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Sémantique de la famille

29 Jan

Article du blog Speak-Out du 27 janvier 2013

http://speakoutbymax.wordpress.com/2013/01/27/semantique-de-la-famille/

manif pour tous

Un débat qui se déplace de l’alliance à la filiation

Sur la question du mariage pour tous, le débat en cours, pour confus ou caricatural qu’il soit souvent, a au moins l’avantage de dessiner un consensus sur un point, celui qui a trait à la question de l’égalité des droits, sociaux, fiscaux et patrimoniaux attachés à l’union de deux personnes du même sexe. Il faut aller chercher au beau milieu des manifestants de Civitas la perduration de la remise en cause de ces droits alors même qu’ils furent âprement discutés lors du débat sur le PACS. Et même si nombreux sont ceux qui réservent leur jugement personnel sur cet état de fait – toute la France, on le voit, n’est pas devenue subitement gay friendly- chacun s’entend au fond, même si c’est quelquefois par calcul, sur l’idée que cela concerne au premier chef les deux du couple qui entendent contracter. L’ultime réserve nominaliste sur ce point prend la forme de la proposition d’une « union civile » qui préserverait le « mariage » dans sa sacralité républicaine hétérosexuelle. Les tenants de la « Manif pour tous », qui, sous cette appellation a-partisane, réunit des sensibilités différentes, mais plutôt à droite ou au centre et plutôt religieuses, ont bien compris que la question de la famille, de l’association de l’alliance et de la filiation, était le véritable angle d’attaque par lequel tenter de renverser une opinion initialement plutôt favorable.  C’est donc la question de l’enfant, au-delà du couple, qui est désormais, et à juste titre, au centre de la dispute. Il faut donc bien situer sur ce plan le débat et pour défendre l’idée du mariage gay et de l’homoparentalité, défendre la pluralité des modèles familiaux contre une conception par trop normative de la famille.

Modèle familial unique ou pluralité des modèles familiaux ?

Deux conceptions s’affrontent en effet. La première définit la famille dans une approche prototypique[1]. Il y a UN modèle familial, fondé sur l’hétérosexualité, ici d’ailleurs sciemment confondue avec la différence sexuelle, sur le seul lien procréatif biologique et sur le couple reposant sur un DEUX transcendant. Ce modèle est érigé en norme et toutes les autres formes de familles de fait sont considérées comme des formes périphériques, secondaires, accidentelles et seulement partiellement conformes au paradigme qui définit l’appartenance à la catégorie « famille ». Ce qui permet de stigmatiser ou d’exclure des formes perçues comme trop atypiques. En effet, l’arrière plan psychologique de cette conception est qu’il y a des degrés de perfection dans la façon de faire famille, voire des appariements sociaux, associant pourtant alliance et filiation, qui se situeraient en dehors même de l’idée de famille et ne mériterait pas de pouvoir entrer dans le cadre protecteur de la loi, comme par exemple aujourd’hui les familles homoparentales. Ce modèle, qui fonde la filiation  sur une conjonction idéalisée entre parenté génétique de conception, parenté utérine de gestation (remise en cause par la GPA à l’étranger) et parenté sociale d’éducation,  fait fi de l’extraordinaire évolution du modèle familial, de sa complexification et de son éloignement progressif du patriarcat qui en était le fondement véritable, assignant à l’homme et à la femme des rôles sexuels, familiaux et sociaux indépassables, car donnés comme naturels. Michel Serres a ainsi heureusement rappelé combien la Sainte Famille mettait déjà à mal cette figure prototypique, en brisant le lien biologique, en introduisant du tiers par la conception auriculaire et en figurant une double paternité, sociale et toute humaine avec Joseph, père putatif ou premier beau-parent et bien sûr divine avec un Père éternel pour le Fils de l’Homme.

Au contraire, les tenants du mariage pour tous (i.e. sans jouer sur les mots, le mariage pour les homosexuels comme pour les hétérosexuels) ont eux une définition plus large de la famille. Si l’anthropologie leur donne raison par la variété des structures de la parenté relevées dans les différents groupes humains, ce qui n’exclue pas évidemment des structures communes comme la différence sexuelle et la prohibition de l’inceste, c’est l’ensemble des évolutions juridiques quant à la définition de la famille en droit français qui justifie cette conception. Ainsi Irène Théry parle-t-elle d’  « une révolution de velours juridique » concernant le droit de la famille et le mariage : « Depuis 1912 le mariage n’est plus la seule institution fondatrice de la paternité ; depuis 1972 il n’est plus le socle de la seule famille juridiquement reconnue, les droits et devoirs des enfants et des parents sont exactement les mêmes que ces derniers soient ou non mariés ; depuis 2002 les devoirs de coparentalité survivent au divorce des époux ; et enfin depuis 2005 nous avons purement et simplement effacé du Code civil la distinction entre filiation légitime et naturelle, qui était autrefois le grand principe organisateur de tout le droit de la famille. ». C’est cet ensemble de mutations inscrites peu à peu dans la loi et liées à la fois à la montée de l’individualisme contemporain, à l’émancipation féminine, aux progrès de la science (contrôle des naissances, diminution de mortalité infantile, etc.), à l’allongement de l’espérance de vie, qui sont globalement niées par ceux qui défendent UN modèle familial unique qui donnerait droit à la reconnaissance institutionnelle que constitue le mariage, faisant verser tous les autres dans l’anomalie. Pourtant le mariage n’est plus la forme unique donnée à la famille ni même son fondement et c’est dans ce cadre qu’il devient non plus une institution valable pour tous mais une forme parmi d’autres d’appariement et un droit également disponible pour chacun.

La transcendance du biologique

Pour les tenants de la famille prototypique, le primat accordé à la parenté biologique tient en lisière les familles homoparentales et partant  les familles adoptives  (entièrement fondées sur la disjonction entre parents géniteurs et parents sociaux), toujours soumises à  des jugements qui oscillent entre  l’acte charitable et le vol d’enfants ou celles qui ont fait appel à l’IAD (fondées sur la disjonction entre un des parents sociaux et un des parents biologiques, le double don étant prohibé). Pour ces dernières, la question du secret des origines, qui perdura longtemps en masquant le tiers donneur génétique, est à comprendre comme  une forme de préservation d’un modèle idéal et par là même factice (voir sur ce point la tribune de René Frydman dans le Monde du 11 janvier). Ce qui indique d’ailleurs comment ce modèle familial unique est en réalité à la fois maintenu et déconstruit par les arrangements juridiques qui, au-delà du biologique, organisent la filiation et se trouvent au cœur de l’institution du mariage depuis bien longtemps, avec au premier chef  la présomption de paternité, chère au doyen Carbonnier, qui permit naguère à bon nombre d’enfants d’avoir un père qui n’était pourtant pas le leur. Pour ceux qui au contraire n’entendent pas discriminer au sein des modèles familiaux,  la famille n’est pas exclusivement ou seulement biologique comme on le voit avec la propension qu’ont les familles adoptives ou les familles ayant fait appel l’IAD, homosexuelles ou hétérosexuelles, à  assumer toujours plus la réalité de ce qui les fondent et la manière dont elles sont portées à faire droit aux demandes d’accès aux origines qui se sont fait jour chez leurs enfants, en cessant donc de « singer la nature » comme le disait en parlant de l’adoption celui qui donna son nom au Code civil .

La transcendance du Deux

Pour les amis de Frigide Barjot et du cardinal Barbarin (quel attelage !), le primat accordé à la transcendance du 2 qui fonderait indépassablement la famille, met « naturellement » à distance les couples séparés ou divorcés qui élèvent leurs enfants sans faire vie commune et les familles recomposées qui associent plusieurs adultes dans l’éducation d’enfants dont ils ne sont pas tous les parents biologiques,  les beaux-parents dans le cas de la garde partagée par exemple. De même sont considérées comme non conformes au modèle, les familles monoparentales, biologiques ou  issues de l’adoption par des personnes célibataires,  qui reposent sur une seule figure parentale et bien sûr les familles qui font appel l’IAD, qui introduit du tiers en distinguant le géniteur du parent. Pour ceux qui au contraire entendent que l’engagement 31 de François Hollande soit tenu,  la famille ne repose pas exclusivement sur le 2 du couple et la conjugalité, ce qui peut justement rendre nécessaire (inscription d’un enfant dans la filiation) ou souhaitable (reconnaissance sociale) leur institutionnalisation par le mariage pour ceux qui le souhaitent. La conjugalité et la filiation s’articulent, mais ne se présupposent plus. Les familles monoparentales, essentiellement féminines, se comptent par millions et, si elles rencontrent souvent des difficultés économiques spécifiques et ne sont pas toujours voulues comme telles, sont considérées aujourd’hui comme des foyers à part entière. L’ancienne partition entre les femmes mariées et les autres (filles mères, filles de joie) est caduque depuis longtemps.  La possibilité pour un célibataire d’adopter seul est inscrite dans la loi et l’on constate au quotidien que nombre d’enfants sont élevés socialement  par différents  adultes qu’ils peuvent considérer comme leur famille sans pour autant confondre parents et beaux-parents. Au lieu donc de réserver le cadre de la loi et les garanties de l’institution à un modèle unique, en partie imaginaire, il s’agit de faire évoluer le code pour y inscrire la réalité et l’égalité de ces différents liens possibles. Il ne s’agit plus de préserver un modèle idéal de la famille en lui réservant  l’institution du mariage qui deviendrait alors  sont ultime rempart mais au contraire d’offrir à chaque famille un ensemble de solutions  portant sur l’alliance  (mariage, pacs, union libre) et sur la filiation (adoption, IAD) et sur l’articulation des deux (accès aux origines, adoption de l’enfant de son conjoint)

La transcendance de l’hétérosexualité

Le primat enfin de l’hétérosexualité met bien sûr à l’extérieur de la catégorie les familles homosexuelles, que ce soit les couples lesbiens ayant fait appel à l’IAD officielle (à l’étranger) ou non et les modèles de coparentalité homosexuelle, mais aussi les familles monoparentales qui ne se conforment pas non plus d’une autre façon à l’impératif catégorique  des genres dissemblables. La question du droit de l’enfant est fréquemment invoquée par ceux qui considèrent qu’ils seraient a priori bafoués dans une famille homoparentale et qui nient que le désir d’enfants, communs à de nombreux êtres humains quelle que soit leur orientation sexuelle, y soit légitime. Mais au nom de quoi l’orientation sexuelle interdirait-elle l’accès à l’enfant ?  Pourquoi la société ne pourrait-elle pas confier un enfant à un couple homosexuel ou l’aider par la PMA à en avoir un ? De fait nombre de familles bien réelles fonctionnent  indépendamment de l’orientation sexuelle des parents ou de leur sexe. On note en effet, sur la base d’un grand nombre d’études internationales, que les enfants de couples homosexuels ont bien le sentiment d’appartenir à une « vraie » famille et qu’hormis des effets de stigmatisation sociale que la loi vise justement à éradiquer, l’homoparentalité ne constitue pas un handicap. Le fait que l’adoption par un célibataire est possible en droit, indique par ailleurs que le législateur n’a pas considéré comme indispensable  la coprésence des deux genres ou plutôt qu’il a considéré que cette coprésence n’était pas assurée exclusivement par la figure du père ou de la mère, mais structurellement présente dans l’espace social et familial élargi à travers de multiples figures alloparentales des deux sexes. Enfin, sur la question d’un éventuel  mensonge envers  leur enfant quant à leur origine ou à la différence sexuelle dans le cas l’IAD, dissimulation pourtant courante chez les couples hétérosexuels infertiles, la configuration homosexuelle évite toute forme d’hypocrisie sur la forclusion du tiers donneur, qu’elle oblige d’une certaine façon à repenser.

Quelle définition pour la famille ?

La définition même de la catégorie « famille » est  donc bien l’enjeu sous-jacent de ce débat et le fond axiologique sur lequel il se déploie. Soit on considère qu’il existe une entité qui représente le meilleur exemplaire  de cette catégorie, ici la structure nucléaire, biologique, hétérosexuelle, tous les autres types de famille étant évalués sur la base d’une plus ou moins grande ressemblance avec ce modèle, soit au contraire on considère que toutes les formes familiales ont un statut équivalent et sont également représentatives, ce qui leur confère les mêmes droits et par exemple celui au mariage. Cela suppose de prendre acte de la disjonction possible et déjà ancienne entre sexualité et reproduction (IAD) et entre conjugalité et parentalité (divorce) dans la famille hétérosexuelle pour ne pas faire de la question de l’homoparentalité, de la parentalité adoptive ou de la parentalité fondée sur la PMA le dernier bastion d’un ordre bel et bien caduc. Le fondement de la famille se déplace de la logique biologique et institutionnelle  vers celle du désir, de l’engagement et de la volonté, ce qui n’interdit pas de reconnaitre au biologique sa dimension fondatrice (cf. l’accès aux origines) et au  mariage son rôle qui évolue de l’ordre symbolique collectif à l’ordre juridique interindividuel. L’éthique de conviction qui caractérise ceux qui vénèrent un modèle familial unique et  préfèrent priver de certains droits des enfants bien réels s’oppose dans ce débat à l’éthique de responsabilité de ceux qui  songent d’abord à l’intérêt des enfants nés dans des familles homoparentales, les uns ne souhaitant pas instituer ce qui pour eux demeure exogène à leur conception de l’ordre social, les autres préférant faire droit à une réalité depuis longtemps en germe dans les textes de loi et dans les mœurs.


[1] La sémantique du prototype définit une catégorie par la plus ou moins grande ressemblance avec un prototype, un modèle idéal. Ainsi on dira que pour la classe des oiseaux, le moineau est plus prototypique que l’autruche. Cette conception s’oppose à une approche plus classique des catégories où chaque individu appartient à la catégorie s’il partage un certain nombre de traits définitoires.

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« L’humanité n’a cessé d’inventer de nouvelles formes de mariage et de descendance »

22 Nov

Entretien avec un des plus grands anthropologues français contemporains.

http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/11/17/l-humanite-n-a-cesse-d-inventer-de-nouvelles-formes-de-mariage-et-de-descendance_1792200_3224.html

LE MONDE | 17.11.2012 à 10h58 • Mis à jour le 19.11.2012 à 15h36 Propos recueillis par Gaëlle Dupont

Maurice Godelier, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, est l’un des plus grands anthropologues français. Prix de l’Académie française, il a reçu la médaille d’or du CNRS en 2001 pour l’ensemble de son œuvre. Il est notamment l’auteur de Métamorphoses de la parenté (éd. Flammarion, 2010).

Les opposants au projet de loi sur le mariage homosexuel parlent d’« aberration anthropologique », qu’en pensez-vous ?

Cela n’a aucun sens. Dans l’évolution des systèmes de parenté, il existe des transformations mais pas des aberrations. Certes, on ne trouve pas, dans l’histoire, d’union homosexuelle et homoparentale institutionnalisée. On comprend pourquoi. Pendant des millénaires, la société a valorisé l’hétérosexualité pour se reproduire. Mais souvent l’homosexualité au sein des sociétés a été reconnue dans la formation de l’individu, en Grèce antique par exemple. J’ai vécu sept ans dans une tribu de Nouvelle-Guinée, les Baruya, où, pour être un homme, il fallait être initié. Les initiés vivaient en couple homosexuel jusqu’à 20 ans. L’homosexualité avait un sens politique et religieux. Mais la question des unions homosexuelles et de l’homoparentalité est une question moderne, qui ne s’est jamais posée auparavant.

L’humanité n’a cessé d’inventer de nouvelles formes de mariage et de descendance. C’est pour cela que je parle de métamorphoses à leur propos. Aujourd’hui, en Occident, les deux axes sur lesquels repose tout système de parenté, l’alliance et la descendance, intègrent des formes nouvelles.
Pourquoi maintenant ? C’est le résultat de quatre évolutions indépendantes. La reconnaissance progressive que l’homosexualité est une sexualité autre mais normale, l’émergence d’un nouveau statut de l’enfant, l’apparition de nouvelles technologies de la reproduction, et le fait que dans une démocratie les minorités peuvent revendiquer des droits nouveaux. A partir de là, il est devenu possible et nécessaire d’accorder aux homosexuels de vivre légalement leur sexualité et, pour ceux qui le désirent, de pouvoir élever des enfants.

Cela suscite beaucoup de résistances…

Pour lire la suite de l’article, cliquez ici: http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/11/17/l-humanite-n-a-cesse-d-inventer-de-nouvelles-formes-de-mariage-et-de-descendance_1792200_3224.html

 

Témoignage:Il ne me manque qu’une seule chose: être parent à mon tour

20 Nov

Très beau témoignage d’une future Maman qui date du 14 novembre 2012

http://www.huffingtonpost.fr/marie-k/mariage-gay-enfant_b_2121747.html

MARIAGE GAY – Je m’appelle Marie, je suis âgée de 36 ans. Je suis la dernière d’une fratrie de 9 enfants, dont je suis la seule homosexuelle. Je suis 27 fois « tata » et 20 fois « grande tata ». Je suis catholique, et fonctionnaire de police depuis mes 19 ans. J’ai fait mon coming out à l’âge de 17 ans et demi.

J’ai eu trois expériences de couple: une de 10 ans, la seconde de 5 ans, et je suis avec ma compagne actuelle depuis 27 mois.

Lors de ma seconde relation, je me suis pacsée, et nous avons effectué les démarches nécessaires en vue d’avoir un enfant par procréation assistée (en Espagne, puis en Belgique). Je me suis toutefois retractée, n’ayant pas le caractère à porter l’enfant et mon amie étant stérile.

J’ai ensuite quitté ma pacsée pour mon amie actuelle, avec qui je vis donc depuis 27 mois. Nous sommes très heureuses, et celle-ci ayant eu une fille, âgée aujourd’hui de 10 ans, lors d’une précédente union hétérosexuelle, c’est toutes les trois que nous vivons sous le toit familial.

Après de nombreuses démarches auprès de la justice et une enquête sociale circonstanciée, nous avons obtenu la garde de la petite. Il fut tout de même plaisant de constater que la justice a trouvé opportun de laisser la garde d’une enfant à deux femmes plutôt qu’à un père seul.

Nous vivons aujourd’hui pleinement les choses, et je suis ravie de constater que ma famille a elle aussi totalement adopté ma concubine ainsi que notre fille.

Je tiens à préciser que j’adore les enfants, et que j’ai toujours pu établir des relations très proches avec mes neveux et nièces. Etant d’ailleurs la cadette des neufs, jamais mes frères et sœurs n’ont hésité à me confier leurs enfants pour les vacances scolaires ou pour des voyages à l’étranger. J’ai par exemple emmené mes deux filleuls (alors âgés de 12 et 18 ans) en République Dominicaine pendant 15 jours.

Je suis en très bons termes avec toute ma fratrie, et ce bien qu’il y ait un écart de 19 ans entre mon aînée et moi-même! Je pense que cette osmose est la conséquence de notre éducation, et notamment des valeurs que ma mère nous a inculquées, telles que l’amour, la tolérance et l’entre-aide.

Face à ce confort de vie, il ne me manque qu’une chose: être parent à mon tour.
Ce désir, j’en ai évidemment fait part à ma petite belle-fille. Elle a été ravie d’apprendre que sa maman et moi désirons avoir un bébé et qu’elle sera, nous l’espérons prochainement, « grande sœur ».

Nous avons donc entamé une démarche de procréation assistée en Belgique.

Cette décision a été mûrement réfléchie, et nous avons entamé la procédure en juillet 2012. Le déroulement est plus ou moins rapide en fonction de l’établissement choisi et des décisions prises lors de l’entretien psychologique visant à mesurer notre aptitude à avoir un enfant. Que tout le monde se rassure, il nous est demandé d’assurer une présence masculine au sein de la famille. Quelle chance j’ai d’avoir une si grande fratrie!

Aujourd’hui, le parti socialiste nous propose un « mariage gay ».

Nous étions ravies de cette décision, mais les débats tumultueux qui en ont suivi l’annonce nous font déjà déchanter. Les couples hétérosexuels veulent bien que l’on se marie… Merci à tous! Mais nous n’avons pas encore le droit à ce mariage que nous sommes déjà jugés sur notre aptitude à aimer, adopter et éduquer un enfant. C’est fort!

Dans mon métier, nous plaisantons souvent du fait que « nous sommes toujours invités au divorce, mais jamais aux noces »! Nous sommes en effet les témoins privilégiés des conséquences des différends familiaux…

Quoiqu’il en soit, je ne vous juge pas, je ne suis pas derrière la porte et on ne sait jamais ce que l’avenir peut nous réserver! Pour ma part, je sais toutefois qu’après avoir été pacsée, aujourd’hui, j’aspire à me marier, pour le meilleur comme pour le pire, au même titre que tous les couples de la société.

Je ne demande pas non plus à passer devant un prêtre; je demande juste à passer devant un maire, tout simplement. Je me suis pacsée le jour de mon anniversaire, au Tribunal d’Instance, où on a expédié mon union en 5 petites minutes, sans un sourire. Cette mésaventure est arrivée à bon nombre de couples hétérosexuels qui se sont pacsés, et je pense qu’ils partagent mon point de vue.

Toutefois, si le mariage est pour moi un pas de plus dans mon engagement envers l’être aimé, j’aimerais qu’il le soit également pour ma famille.

Comme beaucoup, je pense qu’un mariage permet d’établir les fondations d’une famille, et ma religion me dit que maison signifie « foyer chaleureux et sécurité pour mes enfants ».

Nous réclamons les mêmes choses que les hétérosexuels, car nos enfants ont le droit à la même reconnaissance. Nous ne faisons pas un enfant sur un coup de tête, mais aspirons bien à donner notre amour et le plus grand bien-être à celui-ci. Ils sont nombreux à naître aujourd’hui dans un modèle familial homosexuel. Le voyez-vous sur leur visage? Le voyez-vous dans leur comportement?

Questionnez vos propres enfants, et vous vous apercevrez que les nôtres n’en sont en rien différents.

Ils sont leurs amis, et tout comme vos enfants, ils devraient avoir droit à la reconnaissance de leurs deux parents, et non d’un seul. Ils ont le droit à ce que nous, leurs deux parents, leur transmettions notre patrimoine. Dans notre société actuelle, nous nous soucions tous de l’avenir de nos enfants. Pourquoi alors supposer qu’un couple homosexuel peut-être prochainement marié négligerait ses bambins?

Nous sommes comme vous, nous aimons, nous faisons les mêmes métiers que vous, nous vivons parmi vous, nous sommes vos amis, alors pourquoi serions-nous mis en marge de vous?

J’aime mon pays, et j’espère ne jamais avoir à le quitter pour que mes enfants aient le droit d’avoir deux parents reconnus, droit d’hériter des deux au même titre que s’ils étaient ceux d’un couple homosexuel.

Je me suis déjà imaginé expliquer à mon enfant qu’il n’a pas les mêmes droits que sa grande sœur. Mais quelles raisons lui donner?

Nous en discutons évidemment régulièrement, et pour nous, oui, le mariage est important. Mais la reconnaissance de notre famille, du fait que nous soyons une famille, un foyer à proprement parler, est encore plus important. Cessez donc de nous marginaliser sur des pensées religieuses, sur des pensées politiques, sur des pensées extrémistes.

Nous ne voulons pas d’une union presque « blanche », nulle et non avenue pour nos enfants nés en procréation assistée ou par adoption initiale d’un seul parent (puisque là encore, on ne nous laisse pas le choix).

Je trouve inadmissible que nous soyons tolérés lorsqu’il s’agit de payer des impôts, des charges, comme tous, mais que nous soyons privés de pouvoir apporter le bonheur auquel nous aspirons à des enfants. Je ne fais pas partie d’une religion, d’une idée politique différente des vôtres, je suis identique à vous. Je vous protège ainsi que vos enfants, parce que c’est mon métier, parce que c’est en quoi je crois, chaque jour, car je suis spécialisée dans les victimes mineures. Je suis heureuse de l’éducation que j’ai reçue, et de cette tolérance avec laquelle on m’a élevée.

Je suis fière des mes amis et des gens qui n’ont pas honte de nous côtoyer au quotidien.

Finalement, eux seuls nous voient chaque jour et connaissent notre capacité à élever correctement un enfant au sein d’un couple et d’un éventuel mariage gay.

N’imaginez pas nous faire une fleur avec un mariage n’incluant que le couple, et mettez-vous à notre place: que diriez-vous d’être jugés « incapable d’élever et d’aimer un enfant »? Sur quelle base pouvez-vous penser cela de tous les couples homosexuels sans distinction (et sans les connaître)?

Pour ma part, j’élève ma belle-fille, qui n’a pas vu son père (qui n’a jamais voulu lui verser de pension alimentaire) depuis 4 mois car il ne vient pas la chercher, comme ma propre fille. Ces pères, ces « papas » ont des droits, mais de toute évidence peu de devoirs. Et je suis loin d’être un cas unique! Une fois encore, dans des circonstances pareilles, on les aime, les lesbiennes qui offrent une stabilité financière et de l’amour à un enfant d’une union hétérosexuelle!

Alors posez-vous les bonnes questions, et cessez d’attiser des débats vides d’expériences concrètes.

N’oubliez pas que nous sommes vos enfants, vos frères, vos sœurs et amis, et que, comme vous, nous vivons et participons à la vie de notre société, de notre pays. Nous ne sommes pas des marginaux, mais vue l’ampleur de certains propos, on peut craindre qu’en nous accordant le mariage, on décidera de nous obliger à nous stériliser!

J’espère qu’à ce moment-là, les assistantes sociales viendront, comme pour beaucoup de parents, expliquer que « nul n’a le droit d’être privé du bonheur d’être parent »!

Nous ne sommes pas « un mauvais fruit qui veut pourrir la France ». Nous sommes un fruit mûr, regorgeant d’amour et d’envie d’apporter le bonheur à une famille, tout simplement.

Et si on étudiait l’hétéroparentalité ?

16 Nov

Vous pouvez lire ci-dessous un article paru dans Libération le 6 novembre 2011

http://www.liberation.fr/societe/2012/11/06/et-si-on-etudiait-l-heteroparentalite_858511

Par DANIEL BORRILLO Maître de conférences, université de Paris-Ouest

« Le débat récurrent sur les unions de même sexe et les familles homoparentales dessine, en creux, un autre débat, jamais explicité qui mérite toutefois d’être engagé, à savoir celui relatif à l’hétéroparentalité. Alors que depuis quarante ans, les études scientifiques sur les parents de même sexe ne cessent de se multiplier, les chercheurs ne se sont toujours pas emparés de l’objet «hétéroparentalité».

Si de nombreux ouvrages sont consacrés aux familles homos, à leur capacité à remplir les fonctions parentales et au développement psychologique de leurs enfants, la famille hétéroparentale, en tant que telle, ne fait l’objet d’aucune problématisation scientifique.

Le sociologue Olivier Vecho a recensé, pour ces trente dernières années, trois cent trente documents (thèses, articles scientifiques, enquêtes, ouvrages…) relatifs à la capacité des parents homosexuels, au sort des enfants et aux dynamiques des familles homoparentales. Tout est passé au crible : compétences et relations sociales, estime de soi, identité et comportements sexuels, intelligence, intégration scolaire, contact avec les grands-parents…

Présentée comme une évidence anthropologique fondamentale tenant à la nature humaine et à l’ordre symbolique, l’hétéroparentalité n’est, en revanche, jamais questionnée. Contrairement aux familles homoparentales, nous ne disposons d’aucune connaissance expérimentale, d’aucune observation ni d’une théorie quelconque permettant d’analyser objectivement les filiations hétérosexuelles. L’hétéroparentalité apparaît à la fois comme une évidence et comme une autorité multiséculaire incontestable et intangible.

Pour lire la suite, cliquez ici:

http://www.liberation.fr/societe/2012/11/06/et-si-on-etudiait-l-heteroparentalite_858511

 

 

Etude du Sénat au sujet de l’homosexualité et de l’homoparentalité dans le monde

16 Nov

Étude de législation comparée n° 229 – novembre 2012 – Mariage des personnes de même sexe et homoparentalité

Vous pouvez lire sur le site du Sénat cette étude.

http://www.senat.fr/lc/lc229/lc229.html

Les revendications de l’association Les Enfants d’Arc-en-Ciel

12 Nov

NOS REVENDICATIONS

 

1. ÉTABLISSEMENT DE LA FILIATION

–   Établissement du lien de filiation avec les parents non statutaires par reconnaissance volontaire en mairie.

–   Reconnaissance des familles en co-parentalité (familles pouvant être composées de plus de 2 parents) : établissement d’un lien de filiation pour tous les parents à l’origine du projet parental.

 2. ACCES A L’ADOPTION

–    Accès à l’adoption conjointe, plénière ou simple, hors mariage.

–    Accès à l’adoption de l’enfant du partenaire, plénière ou simple, hors mariage.

–    Engagement de l’Etat sur l’adoption internationale pour faciliter les adoptions quel que soit l’orientation sexuelle, l’identité de genre et le type d’union.

3. ACCÈS A LA PMA

–   Accès à tous les couples, personnes en projet de co-parentalité et célibataires sans discriminations en raison du sexe, de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre.

–   Laisser le libre choix aux familles du mode de construction de leur famille : accès à toutes les techniques d’aide à la procréation, dépénalisation de l’insémination artisanale, autorisation du don croisé, autorisation du don direct de sa partenaire, possibilité d’accès aux origines.

–   Nécessité d’un réel engagement de l’état face à la pénurie de dons en France.

4. ACCÈS A LA GESTATION POUR AUTRUI

–   Encadrement et légalisation de la Gestation Pour Autrui avec ouverture aux couples de même sexe.

Nous souhaitons, à minima, que le débat soit ré-ouvert. Il ne s’agit cependant pas de transposer les législations étrangères en France. Sociologiquement, elles ne sont pas forcément transposables à l’identique. Le législateur se devra d’être prudent afin d’éviter toute marchandisation.

–    Retranscription des actes de naissances des enfants nés à l’étranger (application de l’article 18 du code civil qui indique qu’ « est français l’enfant dont l’un des parents au moins est français »).

 5. FAMILLES RECOMPOSÉES

–  Création d’un statut pour la beau-parentalité avec améliorations de l’exercice de l’autorité parentale.

 6. PACS

–   Réformer le pacs afin que les couples puissent effectuer de véritables choix : signature en mairie, fiscalité et alignement sur le mariage en ce qui concerne les droits liés à la vie quotidienne du couple, droit de séjour, droits liés au décès du partenaire, reconnaissance d’un lien familial

7. FORMATION / ÉDUCATION

–     Formation des professionnels de l’enfance et de la famille : enseignants, éducateurs, animateurs, travailleurs sociaux, personnels médicaux et para-médicaux, personnels du service public… à la diversité des schémas familiaux sans oublier les LGBTparentalités, lutte contre les LGBTphobies et lutte contre le sexisme.

–     Modifications des programmes scolaires dès l’enseignement à l’école maternelle afin de lutter contre toute forme de LGBTphobies et sexisme et de ne pas présumer d’un unique schéma familial possible : aborder les questions de genre et d’orientation sexuelle et les différents schémas familiaux sans oublier les LGBTparentalités.

8. DROITS ÉTRANGERS

–   Reconnaissance des droits acquis à l’étranger.

9. DROIT DU TRAVAIL / AVANTAGES SOCIAUX

–     Accès identiques aux droits et avantages sociaux pour les familles hétéroparentales et familles LGBTparentales.

CONCLUSION

–   Égalité réelle et juridique devant la loi pour tous. Protection de tous les enfants sans discrimination liée à leur structure familiale.

–     Egalité, respect et protection de tous les types de parentalités et des choix faits par les familles.

L’égalité réelle et juridique suppose non seulement la modification des textes législatifs mais aussi un réel engagement de l’Etat auprès des personnels de l’enfance, familles, administratifs… Un véritable travail éducatif à destination de ces personnels devra être engagé tout comme une formation, dès le plus jeune âge, des futurs citoyens.

Article du Monde: Homoparentalité: ce qu’en disent les enfants

12 Nov

Vous trouverez ci-dessous un article du Monde du 25 septembre 2012 qui reprend des témoignages de personnes élevées dans des familles homoparentales:

http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/09/25/parents-homos-ce-qu-en-disent-les-enfants_1765370_3224.html

Pierre, 10 ans, a un papa et deux mamans. Il appelle maman « celle qui m’a fait naître », et l’autre, maman-Sami, du nom du héros de Scooby-doo, son dessin animé préféré. Il ne voit que des avantages à cette situation. « J’ai une plus grande famille », dit-il. Trois parents, cinq grands-parents, ça fait plus de monde pour s’occuper de lui. « Avec une seule maman, j’irais plus souvent à l’étude », relève le petit garçon. Lyns, lui, a 7 ans. Il a deux papas, « un qui dit plus oui, et un qui dit plus non ». Quand ses copains lui demandent où est sa maman, il répond qu’elle est en Haïti, où il a été adopté.

« Et l’enfant dans tout cela ? » est la question la plus fréquemment posée dans le débat sur l’ouverture du mariage et de l’adoption aux homosexuels. Bien plus que l’union de deux adultes consentants devant le maire, c’est sa conséquence, à savoir la possibilité d’établir un lien de filiation entre un couple de même sexe et un enfant, qui fait débat. Les enfants élevés par des homosexuels iront-ils bien ?

Le Monde a posé la question à des personnes qui connaissent ou ont connu cette situation. Ils seraient aujourd’hui en France de 24 000 à 40 000, selon l’Institut national d’études démographiques. Pierre et Lyns, les deux plus jeunes, ont été contactés par le biais de l’Association des parents gays et lesbiens. Deux autres témoins ont déjà raconté leur histoire dans le livre de Taina Tervonen et Zabou Carrière, Fils de… (Trans photographic press, 2011, 25 €). Tous les autres ont été recontactés après avoir répondu à un appel à témoignages sur LeMonde.fr. Leur donner la parole ne signifie pas qu’ils ont valeur d’échantillon représentatif.

Seule une personne a fait part d’une expérience douloureuse. C’est Anne, 41 ans, styliste, de nationalité belge. Elle découvre l’homosexualité de son père à l’âge de 10 ans, quand ses parents divorcent. Il est très extraverti, drague ouvertement, raconte ses rencontres d’un soir, mais n’aborde jamais clairement son homosexualité. « Ça aurait été bien mieux qu’il m’en parle, au lieu de faire comme si tout était normal », raconte Anne.

La jeune femme a l’impression que son père n’a pas été honnête envers sa famille. « Ma mère était amoureuse de lui, mais il l’a épousée uniquement pour avoir des enfants, analyse-t-elle. Elle a été une sorte de chose. Et nous, ses enfants, avons aussi été des sortes d’objets. J’ai le sentiment que je n’aurais pas dû être là, dans cette vie-là, pour lui. C’est toujours un poids. » Anne n’exclut pas que deux personnes du même sexe puissent être de bons parents pour un enfant adopté, « déjà là ». Mais elle n’approuve pas la procréation médicalement assistée pour les couples de lesbiennes (interdite en France mais autorisée en Belgique comme en Espagne), car elle y voit une « instrumentalisation » de l’enfant.

« GRANDIR DANS UNE FAMILLE COMME ÇA, C’EST POSITIF, ÇA OUVRE L’ESPRIT »

Clément, 27 ans, développeur Web, a justement été conçu comme cela : grâce à un donneur anonyme et un médecin de famille compréhensif. Il a deux mères depuis toujours. Elles lui ont tout expliqué quand il avait 8 ou 9 ans. Qu’elles s’aimaient, qu’elles avaient décidé de l’avoir, lui et ses deux frères, comment ça s’était passé. « On ne nous a jamais menti. Je sais bien que ma deuxième mère n’est pas ma mère biologique, mais c’est ma mère parce qu’elle m’a élevé », explique Clément. Plus tard, elles lui ont proposé de passer du temps avec un de leurs amis, qui aurait pu jouer le rôle de figure paternelle. Son grand frère lui a suffi. Il ne s’est jamais intéressé au donneur.

Le jeune homme va très bien. « J’ai un boulot, une copine, un appart, résume-t-il. Grandir dans une famille comme ça, c’est positif, ça ouvre l’esprit. » Il admire ses mères : « Elles se sont battues pour nous avoir. »

« Positive » aussi, fut l’installation de la mère de Mélanie, 18 ans, avec une autre femme, quand la jeune fille avait 13 ans. « J’ai été très surprise, mais très heureuse qu’elle ait trouvé quelqu’un avec qui elle avait une relation plus satisfaisante qu’avec mon père », dit-elle. Il était « rigide, fermé ». Avec sa « belle-mère », Mélanie a retrouvé un cadre familial « serein, apaisant, équilibré ». Elle ne voit plus son père.

La figure de la deuxième mère, qui arrive dans la vie de la mère biologique après la séparation des parents, revient fréquemment dans ces récits. C’est toujours quelqu’un d’important. « Elle avait plus de temps à nous consacrer que ma mère, qui travaillait beaucoup, se souvient Ambre, 28 ans, élevée par les deux femmes dès ses 4 ans. Elle nous faisait faire nos devoirs, s’occupait de notre culture. »

« SON ŒDIPE, ON LE FAIT QUOI QU’IL ARRIVE »

« On discutait, elle m’aidait à me poser des questions, raconte Mark, 31 ans, dont la mère a vécu avec une femme entre ses 12 et 18 ans. J’ai toujours eu l’impression que mon père ne m’aimait pas, qu’il m’avait abandonné. Elle m’a aidé à surmonter cela. » Dans ces histoires, le père voit ses enfants un week-end sur deux, parfois moins.

Comme les autres, Mark dit n’avoir rencontré « aucun problème psychologique » spécifique. « Je me sens tout à fait équilibrée, sourit Ambre. Son Œdipe, on le fait quoi qu’il arrive ! » Ils n’ont pas peur de l’amour homosexuel, mais sont hétéros. Seule Mathilde, 16 ans, « ne sait pas trop encore » où elle va. Son père et sa mère, tous deux homosexuels, vivent sous le même toit avec leurs partenaires respectifs. « Ça me plaît, cette façon de vivre, dit-elle. Mais la sexualité de mes parents, ça les regarde, je ferai mon propre choix. »

Tous ont été confrontés plus ou moins frontalement à l’homophobie. Le schéma familial était le plus souvent tu à l’extérieur. « J’étais très réservée, dit Camille, 26 ans, élevée par deux femmes depuis qu’elle est bébé. Je n’aurais pas apprécié d’être vue comme différente. Cacher une partie de soi, c’est difficile. » Certains ont connu des épisodes pénibles. Ambre se souvient de son frère « mis en quarantaine » dans son école sans raison apparente. Clément, d’une camarade expliquant dans un exposé que les homosexuels allaient transmettre leur « maladie mentale » à leurs enfants s’ils étaient autorisés à adopter.

Ils se disent « choqués » quand ils entendent des propos rapprochant l’homosexualité de la polygamie ou de l’inceste, comme ceux tenus récemment par le cardinal de Lyon Philippe Barbarin. « C’est honteux ! Que l’Eglise lave son propre linge !, lance Mélanie. En plus, on parle du mariage civil, je ne vois pas ce que la religion vient faire là-dedans. » « Ces gens ne réalisent pas que la société change », soupire Pablo, 30 ans, élevé par deux femmes depuis ses 4 ans.

La grande majorité attend le « mariage pour tous » avec impatience. De façon accessoire pour des raisons pratiques. « S’il était arrivé quelque chose à ma mère, j’aurais dû retourner vivre chez mon père, imagine Mark. Vu nos relations, ça n’aurait pas été simple. » Pablo sait que sa deuxième mère s’inquiète de l’absence de lien juridique entre eux, car elle aimerait transmettre ses biens aux enfants de sa compagne. L’adoption réglerait ces problèmes. Mais ces « enfants d’homos » espèrent surtout que la loi fera changer le regard de la société. « Comme ça, il sera reconnu que les homos sont égaux aux hétéros », résume Mathilde.

Gaëlle Dupont