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Témoignage d’Anne et Agnès (74)

25 Mar

Ma compagne et moi-même nous nous sommes rencontrées en avril 1993, pacsées en décembre 2000 et enfin heureuses mamans depuis aout 2008 d’un petit Gaspard, qui a 4 ans et demi maintenant.

Gaspard est né d’une FIV réalisée à l’AZVUB de Bruxelles, un bébé Thalys comme on les appelle …….. Mais quel parcours! Que de questions, que d’interrogations, que de choix, que d’options…

Tout a commencé dans l’intimité de notre couple, un enfant oui naturellement et jamais nous ne nous sommes senties illégitimes dans cette démarche. Mais ensuite… concrètement comment faire ? L’ APGL de Paris a été d’une grande aide, nous accueillant au sein de groupes de paroles, nous expliquant toutes les solutions possibles.

Informées, aiguillées, renseignées… pour nous, les choix étaient désormais clairs : pas de conception en méthode artisanale, pas de conception en co-parentalité, ce sera une PMA avec donneur anonyme et la Belgique comme destination. La feuille de route était claire. Des anges gardiens ont veillés sur nous : une équipe formidable à l’AZVUB à Bruxelles, un gynécologue à Paris, puis un autre à Saint-Malo trouvé un peu au hasard ( car entre-temps nous avons déménagées en région , comme on dit ……)

Tous ces gens étaient formidables et ils avaient réglés avec eux-même toutes les questions « éthiques », et pour eux nous n’étions pas les premières a effectuer ce genre de démarches . Nous avons également bénéficié d’un entourage amical fort et impliqué à nos côtés contrairement a nos familles ……

En revanche, 5 ans ont été nécessaires pour que je « tombe » enceinte (quelle drôle d’expression tout de même), et 5 ans de stress pour ne pas louper un train, pour arriver à l’heure, pour ne pas louper une injection, pour faire des échographies, pour trouver le bon hôtel à Bruxelles, pour boucler le budget… Une PMA n’est pas simple, moralement, physiquement, intellectuellement, financièrement … la distance, la double équipe (France et Belgique) n’arrangent rien. Ce parcours nous l’avons fait à 2, Agnès et moi ( Anne ), une équipe, soudée, unie, faisant face. Une seule fois elle est restée à Paris, car elle avait la grippe, l’équipe de Bruxelles n’a pas compris que je vienne seule, pour eux, nous n’étions pas 2 filles, nous étions un couple qui souhaitait procréer et la procréation se fait à 2…

Et enfin, 5 ans après tout ce parcours du combattant, le test, les prises de sang, les nausées tout indiquait que j’étais enceinte ! Joie, bonheur… et puis dès cet instant… amasser toutes les preuves qu’Agnès était là, présente en tant que parent, pas marraine ou tata ou tatie ou mamoune ou quelque chose dans le genre …….non parent, maman, mère à part entière au même titre que moi qui l’ai porté. Y penser même dans la salle d’accouchement, y penser en demandant à la sage femme un témoignage attestant de la présence de sa seconde maman dès le 1er souffle de notre enfant… Y penser en permanence dès le moindre papier à remplir ……. Tout consigner pour plus tard, quand nous aurions les moyens (et oui toujours l’argent au cœur du problème) de passer devant le tribunal des Affaires Familiales pour faire une délégation d’autorité parentale (quel horrible terme, réducteur, froid, impersonnel…) et faire reconnaitre Agnès comme sa mère à part presque entière. Penser à sa mort le jour de la naissance de son fils… il y a plus gai, mais c’est une réalité, aujourd’hui fonder une famille avec 2 parents de même sexe c’est tout de suite penser au pire, protéger en cas de décès de la mère biologique, pour qu’en cas de décès de cette mère biologique, notre enfant ne perde pas sa deuxième mère au passage devant le juge des affaires familiales ou au pire, d’une volonté de la famille de la mère biologique décédée …….Car c’est souvent dans bien des cas que l’épée de Damoclès est tenue par sa propre famille ! Lugubre…

Et depuis 4 ans comment cela se passe-t-il pour lui , pour nous ? Et bien comme dans toutes les familles de France, il grandit normalement, il se développe normalement, il est en pleine forme, il est au courant du pourquoi et du comment il a été conçu et il est né. Il est à l’école (privée et catholique, où tout le monde connait la situation et où tout le monde, même le prêtre, reconnait Agnès comme sa mère) où il dessine sa famille comme les autres petits camarades, bref un enfant normal, au sein d’une famille normale…

Mais une famille soumise au bon vouloir et à la compréhension des autorités représentatives de l’état (crèches, écoles, médecins, douaniers…) qui dans notre cas ne se sont jamais posés de question quant à la légitimité d’Agnès. (En revanche pas de souci de reconnaissance de notre famille pour les impôts et pour la CAF, que cela arrangent bien de ne pas me reconnaître comme parent isolé………)

Mais soudain espoir, la proposition du programme de F. Hollande accordant le mariage pour tous. Nous nous marierons, bien sûr, le plus vite possible (le temps de trouver une salle quand même !) Nous profiterons de cette fantastique avancée de la société. Mais, le mariage ne résoudra pas tout pour nous. Gaspard étant né avant notre mariage, Agnès devra l’adopter… (nous aurions espérer voir la filiation reconnue d’office, ou la possibilité d’une reconnaissance comme pour un couple « normal ») Avocat, tribunal ? on verra ce que dira la loi…

Encore un combat, mais on le gagnera…. Pour notre enfant, pour notre famille. À tous ceux qui nous lisent, surtout ne pas se décourager . Nous réussirons à changer les choses. L’important c’est de garder espoir…….

Anne et Agnès et leur petit Gaspard

Témoignage de Marie (69)

25 Jan

Je suis française et mon amie est espagnole. Nous ne sommes pas pacsées en France mais nous sommes mariées en Espagne. Nous avons eu une fille (mon amie en est la mère biologique) par insémination artificielle avec donneur anonyme (à l’AZ Sint-Jan de Brugge, ça a marché au 4ème essai).

Si nous avions pu nous marier en Espagne avant la naissance de ma fille, elle aurait été directement reconnue comme ma fille (en Espagne toujours), et aurait porté nos deux noms, comme le veut la loi espagnole.

Cependant, à cause des nombreux allers-retours nécessaires pour que nous puissions nous marier (même si le mariage gay est légal en Espagne, le fait que je sois française a beaucoup compliqué les choses, la France ne voulant pas me fournir la publication des bans pour un mariage avec une femme), et puisque mon amie était déjà enceinte (la grossesse a en plus été un peu compliquée), nous n’avons pas pu le faire avant que ma fille naisse. Je l’ai donc adoptée (énormément de papiers et de voyages une fois de plus).

Légalement, elle est ma fille en Espagne mais nous avons encore du mal à obtenir un papier qui le prouve clairement aux yeux de la loi française ou à faire changer son nom sur ses documents d’identité. Elle est née en France mais est de nationalité espagnole (père inconnu, une seule mère espagnole pour la loi française). Nous attendons que sur son acte de naissance français soit inscrit dans la marge que je l’ai adoptée. Ça fait des mois…

Ce qui est le plus ironique, c’est que nous ne pouvons maintenant plus nous pacser en France. En effet, la France refuse, bien que ne reconnaissant pas mon mariage, de me fournir un certificat de célibat! Je ne suis donc considérée ni comme mariée ni comme célibataire… Pratique pour acheter une maison ensemble !

Marie

 

Témoignage de Sandie (66)

21 Jan

Fonder une famille ! Fonder SA famille !!!!! Tout un projet !! Un projet à deux !!!!! Mais à deux femmes.

Comme pour tous les couples, hétéro ou homo, c’est un projet qui mûrit, qui grandit.

Moi j’ai toujours eu envie d’enfant, mais il m’a fallu avoir ma nièce dans mes bras pour comprendre que ce désir devenait plus fort que tout, mais Diane, ma Femme, ne se voyait pas concrétiser cette envie à ce moment-là.

Il m’a fallu un an pour la convaincre. Mais cette année a été mise à profit pour faire des recherches, répondre aux questions et aux angoisses que je pouvais avoir. Parce que oui je le dis haut et fort 2 femmes ne peuvent pas concevoir un enfant, mais je crois que tout le monde en est conscient, nous les premières !!! Alors comment faire ? Comment concrétiser ce désir? Et là, j’ai trouvé pleins de témoignages sur les différentes façons de faire. Alors quelles méthodes choisir ? Partir en Belgique ? En Espagne ? Faire appel à une connaissance ? ou à un anonyme ?

Quand j’ai vu les conditions d’accès à la PMA et que j’ai expliqué à Diane le passage devant un psychologue, elle a clairement refusé. Nous avons aussi écarté l’idée de passer par une connaissance, Diane ayant peur de ne pas trouver sa place entre ce Papa-Donneur (c’est le nom qu’on a donné au donneur) et l’enfant à venir.

Mais ça se ne sont que les questions d’ordres physiques. Il y a aussi toutes les questions concernant l’éducation et l’intégration de l’enfant et comment expliquer sa conception à notre enfant. C’est surtout là-dessus que mes questions vont se fixer.

Cette année m’a aussi permis de préparer notre entourage, parce que même si tout le monde accepte notre situation, on ne savait pas quelles seraient leurs réactions.

Nous avons profité de cette année pour nous pacser. Il était important pour moi de m’unir à cette Femme que j’aime avant de fonder notre famille.

Le tribunal a officialisé notre couple le 7 décembre 2009. J’ai été très désagréablement surprise de voir la façon dont ça c’est passé, même si la personne qui c’est occupé de nous à essayer de dégrossir le coté administratif pour mettre un petit coté plus sympathique, car comme elle nous l’a fait très justement remarqué, nous n’avons pas d’autres façons de nous unir. Nous avons fait la fête avec les familles, et nous sommes parties une journée à St Malo en «Lune de miel ».

Peu de temps après ma chère et tendre m’a annoncé son désir d’enfant. J’étais aux anges !!! J’ai sauté sur le téléphone pour joindre mon gynécologue mais elle m’a retenue en me demandant d’attendre après les fêtes.

Nous nous sommes mises d’accord sur la façon dont nous voulions concevoir cette enfant, de la  place qu’on voulait laisser à ce Papa-donneur. Nous avons trouvé notre « gentil Monsieur » pour nous aider. Mon gynécologue a bien voulu nous conseiller et nous voilà partie !!!

Notre chance a été de concrétiser ce projet dès le premier essai.

L’annonce aux familles a été un réel moment d’angoisse et de joie. Je me souviens encore de certaines réactions, comme celle de mon père fier et les yeux mouillés, celle de mon frère et de ma sœur qui ont eu la même réponse quand je leurs ai annoncé ma grossesse :

« -Vous allez être Tonton (Tata) !!!

– ah bon de qui ??? »

J’ai bien vu qu’ils n’avaient pas envisagé l’hypothèse que j’aurai des enfants malgré le fait que nous en avions souvent parlé. Après leurs réactions un peu bizarres, je me suis rendue compte qu’ils étaient très heureux.

Ma relation avec ma mère a changé, je n’étais plus seulement sa fille mais aussi une future maman.

Pendant mes 9 mois de grossesse nous n’avons été confrontées qu’une seule fois à une réaction un peu décalée. En effet quand j’ai voulu prendre mes cours de préparation à l’accouchement la sage femme m’a dirigée vers une sage femme de PMI, en inscrivant sur la fiche de suivie « suivie psychologique à suggérer » ?!? je ne savais pas comment le prendre.

Ces cours étaient par groupe de 3 mamans. Tant que j’étais seule, j’ai participé à ces cours, mais quand le cours en couple est arrivé elle m’a plus que demander de faire un cours seule avec Diane, prétextant que ça serait mieux pour nous. Je pense que c’est plutôt pour elle que c’était mieux.

Malgré tout elle nous a bien préparées aux différentes réactions que pourraient avoir le personnel hospitalier.

Nous avons eu rendez-vous à l’Hôpital pour une visite interactive de la maternité et l’explication que la prise en charge.

Une équipe de télévision était présente pour nous présenter le projet qu’ils avaient. C’était pour l’émission Baby Boom, la première saison. Mon coté manifestante voulait foncer pour montrer que nos familles existent, mais ma Femme n’a pas voulu de peur d’être reconnue par certains de ces collègues qui ne connaissaient pas sa situation familiale. Je trouve cela dommage car ça nous aurait permis d’avoir un souvenir de ce moment.

Et voilà que le dernier mois de grossesse arrive !!! Des insomnies !!!! Et du coup des jeux de société avec Diane et ma mère (qui était venue en soutien) jusqu’à des heures improbables !!!

Arrive le jour J. Avec l’équipe de nuit tout s’est bien passé, par contre avec l’équipe de jour, Diane s’est vue interdire l’accès à la salle de naissance par l’aide soignante qui ne voulait pas comprendre que sa place était à cote de moi. La Sage femme a dû s’énerver pour qu’elle puisse enfin renter. Elle a par contre trouvé sa place avec le reste de l’équipe qui l’a autorisé à assister à la césarienne. A la naissance d’Elouan, elle a pu faire la peau à peau et être à coté du petit pendant les premiers soins.

Les Sages femmes l’ont attendue pour qu’elle apprenne au même titre que moi les gestes du quotidien : le bain, le change, le bib…

Pour la déclaration à la mairie nous avions fait une déclaration anticipée pour que Diane puisse aller en mairie elle-même.

Pour la petite anecdote, au moment de déclarer Elouan à la sécurité sociale de la SCNF, ils ont fait une erreur et automatiquement associé l’enfant au nom de ma Femme sans se rendre compte que ce n’était pas possible. C’est le seul papier officiel où Elouan porte de nom de famille de Diane. Nous l’avons précieusement mis de coté, comme un petit symbole.

C’est fou comme il peut ressembler à Diane. Il a pris ces grimaces, ces expressions. Ils compensent le manque de lien sanguin par un lien affectif énorme. Et ça jamais personne ne pourra leur retirer.

En 2012 on a lancé la procédure pour la délégation d’autorité parentale. Je ne sais pas ce qui a été le pire : le passage des officiers de police à la maison, la convocation au commissariat (quand on est arrivé un jeune sortait avec les menottes, on se demandait ce qu’on avait fait comme bêtises) ou bien encore au moment du passage devant la Juge qui nous a expliqué que Diane avait le même rôle qu’une baby-sitter. Je ne sais pas vous mais je n’ai pas souvent vu une baby-sitter se lever la nuit (et parfois ne pas avoir le temps de se recoucher avant d’aller travailler) pour les biberons ou parce que l’enfant est malade, ou parce qu’il a fait un cauchemar. Et surtout une baby-sitter il faut la rémunérer, alors si je dois rémunérer Diane il va falloir que je gagne au Loto.

Mais surtout la Grande différence entre Diane et la baby-sitter (qui est une personne étrangère à la famille, je le rappelle) ce sont les liens qui unissent ces 2 membres de la même famille, ces moments câlins, ces moments de jeux, ces repas partagés, ces moments d’apprentissage et ces moments de disputes, parce que c’est ça être parent !! Quand Elouan se fait mal, il fonce dans ces bras, quand il est triste dans les miens, pour jouer avec lui c’est Diane, et moi c’est quand il a faim. A chacun son rôle. Mais ça c’est comme tous les couples non ?!?!

Le passage devant la Juge a vraiment été une épreuve, on a vraiment eu l’impression de n’être rien. C’était la première fois que je ressentais ça. Ca a été assez dur à gérer. Mais quand je les vois tout les deux, la décision de la Juge m’importe peu.

Je pense au deuxième. Je pensais que ça serait plus facile, vu qu’on était déjà passé par là mais je me trompais. Certes les questions que je me posais au premier (comment ça se passe ? Comment faire ?) ne sont plus là mais d’autres sont venues (pourra-t-on faire appel au même Papa-donneur ??).

Je ne trouve pas de conclusion à faire car celle-ci viendra le jour où enfin on aura plus besoin de se battre pour être reconnu comme parents, comme famille.

Le jour où enfin les gens ne se retourneront plus sur notre passage en nous dévisageant parce qu’on est une famille atypique.

Mais cette famille, ces familles existent que ça plaise ou non !!!!

Sandie

Témoignage d’Hélène (7)

21 Jan

Je suis maman de 2 petites  filles de 9 et 3 ans et demi. Je vis en couple  depuis 13 ans avec Christophe, leur papa.

Nous avons 2 amies  qui sont en couple depuis  plus longtemps que nous.

Elles ont le bonheur d’avoir mis au monde 2 enfants. Ma dernière  est née 1 jour après leurs jumeaux !!!!

Nous avons mis à chaque fois 2 ans pour avoir chacune de nos filles. Elles aussi ont attendu, mais avec les galères, les espoirs et les déceptions  de la procréation assistée.

Nos enfants et les leurs étaient désirés, attendus ardemment.

Elles ont vécus comme nous les nuits compliquées, les maladies qui inquiètent, la fatigue.

Régulièrement nous échangeons sur les petits problèmes du quotidien ; nous partageons les mêmes inquiétudes concernant nos petits bouts.

De quel  droit la société française peut-elle refuser à 2 personnes qui s’aiment et autant investies dans le bonheur et la réussite de leurs enfants le droit officiel d’être appelé « parents ».  !!!!!

Leurs amours pour leurs enfants est aussi fort que le nôtre pour nos filles.

Les nuits blanches, les  maladies infantiles, les inquiétudes de parents, elles le vivent comme nous.

Leur combat  pour le mariage et l’adoption homoparentale, c’est encore pour offrir la sécurité et la reconnaissance officielle de leur famille, pour  leurs enfants.

Cette loi n’est  juste qu’un rétablissement de la justice : égalité de traitement  pour tous.

C’est considérer que l’amour est plus important que l’orientation sexuelle pour  définir un conjoint ou un parent.

J’espère, nous espérons.

 

Hélène

 

Témoignage de Sylvie (17)

21 Jan

Dans un mois, ma fille va naître. Elle ne sortira pas de mon ventre mais de celui de ma compagne. Et pourtant, elle sera quand même ma fille.

• Parce que je suis très amoureuse de son autre maman et que fonder une famille nous a semblé naturel. Fonder une famille lorsque l’on est un couple heureux, c’est juste normal.

• Parce qu’avec ma compagne, nous avons réfléchi à la manière de concevoir cet enfant, à la manière de l’éduquer, à la manière de défendre ses droits pendant 2 ans avant de passer à l’acte en prenant contact avec des cliniques belges. Notre désir d’enfant a été murement réfléchi, bien plus que dans la plupart des couples hétérosexuels de ma connaissance.

• Parce que j’ai parlé de ce désir d’enfant à tout mon entourage pendant des années et qu’à tous, ce désir a semblé couler de source. Maintenant que ma compagne est enceinte, ma mère me dit qu’il est possible que ma fille me ressemble. Ma sœur n’arrête pas de me répéter que dès que sa nièce viendra au monde, elle prendra sa voiture et fera 800 km d’une seule traite pour venir embrasser ma fille et me donner des conseils. Mon père m’aide à installer sa chambre. Mes amis me harcèlent pour connaître son prénom.

• Parce que j’ai été là pendant sa conception. C’était en Belgique, dans une clinique où l’on nous a accueillies, conseillées, choyées comme de futurs parents tout simplement, ni plus ni moins.

• Parce que comme tous les parents, je n’arrête pas de penser à ce petit être que je vais élever : la première fois que je la tiendrai dans mes bras, la première fois que je la verrai téter le sein de ma compagne,  la première fois qu’elle me serrera la main, la première fois que je lui ferai prendre un bain, la première fois qu’elle me sourira, la première fois qu’elle m’appellera maman, la première fois qu’elle marchera, … la liste est sans fin.

• Parce que je serai là quand elle viendra au monde. Je tiendrai la main de son autre maman et je couperai le cordon ombilical. Je l’embrasserai avec émerveillement.

• Parce que les liens biologiques n’ont aucune valeur. Ce n’est pas la biologie qui fait des êtres humains de bons parents. Ce qui compte, c’est que je sois là pour la nourrir, la laver, l’habiller, la coiffer, la consoler, l’amuser, lui lire des histoires, lui préparer à manger, l’emmener au parc, l’emmener en vacances, l’aider à faire ses devoirs, l’emmener au musée et au cinéma, … la liste est sans fin.

• Parce que quand je pense à ce petit être qui est en train de grandir dans le ventre de ma compagne, je me dis que je ne peux plus imaginer ma vie sans elle. Elle fait déjà parti intégrante de ma vie, de mes pensées, de mes projections dans l’avenir.

• Parce que j’exige l’égalité avec les couples hétérosexuels. Lorsqu’un couple hétérosexuel a recours à la PMA, on leur octroie la filiation automatiquement.

• Parce que si on écoute les « bien pensants », les femmes n’auraient toujours pas le droit de voter, ni celui de divorcer, ni celui d’ouvrir un compte en banque sans l’aval de leur maris, ni celui d’avorter.

Pourtant, tant que la loi ne reconnaîtra pas ma famille :

• Les médecins pourront me refuser l’accès à la salle de naissance lorsque ma fille naîtra.

• Je dépendrai du bon vouloir des médecins s’il arrive quoi que ce soit à ma fille. (Ils peuvent refuser que j’assiste à la consultation)

• Je n’apparaîtrai pas sur le livret de famille de ma fille. Légalement, elle n’aura qu’un seul parent.

• Ma fille ne portera pas mon nom.

• Ma fille aura autant de liens juridiques avec moi et ma famille que ma voisine, autrement dit : aucun.

• J’aurai besoin d’une autorisation de ma compagne pour aller chercher ma fille à la crèche et à l’école.

• Je ne pourrai pas me présenter comme parent d’élève.

• Je pourrais perdre ma fille si ma compagne décide de me quitter.

• Je pourrais perdre ma fille si ma compagne venait à décéder.

• Je pourrais abandonner ma compagne et ma fille sans avoir de compte à rendre à personne.

• Ma fille n’aura pas de liens juridiques avec ses frères et sœurs (parce que oui, nous désirons avoir d’autres enfants et je désire en porter aussi).

• Ma fille ne pourra pas hériter de moi.

• Je serai une sous citoyenne avec pour seule raison le fait que je sois homosexuelle, orientation sexuelle que, je le rappelle, je n’ai pas choisie. Cela fait partie de mon identité, de mon essence. Au même titre que ma couleur de cheveux, la grandeur de mes mains, la forme de ma bouche, le timbre de ma voix, la grandeur de mes jambes… Je suis homosexuelle et je suis mère. Donnez-moi des droits parce que je suis une mère comme les autres, ne me les refusez pas parce que je suis lesbienne.

En bref, si la loi ne prend pas en compte nos familles, je devrai continuer à trouver des pansements à mettre sur tous les vides juridiques auxquels ma famille sera confrontée jour après jour.

Témoignage de Catherine (6)

19 Jan

Lorsque mon fils de 3 ans et demi est revenu un soir à la maison quelques mois après sa 1ere rentrée à l’école maternelle, nous annonçant tout content qu’il avait une nouvelle amie, son père et moi nous sommes réjouis, en y voyant les 1ers signes de sa socialisation et de sa capacité à s’intégrer !!
Quand nous avons appris quelques semaines plus tard que cette petite copine avait 2 mamans, notre première réflexion a été : Et alors, la belle affaire !

Amenés progressivement à faire connaissance, nous nous sommes découverts de multiples points communs avec les mamans, qui sont naturellement devenues des amies proches de notre famille … Surtout, nous avons pour nos petits bouts – aujourd’hui âgés de 5 ans et demi – les mêmes questions, les mêmes tracas et les mêmes joies !
Elles nous ont depuis permis de suivre à leurs cotes le chemin de croix pour que leur famille s’agrandisse encore ! Nous avons pris la mesure de toute la difficulté que cela implique, mais aussi du climat général d’hypocrisie puisque les traitements pour favoriser la réussite de la PMA belge ont été prescrits et administrés en France !

Heureusement, leurs vœux se sont réalisés avec l’arrivée d’une nouvelle petite fille, âgée aujourd’hui de 7 mois et qui fait la joie de ses mamans et de sa sœur, devenue « grande sœur » !

Si l’idée d’un débat autour des questions du mariage pour tous, de l’homoparentalité et la PMA est par essence saine dans un pays démocratique, les arguments avancés par les « anti » de tous poils sont pour le moins consternants… Il y a comme des relents d’obscurantisme, d’intolérance qui sont franchement insupportables selon moi !

Notre société évolue chaque jour, et c’est d’ailleurs ce qui la différencie des civilisations en déclin !
De plus, les enfants de familles homoparentales existent, quoi qu’on en dise… Et dans leur intérêt – puisqu’il parait que c’est l’argument ultime des « antis » pour justifier des prises de position moyenâgeuses pour le moins discutables – pourquoi ne pas leur donner les mêmes droits que les autres ?
Aucune menace, dérive ou perversion dans cette demande pour le moins légitime !

J’espère de tout cœur que le Président Hollande ainsi que tous les députés de la majorité auront le courage de mener à bien et de concrétiser cette promesse de campagne… Les démonstrations de masse des « anti » ne sont que gesticulations et forcement rien face à la majorité silencieuse des Français qui pensent que c’est une affaire privée, ou l’amour seul à droit de citer !
Ces hommes, ces femmes essaient d’élever leurs enfants dans l’amour et la sérénité, rien de moins, rien de plus et tous mes vœux les accompagnent !

 

Catherine

 

Témoignage de Chrystelle (55)

19 Jan

En 2007 j’ai rencontré une charmante jeune fille dont je suis tombé amoureuse … tellement amoureuse que 2 ans plus tard, est née de notre amour (et grâce à généreux donneur !) une magnifique petite fille …

Un conte de fée, certain me dirons … la réalité est tout autre … outre le faite que nous nous soyons séparés en 2011, plus que le mariage, ce que d’autres ne veulent pas c’est que mon ex compagne soit reconnue comme le second parent de ma fille, de SA fille, fini le conte de fée … mais qu’ils nous posent la question … qui était là au moment de la conception ? qui était là à toutes les échographies ? Qui s’est inquiétée que je mène à terme cette grossesse ? Qui était là à l’accouchement ? Et maintenant, qui s’occupe d’elle  et de son bien être ? Qui la rassure la nuit quand elle fait des cauchemars ? Qui la prend dans ses bras et lui dis qu’elle l’aime ? Sa seconde maman l’a fait et le fait encore … un père fait tout ça aussi … lui il est reconnu en tant que parent ! Parce qu’il a des attributs que Séverine n’a pas alors il est plus a même d’élever un enfant ?? ils vont dire : il est lié génétiquement à son enfant, je leur dirais : vous allez oser dire a un couple hétéro qui a adopté ou a un autre qui a eu recours a un don de sperme parce que monsieur était stérile, qu’ils ne sont en aucun cas les parents de cet enfant ? …

Notre fille a 2 mamans à part entière qu’ils l’acceptent ou non, c’est un fait !

Que se passerait-il s’il m’arrivait quelque chose ? Nous comptons sur l’intelligence de ma famille … mais qui sait, dans la douleur … la séparerait-ils de la mère qui l’a élevée ?

Que se passerait-il s’il arrivait quelque chose à notre fille quand elle est chez sa mummy et que je sois loin ou pas joignable ?

Chaque jour je prie pour qu’il n’arrive rien de tout cela …alors sereine … non !

Ils disent vouloir protéger nos enfants … alors qu’ils les protègent ! Qu’ils ne se liguent pas contre ce projet de loi ! Et alors là, oui, nous pourrons profiter pleinement de notre bonheur sans cette ombre au tableau

Nous ne demandons rien d’autre que d’avoir les mêmes droits et devoirs.

 

Chrystelle, maman d’une petite Axelle de bientôt 4ans