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Témoignage de Clothilde (n°7)

28 Jan

Les difficultés ont commencé lorsque nous avons évoqué notre désir d’avoir un enfant.

Nos familles étaient déjà réticentes à cette idée, tout comme elles l’étaient sur notre homosexualité. Nous avons dû d’abord, nous battre contre leurs préjugés et leurs craintes, avant de se lancer concrètement dans notre projet d’avoir un enfant.

Nous avons alors cherché des études, des livres sur l’homoparentalité qui prouveraient le « bien fondé » de notre désir d’enfant à notre entourage. Un enfant élevé par 2 femmes n’évolue ni mieux ni pire que n’importe quel autre enfant. Notre enfant est désiré, attendu et aimé avant même d’être dans nos bras. Il a été longuement réfléchi. Il n’est pas le fruit d’un accident. Combien de couples se posent autant de questions avant de faire un enfant?

Mes parents ont toujours refusé ce projet d’enfant. Ils sont pourtant aujourd’hui 2 grands-parents aimants et attentionnés pour mon fils, que ma compagne a porté. 4 ans de débats, pour mûrir notre projet avant de se lancer réellement. Comme quoi tout peut évoluer.

Puis concrètement, nous avons ensuite demandé à notre gynécologue habituelle, qui nous a conseillé un hôpital Edith Cavell à Bruxelles en Belgique. Car lorsqu’un couple de femmes françaises qui s’aiment et désirent avoir un enfant, et qu’il leur manque la gamète mâle, le spermatozoïde sain, elles ne peuvent demander l’aide de leur propre pays pour recevoir l’aide médicale d’un centre de Procréation Médicalement Assisté (PMA). Elles doivent se tourner vers une autre nation où cela est légalement autorisé et encadré: la Belgique, l’Espagne, l’Angleterre, les Pays-Bas, le Danemark, le Canada…

Nous avons pris RDV par téléphone avec la Belgique avec un délai d’attente d’1 mois. Puis les dépenses ont commencé. Mais pas que. Nous avons dû poser des jours de congés pour ce RDV, prendre des billets de train Thalys, une nuit d’hôtel à Bruxelles. Nous sommes ensuite retournées voir notre gynécologue habituelle en France pour qu’elle nous délivre une ordonnance de suivi médical, comme ferait n’importe quelle femme qui voudrait avoir un enfant et vérifier qu’elle est fertile. Nous avons ensuite communiqué les résultats de ces examens à Edith Cavell, qui nous a donné finalement son accord pour obtenir leur aide (6 mois d’attente pour passer en commission chez eux). Je précise que cela fut possible, car nous étions un couple reconnu par un PACS. Puis Edith Cavell a prescrit un traitement hormonal qui n’est pas anodin à ma compagne, qui porterait l’enfant. Ce traitement est contraignant en temps, en argent et pour sa santé. Comme convenu, nous avons demandé son avis avec notre gynécologue habituelle et lui avons envoyé nos ordonnances belges à retranscrire en ordonnances françaises. Elle ne nous a jamais recontacté malgré nos relances.

Nous avons recherché en catastrophe un second gynécologue, qui nous suivrait tout au long de notre parcours, jusqu’à l’accouchement. Ma compagne a fait joué ses relations de travail, ce qui l’a obligé à faire son coming-out professionnellement, sans savoir comment tout le monde allait réagir. Ce gynécologue a été notre sauveur.

Prise de sang et échographie des ovaires tous les 2 jours pendant 10 jours à jeun le matin, avant d’aller au travail, demander à recevoir les résultats avant midi, pour les communiquer à Edith Cavell, qui nous donne alors 36h pour venir les voir et pratiquer l’insémination (acte médical pratiqué par un gynécologue: dépôt de sperm d’un donneur anonyme dans le vagin à l’aide d’une pipette spéciale, c’est ça une IAD). Autant vous dire que les heures sont comptées à ce moment là. Prévenir nos employeurs que nous ne serons pas là le lendemain, et du jour au lendemain c’est un risque à prendre pour ma carrière professionnelle, tout comme ça l’a été pour ma compagne d’être régulièrement en retard à cause des examens médicaux matinaux. Alors qu’il aurait été tellement plus simple, si nous avions pu être suivies dans l’hôpital à côté de notre domicile. Trouver des billets de train au dernier moment au tarif maximum, youpi. Rentrer en France et espérer en attendant 14 jours, avant de faire une prise de sang pour savoir si on est enceinte ou pas. Et recommencer jusqu’à tomber enceinte enfin.

Après le suivi de grossesse se fait avec notre gynécologue habituel, comme toute femme enceinte. Bref ça a certes un certain coût financier: examens médicaux, déplacements, hôtellerie, jours de congés, frais médicaux d’insémination… mais pas que. Nous avons du débourser en 2 ans de quoi s’acheter une voiture. Oui une belle voiture neuve! Ces démarches nous auraient peut-être coutée qu’un plein d’essence, si ce parcours de PMA avait été autorisé et pratiqué en France à côté de chez nous. Mais pas que. C’est un sacrifice conséquent sur nos revenus, aucunes vacances, aucuns vêtements neufs, aucun achat superflu, rien que du nécessaire absolument nécessaire. Mais pas que. C’est aussi se sentir rejeter de notre pays, notre pays qui nous a vu naître, nous a élevé, que nous soutenons aux JO et lors des grandes rencontres sportives internationales avec notre cœur.

Depuis le moment, où ma compagne est tombée enceinte, nous n’avons plus rencontré de difficultés insurmontables. Nous les pulvérisions sur place. Les préjugés des gens ne nous gênaient plus. Nous prenons depuis le temps de nous montrer telles que nous sommes, nous sommes comme tout le monde: nous respirons, nous avons du sang dans nos veines et nous aimons, voilà tout. Nous avons essuyé quelques dégâts sur mon véhicule (pneus crevés, rétroviseur cassé, essuie glace arraché, plaque d’immatriculation arrachée et cassée), notre voisin était ouvertement homophobe et nous pourrissait la vie dès qu’il le pouvait dans le quartier et auprès de notre bailleur. Des voisines amicales nous signalaient être témoins de ses dégâts. Bref nous avons depuis déménagé et ne subissons plus ce personnage.

Lorsque notre garçon est né, nous avons eu par chance une place en crèche pour lui. La directrice ne voulait pas me parler n’étant pas  » la vrai mère de l’enfant ». Au bout de quelques semaines et à force de politesse et d’échanges, elle a évolué et a fini par me parler et m’offrir même des cafés, comme tout parent de la crèche.

Ma compagne étant la seule parent reconnue légalement, je n’avais pas le droit légalement d’emmener notre fils chez le médecin, même en cas d’urgences je n’étais qu’un tiers, personne aux yeux de la loi, impossible de prendre une décision médicale, pourtant il a bien fallu aller le faire recoudre lors d’une chute à la crèche. J’étais la plus proche à pouvoir intervenir, j’ai pu déposer mon fils aux urgences, mais attendre ma compagne, la seule mère reconnue car mère biologique, pour l’en faire sortir. Plein de situations deviennent absurdes rapidement.

Nous avons alors entamé avec une avocate une procédure de demande de délégation d’autorité parentale DAP, 1 an de procédure au TGI (Tribunal de Grande Instance) de Paris et 3600 euros plus tard, le juge aux affaires familiales nous l’a accordé heureusement. Ça fait cher payé pour avoir le droit de sortir son enfant de l’hôpital, de l’emmener chez le médecin. Dans le même Tribunal de Grande Instance, un couple d’amies dans la même situation se l’est vu refuser sans motif réel. Un sentiment de justice à la « loterie ».

Depuis nous avons milité pour obtenir la possibilité de nous marier: l’appel de Montpellier en 2009. C’est une bataille au quotidien,  pour dire à tout le monde que nous sommes comme tout le monde, et que nous méritons les mêmes droits et les mêmes devoirs.

Nous nous sommes mariées en décembre 2013, dans une petite commune de Loire Atlantique, le maire a dû prévenir et demander les services de la gendarmerie car Mr le maire avait reçu des menaces « d’abrutis armés » comme il disait. Nous avons demandé au procureur de la République l’autorisation de ne pas publier sur les bans de notre mariage notre adresse de domicile, pour ne pas donner l’adresse de notre domicile aux « abrutis armés ». Nous sommes mariées sous protection de la gendarmerie, tout s’est bien déroulé finalement.

Nous souhaitions ensuite entamer la procédure d’adoption. Nous nous sommes d’abord renseignées auprès de l’association les enfants-d’arc-en-ciel- l’asso! et de son forum. Puis nous avons été au TGI de Nantes, pour se renseigner sur place. Chaque TGI a sa propre procédure. La personne du service civil et adoptions nous a annoncé que ma compagne (mère biologique) perdrait ses droits, si je demandais l’adoption de mon fils, et que je ne pourrais adopter qu’en adoption simple et non en forme plénière. Totalement faux! Nous avons du lui expliquer qu’elle devait être mal renseignée, qu’elle devrait demander l’avis du greffier en chef. Un comble! Former, celle qui doit nous informer de nos droits!! Le greffier en chef lui a confirmé par téléphone que nous avions raison et indiqué les documents pré-imprimés à remplir. Nous avons ensuite contacté notre notaire de famille, qui nous a reçu 2 jours après notre mariage: « parce que vous avez déjà trop attendu pour ça ». Nous avons signé un acte notarié de consentement à l’adoption plénière, nous attendrons les 2 mois, délai de rétractation légal. Puis notre notaire pourra attester de notre non-rétractation à ce consentement. Avec tous ces documents et quelques autres (actes de naissance, certificat de mariage, livret de famille…) nous allons déposer notre demande d’adoption plénière de l’enfant de mon épouse, celui que j’élève depuis sa naissance et désire depuis plus longtemps, par une requête auprès du service adoptions du parquet du TGI de Nantes. La greffière nous a indiqué un délai de 6 à 8 mois de procédure. Que faire pendant encore ces 8 mois s’il arrivait malheur à mon épouse? Elle n’a su quoi me répondre.

Nous avons donc commencé la procédure en justice pour demander l’adoption plénière de l’enfant du conjoint en espérant obtenir victoire. Mon fils de 4ans 1/2 deviendrait bientôt mon fils légalement dans 6 à 8 mois. Il aura alors plus de 5 ans. Enfin, si le juge m’autorise à devenir son parent. Et pour le second enfant? Tout recommence…

Clothilde

 

Témoignage de Julie (n°3)

15 Jan
Voici notre parcours à St Etienne :

Mariage en Juin 2013.
Consentements signés début juillet 2013.
Dépôt du dossier au TGI (Tribunal de Grande Instance) fin septembre.

1/ Convocation par deux assistantes sociales du CG (conseil général)

Première approche très négative puisque le courrier n’est même pas adapté à notre situation : « Suite à votre demande d’agrément, vous êtes convoquées….etc. »

Quel agrément ???!!! Bref….

On arrive le jour J, elles ne savent rien de nous et n’avaient pas eu accès au dossier de requête déposé. Elles ne s’étaient visiblement pas du tout préparées à notre situation et les questions étaient axées comme si on « attendait » l’adoption d’un enfant et du coup assez intrusives : quelle est votre vie sociale, y a t-il d’autres enfants dans votre entourage, etc.

Je suis un peu tendue par ces questions, une des AS le ressent et me dit : Le juge ne vous connait pas il se basera uniquement sur notre rapport pour dire si c’est dans l’intérêt des enfants ou pas de les adopter ! Alors là je m’énerve un peu : « Attendez, admettons que le juge décide que ce ne soit pas dans l’intérêt des enfants, notre situation ne va pas changer ?! Vous n’allez pas nous enlever les enfants quand même ! C’est absurde ! »

Bref…. un entretien tendu…prochaine étape à domicile début décembre…

2/ Convocation par la Police
Quelques jours après ce moment peu sympathique, nous recevons une convocation par la police, au commissariat. Là on tombe sur une femme très sympa qui trouve la procédure ridicule et qui tourne tout à la dérision. Donc ça se passe super bien, elle nous dit qu’elle envoie vite son rapport au TGI car elle a des choses plus importantes à traiter après ! Mais il faut qu’elle vienne voir le domicile quand même c’est la procédure.

3/ Visite du domicile par la police
Visite express : 1 minute…
C’est bon elles ne manquent de rien, je vous laisse !

4/ Visite des AS à domicile début décembre

Vu la première rencontre, on appréhendait un peu…

Et là surprise, elles avaient discuté, étudié la chose et du coup étaient beaucoup plus cool.

« On devait vous interroger sur vos capacités financières et votre budget mais on s’est dit que ce n’était pas utile » Youpi !!

« On ne va pas vous embêter plus longtemps,  pas besoin de creuser plus, on vous convoquera pour lire notre rapport. »

On a discuté un peu, elles ont regardé nos albums photos (j’avais envie un peu par provocation de « prouver » qu’on avait une vie sociale !!) elles ont regardé les chambres des puces et voilà !

30 minutes…

Donc maintenant on attend la suite mais normalement le plus gros est passé…

Julie

Témoignage d’Anne et Agnès (74)

25 Mar

Ma compagne et moi-même nous nous sommes rencontrées en avril 1993, pacsées en décembre 2000 et enfin heureuses mamans depuis aout 2008 d’un petit Gaspard, qui a 4 ans et demi maintenant.

Gaspard est né d’une FIV réalisée à l’AZVUB de Bruxelles, un bébé Thalys comme on les appelle …….. Mais quel parcours! Que de questions, que d’interrogations, que de choix, que d’options…

Tout a commencé dans l’intimité de notre couple, un enfant oui naturellement et jamais nous ne nous sommes senties illégitimes dans cette démarche. Mais ensuite… concrètement comment faire ? L’ APGL de Paris a été d’une grande aide, nous accueillant au sein de groupes de paroles, nous expliquant toutes les solutions possibles.

Informées, aiguillées, renseignées… pour nous, les choix étaient désormais clairs : pas de conception en méthode artisanale, pas de conception en co-parentalité, ce sera une PMA avec donneur anonyme et la Belgique comme destination. La feuille de route était claire. Des anges gardiens ont veillés sur nous : une équipe formidable à l’AZVUB à Bruxelles, un gynécologue à Paris, puis un autre à Saint-Malo trouvé un peu au hasard ( car entre-temps nous avons déménagées en région , comme on dit ……)

Tous ces gens étaient formidables et ils avaient réglés avec eux-même toutes les questions « éthiques », et pour eux nous n’étions pas les premières a effectuer ce genre de démarches . Nous avons également bénéficié d’un entourage amical fort et impliqué à nos côtés contrairement a nos familles ……

En revanche, 5 ans ont été nécessaires pour que je « tombe » enceinte (quelle drôle d’expression tout de même), et 5 ans de stress pour ne pas louper un train, pour arriver à l’heure, pour ne pas louper une injection, pour faire des échographies, pour trouver le bon hôtel à Bruxelles, pour boucler le budget… Une PMA n’est pas simple, moralement, physiquement, intellectuellement, financièrement … la distance, la double équipe (France et Belgique) n’arrangent rien. Ce parcours nous l’avons fait à 2, Agnès et moi ( Anne ), une équipe, soudée, unie, faisant face. Une seule fois elle est restée à Paris, car elle avait la grippe, l’équipe de Bruxelles n’a pas compris que je vienne seule, pour eux, nous n’étions pas 2 filles, nous étions un couple qui souhaitait procréer et la procréation se fait à 2…

Et enfin, 5 ans après tout ce parcours du combattant, le test, les prises de sang, les nausées tout indiquait que j’étais enceinte ! Joie, bonheur… et puis dès cet instant… amasser toutes les preuves qu’Agnès était là, présente en tant que parent, pas marraine ou tata ou tatie ou mamoune ou quelque chose dans le genre …….non parent, maman, mère à part entière au même titre que moi qui l’ai porté. Y penser même dans la salle d’accouchement, y penser en demandant à la sage femme un témoignage attestant de la présence de sa seconde maman dès le 1er souffle de notre enfant… Y penser en permanence dès le moindre papier à remplir ……. Tout consigner pour plus tard, quand nous aurions les moyens (et oui toujours l’argent au cœur du problème) de passer devant le tribunal des Affaires Familiales pour faire une délégation d’autorité parentale (quel horrible terme, réducteur, froid, impersonnel…) et faire reconnaitre Agnès comme sa mère à part presque entière. Penser à sa mort le jour de la naissance de son fils… il y a plus gai, mais c’est une réalité, aujourd’hui fonder une famille avec 2 parents de même sexe c’est tout de suite penser au pire, protéger en cas de décès de la mère biologique, pour qu’en cas de décès de cette mère biologique, notre enfant ne perde pas sa deuxième mère au passage devant le juge des affaires familiales ou au pire, d’une volonté de la famille de la mère biologique décédée …….Car c’est souvent dans bien des cas que l’épée de Damoclès est tenue par sa propre famille ! Lugubre…

Et depuis 4 ans comment cela se passe-t-il pour lui , pour nous ? Et bien comme dans toutes les familles de France, il grandit normalement, il se développe normalement, il est en pleine forme, il est au courant du pourquoi et du comment il a été conçu et il est né. Il est à l’école (privée et catholique, où tout le monde connait la situation et où tout le monde, même le prêtre, reconnait Agnès comme sa mère) où il dessine sa famille comme les autres petits camarades, bref un enfant normal, au sein d’une famille normale…

Mais une famille soumise au bon vouloir et à la compréhension des autorités représentatives de l’état (crèches, écoles, médecins, douaniers…) qui dans notre cas ne se sont jamais posés de question quant à la légitimité d’Agnès. (En revanche pas de souci de reconnaissance de notre famille pour les impôts et pour la CAF, que cela arrangent bien de ne pas me reconnaître comme parent isolé………)

Mais soudain espoir, la proposition du programme de F. Hollande accordant le mariage pour tous. Nous nous marierons, bien sûr, le plus vite possible (le temps de trouver une salle quand même !) Nous profiterons de cette fantastique avancée de la société. Mais, le mariage ne résoudra pas tout pour nous. Gaspard étant né avant notre mariage, Agnès devra l’adopter… (nous aurions espérer voir la filiation reconnue d’office, ou la possibilité d’une reconnaissance comme pour un couple « normal ») Avocat, tribunal ? on verra ce que dira la loi…

Encore un combat, mais on le gagnera…. Pour notre enfant, pour notre famille. À tous ceux qui nous lisent, surtout ne pas se décourager . Nous réussirons à changer les choses. L’important c’est de garder espoir…….

Anne et Agnès et leur petit Gaspard

Témoignage de Marianne (11)

10 Mar

Nous avons, mon mari, moi-même et notre petit Antonin, participé à la manif du mariage pour tous de décembre puis de janvier dernier.
Nous avons suivi en janvier pendant un temps votre cortège de poussettes, celui de l’association Enfants d’Arc-en-ciel, et notamment quand on passait devant Port-Royal (grand centre de PMA, référent notamment pour toutes les DOM-TOM) et un laboratoire d’analyse de fertilité. Une personne a dit au mégaphone à ce moment en les désignant que vous n’y avez pas le droit actuellement.

Moi, j’en ai bénéficié et votre remarque m’a émue au point où les larmes me sont venues aux yeux. Je peux vous dire que notre parcours de PMA a été difficile et que s’il avait fallu que j’aille à l’étranger, que je me justifie auprès de ma famille et amis, que je fasse tout cela sur mes temps de vacances, en me cachant de mon employeur, etc, comme le font des amies que l’on connait, je ne suis pas sure que j’aurais eu le courage d’aller jusqu’au bout !

En même temps, je sais quelle force l’on a lorsqu’on souhaite fonder une famille. Vous êtes vraiment très courageuses. Et j’ai envie de dire à ceux qui sont contre la PMA pour tous : « qui êtes vous pour juger du désir d’enfants des autres ? ».
Voilà mon témoignage de soutien,

Marianne

Témoignage de Marie (69)

25 Jan

Je suis française et mon amie est espagnole. Nous ne sommes pas pacsées en France mais nous sommes mariées en Espagne. Nous avons eu une fille (mon amie en est la mère biologique) par insémination artificielle avec donneur anonyme (à l’AZ Sint-Jan de Brugge, ça a marché au 4ème essai).

Si nous avions pu nous marier en Espagne avant la naissance de ma fille, elle aurait été directement reconnue comme ma fille (en Espagne toujours), et aurait porté nos deux noms, comme le veut la loi espagnole.

Cependant, à cause des nombreux allers-retours nécessaires pour que nous puissions nous marier (même si le mariage gay est légal en Espagne, le fait que je sois française a beaucoup compliqué les choses, la France ne voulant pas me fournir la publication des bans pour un mariage avec une femme), et puisque mon amie était déjà enceinte (la grossesse a en plus été un peu compliquée), nous n’avons pas pu le faire avant que ma fille naisse. Je l’ai donc adoptée (énormément de papiers et de voyages une fois de plus).

Légalement, elle est ma fille en Espagne mais nous avons encore du mal à obtenir un papier qui le prouve clairement aux yeux de la loi française ou à faire changer son nom sur ses documents d’identité. Elle est née en France mais est de nationalité espagnole (père inconnu, une seule mère espagnole pour la loi française). Nous attendons que sur son acte de naissance français soit inscrit dans la marge que je l’ai adoptée. Ça fait des mois…

Ce qui est le plus ironique, c’est que nous ne pouvons maintenant plus nous pacser en France. En effet, la France refuse, bien que ne reconnaissant pas mon mariage, de me fournir un certificat de célibat! Je ne suis donc considérée ni comme mariée ni comme célibataire… Pratique pour acheter une maison ensemble !

Marie

 

Témoignage de Gaëlle (1)

22 Jan

Je me permets de témoigner pour votre blog, étant fille de femme homosexuelle.

Je ne suis pas née avec pour parents deux femmes ou deux hommes. Je suis née d’un père et d’une mère. Il y aura presque dix ans, ma mère m’avouait son homosexualité. Jamais je ne fus choquée. Au contraire, jamais je n’ai vu ma mère autant sourire, et le bonheur de sa mère, ça n’a pas de prix!

Aujourd’hui, sa compagne, qui est une femme formidable, attend des jumeaux, deux petits garçons; j’ai hâte qu’ils arrivent! J’attends mes deux nouveaux petits frères avec impatience! Car oui, pour moi, ils seront mes petits frères au même titre que mon frère biologique.

J’ai toujours été fière de ma maman et de sa compagne, ce sont des femmes formidables, et je ne comprends décidément pas tout ce mouvement de lutte contre le mariage gay ou l’homoparentalité. Qui a décrété que l’amour était une femme+un homme? Qui donc à décrété que le bonheur c’était une femme+un homme? Ma mère est homosexuelle, j’ai vécu onze ans avec un père et une mère, et ça va faire dix ans que je vis avec ma mère et sa compagne, bien que je ne les voie pas tous les jours n’étant plus au domicile familiale. Pourtant, je ne suis pas malheureuse. Je vis avec dans mon entourage, deux belle-maman, la nouvelle épouse de mon père, et l’épouse (pour moi la compagne de ma mère est comme son épouse) de ma mère. Jamais je n’ai été malheureuse, jamais je n’ai détesté ma mère pour son homosexualité, idem pour mon frère. Nous le vivons très bien, et sommes fiers! Il n’y pas « d’anormalité » à être homosexuel, il n’y a que de l’amour, il n’y a que du vrai, que du bonheur. Le bonheur de ma mère et de celui de sa compagne va bientôt se concrétiser avec l’arrivée des deux petits bouts de choux. Et je sais qu’ils seront des enfants comblés et les plus heureux du monde, et qu’ils seront fiers un jour de dire « j’aime mes mamans ».

Il est temps que les mentalités évoluent, et que les gens cessent de sentir supérieur parce qu’ils sont « normaux ». Quelqu’un peut-il me donner une définition exacte de ce mot « normal »? Cela n’existe pas, la seule et la véritable chose existante, c’est l’amour, et le bonheur partagé par chacun. On devrait tous ne souhaiter que le bonheur d’autrui, pas les punir ou leur interdire d’officialiser cela.

Moi aujourd’hui, je suis fière, et heureuse de dire « j’aime ma maman et ma belle-maman », même si je ne leur dit pas assez souvent.

J’espère qu’avec ce témoignage, j’ai réussi à faire partager mes idées, mon ressenti et ma vison actuelle des choses.

Je vous souhaite tout le bonheur du monde!

Gaëlle

 

Témoignage de Chantal (14)

22 Jan

Je fais partie des mamans-mamies outrées de ce qui se passe, de ce courant de bêtise, voir de haine qui circule sur les couples homo. Les cathos- bourgeois rigides et bouchés ça suffit ! De quoi s’agit-il en fait dans tout ça ? Tout simplement d’amour avec un grand A, n’en déplaise à tous ces gens coincés (l’amour, c’est pourtant l’enseignement principal qu’ils ont reçu par leur religion, non ?). L’amour de parents tout d’abord qui ont élevé leur enfant le mieux possible, et qui l’aime toujours avec son orientation de vie différente et aussi riche et respectable que les autres. L’amour de 2 personnes qui se rencontrent et ont un projet de vie commun : fonder une famille. L’amour de jeunes parents, hommes ou femmes, pour cette nouvelle vie espérée, attendue et accueillie dans la joie, malgré les embûches. L’amour de cet enfant pour ses deux parents et leurs familles. Tout ça ne devrait être que du bonheur. Mon expérience devrait faire réfléchir quelques-uns : moi aussi en temps que mère je me suis posé beaucoup de questions à l’adolescence de ma fille, avec cette amitié d’école très particulière. J’ai été la première des deux mamans à échanger là-dessus avec « mes » filles, à accepter et les soutenir dans leur projet de famille, y compris financièrement pour les voyages en Belgique.
Puis quelle chance une seule fois a suffit et mon merveilleux petit fils est arrivé. Une joie aujourd’hui pour les deux familles, même si les deux mamans ne vivent plus ensemble et sont restées très proches. Un petit garçon pétillant de 4 ans qui viens de prendre sa première grosse claque (au sens propre et au sens figuré) cette semaine en maternelle par un petit du même âge parce que « c’est pas possible d’avoir deux mamans, t’es un menteur ça n’existe pas ». Ca m’a fait mal pour lui. ! La bêtise des adultes fait beaucoup de mal aux enfants. La maitresse soutient mes filles, mais mon petit fils n’a pas voulu dénoncer son camarade. Elle va faire une information dans sa classe. Voilà où on en est !
Moi quand ma fille m’a annoncé « on va faire les démarches en Belgique et je veux porter l’enfant » ma réaction intime a été de penser au bonheur de ma fille avant tout. Dans sa situation elle ne pouvait pas être mère « normalement » avec un partenaire, même si elle n’est pas stérile, car quoi qu’en disent certains : on ne choisit pas son orientation sexuelle on la vit et on l’assume ! Donc ma fille pour être maman devait passer par l’insémination. Si un de mes gendres était stérile, personne n’aurait vu à redire puisque cette démarche est autorisée dans notre pays pour les autres couples. Où est la différence ? Et les femmes qui font des bébés toutes seules ? Et celles qui les élèvent avec n’importe qui, en changeant souvent de partenaires ? Et ces papas qui abandonnent les mamans et qui délaissent leurs enfants ! Comment vivent-ils ce manque ces petits ? Alors que là avec les couples homos, les enfants sont de faits tous désirés, grandissent avec l’amour de deux parents. Ca gêne qui ? Et puis ces opposants cathos mélangent tout ! Qu’ils gardent leur mariage religieux et qu’ils nous laissent parler de droit civil, de justice et protection des enfants et du conjoint.

Chantal