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Témoignage de Clothilde (n°7)

28 Jan

Les difficultés ont commencé lorsque nous avons évoqué notre désir d’avoir un enfant.

Nos familles étaient déjà réticentes à cette idée, tout comme elles l’étaient sur notre homosexualité. Nous avons dû d’abord, nous battre contre leurs préjugés et leurs craintes, avant de se lancer concrètement dans notre projet d’avoir un enfant.

Nous avons alors cherché des études, des livres sur l’homoparentalité qui prouveraient le « bien fondé » de notre désir d’enfant à notre entourage. Un enfant élevé par 2 femmes n’évolue ni mieux ni pire que n’importe quel autre enfant. Notre enfant est désiré, attendu et aimé avant même d’être dans nos bras. Il a été longuement réfléchi. Il n’est pas le fruit d’un accident. Combien de couples se posent autant de questions avant de faire un enfant?

Mes parents ont toujours refusé ce projet d’enfant. Ils sont pourtant aujourd’hui 2 grands-parents aimants et attentionnés pour mon fils, que ma compagne a porté. 4 ans de débats, pour mûrir notre projet avant de se lancer réellement. Comme quoi tout peut évoluer.

Puis concrètement, nous avons ensuite demandé à notre gynécologue habituelle, qui nous a conseillé un hôpital Edith Cavell à Bruxelles en Belgique. Car lorsqu’un couple de femmes françaises qui s’aiment et désirent avoir un enfant, et qu’il leur manque la gamète mâle, le spermatozoïde sain, elles ne peuvent demander l’aide de leur propre pays pour recevoir l’aide médicale d’un centre de Procréation Médicalement Assisté (PMA). Elles doivent se tourner vers une autre nation où cela est légalement autorisé et encadré: la Belgique, l’Espagne, l’Angleterre, les Pays-Bas, le Danemark, le Canada…

Nous avons pris RDV par téléphone avec la Belgique avec un délai d’attente d’1 mois. Puis les dépenses ont commencé. Mais pas que. Nous avons dû poser des jours de congés pour ce RDV, prendre des billets de train Thalys, une nuit d’hôtel à Bruxelles. Nous sommes ensuite retournées voir notre gynécologue habituelle en France pour qu’elle nous délivre une ordonnance de suivi médical, comme ferait n’importe quelle femme qui voudrait avoir un enfant et vérifier qu’elle est fertile. Nous avons ensuite communiqué les résultats de ces examens à Edith Cavell, qui nous a donné finalement son accord pour obtenir leur aide (6 mois d’attente pour passer en commission chez eux). Je précise que cela fut possible, car nous étions un couple reconnu par un PACS. Puis Edith Cavell a prescrit un traitement hormonal qui n’est pas anodin à ma compagne, qui porterait l’enfant. Ce traitement est contraignant en temps, en argent et pour sa santé. Comme convenu, nous avons demandé son avis avec notre gynécologue habituelle et lui avons envoyé nos ordonnances belges à retranscrire en ordonnances françaises. Elle ne nous a jamais recontacté malgré nos relances.

Nous avons recherché en catastrophe un second gynécologue, qui nous suivrait tout au long de notre parcours, jusqu’à l’accouchement. Ma compagne a fait joué ses relations de travail, ce qui l’a obligé à faire son coming-out professionnellement, sans savoir comment tout le monde allait réagir. Ce gynécologue a été notre sauveur.

Prise de sang et échographie des ovaires tous les 2 jours pendant 10 jours à jeun le matin, avant d’aller au travail, demander à recevoir les résultats avant midi, pour les communiquer à Edith Cavell, qui nous donne alors 36h pour venir les voir et pratiquer l’insémination (acte médical pratiqué par un gynécologue: dépôt de sperm d’un donneur anonyme dans le vagin à l’aide d’une pipette spéciale, c’est ça une IAD). Autant vous dire que les heures sont comptées à ce moment là. Prévenir nos employeurs que nous ne serons pas là le lendemain, et du jour au lendemain c’est un risque à prendre pour ma carrière professionnelle, tout comme ça l’a été pour ma compagne d’être régulièrement en retard à cause des examens médicaux matinaux. Alors qu’il aurait été tellement plus simple, si nous avions pu être suivies dans l’hôpital à côté de notre domicile. Trouver des billets de train au dernier moment au tarif maximum, youpi. Rentrer en France et espérer en attendant 14 jours, avant de faire une prise de sang pour savoir si on est enceinte ou pas. Et recommencer jusqu’à tomber enceinte enfin.

Après le suivi de grossesse se fait avec notre gynécologue habituel, comme toute femme enceinte. Bref ça a certes un certain coût financier: examens médicaux, déplacements, hôtellerie, jours de congés, frais médicaux d’insémination… mais pas que. Nous avons du débourser en 2 ans de quoi s’acheter une voiture. Oui une belle voiture neuve! Ces démarches nous auraient peut-être coutée qu’un plein d’essence, si ce parcours de PMA avait été autorisé et pratiqué en France à côté de chez nous. Mais pas que. C’est un sacrifice conséquent sur nos revenus, aucunes vacances, aucuns vêtements neufs, aucun achat superflu, rien que du nécessaire absolument nécessaire. Mais pas que. C’est aussi se sentir rejeter de notre pays, notre pays qui nous a vu naître, nous a élevé, que nous soutenons aux JO et lors des grandes rencontres sportives internationales avec notre cœur.

Depuis le moment, où ma compagne est tombée enceinte, nous n’avons plus rencontré de difficultés insurmontables. Nous les pulvérisions sur place. Les préjugés des gens ne nous gênaient plus. Nous prenons depuis le temps de nous montrer telles que nous sommes, nous sommes comme tout le monde: nous respirons, nous avons du sang dans nos veines et nous aimons, voilà tout. Nous avons essuyé quelques dégâts sur mon véhicule (pneus crevés, rétroviseur cassé, essuie glace arraché, plaque d’immatriculation arrachée et cassée), notre voisin était ouvertement homophobe et nous pourrissait la vie dès qu’il le pouvait dans le quartier et auprès de notre bailleur. Des voisines amicales nous signalaient être témoins de ses dégâts. Bref nous avons depuis déménagé et ne subissons plus ce personnage.

Lorsque notre garçon est né, nous avons eu par chance une place en crèche pour lui. La directrice ne voulait pas me parler n’étant pas  » la vrai mère de l’enfant ». Au bout de quelques semaines et à force de politesse et d’échanges, elle a évolué et a fini par me parler et m’offrir même des cafés, comme tout parent de la crèche.

Ma compagne étant la seule parent reconnue légalement, je n’avais pas le droit légalement d’emmener notre fils chez le médecin, même en cas d’urgences je n’étais qu’un tiers, personne aux yeux de la loi, impossible de prendre une décision médicale, pourtant il a bien fallu aller le faire recoudre lors d’une chute à la crèche. J’étais la plus proche à pouvoir intervenir, j’ai pu déposer mon fils aux urgences, mais attendre ma compagne, la seule mère reconnue car mère biologique, pour l’en faire sortir. Plein de situations deviennent absurdes rapidement.

Nous avons alors entamé avec une avocate une procédure de demande de délégation d’autorité parentale DAP, 1 an de procédure au TGI (Tribunal de Grande Instance) de Paris et 3600 euros plus tard, le juge aux affaires familiales nous l’a accordé heureusement. Ça fait cher payé pour avoir le droit de sortir son enfant de l’hôpital, de l’emmener chez le médecin. Dans le même Tribunal de Grande Instance, un couple d’amies dans la même situation se l’est vu refuser sans motif réel. Un sentiment de justice à la « loterie ».

Depuis nous avons milité pour obtenir la possibilité de nous marier: l’appel de Montpellier en 2009. C’est une bataille au quotidien,  pour dire à tout le monde que nous sommes comme tout le monde, et que nous méritons les mêmes droits et les mêmes devoirs.

Nous nous sommes mariées en décembre 2013, dans une petite commune de Loire Atlantique, le maire a dû prévenir et demander les services de la gendarmerie car Mr le maire avait reçu des menaces « d’abrutis armés » comme il disait. Nous avons demandé au procureur de la République l’autorisation de ne pas publier sur les bans de notre mariage notre adresse de domicile, pour ne pas donner l’adresse de notre domicile aux « abrutis armés ». Nous sommes mariées sous protection de la gendarmerie, tout s’est bien déroulé finalement.

Nous souhaitions ensuite entamer la procédure d’adoption. Nous nous sommes d’abord renseignées auprès de l’association les enfants-d’arc-en-ciel- l’asso! et de son forum. Puis nous avons été au TGI de Nantes, pour se renseigner sur place. Chaque TGI a sa propre procédure. La personne du service civil et adoptions nous a annoncé que ma compagne (mère biologique) perdrait ses droits, si je demandais l’adoption de mon fils, et que je ne pourrais adopter qu’en adoption simple et non en forme plénière. Totalement faux! Nous avons du lui expliquer qu’elle devait être mal renseignée, qu’elle devrait demander l’avis du greffier en chef. Un comble! Former, celle qui doit nous informer de nos droits!! Le greffier en chef lui a confirmé par téléphone que nous avions raison et indiqué les documents pré-imprimés à remplir. Nous avons ensuite contacté notre notaire de famille, qui nous a reçu 2 jours après notre mariage: « parce que vous avez déjà trop attendu pour ça ». Nous avons signé un acte notarié de consentement à l’adoption plénière, nous attendrons les 2 mois, délai de rétractation légal. Puis notre notaire pourra attester de notre non-rétractation à ce consentement. Avec tous ces documents et quelques autres (actes de naissance, certificat de mariage, livret de famille…) nous allons déposer notre demande d’adoption plénière de l’enfant de mon épouse, celui que j’élève depuis sa naissance et désire depuis plus longtemps, par une requête auprès du service adoptions du parquet du TGI de Nantes. La greffière nous a indiqué un délai de 6 à 8 mois de procédure. Que faire pendant encore ces 8 mois s’il arrivait malheur à mon épouse? Elle n’a su quoi me répondre.

Nous avons donc commencé la procédure en justice pour demander l’adoption plénière de l’enfant du conjoint en espérant obtenir victoire. Mon fils de 4ans 1/2 deviendrait bientôt mon fils légalement dans 6 à 8 mois. Il aura alors plus de 5 ans. Enfin, si le juge m’autorise à devenir son parent. Et pour le second enfant? Tout recommence…

Clothilde

 

Témoignage de Julie (n°3)

15 Jan
Voici notre parcours à St Etienne :

Mariage en Juin 2013.
Consentements signés début juillet 2013.
Dépôt du dossier au TGI (Tribunal de Grande Instance) fin septembre.

1/ Convocation par deux assistantes sociales du CG (conseil général)

Première approche très négative puisque le courrier n’est même pas adapté à notre situation : « Suite à votre demande d’agrément, vous êtes convoquées….etc. »

Quel agrément ???!!! Bref….

On arrive le jour J, elles ne savent rien de nous et n’avaient pas eu accès au dossier de requête déposé. Elles ne s’étaient visiblement pas du tout préparées à notre situation et les questions étaient axées comme si on « attendait » l’adoption d’un enfant et du coup assez intrusives : quelle est votre vie sociale, y a t-il d’autres enfants dans votre entourage, etc.

Je suis un peu tendue par ces questions, une des AS le ressent et me dit : Le juge ne vous connait pas il se basera uniquement sur notre rapport pour dire si c’est dans l’intérêt des enfants ou pas de les adopter ! Alors là je m’énerve un peu : « Attendez, admettons que le juge décide que ce ne soit pas dans l’intérêt des enfants, notre situation ne va pas changer ?! Vous n’allez pas nous enlever les enfants quand même ! C’est absurde ! »

Bref…. un entretien tendu…prochaine étape à domicile début décembre…

2/ Convocation par la Police
Quelques jours après ce moment peu sympathique, nous recevons une convocation par la police, au commissariat. Là on tombe sur une femme très sympa qui trouve la procédure ridicule et qui tourne tout à la dérision. Donc ça se passe super bien, elle nous dit qu’elle envoie vite son rapport au TGI car elle a des choses plus importantes à traiter après ! Mais il faut qu’elle vienne voir le domicile quand même c’est la procédure.

3/ Visite du domicile par la police
Visite express : 1 minute…
C’est bon elles ne manquent de rien, je vous laisse !

4/ Visite des AS à domicile début décembre

Vu la première rencontre, on appréhendait un peu…

Et là surprise, elles avaient discuté, étudié la chose et du coup étaient beaucoup plus cool.

« On devait vous interroger sur vos capacités financières et votre budget mais on s’est dit que ce n’était pas utile » Youpi !!

« On ne va pas vous embêter plus longtemps,  pas besoin de creuser plus, on vous convoquera pour lire notre rapport. »

On a discuté un peu, elles ont regardé nos albums photos (j’avais envie un peu par provocation de « prouver » qu’on avait une vie sociale !!) elles ont regardé les chambres des puces et voilà !

30 minutes…

Donc maintenant on attend la suite mais normalement le plus gros est passé…

Julie

Témoignage d’Anne et Agnès (74)

25 Mar

Ma compagne et moi-même nous nous sommes rencontrées en avril 1993, pacsées en décembre 2000 et enfin heureuses mamans depuis aout 2008 d’un petit Gaspard, qui a 4 ans et demi maintenant.

Gaspard est né d’une FIV réalisée à l’AZVUB de Bruxelles, un bébé Thalys comme on les appelle …….. Mais quel parcours! Que de questions, que d’interrogations, que de choix, que d’options…

Tout a commencé dans l’intimité de notre couple, un enfant oui naturellement et jamais nous ne nous sommes senties illégitimes dans cette démarche. Mais ensuite… concrètement comment faire ? L’ APGL de Paris a été d’une grande aide, nous accueillant au sein de groupes de paroles, nous expliquant toutes les solutions possibles.

Informées, aiguillées, renseignées… pour nous, les choix étaient désormais clairs : pas de conception en méthode artisanale, pas de conception en co-parentalité, ce sera une PMA avec donneur anonyme et la Belgique comme destination. La feuille de route était claire. Des anges gardiens ont veillés sur nous : une équipe formidable à l’AZVUB à Bruxelles, un gynécologue à Paris, puis un autre à Saint-Malo trouvé un peu au hasard ( car entre-temps nous avons déménagées en région , comme on dit ……)

Tous ces gens étaient formidables et ils avaient réglés avec eux-même toutes les questions « éthiques », et pour eux nous n’étions pas les premières a effectuer ce genre de démarches . Nous avons également bénéficié d’un entourage amical fort et impliqué à nos côtés contrairement a nos familles ……

En revanche, 5 ans ont été nécessaires pour que je « tombe » enceinte (quelle drôle d’expression tout de même), et 5 ans de stress pour ne pas louper un train, pour arriver à l’heure, pour ne pas louper une injection, pour faire des échographies, pour trouver le bon hôtel à Bruxelles, pour boucler le budget… Une PMA n’est pas simple, moralement, physiquement, intellectuellement, financièrement … la distance, la double équipe (France et Belgique) n’arrangent rien. Ce parcours nous l’avons fait à 2, Agnès et moi ( Anne ), une équipe, soudée, unie, faisant face. Une seule fois elle est restée à Paris, car elle avait la grippe, l’équipe de Bruxelles n’a pas compris que je vienne seule, pour eux, nous n’étions pas 2 filles, nous étions un couple qui souhaitait procréer et la procréation se fait à 2…

Et enfin, 5 ans après tout ce parcours du combattant, le test, les prises de sang, les nausées tout indiquait que j’étais enceinte ! Joie, bonheur… et puis dès cet instant… amasser toutes les preuves qu’Agnès était là, présente en tant que parent, pas marraine ou tata ou tatie ou mamoune ou quelque chose dans le genre …….non parent, maman, mère à part entière au même titre que moi qui l’ai porté. Y penser même dans la salle d’accouchement, y penser en demandant à la sage femme un témoignage attestant de la présence de sa seconde maman dès le 1er souffle de notre enfant… Y penser en permanence dès le moindre papier à remplir ……. Tout consigner pour plus tard, quand nous aurions les moyens (et oui toujours l’argent au cœur du problème) de passer devant le tribunal des Affaires Familiales pour faire une délégation d’autorité parentale (quel horrible terme, réducteur, froid, impersonnel…) et faire reconnaitre Agnès comme sa mère à part presque entière. Penser à sa mort le jour de la naissance de son fils… il y a plus gai, mais c’est une réalité, aujourd’hui fonder une famille avec 2 parents de même sexe c’est tout de suite penser au pire, protéger en cas de décès de la mère biologique, pour qu’en cas de décès de cette mère biologique, notre enfant ne perde pas sa deuxième mère au passage devant le juge des affaires familiales ou au pire, d’une volonté de la famille de la mère biologique décédée …….Car c’est souvent dans bien des cas que l’épée de Damoclès est tenue par sa propre famille ! Lugubre…

Et depuis 4 ans comment cela se passe-t-il pour lui , pour nous ? Et bien comme dans toutes les familles de France, il grandit normalement, il se développe normalement, il est en pleine forme, il est au courant du pourquoi et du comment il a été conçu et il est né. Il est à l’école (privée et catholique, où tout le monde connait la situation et où tout le monde, même le prêtre, reconnait Agnès comme sa mère) où il dessine sa famille comme les autres petits camarades, bref un enfant normal, au sein d’une famille normale…

Mais une famille soumise au bon vouloir et à la compréhension des autorités représentatives de l’état (crèches, écoles, médecins, douaniers…) qui dans notre cas ne se sont jamais posés de question quant à la légitimité d’Agnès. (En revanche pas de souci de reconnaissance de notre famille pour les impôts et pour la CAF, que cela arrangent bien de ne pas me reconnaître comme parent isolé………)

Mais soudain espoir, la proposition du programme de F. Hollande accordant le mariage pour tous. Nous nous marierons, bien sûr, le plus vite possible (le temps de trouver une salle quand même !) Nous profiterons de cette fantastique avancée de la société. Mais, le mariage ne résoudra pas tout pour nous. Gaspard étant né avant notre mariage, Agnès devra l’adopter… (nous aurions espérer voir la filiation reconnue d’office, ou la possibilité d’une reconnaissance comme pour un couple « normal ») Avocat, tribunal ? on verra ce que dira la loi…

Encore un combat, mais on le gagnera…. Pour notre enfant, pour notre famille. À tous ceux qui nous lisent, surtout ne pas se décourager . Nous réussirons à changer les choses. L’important c’est de garder espoir…….

Anne et Agnès et leur petit Gaspard

Témoignage de Marianne (11)

10 Mar

Nous avons, mon mari, moi-même et notre petit Antonin, participé à la manif du mariage pour tous de décembre puis de janvier dernier.
Nous avons suivi en janvier pendant un temps votre cortège de poussettes, celui de l’association Enfants d’Arc-en-ciel, et notamment quand on passait devant Port-Royal (grand centre de PMA, référent notamment pour toutes les DOM-TOM) et un laboratoire d’analyse de fertilité. Une personne a dit au mégaphone à ce moment en les désignant que vous n’y avez pas le droit actuellement.

Moi, j’en ai bénéficié et votre remarque m’a émue au point où les larmes me sont venues aux yeux. Je peux vous dire que notre parcours de PMA a été difficile et que s’il avait fallu que j’aille à l’étranger, que je me justifie auprès de ma famille et amis, que je fasse tout cela sur mes temps de vacances, en me cachant de mon employeur, etc, comme le font des amies que l’on connait, je ne suis pas sure que j’aurais eu le courage d’aller jusqu’au bout !

En même temps, je sais quelle force l’on a lorsqu’on souhaite fonder une famille. Vous êtes vraiment très courageuses. Et j’ai envie de dire à ceux qui sont contre la PMA pour tous : « qui êtes vous pour juger du désir d’enfants des autres ? ».
Voilà mon témoignage de soutien,

Marianne

Témoignage de Marie (69)

25 Jan

Je suis française et mon amie est espagnole. Nous ne sommes pas pacsées en France mais nous sommes mariées en Espagne. Nous avons eu une fille (mon amie en est la mère biologique) par insémination artificielle avec donneur anonyme (à l’AZ Sint-Jan de Brugge, ça a marché au 4ème essai).

Si nous avions pu nous marier en Espagne avant la naissance de ma fille, elle aurait été directement reconnue comme ma fille (en Espagne toujours), et aurait porté nos deux noms, comme le veut la loi espagnole.

Cependant, à cause des nombreux allers-retours nécessaires pour que nous puissions nous marier (même si le mariage gay est légal en Espagne, le fait que je sois française a beaucoup compliqué les choses, la France ne voulant pas me fournir la publication des bans pour un mariage avec une femme), et puisque mon amie était déjà enceinte (la grossesse a en plus été un peu compliquée), nous n’avons pas pu le faire avant que ma fille naisse. Je l’ai donc adoptée (énormément de papiers et de voyages une fois de plus).

Légalement, elle est ma fille en Espagne mais nous avons encore du mal à obtenir un papier qui le prouve clairement aux yeux de la loi française ou à faire changer son nom sur ses documents d’identité. Elle est née en France mais est de nationalité espagnole (père inconnu, une seule mère espagnole pour la loi française). Nous attendons que sur son acte de naissance français soit inscrit dans la marge que je l’ai adoptée. Ça fait des mois…

Ce qui est le plus ironique, c’est que nous ne pouvons maintenant plus nous pacser en France. En effet, la France refuse, bien que ne reconnaissant pas mon mariage, de me fournir un certificat de célibat! Je ne suis donc considérée ni comme mariée ni comme célibataire… Pratique pour acheter une maison ensemble !

Marie

 

Témoignage de Gaëlle (1)

22 Jan

Je me permets de témoigner pour votre blog, étant fille de femme homosexuelle.

Je ne suis pas née avec pour parents deux femmes ou deux hommes. Je suis née d’un père et d’une mère. Il y aura presque dix ans, ma mère m’avouait son homosexualité. Jamais je ne fus choquée. Au contraire, jamais je n’ai vu ma mère autant sourire, et le bonheur de sa mère, ça n’a pas de prix!

Aujourd’hui, sa compagne, qui est une femme formidable, attend des jumeaux, deux petits garçons; j’ai hâte qu’ils arrivent! J’attends mes deux nouveaux petits frères avec impatience! Car oui, pour moi, ils seront mes petits frères au même titre que mon frère biologique.

J’ai toujours été fière de ma maman et de sa compagne, ce sont des femmes formidables, et je ne comprends décidément pas tout ce mouvement de lutte contre le mariage gay ou l’homoparentalité. Qui a décrété que l’amour était une femme+un homme? Qui donc à décrété que le bonheur c’était une femme+un homme? Ma mère est homosexuelle, j’ai vécu onze ans avec un père et une mère, et ça va faire dix ans que je vis avec ma mère et sa compagne, bien que je ne les voie pas tous les jours n’étant plus au domicile familiale. Pourtant, je ne suis pas malheureuse. Je vis avec dans mon entourage, deux belle-maman, la nouvelle épouse de mon père, et l’épouse (pour moi la compagne de ma mère est comme son épouse) de ma mère. Jamais je n’ai été malheureuse, jamais je n’ai détesté ma mère pour son homosexualité, idem pour mon frère. Nous le vivons très bien, et sommes fiers! Il n’y pas « d’anormalité » à être homosexuel, il n’y a que de l’amour, il n’y a que du vrai, que du bonheur. Le bonheur de ma mère et de celui de sa compagne va bientôt se concrétiser avec l’arrivée des deux petits bouts de choux. Et je sais qu’ils seront des enfants comblés et les plus heureux du monde, et qu’ils seront fiers un jour de dire « j’aime mes mamans ».

Il est temps que les mentalités évoluent, et que les gens cessent de sentir supérieur parce qu’ils sont « normaux ». Quelqu’un peut-il me donner une définition exacte de ce mot « normal »? Cela n’existe pas, la seule et la véritable chose existante, c’est l’amour, et le bonheur partagé par chacun. On devrait tous ne souhaiter que le bonheur d’autrui, pas les punir ou leur interdire d’officialiser cela.

Moi aujourd’hui, je suis fière, et heureuse de dire « j’aime ma maman et ma belle-maman », même si je ne leur dit pas assez souvent.

J’espère qu’avec ce témoignage, j’ai réussi à faire partager mes idées, mon ressenti et ma vison actuelle des choses.

Je vous souhaite tout le bonheur du monde!

Gaëlle

 

Témoignage de Chantal (14)

22 Jan

Je fais partie des mamans-mamies outrées de ce qui se passe, de ce courant de bêtise, voir de haine qui circule sur les couples homo. Les cathos- bourgeois rigides et bouchés ça suffit ! De quoi s’agit-il en fait dans tout ça ? Tout simplement d’amour avec un grand A, n’en déplaise à tous ces gens coincés (l’amour, c’est pourtant l’enseignement principal qu’ils ont reçu par leur religion, non ?). L’amour de parents tout d’abord qui ont élevé leur enfant le mieux possible, et qui l’aime toujours avec son orientation de vie différente et aussi riche et respectable que les autres. L’amour de 2 personnes qui se rencontrent et ont un projet de vie commun : fonder une famille. L’amour de jeunes parents, hommes ou femmes, pour cette nouvelle vie espérée, attendue et accueillie dans la joie, malgré les embûches. L’amour de cet enfant pour ses deux parents et leurs familles. Tout ça ne devrait être que du bonheur. Mon expérience devrait faire réfléchir quelques-uns : moi aussi en temps que mère je me suis posé beaucoup de questions à l’adolescence de ma fille, avec cette amitié d’école très particulière. J’ai été la première des deux mamans à échanger là-dessus avec « mes » filles, à accepter et les soutenir dans leur projet de famille, y compris financièrement pour les voyages en Belgique.
Puis quelle chance une seule fois a suffit et mon merveilleux petit fils est arrivé. Une joie aujourd’hui pour les deux familles, même si les deux mamans ne vivent plus ensemble et sont restées très proches. Un petit garçon pétillant de 4 ans qui viens de prendre sa première grosse claque (au sens propre et au sens figuré) cette semaine en maternelle par un petit du même âge parce que « c’est pas possible d’avoir deux mamans, t’es un menteur ça n’existe pas ». Ca m’a fait mal pour lui. ! La bêtise des adultes fait beaucoup de mal aux enfants. La maitresse soutient mes filles, mais mon petit fils n’a pas voulu dénoncer son camarade. Elle va faire une information dans sa classe. Voilà où on en est !
Moi quand ma fille m’a annoncé « on va faire les démarches en Belgique et je veux porter l’enfant » ma réaction intime a été de penser au bonheur de ma fille avant tout. Dans sa situation elle ne pouvait pas être mère « normalement » avec un partenaire, même si elle n’est pas stérile, car quoi qu’en disent certains : on ne choisit pas son orientation sexuelle on la vit et on l’assume ! Donc ma fille pour être maman devait passer par l’insémination. Si un de mes gendres était stérile, personne n’aurait vu à redire puisque cette démarche est autorisée dans notre pays pour les autres couples. Où est la différence ? Et les femmes qui font des bébés toutes seules ? Et celles qui les élèvent avec n’importe qui, en changeant souvent de partenaires ? Et ces papas qui abandonnent les mamans et qui délaissent leurs enfants ! Comment vivent-ils ce manque ces petits ? Alors que là avec les couples homos, les enfants sont de faits tous désirés, grandissent avec l’amour de deux parents. Ca gêne qui ? Et puis ces opposants cathos mélangent tout ! Qu’ils gardent leur mariage religieux et qu’ils nous laissent parler de droit civil, de justice et protection des enfants et du conjoint.

Chantal

Témoignage de Céline (68)

22 Jan

Tout commence comme de nombreux jolis témoignages émouvants que j’ai pu lire.

Deux femmes qui s’aiment, un enfant en commun et de belles années.

Comme toute les mamans sociales, j’ai coupé le cordon, j’ai donné le premier biberon, j’ai veillé des nuits entières mon enfant contre mon cœur, j’ai essuyé les premières larmes, naturellement… parce que c’est ma fille tout simplement.

Mais les couples se séparent parfois et l’absence de lois provoque les pires drames.

Car à ce jour, la réalité d’une maman sociale c’est d’avoir été séparé de sa fille pendant des semaines, c’est ne plus pourvoir l’amener à l’école du jour au lendemain, c’est accepter tout les chantages pour pouvoir profiter de son enfant, c’est vivre dans la crainte constante que l’autre vous la retire du jour au lendemain, c’est faire le deuil d’être une vraie maman, de partager son quotidien, ses nuits, ses rencontres, ses vacances… C’est ne pas même pouvoir avoir sa première photo de classe… détail insignifiant peut être mais tellement parlant.

La réalité à ce jour c’est n’être qu’une tierce personne au regard de la loi, c’est peut être commencer un procès durant lequel je ne verrai plus ma fille pendant des mois, c’est devoir réunir les preuves de l’évidence, devoir prouver que je me suis occupée de ma fille pendant des années, que j’étais présente de la maternité à ce jour, c’est trouver des attestations quand toutes les portes se ferment.

C’est espérer encore, perdre espoir souvent, aimer son enfant toujours…

Parce que s’il y avait eu une loi, la réalité aurait été toute autre et qu’il ne me faudrait pas me battre contre le système français pour pourvoir simplement exercer mon droit de mère.

 

Céline

 

Témoignage de Michel (8)

22 Jan

Permettez à un vieillard de s’introduire, un bref instant et sur la pointe des pieds, dans la cour des petits… J’appartiens à une époque où l’homosexualité était un crime ou une maladie mentale (au choix – ce qui, de toute manière, n’était guère réjouissant). Des siècles de bêtise modelaient la pensée majoritaire.

Je lis que « cela a bien changé », que « tout est, désormais, différent »… Il n’est pas interdit de le croire et de l’espérer, en effet. Mais pour moi qui, par la force des choses, fréquente des milieux différents et des générations différentes, je suis surtout frappé par ceci : le discours a changé, mais l’hostilité (aujourd’hui voilée et fardée) envers les homosexuels est aussi forte aujourd’hui qu’hier. Il ne faut jamais croire le discours (ni les discours, d’ailleurs).

Puis-je ajouter que beaucoup de gens n’ont eu de père que pour l’état civil ? Dès lors, si les enfants des couples de lesbiennes n’ont pas de père, cela n’est pas très grave.

En France comme ailleurs la majorité des enfants n’ont pas eu de père, sinon en apparence….

 

Michel  

Témoignage de Sandie (66)

21 Jan

Fonder une famille ! Fonder SA famille !!!!! Tout un projet !! Un projet à deux !!!!! Mais à deux femmes.

Comme pour tous les couples, hétéro ou homo, c’est un projet qui mûrit, qui grandit.

Moi j’ai toujours eu envie d’enfant, mais il m’a fallu avoir ma nièce dans mes bras pour comprendre que ce désir devenait plus fort que tout, mais Diane, ma Femme, ne se voyait pas concrétiser cette envie à ce moment-là.

Il m’a fallu un an pour la convaincre. Mais cette année a été mise à profit pour faire des recherches, répondre aux questions et aux angoisses que je pouvais avoir. Parce que oui je le dis haut et fort 2 femmes ne peuvent pas concevoir un enfant, mais je crois que tout le monde en est conscient, nous les premières !!! Alors comment faire ? Comment concrétiser ce désir? Et là, j’ai trouvé pleins de témoignages sur les différentes façons de faire. Alors quelles méthodes choisir ? Partir en Belgique ? En Espagne ? Faire appel à une connaissance ? ou à un anonyme ?

Quand j’ai vu les conditions d’accès à la PMA et que j’ai expliqué à Diane le passage devant un psychologue, elle a clairement refusé. Nous avons aussi écarté l’idée de passer par une connaissance, Diane ayant peur de ne pas trouver sa place entre ce Papa-Donneur (c’est le nom qu’on a donné au donneur) et l’enfant à venir.

Mais ça se ne sont que les questions d’ordres physiques. Il y a aussi toutes les questions concernant l’éducation et l’intégration de l’enfant et comment expliquer sa conception à notre enfant. C’est surtout là-dessus que mes questions vont se fixer.

Cette année m’a aussi permis de préparer notre entourage, parce que même si tout le monde accepte notre situation, on ne savait pas quelles seraient leurs réactions.

Nous avons profité de cette année pour nous pacser. Il était important pour moi de m’unir à cette Femme que j’aime avant de fonder notre famille.

Le tribunal a officialisé notre couple le 7 décembre 2009. J’ai été très désagréablement surprise de voir la façon dont ça c’est passé, même si la personne qui c’est occupé de nous à essayer de dégrossir le coté administratif pour mettre un petit coté plus sympathique, car comme elle nous l’a fait très justement remarqué, nous n’avons pas d’autres façons de nous unir. Nous avons fait la fête avec les familles, et nous sommes parties une journée à St Malo en «Lune de miel ».

Peu de temps après ma chère et tendre m’a annoncé son désir d’enfant. J’étais aux anges !!! J’ai sauté sur le téléphone pour joindre mon gynécologue mais elle m’a retenue en me demandant d’attendre après les fêtes.

Nous nous sommes mises d’accord sur la façon dont nous voulions concevoir cette enfant, de la  place qu’on voulait laisser à ce Papa-donneur. Nous avons trouvé notre « gentil Monsieur » pour nous aider. Mon gynécologue a bien voulu nous conseiller et nous voilà partie !!!

Notre chance a été de concrétiser ce projet dès le premier essai.

L’annonce aux familles a été un réel moment d’angoisse et de joie. Je me souviens encore de certaines réactions, comme celle de mon père fier et les yeux mouillés, celle de mon frère et de ma sœur qui ont eu la même réponse quand je leurs ai annoncé ma grossesse :

« -Vous allez être Tonton (Tata) !!!

– ah bon de qui ??? »

J’ai bien vu qu’ils n’avaient pas envisagé l’hypothèse que j’aurai des enfants malgré le fait que nous en avions souvent parlé. Après leurs réactions un peu bizarres, je me suis rendue compte qu’ils étaient très heureux.

Ma relation avec ma mère a changé, je n’étais plus seulement sa fille mais aussi une future maman.

Pendant mes 9 mois de grossesse nous n’avons été confrontées qu’une seule fois à une réaction un peu décalée. En effet quand j’ai voulu prendre mes cours de préparation à l’accouchement la sage femme m’a dirigée vers une sage femme de PMI, en inscrivant sur la fiche de suivie « suivie psychologique à suggérer » ?!? je ne savais pas comment le prendre.

Ces cours étaient par groupe de 3 mamans. Tant que j’étais seule, j’ai participé à ces cours, mais quand le cours en couple est arrivé elle m’a plus que demander de faire un cours seule avec Diane, prétextant que ça serait mieux pour nous. Je pense que c’est plutôt pour elle que c’était mieux.

Malgré tout elle nous a bien préparées aux différentes réactions que pourraient avoir le personnel hospitalier.

Nous avons eu rendez-vous à l’Hôpital pour une visite interactive de la maternité et l’explication que la prise en charge.

Une équipe de télévision était présente pour nous présenter le projet qu’ils avaient. C’était pour l’émission Baby Boom, la première saison. Mon coté manifestante voulait foncer pour montrer que nos familles existent, mais ma Femme n’a pas voulu de peur d’être reconnue par certains de ces collègues qui ne connaissaient pas sa situation familiale. Je trouve cela dommage car ça nous aurait permis d’avoir un souvenir de ce moment.

Et voilà que le dernier mois de grossesse arrive !!! Des insomnies !!!! Et du coup des jeux de société avec Diane et ma mère (qui était venue en soutien) jusqu’à des heures improbables !!!

Arrive le jour J. Avec l’équipe de nuit tout s’est bien passé, par contre avec l’équipe de jour, Diane s’est vue interdire l’accès à la salle de naissance par l’aide soignante qui ne voulait pas comprendre que sa place était à cote de moi. La Sage femme a dû s’énerver pour qu’elle puisse enfin renter. Elle a par contre trouvé sa place avec le reste de l’équipe qui l’a autorisé à assister à la césarienne. A la naissance d’Elouan, elle a pu faire la peau à peau et être à coté du petit pendant les premiers soins.

Les Sages femmes l’ont attendue pour qu’elle apprenne au même titre que moi les gestes du quotidien : le bain, le change, le bib…

Pour la déclaration à la mairie nous avions fait une déclaration anticipée pour que Diane puisse aller en mairie elle-même.

Pour la petite anecdote, au moment de déclarer Elouan à la sécurité sociale de la SCNF, ils ont fait une erreur et automatiquement associé l’enfant au nom de ma Femme sans se rendre compte que ce n’était pas possible. C’est le seul papier officiel où Elouan porte de nom de famille de Diane. Nous l’avons précieusement mis de coté, comme un petit symbole.

C’est fou comme il peut ressembler à Diane. Il a pris ces grimaces, ces expressions. Ils compensent le manque de lien sanguin par un lien affectif énorme. Et ça jamais personne ne pourra leur retirer.

En 2012 on a lancé la procédure pour la délégation d’autorité parentale. Je ne sais pas ce qui a été le pire : le passage des officiers de police à la maison, la convocation au commissariat (quand on est arrivé un jeune sortait avec les menottes, on se demandait ce qu’on avait fait comme bêtises) ou bien encore au moment du passage devant la Juge qui nous a expliqué que Diane avait le même rôle qu’une baby-sitter. Je ne sais pas vous mais je n’ai pas souvent vu une baby-sitter se lever la nuit (et parfois ne pas avoir le temps de se recoucher avant d’aller travailler) pour les biberons ou parce que l’enfant est malade, ou parce qu’il a fait un cauchemar. Et surtout une baby-sitter il faut la rémunérer, alors si je dois rémunérer Diane il va falloir que je gagne au Loto.

Mais surtout la Grande différence entre Diane et la baby-sitter (qui est une personne étrangère à la famille, je le rappelle) ce sont les liens qui unissent ces 2 membres de la même famille, ces moments câlins, ces moments de jeux, ces repas partagés, ces moments d’apprentissage et ces moments de disputes, parce que c’est ça être parent !! Quand Elouan se fait mal, il fonce dans ces bras, quand il est triste dans les miens, pour jouer avec lui c’est Diane, et moi c’est quand il a faim. A chacun son rôle. Mais ça c’est comme tous les couples non ?!?!

Le passage devant la Juge a vraiment été une épreuve, on a vraiment eu l’impression de n’être rien. C’était la première fois que je ressentais ça. Ca a été assez dur à gérer. Mais quand je les vois tout les deux, la décision de la Juge m’importe peu.

Je pense au deuxième. Je pensais que ça serait plus facile, vu qu’on était déjà passé par là mais je me trompais. Certes les questions que je me posais au premier (comment ça se passe ? Comment faire ?) ne sont plus là mais d’autres sont venues (pourra-t-on faire appel au même Papa-donneur ??).

Je ne trouve pas de conclusion à faire car celle-ci viendra le jour où enfin on aura plus besoin de se battre pour être reconnu comme parents, comme famille.

Le jour où enfin les gens ne se retourneront plus sur notre passage en nous dévisageant parce qu’on est une famille atypique.

Mais cette famille, ces familles existent que ça plaise ou non !!!!

Sandie

Témoignage de Jean-Olivier (13)

21 Jan

 Lorsque ma cousine A. m’appela il y a quelques années pour m’annoncer qu’elle allait faire sa vie avec une femme, je crois me souvenir qu’elle avait un peu d’appréhension sur la réaction de sa famille proche.

Cette appréhension n’était pas justifiée. Il n’y eu, ni réaction de rejet, ni jugement de notre part. Le bonheur n’emprunte pas qu’un seul chemin…
Lorsqu’elle m’appela quelques années plus tard, pour m’indiquer qu’elle allait avoir recours avec sa femme à une PMA, je me suis simplement dit qu’elles seraient de merveilleuses mamans et que mes deux enfants auraient une petite-cousine ou un petit-cousin et de beaux souvenirs à partager dans quelques années.
Ce fut une petite-cousine.
Lorsqu’elle m’appela pour me dire qu’elle et son amie allaient tenter une seconde PMA, pour que leur fille ait une petite sœur ou un petit frère, je me suis dit que ce qu’elles avaient si bien réussi une première fois, elles pourraient le faire une seconde.
Ce fut une petite sœur.
Cela fait maintenant six ans que j’observe avec bonheur cette famille « différente » aux yeux de certains, mais si peu aux miens.
Ma cousine aime une autre femme et une femme aime ma cousine.
Ces deux femmes ont eu deux magnifiques petites filles.
Nous n’habitons plus à côté les uns des autres (elles, à Nantes, et nous, à Vincennes), mais nous faisons tout pour passer le plus d’occasions ensemble, qu’il s’agisse des fêtes de famille, de Pâques ou de Noël.
J’observe ce petit monde évoluer, grandir et s’aimer, dans ce beau projet familial devenu réalité.
Quelle différence ?
Peut-être pas là où certains le pensent, en tout cas.
Quand j’observe l’aînée de leurs filles, je suis fier de constater à quel point celle-ci a l’esprit vif et brillant. C’est une petite fille heureuse, qui a deux mamans, des grands-parents, un parrain et une marraine, ainsi que des cousin(e)s qu’elle adore et qui le lui rendent bien.
Quand j’observe cette même petite fille avec sa jeune petite sœur, je vois une enfant comme les autres, émerveillée par l’arrivée de ce bébé au sein de sa famille.
Et quand j’observe mes propres enfants et l’affection qu’ils ont vis-à-vis de leurs cousines, je suis fier d’écrire qu’un seul lien nous lie : celui de l’amour familial.
Alors, à tous ceux qui vocifèrent sur le mariage pour tous, tous ceux qui brandissent des pancartes anti PMA, je ne dis qu’une chose : vous ne savez pas de quoi vous parlez, votre rejet ou votre haine ne provient que de votre sectarisme.
L’amour entre deux êtres n’est pas fonction de leur sexe, sauf à le réduire au seul acte charnel. L’amour qui se veut engagement est bien au-delà de cela. Alors pourquoi ne pas ouvrir les mêmes droits à tous ? De quel droit juger l’amour et l’engagement de l’autre et refuser à tous les mêmes droits, sous prétexte que cet amour ne serait pas hétérosexuel ? En quoi cet amour menacerait-il les fondements de notre société occidentale ?
L’amour filial n’est pas non plus fonction du modèle de famille. Combien d’enfants sont nés d’un homme et d’une femme par accident. Les enfants nés de deux femmes ou élevés par deux pères grandiront dans un véritable projet familial. Certains de ces projets réussiront, d’autres pas … Mais ces enfants auront toujours l’assurance qu’ils ont été désirés à deux et qu’ils ont été aimés. Combien d’enfants nés d’une relation hétérosexuelle ne peuvent pas se dire la même chose ?
Quant au fait d’avoir deux parents du même sexe, cela n’effraie pas un enfant.
Les enfants s’adaptent et savent où se situe l’essentiel.
Les adultes pas toujours, loin s’en faut…
La semaine prochaine [le 27 janvier], j’irai de nouveau battre le pavé aux côtés de mes cousine, de leurs ami(e)s, tout simplement parce-que j’estime qu’elles ont le droit de s’aimer et de s’unir, comme je l’ai fait avec mon épouse, que leur union n’est pas moins légitime que la mienne et que les droits civils qui nous sont garantis par la Loi, en tant que conjoints ou que parents, mais également les devoirs qui sont les nôtres, doivent être les mêmes pour tous.

Jean-Olivier

 

Témoignage de Sylvie (17)

21 Jan

Dans un mois, ma fille va naître. Elle ne sortira pas de mon ventre mais de celui de ma compagne. Et pourtant, elle sera quand même ma fille.

• Parce que je suis très amoureuse de son autre maman et que fonder une famille nous a semblé naturel. Fonder une famille lorsque l’on est un couple heureux, c’est juste normal.

• Parce qu’avec ma compagne, nous avons réfléchi à la manière de concevoir cet enfant, à la manière de l’éduquer, à la manière de défendre ses droits pendant 2 ans avant de passer à l’acte en prenant contact avec des cliniques belges. Notre désir d’enfant a été murement réfléchi, bien plus que dans la plupart des couples hétérosexuels de ma connaissance.

• Parce que j’ai parlé de ce désir d’enfant à tout mon entourage pendant des années et qu’à tous, ce désir a semblé couler de source. Maintenant que ma compagne est enceinte, ma mère me dit qu’il est possible que ma fille me ressemble. Ma sœur n’arrête pas de me répéter que dès que sa nièce viendra au monde, elle prendra sa voiture et fera 800 km d’une seule traite pour venir embrasser ma fille et me donner des conseils. Mon père m’aide à installer sa chambre. Mes amis me harcèlent pour connaître son prénom.

• Parce que j’ai été là pendant sa conception. C’était en Belgique, dans une clinique où l’on nous a accueillies, conseillées, choyées comme de futurs parents tout simplement, ni plus ni moins.

• Parce que comme tous les parents, je n’arrête pas de penser à ce petit être que je vais élever : la première fois que je la tiendrai dans mes bras, la première fois que je la verrai téter le sein de ma compagne,  la première fois qu’elle me serrera la main, la première fois que je lui ferai prendre un bain, la première fois qu’elle me sourira, la première fois qu’elle m’appellera maman, la première fois qu’elle marchera, … la liste est sans fin.

• Parce que je serai là quand elle viendra au monde. Je tiendrai la main de son autre maman et je couperai le cordon ombilical. Je l’embrasserai avec émerveillement.

• Parce que les liens biologiques n’ont aucune valeur. Ce n’est pas la biologie qui fait des êtres humains de bons parents. Ce qui compte, c’est que je sois là pour la nourrir, la laver, l’habiller, la coiffer, la consoler, l’amuser, lui lire des histoires, lui préparer à manger, l’emmener au parc, l’emmener en vacances, l’aider à faire ses devoirs, l’emmener au musée et au cinéma, … la liste est sans fin.

• Parce que quand je pense à ce petit être qui est en train de grandir dans le ventre de ma compagne, je me dis que je ne peux plus imaginer ma vie sans elle. Elle fait déjà parti intégrante de ma vie, de mes pensées, de mes projections dans l’avenir.

• Parce que j’exige l’égalité avec les couples hétérosexuels. Lorsqu’un couple hétérosexuel a recours à la PMA, on leur octroie la filiation automatiquement.

• Parce que si on écoute les « bien pensants », les femmes n’auraient toujours pas le droit de voter, ni celui de divorcer, ni celui d’ouvrir un compte en banque sans l’aval de leur maris, ni celui d’avorter.

Pourtant, tant que la loi ne reconnaîtra pas ma famille :

• Les médecins pourront me refuser l’accès à la salle de naissance lorsque ma fille naîtra.

• Je dépendrai du bon vouloir des médecins s’il arrive quoi que ce soit à ma fille. (Ils peuvent refuser que j’assiste à la consultation)

• Je n’apparaîtrai pas sur le livret de famille de ma fille. Légalement, elle n’aura qu’un seul parent.

• Ma fille ne portera pas mon nom.

• Ma fille aura autant de liens juridiques avec moi et ma famille que ma voisine, autrement dit : aucun.

• J’aurai besoin d’une autorisation de ma compagne pour aller chercher ma fille à la crèche et à l’école.

• Je ne pourrai pas me présenter comme parent d’élève.

• Je pourrais perdre ma fille si ma compagne décide de me quitter.

• Je pourrais perdre ma fille si ma compagne venait à décéder.

• Je pourrais abandonner ma compagne et ma fille sans avoir de compte à rendre à personne.

• Ma fille n’aura pas de liens juridiques avec ses frères et sœurs (parce que oui, nous désirons avoir d’autres enfants et je désire en porter aussi).

• Ma fille ne pourra pas hériter de moi.

• Je serai une sous citoyenne avec pour seule raison le fait que je sois homosexuelle, orientation sexuelle que, je le rappelle, je n’ai pas choisie. Cela fait partie de mon identité, de mon essence. Au même titre que ma couleur de cheveux, la grandeur de mes mains, la forme de ma bouche, le timbre de ma voix, la grandeur de mes jambes… Je suis homosexuelle et je suis mère. Donnez-moi des droits parce que je suis une mère comme les autres, ne me les refusez pas parce que je suis lesbienne.

En bref, si la loi ne prend pas en compte nos familles, je devrai continuer à trouver des pansements à mettre sur tous les vides juridiques auxquels ma famille sera confrontée jour après jour.

Témoignage d’Emmanuelle (63)

20 Jan

Je m’appelle Emmanuelle, et je vis depuis bientôt 20 ans avec Marion. Nous avons trois enfants, nés à la suite d’inséminations artificielles avec donneur (IAD) pratiquées en Belgique.

Nous habitons une petite ville de la banlieue parisienne depuis 5 ans. Nous y vivons simplement, au milieu de nos amis, de nos connaissances, des parents d’élèves, des commerçants. Nous faisons partie d’associations locales, pour la musique, le sport, la convivialité.

Nous sommes comme tout le monde.

Nous sommes tellement comme tout le monde que lorsque nous avons expliqué à nos voisins, lors de la galette des rois de notre immeuble, pourquoi nous allons manifester dimanche, ils sont tombé des nues : à nous voir vivre au quotidien depuis ces quelques années, ils n’imaginaient pas que l’une ne puisse pas emmener ses enfants à l’hôpital, ni lui léguer ses biens en cas de décès, ni voter aux élections des parents d’élèves, ni qu’elle ne figure pas sur notre livret de famille.

Ils ne l’imaginaient pas parce qu’ils savent, eux, que nos enfants ont bel et bien deux mères, que nous sommes une famille comme les autres, que nous nous énervons quand les enfants transforment l’appartement en champ de bataille comme les leurs, et que nous nous émerveillons quand ils nous racontent leur première blague de Toto, comme les leurs.

Tout ce que nous voulons, c’est avoir la même protection que ces familles que nous côtoyons tous les jours, et qui sont prêtes, elles, à accepter le mariage pour tous et les différentes formes de parentalité de notre époque.

 

Emmanuelle

 

 

Témoignage de Sandra (62)

20 Jan

En grandissant, je me suis vite sentie « différente », ou plutôt décalée, pas tout à fait à ma place. Très seule aussi. Il m’a fallu presque trente ans pour admettre la raison de mon mal-être. Il y a eu l’anorexie, la boulimie. Il y a eu des accès dépressifs et ces cachets cachés sous mon matelas pendant longtemps, pour pouvoir en finir. Je pleurais la nuit, planquée au fond de mon lit. Le chemin était trop long, trop escarpé, je n’en voyais pas le bout. Ma vie était complètement dans le noir et si je n’ai pas lâché prise, c’est uniquement par amour pour mes parents, parce que je ne voulais pas leur faire ce mal atroce.

Et puis elle est arrivée, celle dont je suis tombée amoureuse et qui a fait voler en éclats tous les murs qui barraient ma route. J’ai enfin pu renaître. Les personnes qui me connaissaient « avant » n’en revenaient pas. Je n’étais plus la même. J’étais libérée, heureuse, et ça changeait tout.

Quand j’entends la violence des mots proférés sans complexe ces derniers mois, je revois l’ado que j’étais. Cela aurait achevé de me désespérer… Je pense aux jeunes qui ont vu ces images, ces pancartes ignobles, et j’ai envie de hurler. Ces gens si propres sur eux, savent-ils qu’un jeune homosexuel sur quatre tente de se donner la mort ? À cause de l’image négative de l’homosexualité dans notre bonne société française et des rejets vécus, notamment en milieu scolaire.

Savent-ils que le Refuge, association qui vient en aide à ces jeunes en détresse, est submergé d’appels depuis novembre dernier ? Ça ne leur fait rien à ces bienpensants gonflés de moralité ? Non. Ils sont au-dessus de « ça » et investis d’une haute mission. D’ailleurs, leurs enfants qu’ils emmènent dans la rue brandir des pancartes homophobes ou au mieux qui rejettent l’Autre ne finiront pas homos. Ça ne leur effleure même pas l’esprit. Quelle hérésie, mon Dieu !

Seulement voilà, ils n’en savent rien en fait… Et le jour où il ne restera à certains d’entre eux que leurs yeux pour pleurer, ce sera trop tard. Mes parents pensaient avoir failli dans leur éducation, avoir raté quelque chose avec moi. Au contraire, ils m’ont donné la force de m’assumer, même si ça a pris du temps (mais ça, c’est mon côté têtu !) et ils peuvent en être fiers.

Aujourd’hui, je regarde notre fille, un petit soleil de 6 ans. Elle rayonne, elle est heureuse, elle sourit tout le temps et est à l’aise partout, bien dans ses baskets.

Je me suis fait une promesse le jour où elle est née : qu’elle ne doute jamais que ses parents l’aiment comme elle est. Et je ne laisserai personne ternir son éclat.

Vous qui vous autoproclamez défenseurs de l’enfant, ne voyez-vous pas que votre parole est à l’exact opposé de ce que prêchait votre Jésus ? Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Sauf les catégories mentionnées ci-dessous? Laissez venir à moi les petits enfants. Seuls ceux nés dans une famille avec un papa, une maman, un labrador et qui boivent l’ami Ricoré tous les matins ?!

Et figurez-vous qu’ils vont très bien, nos enfants. Ceux élevés par des parents homos et devenus adultes en témoignent, les nombreuses études sur le sujet le disent, mais aussi nos familles, nos amis hétéros, les parents des copains de nos enfants, les professionnels comme les psys, les médecins ou encore les instits et les animateurs que nous côtoyons comme tout autre parent. Si nos enfants risquent d’aller mal, c’est en entendant les messages nauséabonds que vous véhiculez, notamment auprès de vos têtes blondes qui, à leur tour, rejetteront nos enfants. J’exagère ? Détrompez-vous ; cela a déjà commencé dans les cours d’école et c’est entièrement de votre faute.

Alors oui, je suis en colère ! Ouvrez les yeux, à défaut du cœur. Nous ne demandons rien d’autre que le droit de vivre, d’aimer et de protéger ceux que nous aimons sans nous sentir de trop ou juste tolérés, citoyens et parents de l’ombre.

Sandra

Témoignage de Michelle (12)

20 Jan

Je m’appelle Michelle. Je suis la mamie d’un petit garçon de 5 ans qui a deux mamans. Mes relations avec Antoine sont très bonnes comme tous grands-parents. Il n’y a pas besoin d’avoir un lien de sang avec l’enfant pour l’aimer. Sur le couple de ma fille je n’ai rien à dire si ce n’est qu’elle est très heureuse et c’est la seule chose qui compte. Peut-être, si elle avait été avec un homme, serait-elle malheureuse, peut-être divorcée. Moi je suis pour le mariage pour tous, je trouve ça normal, les homos sont des êtres humains comme nous les hétéros. Pour moi Morgane c’est ma belle-fille. Si ça choque quelqu’un, moi non. Pour revenir à Antoine, je l’aime, je l’adore en bref je ne me pose pas de question. C’est mon petit-fils pour la vie et lui aussi nous aime fort. Pour lui nous sommes Mamie et Papy un point c’est tout. Ceux qui disent que les enfants qui ont des parents de même sexe sont malheureux, se trompent. Ces enfants sont aussi heureux que ceux qui ont un Papa et une Maman. Mon mari se joint à moi, il est d’accord avec mon point de vue.

Michelle