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Autriche: Les couples homos à égalité avec les couples hétéros pour l’adoption

23 Jan

Article de Yagg du 14 janvier 2015

« La Cour constitutionnelle a jugé qu’il était illégal d’empêcher les couples homosexuels d’adopter sur le fondement de leur orientation sexuelle. »

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Le Luxembourg autorise le mariage homosexuel

21 Juin

Article du Monde du 18 juin 2014

 

« Le Luxembourg a autorisé mercredi 18 juin le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels, rejoignant ainsi dix autres pays européens.

Le projet de loi, qui stipule que « deux personnes de sexes différents ou de même sexe peuvent contracter mariage », a été voté par une large majorité de cinquante-six voix contre quatre. Il permet aussi aux couples de même sexe d’adopter des enfants, ce qui constituait l’un des points les plus controversés du texte. »

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Témoignage de Marjolaine (n°9)

4 Fév

Premier chapitre

Ce soir, le moral n’y est pas ; j’ai l’impression d’avoir subi une violence terrible, d’être absolument désarmée pour m’en protéger, d’avoir d’autant moins de hargne à me défendre que j’ai moi-même du, sciemment, agir contre mon gré, contre mes opinions, contre mon choix de vie.

Que les autres n’y comprennent rien, prennent cela à la rigolade alourdit encore la sourde angoisse que génère l’acte que je viens de commettre.

J’ai l’impression d’être flouée, dépossédée de ma liberté de mouvements, d’avoir du me parjurer, d’être une traitre à la cause, enfin, bref, cela m’est insupportable.

Et pourtant nos subconscients ont vaillamment résisté, eux, si l’on songe que nous avons du nous y reprendre à de nombreuses fois avant de parvenir enfin à déposer notre dossier de mariage en mairie.

Je vous épargnerai les premières tentatives avortées mais les dernières valent leur pesant de rires (amers) :

Mardi dernier en huit (nous ne disposons de temps commun sur les horaires d’ouverture que le mardi après midi entre 14 et 16h00), notre dossier est enfin complet. Nous nous présentons au guichet des mariages. L’employée nous demande de produire les pièces obligatoires (pièces d’identités, justificatif de domicile, extraits d’acte de naissance, etc.). Nous nous apercevons que l’extrait d’acte de naissance de ma compagne a mystérieusement disparu de la pochette. Comme j’ai à faire au centre ville, elle propose de faire l’aller et retour jusqu’à la maison pour prendre ce fichu papier. Trente minutes plus tard, elle me téléphone : Elle l’a déniché. Une heure plus tard, nous nous retrouvons devant le bureau. L’employée prend l’extrait d’acte de naissance et nous découvrons que c’est soit un acte de naissance, mais qu’il s’agit d’un des miens datant de plus de trois mois.

Mardi dernier, nous retournons à la mairie, avec nos actes de naissance respectifs et pas « périmés », et là, je ne retrouve pas ma carte d’identité (laissée le midi même ainsi que tout mon portefeuille au domicile de copains chez lesquels j’ai déjeuné). Pas le temps de faire l’aller et retour.

Et là, nous sommes jeudi, le dossier est enfin déposé, et j’ai les boules.

Bon, je n’ai pas pu laisser vierge la case : Enfants du couple, j’ai écrit bien proprement les prénoms, noms et dates de naissance des filles, mais toute gênée, l’employée m’a « fait comprendre » qu’elle ne pouvait laisser écrit « enfants du couple » pour des enfants de notre couple.

Lorsqu’elle nous a demandé si nous voulions passer des musiques particulières, j’ai bien essayé de suggérer « Ni Dieu ni maître » ou « Société, tu m’auras pas ! », mais j’ai failli me prendre un coup de coude dans les côtes en plus du regard courroucé de ma compagne, qui n’aime pas les esclandres, ni les remarques improductives.

Dire qu’il y en a plein qui ont des enfants légitimes hors mariage et que nous, nous n’en avons pas le droit. Dire qu’on va devenir les gens les plus rangés des voitures (un mariage ? Deux bagnoles ? Un caniche ? Deux enfants. Une bagnole ? Une télé ? Un permis de chasse ? Un pavillon de banlieue ?) après des siècles de mise au ban de la société ! Dire que dans deux semaines, ils publieront les bans et qu’il va falloir dire « oui » alors que spontanément, je n’aurai jamais eu l’idée de m’alourdir de fers institutionnels. Depuis quand a-t-on besoin de l’accord de l’état pour s’aimer, de preuves, de contrat devant la loi pour savoir ce qui est le mieux pour nous deux ?

Je crois que c’est cette idée, de devoir attester publiquement de mon amour et de m’attacher à l’état par le mariage qui me répugne profondément. Je n’ai rien à prouver ni à crier sur les toits et je préfère a priori le maquis à la grand place. Sauf que là, aujourd’hui, en France, la discrimination dont nous sommes victimes ne laisse pas le choix : Pour être mère de ses enfants, il est obligatoire de se marier.

Nous nous marions dans trois semaines, mais après les démarches d’adoption, aurons-nous encore les moyens financiers de divorcer ?

Marjolaine

Témoignage de Maud (22)

3 Jan

J’ai vécu dix ans avec une femme. Nous nous sommes rencontrées et nous avons su très rapidement que nous fonderions une famille ensemble. Nous savions avant même de l’envisager que ce serait un combat à mener pour que nous puissions devenir mères.

Dès le départ, nous avons décidé d’un accord commun que je porterai nos enfants. Elle voulait être mère, mais elle ne voulait pas être enceinte. Cela ne me posait aucun problème car mon désir de maternité était vraiment très fort.

Un premier parcours durant lequel il a fallu batailler pour trouver des infos, encore rares sur le net. Déterminer aussi comment nous souhaitions être mères.  Elle m’a dit très rapidement qu’un donneur c’est ce qui lui semblait le mieux, qu’elle puisse avoir son rôle de mère sans avoir à partager son enfant avec une tiers personne.
Il y a dix ans, dans un tel début de parcours, on se sentait bien seules avec nos questions et nos doutes, pour autant, notre détermination était la plus forte.
Puis c’est à cette même époque que les premiers forums ont vu le jour, et que les premiers contacts avec d’autres couples dans la même situation que nous ont été possibles. Dès lors, nous nous sommes senties portées par cela… nous pouvions échanger sur nos difficultés, lire le témoignage de celles déjà mères, être encouragées et cela a été vraiment très important pour la suite.

Nous avons trouvé notre donneur et à l’issu d’un an d’un parcours éprouvant, nous avons eu notre première fille. Elle a huit ans aujourd’hui.
Lorsque l’on est homosexuelle avec un désir d’enfant, on se pose des tonnes de questions avant la conception, pendant la conception et même encore pendant la grossesse. A l’instant où vous devenez mère,  il n’y a plus de questions, juste l’évidence.
Cette enfant est là, nous l’avons désirée, et nous allons l’aimer. Plus de doutes, nous serons assez fortes pour cela.

Soutenues par notre entourage, par les institutions que nous fréquentons au quotidien, nous n’avons jamais eu de soucis. Tout le monde a toujours joué le jeu et fermé les yeux sur l’absence de droit de mon ex compagne.

Nous avons voulu un deuxième enfant. Un combat de plus. Il nous aura fallu trois longues années pour parvenir à être mères à nouveau. Et puis un jour, notre deuxième fille est arrivée. Elle a trois ans aujourd’hui.

Et nous avons poursuivi notre vie comme elle l’était jusque-là.  Oubliant presque l’absence de droit de l’autre maman de mes filles.  Elle était mère au quotidien. Tout comme moi.

Nos enfants sont issues de notre désir à toutes les deux. Elles ont vu le jour après des combats que nous avons menés ensemble, des échecs que nous avons encaissés ensemble. Dès leurs naissances, nous avons été deux à nous en occuper, à nous lever la nuit, à les emmener  chez le médecin, à la crèche, puis à l’école…. Il n’y a rien qui ne peut dissocier notre implication à l’une ou l’autre.

La seule et unique différence c’est que je les ai portées. Mais je ne les aurais jamais portées sans elle. Elle les a portées dans son cœur. C’est ce que nous avons toujours expliqué à nos filles.

Seulement voilà, après dix de vie commune, nous nous sommes séparées. C’est la vie.

Et cette absence de droit, pour mon ex compagne, c’est maintenant que nous en mesurons vraiment toutes les conséquences.

Nous nous entendons bien.  Et c’est là toute la chance que nous avons.
Parce qu’elle n’a toujours pas de droits sur ces enfants qu’elle élève depuis huit ans.  Et qu’à présent plus rien ne la protège. Même plus moi.

Nous avons décidé de mettre en place une garde alternée. Ce qui implique que la moitié du temps, elle continue de s’occuper de ses filles, de s’impliquer dans leur éducation, de s’organiser quand l’une est malade, parce qu’évidement, les journées « enfants malades » c’est exclu.

Elle s’occupe de ses filles sans aucun cadre. Sachant très bien que tout repose sur notre entente. Sachant très bien que je pourrais du jour au lendemain la priver de ses filles. C’est important pour moi de préciser cela, car même si c’est une chose que je ne ferai jamais, j’ai eu trop d’exemples autour de moi de couples qui se promettent que l’autre parent sera toujours le parent. Puis la séparation arrive, avec la mésentente et alors un parent se retrouve coupé de ses enfants sans recours possible.  Il est impératif de protéger les enfants de cela.

Non, je ne lui ferai pas ça. Mais elle vit tout de même avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête.  Toute sa vie de mère repose sur le fait que nous nous entendions bien.

Aujourd’hui, ce qui est important pour moi c’est qu’un jour elle devienne l’autre parent légal de nos filles. A parts égales. Elle l’est depuis huit ans. Elle n’a pas besoin de prouver davantage son implication. Je veux que lorsque je m’absente, lorsque je n’ai pas les filles chez moi, elle puisse être libre de prendre des décisions importantes et médicales si c’est nécessaire. Je ne veux plus écrire de lettre pour l’y autoriser comme j’ai dû me résoudre à le faire lorsque je me suis absentée plusieurs semaines. Parce que c’est une aberration pour moi.

Elle et moi, on ne se mariera pas. Et on ne fera pas non plus de faux mariage pour accéder à l’adoption. Parce qu’il est juste impossible d’expliquer à nos filles qui apprennent à vivre cette séparation, que nous allons nous marier pour qu’elles puissent être mieux protégées.  Elles n’y comprendraient plus rien.

Ce que je veux aujourd’hui, c’est la reconnaissance de l’autre parent  d’emblée. Dès la naissance de ses enfants. Sans parcours d’adoption, sans avoir à se justifier ou à constituer un dossier. Une reconnaissance entière dès le début.  Et rétro active pour les enfants déjà nés.

Parce que mes filles ont deux mamans. Et il n’y en a pas une qui est plus importante que l’autre.  Seulement, il y en a une qui l’est sans que cela ne soit reconnu.
Maintenant que nous sommes séparées,  il devient très très important que mon ex compagne puisse devenir elle aussi un parent légal. Il en va de la protection et de la sécurité de nos filles.

Maud

Lucien, 6 ans et 2 papas

2 Jan

http://yagg.com/2012/12/31/radio-lucien-6-ans-et-2-papas/

2papa-KimRoselier-France-Inter-bigPour le 7e épisode de son feuilleton documentaire, 2013 année folle, diffusé jeudi 27 décembre sur France Inter, Baptiste Etchegaray a rencontré une famille homoparentale. Eric et Stéphane ont adopté Lucien, né au Congo Kinshasa il y a 6 ans.

Pour écouter cette émission, cliquez sur le lien ci-dessous:

http://yagg.com/2012/12/31/radio-lucien-6-ans-et-2-papas/

Christiane Taubira s’enflamme pour les familles homoparentales à l’Assemblée nationale

19 Déc

http://yagg.com/2012/12/19/christiane-taubira-senflamme-pour-les-familles-homoparentales-a-lassemblee-nationale/

Le député UMP du Rhône Bernard Perrut a profité de la séance de questions au gouvernement pour interroger le Premier ministre sur le projet de loi ouvrant le mariage et l’adoption à tous les couples.

L’OPPOSITION ABSENTE DES DÉBATS
Le parlementaire a cité l’entrepreneur Pierre Bergé qui avait soutenu la grossesse pour autrui dimanche lors de la marche pour l’égalité en déclarant: «Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence?». «Que voulez-vous réellement faire avec cette réforme?», a demandé le député avant de réclamer «un grand débat public». Bernard Perrut a par ailleurs accusé le gouvernement de nier «la réalité biologique de la différence des sexes» au nom d’une «conception spécifique de l’égalité entre adultes» et de «faire disparaître les termes de “père” et “mère”»  de la loi.

Pour lire la suite: http://yagg.com/2012/12/19/christiane-taubira-senflamme-pour-les-familles-homoparentales-a-lassemblee-nationale/

Voir la vidéo: http://www.dailymotion.com/video/xw2irx_christiane-taubira-s-enflamme-pour-les-familles-homoparentales-a-l-assemblee-nationale_news

Témoignage de Stéphanie (18)

19 Déc

Trois combats pour une vie

 

Croyez vous que l’Amour se définisse par un sexe ??

Non …

Si j’avais pu choisir, pensez-vous que j’aurais choisi d’aimer une femme ? Avec toutes les difficultés que cela comporte … oh que non …

C’était mon premier combat : l’acceptation… pour moi mais aussi pour mon entourage.

Mais voilà, c’est ainsi et j’en suis ravie… parce que c’est elle d’abord et qu’elle est merveilleuse et unique… mais aussi parce que cet amour a fait de moi celle que je suis aujourd’hui, une femme qui a pris confiance en elle et surtout, une maman.

Oui c’est elle qui m’a permis de devenir mère… et voilà notre second combat qui pointe le bout de son nez.

Nous avions ce projet, ce formidable projet d’avoir un enfant.

Un projet qui s’est révélé très long à réaliser …

10 ans d’envie viscérale de fonder notre famille, 6 ans de parcours du combattant entre examens médicaux, aller-retour en Belgique, attente, déception pour cause d’échecs répétés, euros dépensés … La douleur et le vide s’accumulent … je suis triste. Profondément. L’attente est interminable, insoutenable. Je le veux tant cet enfant …

Elle reste là, aussi présente sinon plus. Elle souffre aussi, beaucoup, mais en silence pour me protéger. Je sais qu’elle se sent impuissante et qu’elle voudrait soulever des montagnes.

Notre amour est une force et nous porte pour continuer.

Les membres de ma famille, les amis deviennent parents… tout autour de moi : des enfants… tous plus beaux les uns que les autres… et moi ? Et nous ?

Enfin …… oui enfin ce bonheur frappe à notre porte et nous accueillons notre bébé de l’Amour.

Malgré la joie intense, nous nous heurtons aux premières difficultés de famille homoparentale : les non droits pour Elle … Voici notre troisième combat qui commence.

2 jours après la naissance de notre enfant, Elle va à l’Hôtel de Ville déclarer SON fils…

De mon côté, dans ma chambre de maternité, un coup de téléphone… l’agent d’état civil de la Mairie m’appelle. Elle est en face de ma compagne, et me demande de confirmer ce qu’elle est en train de lui expliquer… Elle a beau être en possession d’un papier écrit de la main du médecin obstétricien qui m’a accouchée expliquant sa présence au bloc, près de moi (et de tout ce qui a suivi : le peau à peau durant 2h avec son bébé, les premiers soins, les premiers regards…), mais cela ne sert à rien, il faut que cette personne entende de ma bouche qu’elle a le droit de déclarer son enfant, qu’elle est sa maman.

Combien de temps ce troisième combat durera ? Un an ? Deux ? Dix ? Ou toute une vie ?

Pourquoi ce combat a-t- lieu d’être ?

Qu’y a-t-il de particulier à être un couple qui s’aime et qui désire avoir un enfant ?

Pourquoi notre famille n’est-elle pas reconnue ?

Mais pourquoi ? En quoi cela dérange ? Nous ne demandons qu’à vivre comme les autres, rien de plus, rien de moins …

Ce troisième combat, ne sera pas le plus facile, mais une chose est certaine, nous sommes trois, c’est notre force et nous nous battrons jusqu’au bout pour le remporter.

 

Stéphanie

 

 

Photos des EAC à la manif de Paris-16 décembre

18 Déc

Témoignage de Mélanie (17)

18 Déc

« Ma fille »

Biologiquement et légalement, Sévan n’est pas ma fille. Dans les faits et dans le sens, Sévan est ma fille. Pas facile de dépasser nos schémas traditionnels de filiation.

Si un enfant est issu de la chair de ses parents, alors Sévan n’est pas ma fille.

Si un enfant n’est reconnu que par la loi, Sévan n’est pas (encore) ma fille. Mais si un enfant est reconnu par ses parents, Sévan est bien ma fille !

Si un enfant est désiré par ses parents, Sévan est ma fille.
Si un enfant est issu de l’amour de ses parents, Sévan est ma fille.
Si un enfant est élevé et choyé par ses parents, Sévan est ma fille.

Si on n’a qu’une seule maman, je ne suis pas sa maman mais son second parent. Je suis sa « maman Nanie ». Je n’ai pas le même rôle que Sandra mais j’ai un rôle de parent.

Si un jour je porte un enfant, il ne sera pas plus mon enfant que Sévan, je ne l’aimerai pas plus et ne m’en sentirai pas plus responsable.

Parce que Sandra n’aurait pas fait un enfant seule, parce qu’elle l’a fait car elle était amoureuse de moi, parce que nous avons choisi ensemble qu’elle le porterait et comment il serait conçu, parce que j’ai réfléchi, désiré et aidé à concevoir cet enfant, parce que je l’ai sortie du ventre de Sandra, Sévan est ma fille.

Parce que j’ai pris auprès d’elle un engagement à vie, parce que je le sens, parce que je le revendique, Sévan est ma fille.

Parce que je l’aime d’un amour inconditionnel, Sévan est ma fille…

 

Mélanie

 

Témoignage de Nathalie (16)

17 Déc

Je vous parlerai d’Elle…

1999, l’homophobie et la haine se déchaînent dans le cadre des débats sur le PACS…

Elle a fait son coming-out et la passion lui a brûlé les ailes.

Elle va déposer un dernier baiser sur le front de ses neveux avant de mettre fin à ses jours.

Elle avale médicaments et alcool et ses yeux se ferment sur ces mots « Je n’verrai plus comme j’ai mal… »

Oui l’homophobie tue… en France aussi.

Dans l’ambulance, elle voit le visage de celui aux côtés duquel elle essaye depuis plusieurs mois de se convaincre qu’elle peut rentrer dans la norme, celle brandie par les homophobes, celle d’un couple supérieur aux autres…

Aux urgences, le premier visage qu’elle reconnait est celui de son frère, qui, lorsqu’elle lui a annoncé son homosexualité, lui a répondu que ce qui l’inquiétait c’était l’homophobie qu’elle aurait à subir.

Ensuite, elle rencontre à plusieurs reprises un psychiatre qui à chaque consultation la reçoit dans une pièce quasi vide : un bureau, deux chaises et un grand miroir. Ce praticien tente de lui faire comprendre que son reflet est celui d’une femme et qu’elle ne peut donc construire sa vie qu’avec un homme, que son homosexualité n’est qu’un passage…

L’introspection comme outil, elle chemine au fil de ces rendez-vous et comprend que l’on ne choisit pas l’homosexualité, on choisit de vivre et de se donner la possibilité de tenter d’être heureux.

Un jour, elle décide de ne plus aller à ces rendez-vous, depuis elle porte sa différence sur la peau…

La différence devient un emblème, elle n’a pas lieu de l’être et pourtant, quand les autres vous assènent la honte, elle peut le devenir… La fierté devient indispensable pour contrer la haine…

Elle rencontre une femme, la femme de sa vie. Celle auprès de laquelle elle va vivre les plus beaux comme les pires moments.

Elle construit sa vie entourée de sa famille qui l’a toujours soutenue.

Un jour, elle reconnait ce regard lorsqu’une collègue demande à quitter son poste précipitamment, elle reconnait cette détresse… elle se rend donc chez elle pour lui tenir la main, l’empêcher de commettre l’irréparable, lui permettre d’exprimer sa colère par les mots et non par les actes… Cette collègue deviendra son amie et elles partageront le secret de cette douloureuse expérience.

Elle se pacse… et le fête avec ses proches qui ont tous compris la force de cet amour, de cet engagement réciproque. Une cérémonie a lieu, une cérémonie privée puisque sa République ne lui permet pas la Mairie. Même si ce jour fut merveilleux, elle garde en elle le souvenir du Tribunal dans lequel elle reviendra…

Un jour, son palier est tagué… Elle découvre le message « Bienvenue chez les gouines ». L’homophobie est toujours là, tapie dans l’ombre…

Elle construit sa famille malgré tous les obstacles, elle se rend à l’étranger parce que sa République ne lui reconnaît pas les mêmes droits qu’aux autres.

Elle est accueillie par un pays bienveillant, son projet parental y est banal, elle respire enfin.

Portée par son amour, son trésor arrive et illumine sa vie. Dans ses yeux, nul doute qu’elle sera à jamais sa maman…

Alors qu’elle est âgée de 2 mois et demi, son trésor doit être hospitalisée d’urgence. La fièvre, l’état de santé sont inquiétants. Les médecins évoquent une possible malformation… Alors qu’elle s’apprête à entrer dans la salle d’échographie après son amour et sa fille, un membre du personnel de l’hôpital lui barre le chemin. Elle se met devant elle et lui dit : « il n’y a que les parents qui entrent » alors elle lui répond que cela tombe bien puisqu’elle est sa maman. Le ton monte et le médecin arrive… Le médecin comprend rapidement ce qui se passe et l’autorise à entrer en indiquant qu’elle a besoin de deux personnes pour maintenir l’enfant…

A cet instant, elle pense que la nounou a plus de droits qu’elle car lors de la signature de son contrat de travail, certaines autorisations lui ont été accordées afin de prendre en charge l’enfant en l’absence de ses parents.

Elles débutent une démarche de demande de Délégation d’Autorité Parentale. Elle doit faire appel à son entourage pour obtenir des témoignages justifiant qu’elle s’occupe de son trésor, qu’elle s’en occupe bien… elle doit rechercher tous les documents qui pourraient appuyer cette thèse… elle devra le prouver à des magistrats…

Elle rencontre un médecin si généreux qu’il la soutiendra tant qu’il le faudra, elle en rencontre d’autres qui refusent de lui tendre la main.

Elle court, s’inquiète, attend, pleure à chaque essai… Elle subit les injections quotidiennes, les prélèvements sanguins, les échographies… Les allers-retours sont éprouvants, le protocole pour la tentative suivante tendu alors que l’insémination est à peine terminée aussi…

Enfin, elle est enceinte et la famille va s’agrandir.

L’audience au tribunal a lieu entre deux essais, elle se dit que le second est peut être en route… 1 procureur, 3 juges et 1 greffier face à deux parents et leur accord… afin de décider si la Justice pouvait valider cet accord… Puis l’attente, interminable, jusqu’au jugement…

Le recommandé arrive et elle se dit qu’enfin elle est un tiers doté d’une délégation d’autorité parentale, ce n’est pas ce qu’elle est mais c’est uniquement ce que sa République lui permet d’espérer.

La famille est au complet, ses enfants illuminent sa vie.

2011, il faut tout recommencer, un autre dossier, dans l’autre sens…

Demander à un tribunal d’accepter qu’elle délègue son autorité parentale à un tiers, un tiers qui veille sur son fils depuis son premier souffle… Le parcours est plus difficile et elle va vivre une des journées les plus stressantes de sa vie. Le jour de l’audience alors qu’elle ne s’attend pas à la facilité mais pas non plus à cette épreuve, le greffier lui annonce que le Procureur s’oppose à sa demande.  L’année d’après le premier jugement favorable, dans le même tribunal, alors qu’elle va être entendue par le même juge… le Procureur s’est opposé à sa demande. Il s’agit de la même famille, des mêmes conditions de vie, du second enfant… et pourtant on lui annonce qu’elle va « droit dans le mur » à l’audience.

Elle et son amour se préparent, rédigent une plaidoirie sur une feuille de papier assises sur un banc dans les couloirs du tribunal… elle voit passer des personnes menottées et a l’impression que sa liberté l’est aussi… L’audience est théâtrale, l’argumentation lui donne le dessus, le Procureur renonce à s’opposer… et pourtant elle devra attendre… mai 2012… pour obtenir un jugement favorable.

Pourtant, au quotidien, sa vie de famille est ordinaire, deux parents qui travaillent et qui courent après le temps, deux enfants qui jouent et rêvent…

Des professionnels de santé, des professionnels de l’enfance, des voisins, des professeurs et des parents d’élèves, des commerçants, etc. au regard bienveillant car ils le constatent au quotidien : sa famille est une famille comme les autres ; ses enfants sont des enfants comme les autres…

2012, l’homophobie et la haine se déchaînent dans le cadre des débats sur le mariage…

Elle s’est engagée activement, elle milite pour l’Egalité, pour elle et pour sa famille.

« On ne naît pas homophobe, on le devient » selon Elio di Rupo.

Elle est persuadée que l’orientation sexuelle des parents ne nuit pas au développement des enfants, l’altérité n’est pas liée au sexe, des référents des deux sexes entourent ses enfants, cependant, elle s’inquiète pour eux. Ses enfants méritent un monde plus sûr, un monde où l’homophobie sera réellement condamnée.

Elle est convaincue que pour lutter contre l’homophobie, il faut cesser l’inégalité entre les sexes, entre les personnes, entre les familles, entre les enfants et entre les termes.

L’ouverture du mariage, de l’adoption, de la filiation et de la PMA aux couples de même sexe est une nécessité pour crier au monde que sa République refuse l’inégalité ; pour que ses enfants puissent le crier au monde !

Ses enfants doivent être protégés par sa République, qui est maintenant la leur.

Lors d’une de ses actions militantes, elle rencontre un jeune homme qui lui dit son incompréhension devant ces propos haineux relayés par la presse et qui ne sont pas condamnés, il lui dit qu’avant ses camarades de classe ne se souciaient pas de son homosexualité mais que maintenant il subit un relent d’homophobie dans son établissement scolaire…

Elle est très éprouvée par cet échange, elle pense à 1999 et elle se décide à vous parler d’Elle…

« L’ignorance mène à la peur, la peur à la haine, et la haine conduit à la violence. Voilà l’équation » selon Michael Moore.

Elle veut que s’arrête ce cercle vicieux, il est temps que les personnes LGBT ne soient plus victimes de la violence des autres.

Il est temps que leurs enfants soient protégés par leur République.

Il est temps que les hétérosexuels comprennent qu’elle ne les menace pas, qu’elle veut simplement avoir le droit de vivre et non de survivre…

 

Nathalie

 

Témoignage de Marion (15)

15 Déc

J’en ai assez de trembler

Aujourd’hui, j’ai eu à vérifier la fiche  de la base Elèves de deux de mes enfants.
Et je me suis pris une claque : pour l’éducation nationale, je suis une « collatérale », j’occupe la même place que la nourrice, derrière les grands-parents, parce que je n’ai aucun lien de sang ou lien juridique avec eux, alors que je les emmène tous les jours à l’école, je signe leurs cahiers, je discute avec les maîtresses de leur comportement à l’école ! Leur grand-mère le fait-elle ? Non… Ce n’est pas son rôle.

Et en début d’année, je me suis pris une autre claque : je n’ai pas eu le droit de voter aux élections de parents d’élèves… Ce n’est pourtant pas grand chose mais ça m’a profondément blessée qu’on me refuse de m’impliquer dans la vie de l’école alors que je participe à l’éducation de mes enfants autant que ma compagne !

Récemment, j’ai emmené mon fils aîné subir une petite intervention chirurgicale. J’ai signé l’autorisation d’intervenir et les papiers de sortie en tremblant : on aurait pu me refuser de signer ces papiers, car je ne dispose pas de l’autorité parentale. Ce qui m’a sauvé, c’est que les enfants figurent sur ma carte vitale. Et s’il arrivait un accident grave ? Ca arrive avec des enfants turbulents… C’est arrivé… Chaque fois c’est ma compagne qui les a emmenés à l’hôpital. Que se passerait-il si elle n’était pas disponible ?

Mes trois garçons, je les ai voulus avec ma compagne, quoi qu’on dise, ils sont le fruit de notre amour (mais non nous ne mentons pas à nos enfants : il a fallu un gentil donneur pour qu’ils existent et ils le savent très bien).  Après 5 ans de vie commune, comme beaucoup de couples, nous avons souhaité fonder une famille. A la différence de la plupart des couples hétéro, nous nous sommes beaucoup interrogées : sur notre capacité à élever des enfants, sur le regard que portera sur eux une société en retard sur beaucoup d’autres, sur l’absence de père…
Aujourd’hui je suis fière de ma famille, de mes enfants, de ce que nous avons réussi avec ma compagne. Mes enfants m’appellent maman (et ne font aucune confusion entre leurs deux mamans !), mais ils ont du mal à comprendre que je n’aie pas de droits… Et je tremble à l’idée qu’il arrive quelque chose à ma compagne, ou que l’on se sépare…

J’en ai assez de ne pas avoir de statut juridique, de ne pas être reconnue comme parent, de ne pas avoir les mêmes droits que tout parent, de trembler.

Nous ne tenons pas particulièrement à nous marier, nous voudrions avoir le choix comme tout citoyen, nous voudrions que la loi nous reconnaisse comme deux parents sans avoir à passer par une procédure d’adoption longue et lourde et qui plus est tributaire du bon vouloir d’un juge… Mais si c’est la seule voie pour pouvoir adopter MES enfants, alors nous nous marierons. Et nous ferons la fête : nos enfants en rêvent !

Marion, maman d’Augustin (bientôt 8 ans), Niels et Baptiste (5 ans) et en couple depuis 15 ans ! (je crois qu’on peut parler de couple stable…)

 

Témoignage de Valérie (14)

14 Déc

A l’adresse des opposants au mariage qui pensent ne pas être homophobes, beaucoup de questions me viennent aux lèvres.

Je suis maman d’un petit garçon. J’ai été mariée avec son père et j’ai décidé de vivre mon homosexualité. A en entendre les discours quotidiens que suscitent les débats actuels, je pourrais être le mal incarné. J’entends tous les jours que je suis une moins bonne mère depuis que j’ai décidé de divorcer, que j’en serai encore une moins bonne lorsque je pourrai enfin vivre cet amour avec ma compagne qui est aujourd’hui à distance, et j’aimerais bien comprendre en quoi.

En quoi vivre déprimée, voire dépressive, car en désaccord avec moi-même, ferait de moi une meilleure maman, sous prétexte que j’aurais un conjoint de sexe masculin?
En quoi m’autonomiser, me trouver, m’assumer telle que je suis serais moins bon pour mon fils?
En quoi enfin, partager la route qui me reste à parcourir avec la personne que j’aime et qui m’aime, avoir son soutien dans l’éducation et les tâches quotidiennes serait nuisible à mon fils?
En quoi me marier avec cette femme serait préjudiciable alors que si cette nouvelle personne avait été un homme non? Parce qu’il faut un modèle masculin? Mais il y en a de toute façon.
Mon fils dispose et disposera toujours de nombreux modèles masculins et hétérosexuels dans son entourage, son père qui l’a la moitié du temps mais également ses grands-pères, ses oncles et de nombreux amis.

Je ne prétends pas que je suis une maman parfaite, mais ce n’est pas mon orientation sexuelle ni la personne avec qui je vais vivre qui vont changer ça. Je fais de mon mieux avec ce que je suis. Comme toute maman. Comme tout parent. Je donne à mon fils l’attention et l’amour dont il a besoin. Je lui assure sa subsistance, parfois en me privant, je l’amène à l’école, je l’amène chez le médecin, je lui apprends tolérance, vie en communauté, je joue avec lui… Ni mieux ni moins bien que les autres parents.

Mon mariage ne va pas non plus venir remettre en question vos couples. Vivre ma vie heureuse ne va pas vous rendre plus malheureux. Le nombre de personnes homosexuelles ne va pas exploser, ce n’est pas contagieux. Je ne viens pas remettre en question l’organisation au sein de votre foyer, ni donner mon avis sur la personne avec qui vous devriez vivre. Ce que vous, par contre, prétendez faire à mon égard. Je prétends juste avoir le droit de faire le même choix pour moi que vous l’avez fait pour vous, parce que mon amour vaut bien le vôtre, parce que je suis un être humain comme vous, pas un être mineur à la place de qui on doit choisir, non, un être humain comme vous, majeur, vacciné, autonome, qui a le droit de décider de sa vie tant qu’il ne nuit pas à autrui. Vous ne pouvez pas à la fois me refuser ce choix et prétendre que vous n’êtes pas homophobes. Me refuser le bonheur de construire ma vie et prétendre que ma sexualité vous est indifférente.

Et si vous prétendez que la seule chose qui vous importe c’est le bien de l’enfant, sachez que mon fils apprécie ma compagne, qu’il se porte bien, qu’il se comporte bien comme un garçon, qu’il est dans sa tête aussi grand, fort et costaud que les autres petits garçons.

Et est-ce que c’est pour le bien des enfants que vous clamez hauts et forts aux jeunes homosexuels que vous allez vous battre contre leur droit à construire leur avenir? Si c’est votre propre enfant qui est homosexuel, préférez-vous le voir malheureux plutôt que marié? Ou bien mort plutôt que parent? Et s’il meurt de n’avoir pas osé vous le dire? Est-ce vraiment pour le bien des enfants que vous vous battez ou pour votre propre confort?

Valérie

 

Témoignage de Céline (11)

11 Déc

Nous nous sommes rencontrées en 2001. J’avais 23 ans et elle 25…Nous formions sans doute une « belle équipe » car notre rencontre est devenue une histoire, une histoire qui aujourd’hui dure encore…

Je crois que nous avons franchi les mêmes étapes que la plupart des gens, avons eu les mêmes désirs que la plupart des gens…nous avons eu envie de quitter notre petit appartement d’étudiantes rennaises pour aller vivre à la campagne, nous avons trouvé une jolie longère avec du terrain (pour installer une balançoire…), nous nous sommes pacsées, puis, enfin, un peu installées dans nos vies, nous avons eu envie de concrétiser notre désir de fonder une famille, comme la plupart des gens.

Nous avons beaucoup réfléchi à ce projet d’enfant : étions- nous sur la même longueur d’onde quant à nos principes d’éducation, notre environnement était-il le meilleur que nous puissions offrir à nos enfants, notre projet était-il clairement perçu par nos proches? Quelle procédure, quel pays choisir  et avec quelles répercussions éventuelles pour nos enfants? Aurions- nous les moyens financiers de choisir l’alternative qui nous paraîtrait la meilleure pour nos enfants?

Bref ? nous avons choisi les Pays-Bas, l’insémination artificielle avec donneur semi anonyme, pour que nos enfants aient la possibilité, s’ils le désirent plus tard, d’avoir accès à l’autre moitié de leur origine génétique et d’éventuellement rencontrer ce donneur qui leur a permis d’exister.

Mon amie devait porter le 1er enfant mais des changements professionnels de dernière minute ont fait que c’est moi qui me suis lancée la 1ère…et notre première petite princesse est arrivée en 2007. Quel bonheur!!! Mais en même temps, quelle angoisse!!! J’ai la chance d’avoir une belle-famille formidable, pour qui notre couple et notre famille sont tellement évidents, qu’ils trouvent  que notre fille me ressemble mais quand même, elle a les yeux de mon amie…

Par contre, du côté de ma famille, c’est plutôt l’enfer. Notre couple les dégoûte, ils nous méprisent…ils disent à mes petits frères qu’ils peuvent continuer à m’aimer, que malgré tout nous ne sommes « quand même pas des animaux  » mais qu’ils ne doivent pas passer du temps avec moi car mon mode de vie ne doit pas être un exemple pour eux,  ils disent à mes neveux qu’on ne peut pas nous fréquenter parce que finalement nous ne sommes pas vraiment normales, c’est comme une maladie…

Lorsque ma propre mère est venue voir notre fille à la maternité, elle a confirmé : « nous ne vous acceptons pas, nous ne vous accepterons jamais, alors soyez tolérantes… »

Alors oui, quelle angoisse de devenir parent, tout en sachant  que rien ne doit m’arriver si je ne veux pas courir le risque que notre fille soit arrachée à mon amie, par mes propres parents homophobes, qui se feront une joie, voire un devoir de la lui enlever car elle n’a pas d’existence légale auprès de notre fille. Aux yeux de la loi, ils sont ses grands-parents génétiques donc ils ont plus de droits qu’elle, même s’ils sont ouvertement homophobes, même s’ils se feront un plaisir de nous dénigrer devant notre fille, même s’ils se feront un plaisir de détruire notre modèle familial à ses yeux…même si dans la réalité de notre vie, ils sont totalement inexistants…ils ont plus de droits que sa « deuxième maman »…

Peu importe que ce soit elle qui l’élève au quotidien à mes côtés, peu importe qu’elle ait été tout autant que moi à l’origine de ce projet d’enfant…elle n’a aucune existence légale en tant que parent.

Alors bien sûr, nous avons fait tout ce qui est aujourd’hui possible pour protéger notre famille : tutelle testamentaire, conseil de famille, délégation d’autorité parentale…mais rien n’est sûr…tout dépendra toujours du bon vouloir du juge qui devra statuer si un jour il m’arrivait malheur.

Lorsqu’est venu le temps de « la petite sœur », (notre aînée voulait absolument une petite sœur!!!), là encore, nous avons dû réfléchir, comme nous n’étions reconnues comme une famille qu’aux yeux de la CAF  … si nous voulions alors qu’aux yeux de la loi, nos enfants portent le même nom, aient le même livret de famille, enfin tout simplement , qu’ils soient considérés comme des frères et sœurs, il n’y avait pas le choix : je devais aussi porter le deuxième enfant…heureusement  pour mon amie « porter un enfant » n’était pas une expérience obligatoire, existentielle et incontournable…elle n’a pas été obligée de « sacrifier » un éventuel désir de grossesse pour que nos enfants puissent être légalement frères ou sœurs…

Et notre deuxième princesse est arrivée l’année dernière. Avec notre aînée, nous n’avons rencontré d’hostilité nulle part, dans aucune institution ni structure d’accueil ou hospitalière. Tout s’est toujours très bien passé partout et auprès de tout le monde mais dans les faits, le problème est toujours le même…le temps qui passe n’a rien arrangé…mes parents sont toujours potentiellement dangereux pour notre famille…alors oui, il est grand temps que quelque chose soit fait pour que nos familles qui sont bien réelles soient enfin reconnues, pour que nos enfants puissent rester nos enfants à chacune, tout au long de notre vie, pour que chacune de nous puisse les protéger, leur sort ne peut pas rester indéfiniment suspendu à mon existence à moi, la mère biologique…

 

Céline

 

Témoignage d’Isabelle (10)

10 Déc

Nous avons 9 ans de vie commune, 7 ans de PACS le 2 janvier 2013 et nos enfants vont avoir 6 ans fin janvier 2013.

Je (Isa) suis la maman dite sociale. Je suis reconnue comme étant la « chef de famille » par la CAF…Nous payons des impôts communs.

Très vite, nous avons parlé d’enfants, cela faisait partie d’un projet commun.

Nous nous sommes posé des centaines de questions, certainement 100 fois plus que les couples hétérosexuels.

Nous avons pris des renseignements via des forums sur les différentes techniques possibles, les cliniques qui nous permettraient d’accéder à notre désir de famille.

Cela a pris du temps et nous avons continué à nous poser des questions, tellement de questions.

Puis le choix a été fait, nous irions à Barcelone, une ville qui nous plaisait.

Le rendez-vous fut pris, la liste d’examens entre nos mains, comment faire pour trouver un gynécologue qui accepte de nous suivre dans notre parcours ???

Le bottin, un téléphone et beaucoup de courage…nous trouvons, rendez-vous, examens, tout va bien.

Premier rendez-vous  à Barcelone en décembre, bon contact, les examens vont bien, on peut commencer le mois d’après !!

Là les galères commencent car la gynécologue entre temps a changé d’avis, enfin sa secrétaire fait barrage : on doit se débrouiller autrement (merci T) pour passer les échos…

Au bout de 3 tentatives pour ma part dont une fausse couche, je laisse Nath prendre le relais… et c’est reparti pour trouver un gynécologue qui, après l’entretien et les vérifications de base, refusera de faire le suivi !!! On appelle T qui sera notre marraine une fois de plus….

On repart une fois, puis une 2ème puis une 3ème et là enfin c’est positif.

Le parcours grossesse commence…1ère écho à 7 semaines d’aménorrhée, un petit cœur qui bat c’est la joie !!

2ème écho, l’officielle, nous allons toutes les deux au centre de radiologie et surprise quand le médecin nous voit toutes les deux, il sort et quelques minutes plus tard un autre médecin apparaît, une femme, très sèche (pourtant nous l’avions eue chacune plusieurs fois quand nous faisions nos contrôles pour les follicules et cela se passait toujours très bien), pose l’appareil sur le ventre de Nath et là elle nous aboie dessus : « vous auriez pu nous dire qu’il y en avait 2 !!! » Ben voyons nous sommes devins !!!

Bref le choc passé pour moi, car Nath disait depuis le début qu’elle sentait qu’il y en avait deux, nous profitons de cette écho malgré le médecin désagréable.

Très rapidement, nous prenons contact avec l’hôpital qui nous suivra pour cette grossesse gémellaire.

Là, dès le départ, nous exposons notre situation familiale pour éviter tout malentendu.

Tout se passera bien jusqu’à l’arrivée trop tôt de nos loulous à 7 mois de grossesse.

Césarienne en urgence pour Nath, j’attends, j’attends, j’attends, puis enfin on m’annonce que les enfants vont bien et sont partis en néonat directement.

L’infirmière vient me chercher pour que je puisse enfin rencontrer nos enfants, Nath les avait seulement aperçus.

Je vois d’abord Noah, mon cœur explose de bonheur, il va bien, il respire tout seul mais c’est une crevette d’à peine 1,6kg. Il est beau, c’est mon fils je l’aime tellement… Puis vient ma rencontre avec Yaële qui respire aussi toute seule, elle va bien, elle fait 1,5kg mon cœur explose à nouveau, ma fille est là, elle est belle, je l’aime, tout le monde va bien.

Là,  je me rends compte au bout d’un moment qu’on me regarde bizarrement mais je suis à ma joie de rencontrer mes enfants, nos enfants, que nous attendions avec impatience.

Je rejoins Nath qui est dans sa chambre mais qui malheureusement ne peut pas encore aller voir les enfants.

Les jours vont passer, l’équipe soignante va apprendre à nous connaitre et au bout de plusieurs semaines, elle nous dira que c’est la 1ère expérience avec  un couple de femmes et qu’elle attendait de voir comment nous allions nous comporter. L’équipe  nous a finalement énormément appréciées car nous étions très présentes et très à l’écoute du corps médical et de nos enfants.

Une anecdote : une nuit j’ai appelé la néonat car j’avais ressenti qu’il se passait quelque chose avec Yaële. J’ai eu la vérité le lendemain matin seulement, elle avait eu du sang dans les selles et son alimentation était arrêtée. A part ça je ne suis rien pour eux….légalement.

Ils sont restés 5 semaines en néonat, la 2nde naissance a été le retour à la maison, magique, ils étaient perdus dans leurs combinaisons pilotes, ils faisaient à peine plus de 2kg !!!

Du moment où ils ont été avec nous, nous avons tout fait pour eux, nous avons travaillé en alternance, ce que nous faisons encore pour être avec eux le plus possible.

Ils sont épanouis, ils nous appellent Maman toutes les deux, ils ont des copains, ils font des activités extérieures, bref ils vivent leur vie d’enfant, ils savent d’où ils viennent, ils sont allés à la clinique, ils savent que c’est grâce à la graine d’un monsieur très gentil qu’ils sont là.

Actuellement leur question est : pourquoi on n’a pas le même nom que Maman Za (Isa) ?

 

Isabelle

 

 

« Billet d’humeur de deux enfants d’homos »-Blog de Têtu

9 Déc

Billet du 7 décembre 2012:

http://blogs.tetu.com/sur-le-chemin-de-l-egalite/2012/12/07/billet-dhumeur-de-deux-enfants-dhomos/

 

touche-pas-à-ma-mère

En tant qu’enfants d’une mère homosexuelle et en réponse à tous ceux qui prennent la parole à notre place, nous demandons aujourd’hui à être entendus.

L’argument de la place de l’enfant semble être la principale raison du refus de l’ouverture au mariage pour tous.

Il est judicieux de se questionner sur la véracité de cet argument. Un enfant peut-il être éduqué correctement, avoir des principes et des valeurs justes et surtout peut-il être psychologiquement équilibré s’il ne grandit pas dans un modèle parental, dit classique, avec un père et une mère?

Cet argument, imparable pour les opposants au mariage homosexuel, n’est-il pas hypocrite et ne cache-t-il pas une forme d’homophobie?

Il n’est pas commode de s’assumer homophobe, c’est se révéler sectaire et non républicain. Utilisons donc ce que nous avons de plus cher pour justifier l’intolérance.

Il est sain de s’interroger et de soulever le problème de l’enfant. Ce qui est moins compréhensible est son silence et la place qu’on lui laisse dans le débat.

Il existe pourtant des personnes élevées par des couples homosexuels, enfants adoptés ou conçus au sein des ces couples, enfants de parents divorcés dont le père ou la mère est homo. Nous sommes là! Nous savons nous exprimer, nous pouvons partager notre expérience. nous avons notre propre avis.

Pourquoi ne nous entend donc pas? Pourquoi aucun acteur du débat (ou si peu) nous présente? Pourquoi quasiment aucun média n’a eu l’idée d’aller à notre rencontre? Sommes-nous placés hors du dialogue volontairement? Peut-être pourrions-nous montrer un visage heureux et sain? Ou peut-être sommes-nous instables et remplis de complexes?

Nous sommes un frère et une sœur, éduqués par une mère homosexuelle. Nous avons vécu avec un couple de femmes une grande partie de notre enfance et toute notre adolescence. Nos propres enfants grandiront avec un exemple de couple homosexuel dans la famille.

Nous n’avons aucune prétention à dire ce qui est bien ou non. Nous souhaitons juste faire savoir que l’utilisation de l’argument de l’enfant n’est pas recevable s’il est avancé par des personnes n’ayant pas eu cette expérience. Qui sont ces gens qui parlent à notre place? Qui nous représente réellement? Les pères de l’Église Catholique ? M. Copé ou M. Fillon? L’anonyme qui a un ami qui a un ami homosexuel? Les personnalités de gauche qui nous voient comme des électeurs potentiels?

Nous souhaitons faire entendre notre voix car nous nous sentons insultés, stigmatisés et marginalisés.

Sommes-nous déséquilibrés? Avons-nous eu une enfance qui fait que nous ne serons jamais stables? Avons-nous été privés d’amour? Privés de la présence d’un père? Sommes-nous incapables de savoir ce qu’est une famille hétéroparentale, incapables de reproduire un environnement familial? Avons-nous souffert de problèmes d’identité liés à la sexualité de nos parents? Sommes-nous tout simplement normaux?

Nous nous sommes évidemment posé des questions, comme tout un chacun lors de notre construction personnelle. Nous ne pensons pas l’avoir fait plus que n’importe quel autre adolescent.

L’argument du modèle homme/femme ne tient plus non plus lorsqu’on lui oppose le fait que la famille n’est pas uniquement deux adultes et un enfant. la famille, c’est aussi des oncles, des tantes, des cousins, Des grand-parents, des frères, des sœurs, voire même des amis. le cadre familial n’est pas juste trois ou quatre individus vivant reclus entre eux.

L’enfant connait donc le schéma hétérosexuel. il a forcément des échanges avec des personnes qui ont une sexualité et un environnement plus “communément admis”.

Nous avons été aimés, et toutes les personnes qui nous entourent et nous ont entourés, n’ont souhaité que le meilleur pour nous. Cela ne suffit-il pas à faire de nous des personnes épanouies?

La seule chose qui aurait pu nous déséquilibrer, et c’est l’expérience qui parle, est le regard homophobe d’une société et d’une grande partie de ceux qui la compose.

Toutefois, il est vrai que quelque chose nous différencie de quelques uns: nous avons appris la générosité, la tolérance et l’altruisme, puisque nous avons évolué en plein cœur de ces principes. Et nous sommes fiers de cette éducation.

Le réel problème est qu’un tel débat existe. Il est impensable qu’aujourd’hui encore, des personnes puissent refuser à d’autres le droit de s’aimer, de se le dire, de le symboliser par le mariage. Il est impensable de leur interdire la possibilité de transmettre cet amour à des enfants qui n’ont personne. Ce sont ces enfants les véritables perdants.

Nous demandons donc aujourd’hui que les concernés se fassent entendre, qu’on leur ouvre le débat. Que les politiques ne parlent plus pour eux, que les médias transmettent leur paroles et que celle-ci soit prise en considération par tous.

Plus nous serons à nous exprimer et à partager, plus nous serons capables d’avoir un point de vue juste. Qu’ils soient pour ou contre le mariage gay et lesbien et, par conséquent l’adoption par des homosexuels (puisqu’il n’est même plus question de PMA), vous devez les entendre, eux seuls sont à même de partager ce qu’un enfant dans cette situation ressent.

Notre avis n’est pas celui de psychiatres, de psychologues ou autres psychanalystes, intermédiaires et sujets à l’interprétation.

Nous ne sommes pas des oiseaux boiteux et argentés avec des “papa” et “maman” tatoués sur les ailes.

Les institutions religieuses, même celles se sentant intimement liées à l’histoire de la France, n’ont pas à se poser défenseurs de la famille. L’enfant a avant tout le droit «à se construire en référence» à deux personnes qui le chérissent et lui inculquent les valeurs de partage, d’amour et de solidarité.

Arrêtons de débattre et d’argumenter avec des principes et des cas de conscience. Laissons s’exprimer l’expérience et la réalité.

Anne et Thomas