Tag Archives: Familles homoparentales

Sémantique de la famille

29 Jan

Article du blog Speak-Out du 27 janvier 2013

http://speakoutbymax.wordpress.com/2013/01/27/semantique-de-la-famille/

manif pour tous

Un débat qui se déplace de l’alliance à la filiation

Sur la question du mariage pour tous, le débat en cours, pour confus ou caricatural qu’il soit souvent, a au moins l’avantage de dessiner un consensus sur un point, celui qui a trait à la question de l’égalité des droits, sociaux, fiscaux et patrimoniaux attachés à l’union de deux personnes du même sexe. Il faut aller chercher au beau milieu des manifestants de Civitas la perduration de la remise en cause de ces droits alors même qu’ils furent âprement discutés lors du débat sur le PACS. Et même si nombreux sont ceux qui réservent leur jugement personnel sur cet état de fait – toute la France, on le voit, n’est pas devenue subitement gay friendly- chacun s’entend au fond, même si c’est quelquefois par calcul, sur l’idée que cela concerne au premier chef les deux du couple qui entendent contracter. L’ultime réserve nominaliste sur ce point prend la forme de la proposition d’une « union civile » qui préserverait le « mariage » dans sa sacralité républicaine hétérosexuelle. Les tenants de la « Manif pour tous », qui, sous cette appellation a-partisane, réunit des sensibilités différentes, mais plutôt à droite ou au centre et plutôt religieuses, ont bien compris que la question de la famille, de l’association de l’alliance et de la filiation, était le véritable angle d’attaque par lequel tenter de renverser une opinion initialement plutôt favorable.  C’est donc la question de l’enfant, au-delà du couple, qui est désormais, et à juste titre, au centre de la dispute. Il faut donc bien situer sur ce plan le débat et pour défendre l’idée du mariage gay et de l’homoparentalité, défendre la pluralité des modèles familiaux contre une conception par trop normative de la famille.

Modèle familial unique ou pluralité des modèles familiaux ?

Deux conceptions s’affrontent en effet. La première définit la famille dans une approche prototypique[1]. Il y a UN modèle familial, fondé sur l’hétérosexualité, ici d’ailleurs sciemment confondue avec la différence sexuelle, sur le seul lien procréatif biologique et sur le couple reposant sur un DEUX transcendant. Ce modèle est érigé en norme et toutes les autres formes de familles de fait sont considérées comme des formes périphériques, secondaires, accidentelles et seulement partiellement conformes au paradigme qui définit l’appartenance à la catégorie « famille ». Ce qui permet de stigmatiser ou d’exclure des formes perçues comme trop atypiques. En effet, l’arrière plan psychologique de cette conception est qu’il y a des degrés de perfection dans la façon de faire famille, voire des appariements sociaux, associant pourtant alliance et filiation, qui se situeraient en dehors même de l’idée de famille et ne mériterait pas de pouvoir entrer dans le cadre protecteur de la loi, comme par exemple aujourd’hui les familles homoparentales. Ce modèle, qui fonde la filiation  sur une conjonction idéalisée entre parenté génétique de conception, parenté utérine de gestation (remise en cause par la GPA à l’étranger) et parenté sociale d’éducation,  fait fi de l’extraordinaire évolution du modèle familial, de sa complexification et de son éloignement progressif du patriarcat qui en était le fondement véritable, assignant à l’homme et à la femme des rôles sexuels, familiaux et sociaux indépassables, car donnés comme naturels. Michel Serres a ainsi heureusement rappelé combien la Sainte Famille mettait déjà à mal cette figure prototypique, en brisant le lien biologique, en introduisant du tiers par la conception auriculaire et en figurant une double paternité, sociale et toute humaine avec Joseph, père putatif ou premier beau-parent et bien sûr divine avec un Père éternel pour le Fils de l’Homme.

Au contraire, les tenants du mariage pour tous (i.e. sans jouer sur les mots, le mariage pour les homosexuels comme pour les hétérosexuels) ont eux une définition plus large de la famille. Si l’anthropologie leur donne raison par la variété des structures de la parenté relevées dans les différents groupes humains, ce qui n’exclue pas évidemment des structures communes comme la différence sexuelle et la prohibition de l’inceste, c’est l’ensemble des évolutions juridiques quant à la définition de la famille en droit français qui justifie cette conception. Ainsi Irène Théry parle-t-elle d’  « une révolution de velours juridique » concernant le droit de la famille et le mariage : « Depuis 1912 le mariage n’est plus la seule institution fondatrice de la paternité ; depuis 1972 il n’est plus le socle de la seule famille juridiquement reconnue, les droits et devoirs des enfants et des parents sont exactement les mêmes que ces derniers soient ou non mariés ; depuis 2002 les devoirs de coparentalité survivent au divorce des époux ; et enfin depuis 2005 nous avons purement et simplement effacé du Code civil la distinction entre filiation légitime et naturelle, qui était autrefois le grand principe organisateur de tout le droit de la famille. ». C’est cet ensemble de mutations inscrites peu à peu dans la loi et liées à la fois à la montée de l’individualisme contemporain, à l’émancipation féminine, aux progrès de la science (contrôle des naissances, diminution de mortalité infantile, etc.), à l’allongement de l’espérance de vie, qui sont globalement niées par ceux qui défendent UN modèle familial unique qui donnerait droit à la reconnaissance institutionnelle que constitue le mariage, faisant verser tous les autres dans l’anomalie. Pourtant le mariage n’est plus la forme unique donnée à la famille ni même son fondement et c’est dans ce cadre qu’il devient non plus une institution valable pour tous mais une forme parmi d’autres d’appariement et un droit également disponible pour chacun.

La transcendance du biologique

Pour les tenants de la famille prototypique, le primat accordé à la parenté biologique tient en lisière les familles homoparentales et partant  les familles adoptives  (entièrement fondées sur la disjonction entre parents géniteurs et parents sociaux), toujours soumises à  des jugements qui oscillent entre  l’acte charitable et le vol d’enfants ou celles qui ont fait appel à l’IAD (fondées sur la disjonction entre un des parents sociaux et un des parents biologiques, le double don étant prohibé). Pour ces dernières, la question du secret des origines, qui perdura longtemps en masquant le tiers donneur génétique, est à comprendre comme  une forme de préservation d’un modèle idéal et par là même factice (voir sur ce point la tribune de René Frydman dans le Monde du 11 janvier). Ce qui indique d’ailleurs comment ce modèle familial unique est en réalité à la fois maintenu et déconstruit par les arrangements juridiques qui, au-delà du biologique, organisent la filiation et se trouvent au cœur de l’institution du mariage depuis bien longtemps, avec au premier chef  la présomption de paternité, chère au doyen Carbonnier, qui permit naguère à bon nombre d’enfants d’avoir un père qui n’était pourtant pas le leur. Pour ceux qui au contraire n’entendent pas discriminer au sein des modèles familiaux,  la famille n’est pas exclusivement ou seulement biologique comme on le voit avec la propension qu’ont les familles adoptives ou les familles ayant fait appel l’IAD, homosexuelles ou hétérosexuelles, à  assumer toujours plus la réalité de ce qui les fondent et la manière dont elles sont portées à faire droit aux demandes d’accès aux origines qui se sont fait jour chez leurs enfants, en cessant donc de « singer la nature » comme le disait en parlant de l’adoption celui qui donna son nom au Code civil .

La transcendance du Deux

Pour les amis de Frigide Barjot et du cardinal Barbarin (quel attelage !), le primat accordé à la transcendance du 2 qui fonderait indépassablement la famille, met « naturellement » à distance les couples séparés ou divorcés qui élèvent leurs enfants sans faire vie commune et les familles recomposées qui associent plusieurs adultes dans l’éducation d’enfants dont ils ne sont pas tous les parents biologiques,  les beaux-parents dans le cas de la garde partagée par exemple. De même sont considérées comme non conformes au modèle, les familles monoparentales, biologiques ou  issues de l’adoption par des personnes célibataires,  qui reposent sur une seule figure parentale et bien sûr les familles qui font appel l’IAD, qui introduit du tiers en distinguant le géniteur du parent. Pour ceux qui au contraire entendent que l’engagement 31 de François Hollande soit tenu,  la famille ne repose pas exclusivement sur le 2 du couple et la conjugalité, ce qui peut justement rendre nécessaire (inscription d’un enfant dans la filiation) ou souhaitable (reconnaissance sociale) leur institutionnalisation par le mariage pour ceux qui le souhaitent. La conjugalité et la filiation s’articulent, mais ne se présupposent plus. Les familles monoparentales, essentiellement féminines, se comptent par millions et, si elles rencontrent souvent des difficultés économiques spécifiques et ne sont pas toujours voulues comme telles, sont considérées aujourd’hui comme des foyers à part entière. L’ancienne partition entre les femmes mariées et les autres (filles mères, filles de joie) est caduque depuis longtemps.  La possibilité pour un célibataire d’adopter seul est inscrite dans la loi et l’on constate au quotidien que nombre d’enfants sont élevés socialement  par différents  adultes qu’ils peuvent considérer comme leur famille sans pour autant confondre parents et beaux-parents. Au lieu donc de réserver le cadre de la loi et les garanties de l’institution à un modèle unique, en partie imaginaire, il s’agit de faire évoluer le code pour y inscrire la réalité et l’égalité de ces différents liens possibles. Il ne s’agit plus de préserver un modèle idéal de la famille en lui réservant  l’institution du mariage qui deviendrait alors  sont ultime rempart mais au contraire d’offrir à chaque famille un ensemble de solutions  portant sur l’alliance  (mariage, pacs, union libre) et sur la filiation (adoption, IAD) et sur l’articulation des deux (accès aux origines, adoption de l’enfant de son conjoint)

La transcendance de l’hétérosexualité

Le primat enfin de l’hétérosexualité met bien sûr à l’extérieur de la catégorie les familles homosexuelles, que ce soit les couples lesbiens ayant fait appel à l’IAD officielle (à l’étranger) ou non et les modèles de coparentalité homosexuelle, mais aussi les familles monoparentales qui ne se conforment pas non plus d’une autre façon à l’impératif catégorique  des genres dissemblables. La question du droit de l’enfant est fréquemment invoquée par ceux qui considèrent qu’ils seraient a priori bafoués dans une famille homoparentale et qui nient que le désir d’enfants, communs à de nombreux êtres humains quelle que soit leur orientation sexuelle, y soit légitime. Mais au nom de quoi l’orientation sexuelle interdirait-elle l’accès à l’enfant ?  Pourquoi la société ne pourrait-elle pas confier un enfant à un couple homosexuel ou l’aider par la PMA à en avoir un ? De fait nombre de familles bien réelles fonctionnent  indépendamment de l’orientation sexuelle des parents ou de leur sexe. On note en effet, sur la base d’un grand nombre d’études internationales, que les enfants de couples homosexuels ont bien le sentiment d’appartenir à une « vraie » famille et qu’hormis des effets de stigmatisation sociale que la loi vise justement à éradiquer, l’homoparentalité ne constitue pas un handicap. Le fait que l’adoption par un célibataire est possible en droit, indique par ailleurs que le législateur n’a pas considéré comme indispensable  la coprésence des deux genres ou plutôt qu’il a considéré que cette coprésence n’était pas assurée exclusivement par la figure du père ou de la mère, mais structurellement présente dans l’espace social et familial élargi à travers de multiples figures alloparentales des deux sexes. Enfin, sur la question d’un éventuel  mensonge envers  leur enfant quant à leur origine ou à la différence sexuelle dans le cas l’IAD, dissimulation pourtant courante chez les couples hétérosexuels infertiles, la configuration homosexuelle évite toute forme d’hypocrisie sur la forclusion du tiers donneur, qu’elle oblige d’une certaine façon à repenser.

Quelle définition pour la famille ?

La définition même de la catégorie « famille » est  donc bien l’enjeu sous-jacent de ce débat et le fond axiologique sur lequel il se déploie. Soit on considère qu’il existe une entité qui représente le meilleur exemplaire  de cette catégorie, ici la structure nucléaire, biologique, hétérosexuelle, tous les autres types de famille étant évalués sur la base d’une plus ou moins grande ressemblance avec ce modèle, soit au contraire on considère que toutes les formes familiales ont un statut équivalent et sont également représentatives, ce qui leur confère les mêmes droits et par exemple celui au mariage. Cela suppose de prendre acte de la disjonction possible et déjà ancienne entre sexualité et reproduction (IAD) et entre conjugalité et parentalité (divorce) dans la famille hétérosexuelle pour ne pas faire de la question de l’homoparentalité, de la parentalité adoptive ou de la parentalité fondée sur la PMA le dernier bastion d’un ordre bel et bien caduc. Le fondement de la famille se déplace de la logique biologique et institutionnelle  vers celle du désir, de l’engagement et de la volonté, ce qui n’interdit pas de reconnaitre au biologique sa dimension fondatrice (cf. l’accès aux origines) et au  mariage son rôle qui évolue de l’ordre symbolique collectif à l’ordre juridique interindividuel. L’éthique de conviction qui caractérise ceux qui vénèrent un modèle familial unique et  préfèrent priver de certains droits des enfants bien réels s’oppose dans ce débat à l’éthique de responsabilité de ceux qui  songent d’abord à l’intérêt des enfants nés dans des familles homoparentales, les uns ne souhaitant pas instituer ce qui pour eux demeure exogène à leur conception de l’ordre social, les autres préférant faire droit à une réalité depuis longtemps en germe dans les textes de loi et dans les mœurs.


[1] La sémantique du prototype définit une catégorie par la plus ou moins grande ressemblance avec un prototype, un modèle idéal. Ainsi on dira que pour la classe des oiseaux, le moineau est plus prototypique que l’autruche. Cette conception s’oppose à une approche plus classique des catégories où chaque individu appartient à la catégorie s’il partage un certain nombre de traits définitoires.

Témoignage de Sylvie (17)

21 Jan

Dans un mois, ma fille va naître. Elle ne sortira pas de mon ventre mais de celui de ma compagne. Et pourtant, elle sera quand même ma fille.

• Parce que je suis très amoureuse de son autre maman et que fonder une famille nous a semblé naturel. Fonder une famille lorsque l’on est un couple heureux, c’est juste normal.

• Parce qu’avec ma compagne, nous avons réfléchi à la manière de concevoir cet enfant, à la manière de l’éduquer, à la manière de défendre ses droits pendant 2 ans avant de passer à l’acte en prenant contact avec des cliniques belges. Notre désir d’enfant a été murement réfléchi, bien plus que dans la plupart des couples hétérosexuels de ma connaissance.

• Parce que j’ai parlé de ce désir d’enfant à tout mon entourage pendant des années et qu’à tous, ce désir a semblé couler de source. Maintenant que ma compagne est enceinte, ma mère me dit qu’il est possible que ma fille me ressemble. Ma sœur n’arrête pas de me répéter que dès que sa nièce viendra au monde, elle prendra sa voiture et fera 800 km d’une seule traite pour venir embrasser ma fille et me donner des conseils. Mon père m’aide à installer sa chambre. Mes amis me harcèlent pour connaître son prénom.

• Parce que j’ai été là pendant sa conception. C’était en Belgique, dans une clinique où l’on nous a accueillies, conseillées, choyées comme de futurs parents tout simplement, ni plus ni moins.

• Parce que comme tous les parents, je n’arrête pas de penser à ce petit être que je vais élever : la première fois que je la tiendrai dans mes bras, la première fois que je la verrai téter le sein de ma compagne,  la première fois qu’elle me serrera la main, la première fois que je lui ferai prendre un bain, la première fois qu’elle me sourira, la première fois qu’elle m’appellera maman, la première fois qu’elle marchera, … la liste est sans fin.

• Parce que je serai là quand elle viendra au monde. Je tiendrai la main de son autre maman et je couperai le cordon ombilical. Je l’embrasserai avec émerveillement.

• Parce que les liens biologiques n’ont aucune valeur. Ce n’est pas la biologie qui fait des êtres humains de bons parents. Ce qui compte, c’est que je sois là pour la nourrir, la laver, l’habiller, la coiffer, la consoler, l’amuser, lui lire des histoires, lui préparer à manger, l’emmener au parc, l’emmener en vacances, l’aider à faire ses devoirs, l’emmener au musée et au cinéma, … la liste est sans fin.

• Parce que quand je pense à ce petit être qui est en train de grandir dans le ventre de ma compagne, je me dis que je ne peux plus imaginer ma vie sans elle. Elle fait déjà parti intégrante de ma vie, de mes pensées, de mes projections dans l’avenir.

• Parce que j’exige l’égalité avec les couples hétérosexuels. Lorsqu’un couple hétérosexuel a recours à la PMA, on leur octroie la filiation automatiquement.

• Parce que si on écoute les « bien pensants », les femmes n’auraient toujours pas le droit de voter, ni celui de divorcer, ni celui d’ouvrir un compte en banque sans l’aval de leur maris, ni celui d’avorter.

Pourtant, tant que la loi ne reconnaîtra pas ma famille :

• Les médecins pourront me refuser l’accès à la salle de naissance lorsque ma fille naîtra.

• Je dépendrai du bon vouloir des médecins s’il arrive quoi que ce soit à ma fille. (Ils peuvent refuser que j’assiste à la consultation)

• Je n’apparaîtrai pas sur le livret de famille de ma fille. Légalement, elle n’aura qu’un seul parent.

• Ma fille ne portera pas mon nom.

• Ma fille aura autant de liens juridiques avec moi et ma famille que ma voisine, autrement dit : aucun.

• J’aurai besoin d’une autorisation de ma compagne pour aller chercher ma fille à la crèche et à l’école.

• Je ne pourrai pas me présenter comme parent d’élève.

• Je pourrais perdre ma fille si ma compagne décide de me quitter.

• Je pourrais perdre ma fille si ma compagne venait à décéder.

• Je pourrais abandonner ma compagne et ma fille sans avoir de compte à rendre à personne.

• Ma fille n’aura pas de liens juridiques avec ses frères et sœurs (parce que oui, nous désirons avoir d’autres enfants et je désire en porter aussi).

• Ma fille ne pourra pas hériter de moi.

• Je serai une sous citoyenne avec pour seule raison le fait que je sois homosexuelle, orientation sexuelle que, je le rappelle, je n’ai pas choisie. Cela fait partie de mon identité, de mon essence. Au même titre que ma couleur de cheveux, la grandeur de mes mains, la forme de ma bouche, le timbre de ma voix, la grandeur de mes jambes… Je suis homosexuelle et je suis mère. Donnez-moi des droits parce que je suis une mère comme les autres, ne me les refusez pas parce que je suis lesbienne.

En bref, si la loi ne prend pas en compte nos familles, je devrai continuer à trouver des pansements à mettre sur tous les vides juridiques auxquels ma famille sera confrontée jour après jour.

Témoignage d’Isabelle (50)

18 Jan

Depuis bientôt 17 ans, je partage la vie de ma compagne. Nous menons une vie « on ne peut plus classique » ! Après 6 ans, nous nous sommes installées dans un appartement…. Ensuite, achat de notre nid d’Amour….
Et c’est alors que nous nous sommes surprises à nous imaginer avec un enfant à nos côtés….
Il nous a fallu un certain temps de réflexion avant d’oser nous lancer….
Après presque 4 ans de parcours (et 3 fausses couches), nous avons accueilli la plus belle des Pommes d’Amour au mois de mai 2012.
Cela fait donc 8 mois que nous sommes parents.

8 mois de bonheur intense
8 mois où nous tentons de lui apporter tout ce dont il a besoin pour grandir sereinement… comme tous les parents !!

Nous sommes belges donc nous avons pu concevoir notre enfant sans passer les frontières.
Nous sommes belges donc je n’ai aucune crainte pour ma compagne concernant sa reconnaissance légale en tant que parent.
Nous sommes belges donc d’ici quelques mois, notre fils aura légalement deux parents de même sexe….

Nous sommes belges ET POURTANT vous nous avez blessées…. Vous les centaines de milliers de manifestants contre les mêmes droits pour tous !
Vos slogans homophobes (même si vous jurez que vous ne l’êtes pas), nous ont heurtés.
Vous vous êtes attaqués à nos tripes en criant haut et fort que nos enfants étaient en danger à nos côtés !

C’est vous et votre attitude intolérante qui êtes un danger pour autrui, n’inversez pas les rôles, s’il vous plait !

Isabelle

Témoignage de Zoé (5)

18 Jan

Je vis en Belgique, deuxième pays à avoir fait passer la loi pour le mariage homosexuel. Et nous allons très bien.

Oui, certes, comme dans tous pays il y a quelques embrouilles, mais elles sont principalement d’ordre linguistique, et on ne peut pas dire que les homosexuels aient un lien avec ça!

Ici en Belgique, il y a approximativement 85000 scouts. Ça étonne souvent les français, mais c’est comme ça: le scoutisme est une institution très appréciée dans mon pays. De plus, dans la majorité des unités, on ne parle plus de religion, et rien n’est imposé: des animés de toutes cultures peuvent s’y retrouver.

Après avoir moi-même été scoute, je suis devenue animatrice baladins (les plus jeunes chez les scouts, 5-8 ans) et le suis restée deux ans. Lors de mon premier camp, j’ai découvert qu’un de mes animés avait deux mamans. Je ne suis pas du genre à encourager le système de « chouchous », mais s’il y en avait un, c’était bien lui: il était toujours le plus motivé, le plus souriant, il avait aussi une mentalité incroyable, bien en avance sur son âge. On l’a d’ailleurs surnommé “Dom Juan”, parce que toutes les filles étaient amoureuses de lui.

On a appris que quand à l’école, on lui demandait “et t’as pas de papa?”, il répondait simplement “Non, mais j’ai deux mamans!”. C’est pour lui quelque chose de naturel, qu’il a toujours bien vécu, qu’il vit toujours très bien maintenant, et personne ne l’emmerde avec ça. Après tout, une famille c’est sacré, quelle que soit cette famille. C’est le cadre dans lequel on évolue, c’est notre foyer, nos premières découvertes…

On ne choisit pas sa famille. On ne peut pas protéger tous les enfants qui vont naître d’une “mauvaise” famille où ils se feront maltraiter. On ne peut pas jouer aux héros et “sauver” le monde. La France ne va pas changer plus que ça avec cette loi. D’ailleurs, les opposants n’ont même pas besoin d’être concernés. Ils ne seront pas invités aux mariages, qu’ils ne s’inquiètent pas. La filiation humaine ne sera pas remise en cause juste parce que la France fait enfin bravement un pas vers la modernité.

L’amour homosexuel est une réalité. S’opposer au mariage homosexuel, c’est s’opposer à l’amour. C’est, par peur du changement, par intolérance, par inconfort, empêcher nos égaux de vivre ce que l’on a la chance de vivre. S’opposer à l’amour, c’est accueillir encore plus de haine. Mon petit Dom Juan s’en sort bien dans la vie, mais il est vrai que d’autres enfants ont plus de mal. Ils se font taquiner, sont blessés, ne savent pas comment réagir. Ce n’est pas leur famille qui leur cause cette peine: ils y trouvent tout l’amour et le réconfort dont ils ont besoin, et s’y sentent en sécurité. C’est le monde extérieur, hostile, qui leur fait peur, et qui les rejette pour des raisons qu’ils ne peuvent ni ne veulent changer.

C’est cela qui peut (et doit) changer. Les mentalités doivent changer. Nous devons arrêter de refuser une évidence qui existe depuis plus longtemps que nos arrière-arrière-arrière-arrière-arrière… grands-parents.

De plus, en ce moment où l’on manifeste dans les rues contre un droit pour d’autres, ces enfants de familles homoparentales assistent à tout, pendant que l’homophobie grandit…

Vos enfants vous écoutent. Et comprennent que selon vous, un enfant d’homos, c’est pas normal, ça ne devrait pas exister. Et ces enfants, qui existent parmi nous, rentrent en pleurant à la maison, non pas à cause de leurs parents, mais à cause de vous, opposants à un droit si légitime.

Alors que la violence est partout, on s’oppose à l’amour au nom d’enfants qui ne nous ont rien demandé.

Il n’y a pas de concept universel, “L’ENFANT” n’existe pas. Il n’y a que DES enfants, avec chacun leur histoire, et aucun n’est préformaté: ils naissent innocents, et ne demandent qu’à découvrir le monde. Chacun se créera sa réalité, et deviendra quelqu’un, forgé par ce qu’il a appris.

Parmi vos enfants, certains deviendront homosexuels, d’autres non. On ne peut tabler sur une “disparition” de l’homosexualité, alors pour nos enfants et les générations d’enfants à venir, la véritable chose qui puisse changer quelque chose, c’est leur apprendre l’ouverture d’esprit dès leur plus jeune âge…

« Dom Juan » et mes autres baladins ont été comme mes enfants pendant 2 ans. Mais pas qu’à moi: au reste de mon staff, aux garçons qu’il y avait dedans également. Nous faisons partie de l’éducation de ces enfants. Les grands parents, les oncles, les tantes, les amis, les parrains, les marraines, les professeurs, les gardiennes, les animateurs, les baby-sitters, les copains, les parents des copains, les voisins, nous pouvons tous faire partie de la même famille. Un enfant a ses repères dans une famille qui n’est pas toujours biologique, mais énorme et pleine d’amour. Il n’y a pas de parité, pas que « un papa et une maman ».

Il y a tout le reste autour, tous les autres.

J’ai appris énormément de choses en m’occupant de ces petits. Mes liens avec eux se sont solidifiés, je comprends à présent comment ils fonctionnent, j’ai trouvé un tas de façons de gérer leurs conflits, je les ai soignés en cas de bobo, je les ai consolés en cas de chagrin, je me suis réveillée en pleine nuit en entendant des sanglots et j’ai tenu des enfants dans mes bras jusqu’à ce qu’ils s’endorment. Je leur ai inventé des histoires, des tas de jeux, ils ont été les héros de mille aventures différentes, qui finissaient toujours bien: le méchant reconnaissait ses torts et devenait gentil.

Je les ai parfois grondés, j’ai donné des règles, attribué des charges. Je me suis laissé dessiner des cœurs et tout plein de dessins sur la figure, on a fait des chaînes de « massages » dans l’herbe, au soleil, j’ai observé les grenouilles qu’ils avaient capturé et me ramenaient fièrement, je les ai mises dans un bocal et leur ai fait les libérer avant d’aller dormir.

On s’est racontés des secrets, des potins sur « qui est amoureux de qui », on a mangé ensemble, j’ai fait des tresses dans les cheveux des filles, j’ai lacé des chaussures, j’ai fait des « bagarres » dans l’herbe, j’ai chanté des berceuses, bref: j’ai partagé un quotidien avec ces enfants, et j’en retire énormément de choses positives. Je n’oublierai jamais ces enfants, et eux me sautent toujours dans les bras quand ils me voient.

Je sais que je serai mère un jour, et je sais que je serai une bonne mère. Et je sais que je pourrai compter sur ma compagne dans les moments durs, tout comme elle pourra compter sur moi.

Dans ce débat, il y a clairement deux partis, et les avis sont fixés, chacun campe sur ses positions et aucun parti n’admettra que l’autre a raison. La seule manière d’accepter quelque chose pour lequel on a tant de craintes et d’appréhensions, c’est de le vivre, de l’expérimenter, d’observer ce qui se passe, puis de se poser la question: “était-ce vraiment si terrible?”.

 

Zoé

 

Témoignage de Valérie et Leslie (12)

17 Jan

Nous ne sommes pas encore mamans, malgré tout nous nous sentons évidemment très impliquées dans cette loi.
Nous ne sommes pas encore parents que nous nous inquiétons déjà pour les droits de chacune et la protection de nos enfants.

Nous sommes ensemble depuis bientôt 4 ans, et partageons les joies de la vie a deux depuis 2 ans.
Le désir d’enfant n’a jamais été un tabou, mais bien la consécration de notre amour.
Quelle joie de sentir un petit être dans son ventre, un petit être pour qui nous donnerions notre vie.

Les familles homoparentales existeront avant ou après ces manifestations. Le nier c’est empêcher les enfants d’homos d’avoir la même protection que tout autre enfant.

Le débat sur le mariage et l’adoption devient stérile, limite dangereux dans les mots. Nous avons même entendu se glisser inceste, pédophilie…

Nous n’imaginons pas notre vie sans enfant. Malgré tout pour y arriver nous devrions traverser bon nombre d’épreuves physiques et psychologiques.

Nous avons opté pour une IA [insémination artisanale], la PMA étant beaucoup trop cher et trop éprouvante. Même si nous avons choisi l’IA, nous sommes hors-la-loi, donc nous risquons beaucoup autant sur le plan judiciaire qu’hygiénique.

Et si pour donner la vie et fonder une famille il faut en passer par là, nous sommes prêtes et nous nous battrons.

Valérie et Leslie

 

J’ai deux mamans et je vais bien, merci

8 Jan

Témoignage recueilli sur le site Enfants d’Homos

http://enfantsdhomos.tumblr.com/post/36092794241/jai-deux-mamans-et-je-vais-bien-merci

J’ai deux maman et je suis très fière d’elles, de leur combat quotidien pour être considérée aux yeux d’autrui comme une FAMILLE. Parce que oui nous sommes une famille, j’aimerai pouvoir dire qu’on est une famille “comme les autres” mais qu’est-ce qu’une “famille comme les autres” ? Un papa, une maman, un fils et une fille ? cela réduirais les “vraies familles” à peu de monde, et on oublierais en passant les familles avec un seul enfant, avec plus de deux enfants, les familles recomposées, les familles monoparentales… Au jour d’aujourd’hui la “norme” familiale n’existe pas, chaque individu a son propre quotidien, sa propre “norme”. Ma norme à moi c’est d’avoir deux maman. Bien sur pas au sens propre du terme, j’ai une seul maman biologique, qui m’a portée pendant 9 bon mois et une “maman de coeur” qui est mon deuxième parent, la deuxième femme qui m’a élevée.

Mes mamans ont décidé de m’avoir ensemble, ce fût une aventure importante dans laquelle elles se sont engagées ensemble. Elles en ont discuté longuement, pesant le pour et le contre. C’était important pour elles de lier leurs amour dans l’éducation d’un enfant, c’est leur choix. Un ami de mes mamans les a aidées à atteindre ce rêve. C’était important pour mes mamans que j’ai la possibilité de savoir d’où je venais, et je suis né le matin du 11 mars 1994. J’ai grandi dans une grande famille très soudé et aimante avec beaucoup d’oncles et de tantes ainsi que des cousins et cousines. J’ai rencontré mon père biologique à l’age de 15 ans. Aujourd’hui, je suis en L1 de géographie et je me porte très bien ! j’ai vu mon père biologique 6 ou 7 fois depuis, cet homme est encore un inconnu pour moi, et si notre relation doit s’intensifier c’est le temps qui en sera un des facteurs et les affinités… Mais ce père biologique ne remplacera JAMAIS ma deuxième maman que j’aime tout autant que ma maman.

Dans mon entourage je connais d’autre famille homoparental, les enfants sont encore petits et je suis la plus grande. Chacune de nos histoires sont différentes mais elles ont un point commun essentiel : l’amour de nos deux parents !

Si le projet de loi du “mariage pour tous” passe je serai enfin fière de dire que j’ai une FAMILLE, fière d’être française, fière ce mon pays qui a enfin sauté le pas dans l’avenir !

Témoignage de Jeanne (25)

8 Jan

Ma conjointe et moi, françaises, nous sommes installées au Québec afin d’y fonder une famille. Bien nous en a pris.

En effet, depuis 2002, une loi adoptée à l’unanimité par l’Assemblée (ça fait rêver…) a ouvert le mariage et la parentalité aux couples homosexuels. Cette loi prévoit notamment la présomption de parentalité dans le cadre d’un recours à la PMA, ce qui change tout.

Depuis notre première visite à la clinique de fertilité, nous sommes toutes les deux inscrites sur le dossier, nous avons toutes les deux passé des examens médicaux (l’une ceux de fertilité et de MST, l’autre seuls ceux de MST : il s’agit donc aussi d’une mesure de protection…), nous avons toutes les deux échangé avec la psychologue chargée de nous donner l’agrément pour gestation avec un tiers et de juger si nous avions besoin d’un soutien pendant les démarches, nous étions toutes les deux présentes dans la salle lors des inséminations.

Normal. Nous étions deux à décider d’élever des enfants ensemble, nous étions deux à rêver du futur comme famille avec enfants, à discuter de nos valeurs éducatives, à envisager les joies et les défis qui attendent toutes les familles. Nous étions deux à pleurer quand les règles revenaient après une insémination, deux à mordre les oreillers de rage et de douleur après une fausse couche, deux à manquer de larmes de joie après les fameuses 12 premières semaines, deux à préparer la venue du bébé, deux à choisir la poussette, le lit, l’écharpe, les couches, les jouets, les stickers, le parc, deux à chaque rendez-vous de suivi de grossesse, deux à prendre des positions byzantines pendant les cours de préparation à la naissance, deux à travailler pendant l’accouchement.

B est né. Dans la joie et la bonne humeur. Ma conjointe avait retenu de la sage-femme que les endorphines étaient essentielles : elle m’a fait rire pendant tout l’accouchement. L’équipe médicale n’en revenait pas. B est né. Elle s’est écroulée au sol en larmes. La docteure a déposé B sur mon ventre. 5 minutes. Puis l’a tendu à ma conjointe en disant : « votre fils ».  Elle, si pudique, a défait sa chemise en une seconde pour déposer B sur sa peau nue. Quand elle a redéposé B sur mon ventre pour qu’il rampe vers mon sein et boive sa première tétée, elle a gardé sa main sur son dos. Nous étions trois.

Jeanne