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Témoignage-Anne-Sophie (n°4)

6 Avr

Nous sommes belges, mariées et mamans d’une adorable petite fille de 3,5 ans.

Nous avons la grande chance d’être belges et donc de bénéficier des avancées concernant les droits de LGBTQI, cependant la filiation n’est pas automatique et nous oblige à passer par une procédure d’adoption intra-familiale, pas très complexe mais trop longue selon nous: entre 6 mois et 1 an avant que notre enfant ait 2 parents légaux. Avec notre association « Homoparentalités.be » nous travaillons sur un projet de loi qui permettra, entre autres, la présomption de maternité; ce qui permettra aux enfants nés au sein de couples lesbiens d’avoir, dès la naissance, 2 parents légaux.

Notre parcours vers notre famille :

Nous nous sommes mariées en mai 2007, l’année suivante nous avons décidé de fonder notre famille.

Nous nous sommes tournées vers le centre de PMA de la Citadelle de Liège (hôpital de notre ville).  Entourées d’une super équipe, nous avons commencé les inséminations artificielles avec donneur anonyme. Après 6 échecs, l’équipe nous a proposé de passer à la fécondation In-Vitro, nous sommes devenues les heureuses mamans d’une magnifique petite fille en octobre 2010.

Dans un premier temps nous avons attendu que nos Politiques bougent : en effet « la rumeur » nous laissait espérer le passage de la loi reconnaissant la filiation dans les couples lesbiens. Ce projet est toujours sur la table de nos Ministres à l’heure actuelle.

Ne voyant rien venir, nous nous sommes donc lancées dans le parcours d’adoption intra familiale qui allait permettre à notre fille d’avoir deux parents…légaux alors que dans les faits, nous sommes ses mamans depuis bien avant sa naissance.  Cette procédure a d’ailleurs choquée plus d’un membre de notre entourage. En effet, pour beaucoup de belges, il est acquis que les couples mariés (homo ou hétéro) sont égaux devant la loi et très souvent notre entourage trouvait ridicule cette procédure surtout si en prime vous leur expliquez que dans un couple hétéro ayant recours à une FIV le mari est d’office le père de l’enfant !

Le parcours est long mais simple : une séance d’information sur toute la procédure avec le service adoption de l’État, deux rendez-vous avec un organisme agréé d’adoption : vous y faites l’anamnèse et la genèse de votre vie/couple. Une fois cette étape réussie le parent adoptant reçoit un certificat d’aptitude à l’adoption.  Avec ce précieux sésame, vous rédigez une requête auprès du Tribunal de la Jeunesse dont vous dépendez, vous rencontrez votre agent de quartier (le nôtre nous a convoquées au commissariat en s’excusant 100 fois de cette démarche qu’il est obligé de faire mais qu’il trouve ridicule, pour la forme il est aussi passé à la maison et a demandé si nous étions d’accord pour qu’il rencontre les grands-parents biologiques de notre fille, procédure oblige), une fois que l’inspecteur a rédigé son rapport et l’a transmis au Juge chargé de votre dossier, vous êtes convoqués au Tribunal de la Jeunesse, où le Juge des Enfants, le Procureur du Roi, leur greffier, statuent sur votre famille : « Bonjour Mesdames, vous Madame B, venez pour que nous actions l’adoption de votre fille par vous-même et vous Madame C, vous êtes bien d’accord pour que Mme B soit légalement le parent de votre enfant ? » en coeur nous répondons « oui » « Et bien Mesdames, vous êtes les heureuses Mamans légales de votre fille ! »

Bien entendu, nous ne sortons pas réellement toutes les deux parents « légal » nous devons (je dois) encore attendre que ce jugement soit acté : un délai d’un mois au cas où quelqu’un ferait opposition, retranscription du jugement dans les livres de l’État Civil et surtout réception de ce précieux courrier où il est inscrit noir sur blanc que votre fille, est légalement votre enfant !

 

Anne-Sophie, Co-Présidente de l’asso « Homoparentalités.be »

 

En Ecosse, « le débat sur le mariage homosexuel a été dédramatisé »

30 Mar

Article du Monde du 6 février 2014

 » Les députés écossais ont reçu des centaines de lettres et courriels leur demandant de légiférer. Quand les débats ont commencé, une large proportion de députés écossais étaient favorables à la mesure. Au final, ils l’ont votée à plus de 80%, ce qui en fait l’une des plus fortes majorités pour une loi sur le mariage homosexuel. »

Pour lire l’ensemble de l’article, cliquez ici:

http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/02/06/en-ecosse-le-debat-sur-le-mariage-homosexuel-a-ete-dedramatise_4361733_3214.html?xtmc=homosexualite&xtcr=40

Célébration des premiers mariages homosexuels en Grande-Bretagne

30 Mar

Article de Libération du 29 mars 2014:

« Peter McGraith et David Cabreza ont également convolé peu après minuit, après 17 ans de vie commune, devant leurs amis et leurs deux fils adoptifs à Londres, où des drapeaux arc-en-ciel flottent sur les bâtiments ministériels. Beaucoup d’autres couples comptent se dire «oui» pendant le week-end.

Cette réforme, à laquelle les défenseurs des droits homosexuels sont très attachés, est avant tout symbolique, les couples homosexuels bénéficiant déjà des mêmes droits parentaux que les couples hétérosexuels : ils peuvent adopter, recourir à la procréation médicalement assistée et à une mère porteuse, pourvu qu’elle ne soit pas rémunérée. Ils peuvent également s’unir depuis 2005 dans le cadre d’un partenariat civil. »

 

Pour lire l’article en entier, cliquez ici:

http://www.liberation.fr/monde/2014/03/29/celebration-des-premiers-mariages-homosexuels-en-grande-bretagne_991291

Témoignage de Séverine (n°8)

2 Fév

Après 3 ans de vie commune et à l’approche de la trentaine, ma compagne et moi décidons d’avoir un enfant, ce qui, pour un couple de même sexe nécessite TOUJOURS un (très) long de temps de réflexion pour savoir comment, pourquoi, quelles conséquences etc. Pour nous la réflexion a duré 1 an avant de commencer la moindre procédure. Je tiens à le rappeler, et à mettre ça en regard avec le fait qu’il nous faut ensuite PROUVER que nous sommes bien les parents de nos enfants alors que certains couples hétéros pour qui c’est l’  « accident » n’ont rien à prouver (et heureusement!)….

Garance, dont je suis la mère « sociale », est donc née en août 2012, période où après l’élection de François Hollande nous pensions légitimement que tout serait plus facile, la suite nous prouve que… pas tout à fait…

Récit de l’adoption en cours en 6 actes.

1- Trouver l’information, ou comment se découvrir des compétences juridiques inconnues….

Comment savoir quelle est la procédure à suivre ? Faut-il un avocat ? Quelle est cette histoire de notaire ? Doit-on vraiment se marier avant ? Pour nous renseigner, nous contactons une juriste de l’antenne locale du Planning familial, qui nous oriente vers le Conseil Général, compétent en matière d’adoption. Apparemment il y aura enquête sociale. Le Conseil Général nous informe qu’il ne s’occupe que d’adoption internationale, donc ça n’est pas de leur ressort. Nous apprenons en cherchant par nous-même, et grâce aux associations de familles homoparentales, que notre procédure relève de « l’adoption de l’enfant du conjoint ». Personne d’autre ne semble au courant…

Nous décidons de nous passer d’avocat, non pas pour des raisons financières (ce qui est le cas pour plusieurs couples de notre entourage), mais par conviction, car ça nous semble injuste de devoir payer pour prouver que je suis bien la mère de Garance.

 2- Le TGI, ou le royaume de la fausse information

Première rencontre avec le TGI : « ah non pour adopter il vous faut 2 ans de mariage ». On explique que non, dans le cas de l’adoption de l’enfant du conjoint, pas besoin. On nous donne donc un formulaire à remplir. Arrivées à la maison, on s’aperçoit qu’il s’agit du formulaire d’adoption à l’étranger. Retour au Tribunal, mêmes explications pour enfin récupérer le bon formulaire. Ce qui est rageant, c’est que cette procédure n’est pas nouvelle, elle existe pour les hétéros, alors qu’on ne nous fasse pas le coup de « Oui mais il faut qu’on s’adapte à la nouvelle loi ! ». Nul n’est censé ignorer la loi, et si maintenant la simple citoyenne doit la connaître mieux que le TGI…

J’ajoute que selon les TGI, le discours n’est pas du tout le même : soit c’est une « simple procédure administrative », soit il faut « prouver le lien à l’enfant ». Egalité du citoyen devant la loi, donc…

3- Le mariage, ou comment renoncer à ses convictions

Si nous souhaitions évidemment que le mariage soit ouvert à tout-e-s, nous n’aimons pas son institution pour nous-même et ne pensions donc jamais nous marier. Selon l’INED, il y a en France, en 2012, 56 % de naissances hors mariage. Qu’est donc censé prouver le mariage dans ce cas précis de l’adoption de l’enfant du conjoint ? Rien ! C’est obsolète et inutile, pour les hétéros comme pour les homos. Nous nous sommes donc mariées par obligation en août 2013.

4- Le notaire, ou comment payer 250 € pour un travail mal fait, qu’on doit refaire soi-même

Une fois chez le notaire, il avait écrit « adoption simple » sur le consentement alors que nous souhaitons demander la plénière. Nous lui faisons donc modifier sur le consentement. Mais une fois l’attestation de non-rétractation reçue, il est à nouveau mentionné « adoption simple ». Nous appelons donc le notaire pour faire changer, ce qu’il refuse, arguant que c’est la loi et que son juriste le lui a confirmé. Nous avons du nous battre avec le notaire pour faire figurer la bonne mention sur l’attestation, correspondant à notre requête auprès du Tribunal.

5- Le dossier, ou comment enrager de devoir prouver une évidence

Constitution du dossier : en plus des pièces administratives, pour se border on apporte la preuve que je suis bien là depuis l’origine, et que je m’occupe de ma fille comme n’importe quelle mère au quotidien. Témoignages de la famille, du médecin, de l’employeur, photos etc. Tout ça prend du temps. Et fait monter la colère de devoir prouver à la Justice ce que tout le monde autour de moi, et ma fille la première, sait déjà : je SUIS sa mère !

6- L’attente, et la colère

On nous a annoncé 5 à 6 mois de délai. Ce qui nous laisse assez de temps pour ruminer la chose suivante : dans un couple hétéro, si le couple a recours à un don de sperme en cas d’infertilité de l’homme, que se passe-t-il à la naissance ? Le père, qui n’est donc pas plus le père biologique que moi la mère biologique, va en mairie et déclare l’enfant. Basta. On veut simplement le même droit, est-ce trop demander ?

Séverine

Témoignage de Clothilde (n°7)

28 Jan

Les difficultés ont commencé lorsque nous avons évoqué notre désir d’avoir un enfant.

Nos familles étaient déjà réticentes à cette idée, tout comme elles l’étaient sur notre homosexualité. Nous avons dû d’abord, nous battre contre leurs préjugés et leurs craintes, avant de se lancer concrètement dans notre projet d’avoir un enfant.

Nous avons alors cherché des études, des livres sur l’homoparentalité qui prouveraient le « bien fondé » de notre désir d’enfant à notre entourage. Un enfant élevé par 2 femmes n’évolue ni mieux ni pire que n’importe quel autre enfant. Notre enfant est désiré, attendu et aimé avant même d’être dans nos bras. Il a été longuement réfléchi. Il n’est pas le fruit d’un accident. Combien de couples se posent autant de questions avant de faire un enfant?

Mes parents ont toujours refusé ce projet d’enfant. Ils sont pourtant aujourd’hui 2 grands-parents aimants et attentionnés pour mon fils, que ma compagne a porté. 4 ans de débats, pour mûrir notre projet avant de se lancer réellement. Comme quoi tout peut évoluer.

Puis concrètement, nous avons ensuite demandé à notre gynécologue habituelle, qui nous a conseillé un hôpital Edith Cavell à Bruxelles en Belgique. Car lorsqu’un couple de femmes françaises qui s’aiment et désirent avoir un enfant, et qu’il leur manque la gamète mâle, le spermatozoïde sain, elles ne peuvent demander l’aide de leur propre pays pour recevoir l’aide médicale d’un centre de Procréation Médicalement Assisté (PMA). Elles doivent se tourner vers une autre nation où cela est légalement autorisé et encadré: la Belgique, l’Espagne, l’Angleterre, les Pays-Bas, le Danemark, le Canada…

Nous avons pris RDV par téléphone avec la Belgique avec un délai d’attente d’1 mois. Puis les dépenses ont commencé. Mais pas que. Nous avons dû poser des jours de congés pour ce RDV, prendre des billets de train Thalys, une nuit d’hôtel à Bruxelles. Nous sommes ensuite retournées voir notre gynécologue habituelle en France pour qu’elle nous délivre une ordonnance de suivi médical, comme ferait n’importe quelle femme qui voudrait avoir un enfant et vérifier qu’elle est fertile. Nous avons ensuite communiqué les résultats de ces examens à Edith Cavell, qui nous a donné finalement son accord pour obtenir leur aide (6 mois d’attente pour passer en commission chez eux). Je précise que cela fut possible, car nous étions un couple reconnu par un PACS. Puis Edith Cavell a prescrit un traitement hormonal qui n’est pas anodin à ma compagne, qui porterait l’enfant. Ce traitement est contraignant en temps, en argent et pour sa santé. Comme convenu, nous avons demandé son avis avec notre gynécologue habituelle et lui avons envoyé nos ordonnances belges à retranscrire en ordonnances françaises. Elle ne nous a jamais recontacté malgré nos relances.

Nous avons recherché en catastrophe un second gynécologue, qui nous suivrait tout au long de notre parcours, jusqu’à l’accouchement. Ma compagne a fait joué ses relations de travail, ce qui l’a obligé à faire son coming-out professionnellement, sans savoir comment tout le monde allait réagir. Ce gynécologue a été notre sauveur.

Prise de sang et échographie des ovaires tous les 2 jours pendant 10 jours à jeun le matin, avant d’aller au travail, demander à recevoir les résultats avant midi, pour les communiquer à Edith Cavell, qui nous donne alors 36h pour venir les voir et pratiquer l’insémination (acte médical pratiqué par un gynécologue: dépôt de sperm d’un donneur anonyme dans le vagin à l’aide d’une pipette spéciale, c’est ça une IAD). Autant vous dire que les heures sont comptées à ce moment là. Prévenir nos employeurs que nous ne serons pas là le lendemain, et du jour au lendemain c’est un risque à prendre pour ma carrière professionnelle, tout comme ça l’a été pour ma compagne d’être régulièrement en retard à cause des examens médicaux matinaux. Alors qu’il aurait été tellement plus simple, si nous avions pu être suivies dans l’hôpital à côté de notre domicile. Trouver des billets de train au dernier moment au tarif maximum, youpi. Rentrer en France et espérer en attendant 14 jours, avant de faire une prise de sang pour savoir si on est enceinte ou pas. Et recommencer jusqu’à tomber enceinte enfin.

Après le suivi de grossesse se fait avec notre gynécologue habituel, comme toute femme enceinte. Bref ça a certes un certain coût financier: examens médicaux, déplacements, hôtellerie, jours de congés, frais médicaux d’insémination… mais pas que. Nous avons du débourser en 2 ans de quoi s’acheter une voiture. Oui une belle voiture neuve! Ces démarches nous auraient peut-être coutée qu’un plein d’essence, si ce parcours de PMA avait été autorisé et pratiqué en France à côté de chez nous. Mais pas que. C’est un sacrifice conséquent sur nos revenus, aucunes vacances, aucuns vêtements neufs, aucun achat superflu, rien que du nécessaire absolument nécessaire. Mais pas que. C’est aussi se sentir rejeter de notre pays, notre pays qui nous a vu naître, nous a élevé, que nous soutenons aux JO et lors des grandes rencontres sportives internationales avec notre cœur.

Depuis le moment, où ma compagne est tombée enceinte, nous n’avons plus rencontré de difficultés insurmontables. Nous les pulvérisions sur place. Les préjugés des gens ne nous gênaient plus. Nous prenons depuis le temps de nous montrer telles que nous sommes, nous sommes comme tout le monde: nous respirons, nous avons du sang dans nos veines et nous aimons, voilà tout. Nous avons essuyé quelques dégâts sur mon véhicule (pneus crevés, rétroviseur cassé, essuie glace arraché, plaque d’immatriculation arrachée et cassée), notre voisin était ouvertement homophobe et nous pourrissait la vie dès qu’il le pouvait dans le quartier et auprès de notre bailleur. Des voisines amicales nous signalaient être témoins de ses dégâts. Bref nous avons depuis déménagé et ne subissons plus ce personnage.

Lorsque notre garçon est né, nous avons eu par chance une place en crèche pour lui. La directrice ne voulait pas me parler n’étant pas  » la vrai mère de l’enfant ». Au bout de quelques semaines et à force de politesse et d’échanges, elle a évolué et a fini par me parler et m’offrir même des cafés, comme tout parent de la crèche.

Ma compagne étant la seule parent reconnue légalement, je n’avais pas le droit légalement d’emmener notre fils chez le médecin, même en cas d’urgences je n’étais qu’un tiers, personne aux yeux de la loi, impossible de prendre une décision médicale, pourtant il a bien fallu aller le faire recoudre lors d’une chute à la crèche. J’étais la plus proche à pouvoir intervenir, j’ai pu déposer mon fils aux urgences, mais attendre ma compagne, la seule mère reconnue car mère biologique, pour l’en faire sortir. Plein de situations deviennent absurdes rapidement.

Nous avons alors entamé avec une avocate une procédure de demande de délégation d’autorité parentale DAP, 1 an de procédure au TGI (Tribunal de Grande Instance) de Paris et 3600 euros plus tard, le juge aux affaires familiales nous l’a accordé heureusement. Ça fait cher payé pour avoir le droit de sortir son enfant de l’hôpital, de l’emmener chez le médecin. Dans le même Tribunal de Grande Instance, un couple d’amies dans la même situation se l’est vu refuser sans motif réel. Un sentiment de justice à la « loterie ».

Depuis nous avons milité pour obtenir la possibilité de nous marier: l’appel de Montpellier en 2009. C’est une bataille au quotidien,  pour dire à tout le monde que nous sommes comme tout le monde, et que nous méritons les mêmes droits et les mêmes devoirs.

Nous nous sommes mariées en décembre 2013, dans une petite commune de Loire Atlantique, le maire a dû prévenir et demander les services de la gendarmerie car Mr le maire avait reçu des menaces « d’abrutis armés » comme il disait. Nous avons demandé au procureur de la République l’autorisation de ne pas publier sur les bans de notre mariage notre adresse de domicile, pour ne pas donner l’adresse de notre domicile aux « abrutis armés ». Nous sommes mariées sous protection de la gendarmerie, tout s’est bien déroulé finalement.

Nous souhaitions ensuite entamer la procédure d’adoption. Nous nous sommes d’abord renseignées auprès de l’association les enfants-d’arc-en-ciel- l’asso! et de son forum. Puis nous avons été au TGI de Nantes, pour se renseigner sur place. Chaque TGI a sa propre procédure. La personne du service civil et adoptions nous a annoncé que ma compagne (mère biologique) perdrait ses droits, si je demandais l’adoption de mon fils, et que je ne pourrais adopter qu’en adoption simple et non en forme plénière. Totalement faux! Nous avons du lui expliquer qu’elle devait être mal renseignée, qu’elle devrait demander l’avis du greffier en chef. Un comble! Former, celle qui doit nous informer de nos droits!! Le greffier en chef lui a confirmé par téléphone que nous avions raison et indiqué les documents pré-imprimés à remplir. Nous avons ensuite contacté notre notaire de famille, qui nous a reçu 2 jours après notre mariage: « parce que vous avez déjà trop attendu pour ça ». Nous avons signé un acte notarié de consentement à l’adoption plénière, nous attendrons les 2 mois, délai de rétractation légal. Puis notre notaire pourra attester de notre non-rétractation à ce consentement. Avec tous ces documents et quelques autres (actes de naissance, certificat de mariage, livret de famille…) nous allons déposer notre demande d’adoption plénière de l’enfant de mon épouse, celui que j’élève depuis sa naissance et désire depuis plus longtemps, par une requête auprès du service adoptions du parquet du TGI de Nantes. La greffière nous a indiqué un délai de 6 à 8 mois de procédure. Que faire pendant encore ces 8 mois s’il arrivait malheur à mon épouse? Elle n’a su quoi me répondre.

Nous avons donc commencé la procédure en justice pour demander l’adoption plénière de l’enfant du conjoint en espérant obtenir victoire. Mon fils de 4ans 1/2 deviendrait bientôt mon fils légalement dans 6 à 8 mois. Il aura alors plus de 5 ans. Enfin, si le juge m’autorise à devenir son parent. Et pour le second enfant? Tout recommence…

Clothilde

 

Témoignage de Marie (69)

25 Jan

Je suis française et mon amie est espagnole. Nous ne sommes pas pacsées en France mais nous sommes mariées en Espagne. Nous avons eu une fille (mon amie en est la mère biologique) par insémination artificielle avec donneur anonyme (à l’AZ Sint-Jan de Brugge, ça a marché au 4ème essai).

Si nous avions pu nous marier en Espagne avant la naissance de ma fille, elle aurait été directement reconnue comme ma fille (en Espagne toujours), et aurait porté nos deux noms, comme le veut la loi espagnole.

Cependant, à cause des nombreux allers-retours nécessaires pour que nous puissions nous marier (même si le mariage gay est légal en Espagne, le fait que je sois française a beaucoup compliqué les choses, la France ne voulant pas me fournir la publication des bans pour un mariage avec une femme), et puisque mon amie était déjà enceinte (la grossesse a en plus été un peu compliquée), nous n’avons pas pu le faire avant que ma fille naisse. Je l’ai donc adoptée (énormément de papiers et de voyages une fois de plus).

Légalement, elle est ma fille en Espagne mais nous avons encore du mal à obtenir un papier qui le prouve clairement aux yeux de la loi française ou à faire changer son nom sur ses documents d’identité. Elle est née en France mais est de nationalité espagnole (père inconnu, une seule mère espagnole pour la loi française). Nous attendons que sur son acte de naissance français soit inscrit dans la marge que je l’ai adoptée. Ça fait des mois…

Ce qui est le plus ironique, c’est que nous ne pouvons maintenant plus nous pacser en France. En effet, la France refuse, bien que ne reconnaissant pas mon mariage, de me fournir un certificat de célibat! Je ne suis donc considérée ni comme mariée ni comme célibataire… Pratique pour acheter une maison ensemble !

Marie

 

Témoignage de Maud (22)

3 Jan

J’ai vécu dix ans avec une femme. Nous nous sommes rencontrées et nous avons su très rapidement que nous fonderions une famille ensemble. Nous savions avant même de l’envisager que ce serait un combat à mener pour que nous puissions devenir mères.

Dès le départ, nous avons décidé d’un accord commun que je porterai nos enfants. Elle voulait être mère, mais elle ne voulait pas être enceinte. Cela ne me posait aucun problème car mon désir de maternité était vraiment très fort.

Un premier parcours durant lequel il a fallu batailler pour trouver des infos, encore rares sur le net. Déterminer aussi comment nous souhaitions être mères.  Elle m’a dit très rapidement qu’un donneur c’est ce qui lui semblait le mieux, qu’elle puisse avoir son rôle de mère sans avoir à partager son enfant avec une tiers personne.
Il y a dix ans, dans un tel début de parcours, on se sentait bien seules avec nos questions et nos doutes, pour autant, notre détermination était la plus forte.
Puis c’est à cette même époque que les premiers forums ont vu le jour, et que les premiers contacts avec d’autres couples dans la même situation que nous ont été possibles. Dès lors, nous nous sommes senties portées par cela… nous pouvions échanger sur nos difficultés, lire le témoignage de celles déjà mères, être encouragées et cela a été vraiment très important pour la suite.

Nous avons trouvé notre donneur et à l’issu d’un an d’un parcours éprouvant, nous avons eu notre première fille. Elle a huit ans aujourd’hui.
Lorsque l’on est homosexuelle avec un désir d’enfant, on se pose des tonnes de questions avant la conception, pendant la conception et même encore pendant la grossesse. A l’instant où vous devenez mère,  il n’y a plus de questions, juste l’évidence.
Cette enfant est là, nous l’avons désirée, et nous allons l’aimer. Plus de doutes, nous serons assez fortes pour cela.

Soutenues par notre entourage, par les institutions que nous fréquentons au quotidien, nous n’avons jamais eu de soucis. Tout le monde a toujours joué le jeu et fermé les yeux sur l’absence de droit de mon ex compagne.

Nous avons voulu un deuxième enfant. Un combat de plus. Il nous aura fallu trois longues années pour parvenir à être mères à nouveau. Et puis un jour, notre deuxième fille est arrivée. Elle a trois ans aujourd’hui.

Et nous avons poursuivi notre vie comme elle l’était jusque-là.  Oubliant presque l’absence de droit de l’autre maman de mes filles.  Elle était mère au quotidien. Tout comme moi.

Nos enfants sont issues de notre désir à toutes les deux. Elles ont vu le jour après des combats que nous avons menés ensemble, des échecs que nous avons encaissés ensemble. Dès leurs naissances, nous avons été deux à nous en occuper, à nous lever la nuit, à les emmener  chez le médecin, à la crèche, puis à l’école…. Il n’y a rien qui ne peut dissocier notre implication à l’une ou l’autre.

La seule et unique différence c’est que je les ai portées. Mais je ne les aurais jamais portées sans elle. Elle les a portées dans son cœur. C’est ce que nous avons toujours expliqué à nos filles.

Seulement voilà, après dix de vie commune, nous nous sommes séparées. C’est la vie.

Et cette absence de droit, pour mon ex compagne, c’est maintenant que nous en mesurons vraiment toutes les conséquences.

Nous nous entendons bien.  Et c’est là toute la chance que nous avons.
Parce qu’elle n’a toujours pas de droits sur ces enfants qu’elle élève depuis huit ans.  Et qu’à présent plus rien ne la protège. Même plus moi.

Nous avons décidé de mettre en place une garde alternée. Ce qui implique que la moitié du temps, elle continue de s’occuper de ses filles, de s’impliquer dans leur éducation, de s’organiser quand l’une est malade, parce qu’évidement, les journées « enfants malades » c’est exclu.

Elle s’occupe de ses filles sans aucun cadre. Sachant très bien que tout repose sur notre entente. Sachant très bien que je pourrais du jour au lendemain la priver de ses filles. C’est important pour moi de préciser cela, car même si c’est une chose que je ne ferai jamais, j’ai eu trop d’exemples autour de moi de couples qui se promettent que l’autre parent sera toujours le parent. Puis la séparation arrive, avec la mésentente et alors un parent se retrouve coupé de ses enfants sans recours possible.  Il est impératif de protéger les enfants de cela.

Non, je ne lui ferai pas ça. Mais elle vit tout de même avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête.  Toute sa vie de mère repose sur le fait que nous nous entendions bien.

Aujourd’hui, ce qui est important pour moi c’est qu’un jour elle devienne l’autre parent légal de nos filles. A parts égales. Elle l’est depuis huit ans. Elle n’a pas besoin de prouver davantage son implication. Je veux que lorsque je m’absente, lorsque je n’ai pas les filles chez moi, elle puisse être libre de prendre des décisions importantes et médicales si c’est nécessaire. Je ne veux plus écrire de lettre pour l’y autoriser comme j’ai dû me résoudre à le faire lorsque je me suis absentée plusieurs semaines. Parce que c’est une aberration pour moi.

Elle et moi, on ne se mariera pas. Et on ne fera pas non plus de faux mariage pour accéder à l’adoption. Parce qu’il est juste impossible d’expliquer à nos filles qui apprennent à vivre cette séparation, que nous allons nous marier pour qu’elles puissent être mieux protégées.  Elles n’y comprendraient plus rien.

Ce que je veux aujourd’hui, c’est la reconnaissance de l’autre parent  d’emblée. Dès la naissance de ses enfants. Sans parcours d’adoption, sans avoir à se justifier ou à constituer un dossier. Une reconnaissance entière dès le début.  Et rétro active pour les enfants déjà nés.

Parce que mes filles ont deux mamans. Et il n’y en a pas une qui est plus importante que l’autre.  Seulement, il y en a une qui l’est sans que cela ne soit reconnu.
Maintenant que nous sommes séparées,  il devient très très important que mon ex compagne puisse devenir elle aussi un parent légal. Il en va de la protection et de la sécurité de nos filles.

Maud

Lucien, 6 ans et 2 papas

2 Jan

http://yagg.com/2012/12/31/radio-lucien-6-ans-et-2-papas/

2papa-KimRoselier-France-Inter-bigPour le 7e épisode de son feuilleton documentaire, 2013 année folle, diffusé jeudi 27 décembre sur France Inter, Baptiste Etchegaray a rencontré une famille homoparentale. Eric et Stéphane ont adopté Lucien, né au Congo Kinshasa il y a 6 ans.

Pour écouter cette émission, cliquez sur le lien ci-dessous:

http://yagg.com/2012/12/31/radio-lucien-6-ans-et-2-papas/

Christiane Taubira s’enflamme pour les familles homoparentales à l’Assemblée nationale

19 Déc

http://yagg.com/2012/12/19/christiane-taubira-senflamme-pour-les-familles-homoparentales-a-lassemblee-nationale/

Le député UMP du Rhône Bernard Perrut a profité de la séance de questions au gouvernement pour interroger le Premier ministre sur le projet de loi ouvrant le mariage et l’adoption à tous les couples.

L’OPPOSITION ABSENTE DES DÉBATS
Le parlementaire a cité l’entrepreneur Pierre Bergé qui avait soutenu la grossesse pour autrui dimanche lors de la marche pour l’égalité en déclarant: «Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence?». «Que voulez-vous réellement faire avec cette réforme?», a demandé le député avant de réclamer «un grand débat public». Bernard Perrut a par ailleurs accusé le gouvernement de nier «la réalité biologique de la différence des sexes» au nom d’une «conception spécifique de l’égalité entre adultes» et de «faire disparaître les termes de “père” et “mère”»  de la loi.

Pour lire la suite: http://yagg.com/2012/12/19/christiane-taubira-senflamme-pour-les-familles-homoparentales-a-lassemblee-nationale/

Voir la vidéo: http://www.dailymotion.com/video/xw2irx_christiane-taubira-s-enflamme-pour-les-familles-homoparentales-a-l-assemblee-nationale_news

Témoignage de Stéphanie (18)

19 Déc

Trois combats pour une vie

 

Croyez vous que l’Amour se définisse par un sexe ??

Non …

Si j’avais pu choisir, pensez-vous que j’aurais choisi d’aimer une femme ? Avec toutes les difficultés que cela comporte … oh que non …

C’était mon premier combat : l’acceptation… pour moi mais aussi pour mon entourage.

Mais voilà, c’est ainsi et j’en suis ravie… parce que c’est elle d’abord et qu’elle est merveilleuse et unique… mais aussi parce que cet amour a fait de moi celle que je suis aujourd’hui, une femme qui a pris confiance en elle et surtout, une maman.

Oui c’est elle qui m’a permis de devenir mère… et voilà notre second combat qui pointe le bout de son nez.

Nous avions ce projet, ce formidable projet d’avoir un enfant.

Un projet qui s’est révélé très long à réaliser …

10 ans d’envie viscérale de fonder notre famille, 6 ans de parcours du combattant entre examens médicaux, aller-retour en Belgique, attente, déception pour cause d’échecs répétés, euros dépensés … La douleur et le vide s’accumulent … je suis triste. Profondément. L’attente est interminable, insoutenable. Je le veux tant cet enfant …

Elle reste là, aussi présente sinon plus. Elle souffre aussi, beaucoup, mais en silence pour me protéger. Je sais qu’elle se sent impuissante et qu’elle voudrait soulever des montagnes.

Notre amour est une force et nous porte pour continuer.

Les membres de ma famille, les amis deviennent parents… tout autour de moi : des enfants… tous plus beaux les uns que les autres… et moi ? Et nous ?

Enfin …… oui enfin ce bonheur frappe à notre porte et nous accueillons notre bébé de l’Amour.

Malgré la joie intense, nous nous heurtons aux premières difficultés de famille homoparentale : les non droits pour Elle … Voici notre troisième combat qui commence.

2 jours après la naissance de notre enfant, Elle va à l’Hôtel de Ville déclarer SON fils…

De mon côté, dans ma chambre de maternité, un coup de téléphone… l’agent d’état civil de la Mairie m’appelle. Elle est en face de ma compagne, et me demande de confirmer ce qu’elle est en train de lui expliquer… Elle a beau être en possession d’un papier écrit de la main du médecin obstétricien qui m’a accouchée expliquant sa présence au bloc, près de moi (et de tout ce qui a suivi : le peau à peau durant 2h avec son bébé, les premiers soins, les premiers regards…), mais cela ne sert à rien, il faut que cette personne entende de ma bouche qu’elle a le droit de déclarer son enfant, qu’elle est sa maman.

Combien de temps ce troisième combat durera ? Un an ? Deux ? Dix ? Ou toute une vie ?

Pourquoi ce combat a-t- lieu d’être ?

Qu’y a-t-il de particulier à être un couple qui s’aime et qui désire avoir un enfant ?

Pourquoi notre famille n’est-elle pas reconnue ?

Mais pourquoi ? En quoi cela dérange ? Nous ne demandons qu’à vivre comme les autres, rien de plus, rien de moins …

Ce troisième combat, ne sera pas le plus facile, mais une chose est certaine, nous sommes trois, c’est notre force et nous nous battrons jusqu’au bout pour le remporter.

 

Stéphanie

 

 

Photos des EAC à la manif de Paris-16 décembre

18 Déc

Témoignage de Mélanie (17)

18 Déc

« Ma fille »

Biologiquement et légalement, Sévan n’est pas ma fille. Dans les faits et dans le sens, Sévan est ma fille. Pas facile de dépasser nos schémas traditionnels de filiation.

Si un enfant est issu de la chair de ses parents, alors Sévan n’est pas ma fille.

Si un enfant n’est reconnu que par la loi, Sévan n’est pas (encore) ma fille. Mais si un enfant est reconnu par ses parents, Sévan est bien ma fille !

Si un enfant est désiré par ses parents, Sévan est ma fille.
Si un enfant est issu de l’amour de ses parents, Sévan est ma fille.
Si un enfant est élevé et choyé par ses parents, Sévan est ma fille.

Si on n’a qu’une seule maman, je ne suis pas sa maman mais son second parent. Je suis sa « maman Nanie ». Je n’ai pas le même rôle que Sandra mais j’ai un rôle de parent.

Si un jour je porte un enfant, il ne sera pas plus mon enfant que Sévan, je ne l’aimerai pas plus et ne m’en sentirai pas plus responsable.

Parce que Sandra n’aurait pas fait un enfant seule, parce qu’elle l’a fait car elle était amoureuse de moi, parce que nous avons choisi ensemble qu’elle le porterait et comment il serait conçu, parce que j’ai réfléchi, désiré et aidé à concevoir cet enfant, parce que je l’ai sortie du ventre de Sandra, Sévan est ma fille.

Parce que j’ai pris auprès d’elle un engagement à vie, parce que je le sens, parce que je le revendique, Sévan est ma fille.

Parce que je l’aime d’un amour inconditionnel, Sévan est ma fille…

 

Mélanie

 

Témoignage de Nathalie (16)

17 Déc

Je vous parlerai d’Elle…

1999, l’homophobie et la haine se déchaînent dans le cadre des débats sur le PACS…

Elle a fait son coming-out et la passion lui a brûlé les ailes.

Elle va déposer un dernier baiser sur le front de ses neveux avant de mettre fin à ses jours.

Elle avale médicaments et alcool et ses yeux se ferment sur ces mots « Je n’verrai plus comme j’ai mal… »

Oui l’homophobie tue… en France aussi.

Dans l’ambulance, elle voit le visage de celui aux côtés duquel elle essaye depuis plusieurs mois de se convaincre qu’elle peut rentrer dans la norme, celle brandie par les homophobes, celle d’un couple supérieur aux autres…

Aux urgences, le premier visage qu’elle reconnait est celui de son frère, qui, lorsqu’elle lui a annoncé son homosexualité, lui a répondu que ce qui l’inquiétait c’était l’homophobie qu’elle aurait à subir.

Ensuite, elle rencontre à plusieurs reprises un psychiatre qui à chaque consultation la reçoit dans une pièce quasi vide : un bureau, deux chaises et un grand miroir. Ce praticien tente de lui faire comprendre que son reflet est celui d’une femme et qu’elle ne peut donc construire sa vie qu’avec un homme, que son homosexualité n’est qu’un passage…

L’introspection comme outil, elle chemine au fil de ces rendez-vous et comprend que l’on ne choisit pas l’homosexualité, on choisit de vivre et de se donner la possibilité de tenter d’être heureux.

Un jour, elle décide de ne plus aller à ces rendez-vous, depuis elle porte sa différence sur la peau…

La différence devient un emblème, elle n’a pas lieu de l’être et pourtant, quand les autres vous assènent la honte, elle peut le devenir… La fierté devient indispensable pour contrer la haine…

Elle rencontre une femme, la femme de sa vie. Celle auprès de laquelle elle va vivre les plus beaux comme les pires moments.

Elle construit sa vie entourée de sa famille qui l’a toujours soutenue.

Un jour, elle reconnait ce regard lorsqu’une collègue demande à quitter son poste précipitamment, elle reconnait cette détresse… elle se rend donc chez elle pour lui tenir la main, l’empêcher de commettre l’irréparable, lui permettre d’exprimer sa colère par les mots et non par les actes… Cette collègue deviendra son amie et elles partageront le secret de cette douloureuse expérience.

Elle se pacse… et le fête avec ses proches qui ont tous compris la force de cet amour, de cet engagement réciproque. Une cérémonie a lieu, une cérémonie privée puisque sa République ne lui permet pas la Mairie. Même si ce jour fut merveilleux, elle garde en elle le souvenir du Tribunal dans lequel elle reviendra…

Un jour, son palier est tagué… Elle découvre le message « Bienvenue chez les gouines ». L’homophobie est toujours là, tapie dans l’ombre…

Elle construit sa famille malgré tous les obstacles, elle se rend à l’étranger parce que sa République ne lui reconnaît pas les mêmes droits qu’aux autres.

Elle est accueillie par un pays bienveillant, son projet parental y est banal, elle respire enfin.

Portée par son amour, son trésor arrive et illumine sa vie. Dans ses yeux, nul doute qu’elle sera à jamais sa maman…

Alors qu’elle est âgée de 2 mois et demi, son trésor doit être hospitalisée d’urgence. La fièvre, l’état de santé sont inquiétants. Les médecins évoquent une possible malformation… Alors qu’elle s’apprête à entrer dans la salle d’échographie après son amour et sa fille, un membre du personnel de l’hôpital lui barre le chemin. Elle se met devant elle et lui dit : « il n’y a que les parents qui entrent » alors elle lui répond que cela tombe bien puisqu’elle est sa maman. Le ton monte et le médecin arrive… Le médecin comprend rapidement ce qui se passe et l’autorise à entrer en indiquant qu’elle a besoin de deux personnes pour maintenir l’enfant…

A cet instant, elle pense que la nounou a plus de droits qu’elle car lors de la signature de son contrat de travail, certaines autorisations lui ont été accordées afin de prendre en charge l’enfant en l’absence de ses parents.

Elles débutent une démarche de demande de Délégation d’Autorité Parentale. Elle doit faire appel à son entourage pour obtenir des témoignages justifiant qu’elle s’occupe de son trésor, qu’elle s’en occupe bien… elle doit rechercher tous les documents qui pourraient appuyer cette thèse… elle devra le prouver à des magistrats…

Elle rencontre un médecin si généreux qu’il la soutiendra tant qu’il le faudra, elle en rencontre d’autres qui refusent de lui tendre la main.

Elle court, s’inquiète, attend, pleure à chaque essai… Elle subit les injections quotidiennes, les prélèvements sanguins, les échographies… Les allers-retours sont éprouvants, le protocole pour la tentative suivante tendu alors que l’insémination est à peine terminée aussi…

Enfin, elle est enceinte et la famille va s’agrandir.

L’audience au tribunal a lieu entre deux essais, elle se dit que le second est peut être en route… 1 procureur, 3 juges et 1 greffier face à deux parents et leur accord… afin de décider si la Justice pouvait valider cet accord… Puis l’attente, interminable, jusqu’au jugement…

Le recommandé arrive et elle se dit qu’enfin elle est un tiers doté d’une délégation d’autorité parentale, ce n’est pas ce qu’elle est mais c’est uniquement ce que sa République lui permet d’espérer.

La famille est au complet, ses enfants illuminent sa vie.

2011, il faut tout recommencer, un autre dossier, dans l’autre sens…

Demander à un tribunal d’accepter qu’elle délègue son autorité parentale à un tiers, un tiers qui veille sur son fils depuis son premier souffle… Le parcours est plus difficile et elle va vivre une des journées les plus stressantes de sa vie. Le jour de l’audience alors qu’elle ne s’attend pas à la facilité mais pas non plus à cette épreuve, le greffier lui annonce que le Procureur s’oppose à sa demande.  L’année d’après le premier jugement favorable, dans le même tribunal, alors qu’elle va être entendue par le même juge… le Procureur s’est opposé à sa demande. Il s’agit de la même famille, des mêmes conditions de vie, du second enfant… et pourtant on lui annonce qu’elle va « droit dans le mur » à l’audience.

Elle et son amour se préparent, rédigent une plaidoirie sur une feuille de papier assises sur un banc dans les couloirs du tribunal… elle voit passer des personnes menottées et a l’impression que sa liberté l’est aussi… L’audience est théâtrale, l’argumentation lui donne le dessus, le Procureur renonce à s’opposer… et pourtant elle devra attendre… mai 2012… pour obtenir un jugement favorable.

Pourtant, au quotidien, sa vie de famille est ordinaire, deux parents qui travaillent et qui courent après le temps, deux enfants qui jouent et rêvent…

Des professionnels de santé, des professionnels de l’enfance, des voisins, des professeurs et des parents d’élèves, des commerçants, etc. au regard bienveillant car ils le constatent au quotidien : sa famille est une famille comme les autres ; ses enfants sont des enfants comme les autres…

2012, l’homophobie et la haine se déchaînent dans le cadre des débats sur le mariage…

Elle s’est engagée activement, elle milite pour l’Egalité, pour elle et pour sa famille.

« On ne naît pas homophobe, on le devient » selon Elio di Rupo.

Elle est persuadée que l’orientation sexuelle des parents ne nuit pas au développement des enfants, l’altérité n’est pas liée au sexe, des référents des deux sexes entourent ses enfants, cependant, elle s’inquiète pour eux. Ses enfants méritent un monde plus sûr, un monde où l’homophobie sera réellement condamnée.

Elle est convaincue que pour lutter contre l’homophobie, il faut cesser l’inégalité entre les sexes, entre les personnes, entre les familles, entre les enfants et entre les termes.

L’ouverture du mariage, de l’adoption, de la filiation et de la PMA aux couples de même sexe est une nécessité pour crier au monde que sa République refuse l’inégalité ; pour que ses enfants puissent le crier au monde !

Ses enfants doivent être protégés par sa République, qui est maintenant la leur.

Lors d’une de ses actions militantes, elle rencontre un jeune homme qui lui dit son incompréhension devant ces propos haineux relayés par la presse et qui ne sont pas condamnés, il lui dit qu’avant ses camarades de classe ne se souciaient pas de son homosexualité mais que maintenant il subit un relent d’homophobie dans son établissement scolaire…

Elle est très éprouvée par cet échange, elle pense à 1999 et elle se décide à vous parler d’Elle…

« L’ignorance mène à la peur, la peur à la haine, et la haine conduit à la violence. Voilà l’équation » selon Michael Moore.

Elle veut que s’arrête ce cercle vicieux, il est temps que les personnes LGBT ne soient plus victimes de la violence des autres.

Il est temps que leurs enfants soient protégés par leur République.

Il est temps que les hétérosexuels comprennent qu’elle ne les menace pas, qu’elle veut simplement avoir le droit de vivre et non de survivre…

 

Nathalie

 

Témoignage de Marion (15)

15 Déc

J’en ai assez de trembler

Aujourd’hui, j’ai eu à vérifier la fiche  de la base Elèves de deux de mes enfants.
Et je me suis pris une claque : pour l’éducation nationale, je suis une « collatérale », j’occupe la même place que la nourrice, derrière les grands-parents, parce que je n’ai aucun lien de sang ou lien juridique avec eux, alors que je les emmène tous les jours à l’école, je signe leurs cahiers, je discute avec les maîtresses de leur comportement à l’école ! Leur grand-mère le fait-elle ? Non… Ce n’est pas son rôle.

Et en début d’année, je me suis pris une autre claque : je n’ai pas eu le droit de voter aux élections de parents d’élèves… Ce n’est pourtant pas grand chose mais ça m’a profondément blessée qu’on me refuse de m’impliquer dans la vie de l’école alors que je participe à l’éducation de mes enfants autant que ma compagne !

Récemment, j’ai emmené mon fils aîné subir une petite intervention chirurgicale. J’ai signé l’autorisation d’intervenir et les papiers de sortie en tremblant : on aurait pu me refuser de signer ces papiers, car je ne dispose pas de l’autorité parentale. Ce qui m’a sauvé, c’est que les enfants figurent sur ma carte vitale. Et s’il arrivait un accident grave ? Ca arrive avec des enfants turbulents… C’est arrivé… Chaque fois c’est ma compagne qui les a emmenés à l’hôpital. Que se passerait-il si elle n’était pas disponible ?

Mes trois garçons, je les ai voulus avec ma compagne, quoi qu’on dise, ils sont le fruit de notre amour (mais non nous ne mentons pas à nos enfants : il a fallu un gentil donneur pour qu’ils existent et ils le savent très bien).  Après 5 ans de vie commune, comme beaucoup de couples, nous avons souhaité fonder une famille. A la différence de la plupart des couples hétéro, nous nous sommes beaucoup interrogées : sur notre capacité à élever des enfants, sur le regard que portera sur eux une société en retard sur beaucoup d’autres, sur l’absence de père…
Aujourd’hui je suis fière de ma famille, de mes enfants, de ce que nous avons réussi avec ma compagne. Mes enfants m’appellent maman (et ne font aucune confusion entre leurs deux mamans !), mais ils ont du mal à comprendre que je n’aie pas de droits… Et je tremble à l’idée qu’il arrive quelque chose à ma compagne, ou que l’on se sépare…

J’en ai assez de ne pas avoir de statut juridique, de ne pas être reconnue comme parent, de ne pas avoir les mêmes droits que tout parent, de trembler.

Nous ne tenons pas particulièrement à nous marier, nous voudrions avoir le choix comme tout citoyen, nous voudrions que la loi nous reconnaisse comme deux parents sans avoir à passer par une procédure d’adoption longue et lourde et qui plus est tributaire du bon vouloir d’un juge… Mais si c’est la seule voie pour pouvoir adopter MES enfants, alors nous nous marierons. Et nous ferons la fête : nos enfants en rêvent !

Marion, maman d’Augustin (bientôt 8 ans), Niels et Baptiste (5 ans) et en couple depuis 15 ans ! (je crois qu’on peut parler de couple stable…)

 

Témoignage de Valérie (14)

14 Déc

A l’adresse des opposants au mariage qui pensent ne pas être homophobes, beaucoup de questions me viennent aux lèvres.

Je suis maman d’un petit garçon. J’ai été mariée avec son père et j’ai décidé de vivre mon homosexualité. A en entendre les discours quotidiens que suscitent les débats actuels, je pourrais être le mal incarné. J’entends tous les jours que je suis une moins bonne mère depuis que j’ai décidé de divorcer, que j’en serai encore une moins bonne lorsque je pourrai enfin vivre cet amour avec ma compagne qui est aujourd’hui à distance, et j’aimerais bien comprendre en quoi.

En quoi vivre déprimée, voire dépressive, car en désaccord avec moi-même, ferait de moi une meilleure maman, sous prétexte que j’aurais un conjoint de sexe masculin?
En quoi m’autonomiser, me trouver, m’assumer telle que je suis serais moins bon pour mon fils?
En quoi enfin, partager la route qui me reste à parcourir avec la personne que j’aime et qui m’aime, avoir son soutien dans l’éducation et les tâches quotidiennes serait nuisible à mon fils?
En quoi me marier avec cette femme serait préjudiciable alors que si cette nouvelle personne avait été un homme non? Parce qu’il faut un modèle masculin? Mais il y en a de toute façon.
Mon fils dispose et disposera toujours de nombreux modèles masculins et hétérosexuels dans son entourage, son père qui l’a la moitié du temps mais également ses grands-pères, ses oncles et de nombreux amis.

Je ne prétends pas que je suis une maman parfaite, mais ce n’est pas mon orientation sexuelle ni la personne avec qui je vais vivre qui vont changer ça. Je fais de mon mieux avec ce que je suis. Comme toute maman. Comme tout parent. Je donne à mon fils l’attention et l’amour dont il a besoin. Je lui assure sa subsistance, parfois en me privant, je l’amène à l’école, je l’amène chez le médecin, je lui apprends tolérance, vie en communauté, je joue avec lui… Ni mieux ni moins bien que les autres parents.

Mon mariage ne va pas non plus venir remettre en question vos couples. Vivre ma vie heureuse ne va pas vous rendre plus malheureux. Le nombre de personnes homosexuelles ne va pas exploser, ce n’est pas contagieux. Je ne viens pas remettre en question l’organisation au sein de votre foyer, ni donner mon avis sur la personne avec qui vous devriez vivre. Ce que vous, par contre, prétendez faire à mon égard. Je prétends juste avoir le droit de faire le même choix pour moi que vous l’avez fait pour vous, parce que mon amour vaut bien le vôtre, parce que je suis un être humain comme vous, pas un être mineur à la place de qui on doit choisir, non, un être humain comme vous, majeur, vacciné, autonome, qui a le droit de décider de sa vie tant qu’il ne nuit pas à autrui. Vous ne pouvez pas à la fois me refuser ce choix et prétendre que vous n’êtes pas homophobes. Me refuser le bonheur de construire ma vie et prétendre que ma sexualité vous est indifférente.

Et si vous prétendez que la seule chose qui vous importe c’est le bien de l’enfant, sachez que mon fils apprécie ma compagne, qu’il se porte bien, qu’il se comporte bien comme un garçon, qu’il est dans sa tête aussi grand, fort et costaud que les autres petits garçons.

Et est-ce que c’est pour le bien des enfants que vous clamez hauts et forts aux jeunes homosexuels que vous allez vous battre contre leur droit à construire leur avenir? Si c’est votre propre enfant qui est homosexuel, préférez-vous le voir malheureux plutôt que marié? Ou bien mort plutôt que parent? Et s’il meurt de n’avoir pas osé vous le dire? Est-ce vraiment pour le bien des enfants que vous vous battez ou pour votre propre confort?

Valérie