’Astérix…
ou l’adoption de l’enfant du conjoint [pour certains]…
http://www.youtube.com/watch?v=c45FtDhdDoY

14 février 2014

Aujourd’hui, j’ai du choisir entre :
le droit à l’intimité de ma vie privée
ou
la protection de mes enfants

La Juge demande un document écrit mentionnant explicitement le mode de conception de nos enfants étant donné que nous demandons une adoption plénière…

A priori, ce n’est pas de la discrimination
puisque les mêmes éléments sont demandés aux parents hétéros…
mais nous n’avons plus qu’à surveiller l’évolution de la jurisprudence
pour vérifier ce que cela augure pour les familles LGBTparentales…

25 février 2014

Hier, j’ai senti la colère
de tous ces parents qui venaient de comprendre la situation,
de tous ceux qui l’avaient bien comprise mais qui essayaient de toutes leurs forces de ne pas la voir,
tout était prévisible…

L’euphorie et la gratitude quasi aveugle…
La désillusion et la colère…
Nous ne sommes pas ingrats, nous sommes conscients des avancées législatives et de la chance formidable pour nos familles de vivre dans un monde où l’homoparenté est enfin légale,
Nous ne sommes pas dupes, nous savions où nous allions et jusqu’où ils iraient,
Nous ne sommes pas crédules, nous savons que l’Egalité n’est pas,
et que les premières victimes de ces inégalités sont nos enfants…

Hier, fut un de ces jours dont on sait que les lendemains seront différents.
Certains ont pris conscience des combats restant à mener.
J’espère qu’ils ne l’oublieront pas quand il sera temps de marcher…

Hier, j’ai pensé à ceux qui n’auront jamais la chance d’être parents
car leur projet parental n’a pas été permis dans leur pays, ou le sera trop tard pour eux…

Hier, j’ai pensé aux enfants dont la filiation n’a aucun moyen d’être établie
et à leurs parents qui ne peuvent pas, ou plus, se marier…

Non, nous n’allons pas laisser faire cela,
Nous allons nous battre,
ce n’est pas une soit disant théorie de « fraude à la loi » en cas de PMA qui va nous arrêter !
Ce n’est pas notre genre…
La femme qui accouche est considérée comme la mère en France, on ne le sait que trop bien…
La PMA ne nous est pas interdite, nous n’y avons pas accès en France…
Le parcours du combattant continue mais nous sommes des combattantes !

Aujourd’hui, on a frappé à la porte de ma maison…

Est-ce que c’était les policiers souhaitant inspecter mon domicile ?
Non

Est-ce que c’était les policiers venant m’arrêter pour « fraude à la loi » ?
Non

C’était la factrice… avec deux courriers recommandés à la main
Elle m’a dit « il y en a un pour chacune de vous »,
je lui ai répondu qu’on avait des procurations mutuelles donc que j’allais signer les deux…
Puis, j’ai douté et je lui ai demandé de vérifier l’expéditeur…
Elle m’a répondu « Les courriers viennent du Tribunal »
J’ai donc appelé mon épouse pour que chacune signe son récépissé, on ne sait jamais…

Aujourd’hui, nous avons reçu les convocations pour l’audience.
L’Audience, celle qui décidera de la protection à venir de notre famille.
Nous avons souri en lisant la date, c’est le jour de l’anniversaire de ma maman…
C’est une belle date pour que sa petite-fille, qu’elle a couru voir à la maternité afin d’être la première à la prendre dans ses bras, le devienne légalement…

Je n’ai pas peur, je suis déterminée,
J’ai déjà affronté cette barre lors des audiences pour les Délégations d’Autorité Parentale
J’ai déjà affronté un Procureur hostile à notre requête
Et j’y crois.
Je crois qu’on y arrivera ce jour là ou un autre….

Après plusieurs demandes de pièces complémentaires, nos dossiers sont assez complets pour la Juge,
Après nous avoir demandé d’expliciter par écrit le mode de conception de nos enfants, elle a toutes les cartes en main…
Si on me parle de « filiation maternelle frauduleusement établie », je les attends de pied ferme…
Veulent-ils voir une vidéo de mon accouchement sans péridurale ?!

Ne perdez pas espoir,
Nous sommes le combat,

et
Le combat doit continuer !
Ensemble…