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Témoignage d’Anne et Agnès (74)

25 Mar

Ma compagne et moi-même nous nous sommes rencontrées en avril 1993, pacsées en décembre 2000 et enfin heureuses mamans depuis aout 2008 d’un petit Gaspard, qui a 4 ans et demi maintenant.

Gaspard est né d’une FIV réalisée à l’AZVUB de Bruxelles, un bébé Thalys comme on les appelle …….. Mais quel parcours! Que de questions, que d’interrogations, que de choix, que d’options…

Tout a commencé dans l’intimité de notre couple, un enfant oui naturellement et jamais nous ne nous sommes senties illégitimes dans cette démarche. Mais ensuite… concrètement comment faire ? L’ APGL de Paris a été d’une grande aide, nous accueillant au sein de groupes de paroles, nous expliquant toutes les solutions possibles.

Informées, aiguillées, renseignées… pour nous, les choix étaient désormais clairs : pas de conception en méthode artisanale, pas de conception en co-parentalité, ce sera une PMA avec donneur anonyme et la Belgique comme destination. La feuille de route était claire. Des anges gardiens ont veillés sur nous : une équipe formidable à l’AZVUB à Bruxelles, un gynécologue à Paris, puis un autre à Saint-Malo trouvé un peu au hasard ( car entre-temps nous avons déménagées en région , comme on dit ……)

Tous ces gens étaient formidables et ils avaient réglés avec eux-même toutes les questions « éthiques », et pour eux nous n’étions pas les premières a effectuer ce genre de démarches . Nous avons également bénéficié d’un entourage amical fort et impliqué à nos côtés contrairement a nos familles ……

En revanche, 5 ans ont été nécessaires pour que je « tombe » enceinte (quelle drôle d’expression tout de même), et 5 ans de stress pour ne pas louper un train, pour arriver à l’heure, pour ne pas louper une injection, pour faire des échographies, pour trouver le bon hôtel à Bruxelles, pour boucler le budget… Une PMA n’est pas simple, moralement, physiquement, intellectuellement, financièrement … la distance, la double équipe (France et Belgique) n’arrangent rien. Ce parcours nous l’avons fait à 2, Agnès et moi ( Anne ), une équipe, soudée, unie, faisant face. Une seule fois elle est restée à Paris, car elle avait la grippe, l’équipe de Bruxelles n’a pas compris que je vienne seule, pour eux, nous n’étions pas 2 filles, nous étions un couple qui souhaitait procréer et la procréation se fait à 2…

Et enfin, 5 ans après tout ce parcours du combattant, le test, les prises de sang, les nausées tout indiquait que j’étais enceinte ! Joie, bonheur… et puis dès cet instant… amasser toutes les preuves qu’Agnès était là, présente en tant que parent, pas marraine ou tata ou tatie ou mamoune ou quelque chose dans le genre …….non parent, maman, mère à part entière au même titre que moi qui l’ai porté. Y penser même dans la salle d’accouchement, y penser en demandant à la sage femme un témoignage attestant de la présence de sa seconde maman dès le 1er souffle de notre enfant… Y penser en permanence dès le moindre papier à remplir ……. Tout consigner pour plus tard, quand nous aurions les moyens (et oui toujours l’argent au cœur du problème) de passer devant le tribunal des Affaires Familiales pour faire une délégation d’autorité parentale (quel horrible terme, réducteur, froid, impersonnel…) et faire reconnaitre Agnès comme sa mère à part presque entière. Penser à sa mort le jour de la naissance de son fils… il y a plus gai, mais c’est une réalité, aujourd’hui fonder une famille avec 2 parents de même sexe c’est tout de suite penser au pire, protéger en cas de décès de la mère biologique, pour qu’en cas de décès de cette mère biologique, notre enfant ne perde pas sa deuxième mère au passage devant le juge des affaires familiales ou au pire, d’une volonté de la famille de la mère biologique décédée …….Car c’est souvent dans bien des cas que l’épée de Damoclès est tenue par sa propre famille ! Lugubre…

Et depuis 4 ans comment cela se passe-t-il pour lui , pour nous ? Et bien comme dans toutes les familles de France, il grandit normalement, il se développe normalement, il est en pleine forme, il est au courant du pourquoi et du comment il a été conçu et il est né. Il est à l’école (privée et catholique, où tout le monde connait la situation et où tout le monde, même le prêtre, reconnait Agnès comme sa mère) où il dessine sa famille comme les autres petits camarades, bref un enfant normal, au sein d’une famille normale…

Mais une famille soumise au bon vouloir et à la compréhension des autorités représentatives de l’état (crèches, écoles, médecins, douaniers…) qui dans notre cas ne se sont jamais posés de question quant à la légitimité d’Agnès. (En revanche pas de souci de reconnaissance de notre famille pour les impôts et pour la CAF, que cela arrangent bien de ne pas me reconnaître comme parent isolé………)

Mais soudain espoir, la proposition du programme de F. Hollande accordant le mariage pour tous. Nous nous marierons, bien sûr, le plus vite possible (le temps de trouver une salle quand même !) Nous profiterons de cette fantastique avancée de la société. Mais, le mariage ne résoudra pas tout pour nous. Gaspard étant né avant notre mariage, Agnès devra l’adopter… (nous aurions espérer voir la filiation reconnue d’office, ou la possibilité d’une reconnaissance comme pour un couple « normal ») Avocat, tribunal ? on verra ce que dira la loi…

Encore un combat, mais on le gagnera…. Pour notre enfant, pour notre famille. À tous ceux qui nous lisent, surtout ne pas se décourager . Nous réussirons à changer les choses. L’important c’est de garder espoir…….

Anne et Agnès et leur petit Gaspard

Témoignage de Marie (69)

25 Jan

Je suis française et mon amie est espagnole. Nous ne sommes pas pacsées en France mais nous sommes mariées en Espagne. Nous avons eu une fille (mon amie en est la mère biologique) par insémination artificielle avec donneur anonyme (à l’AZ Sint-Jan de Brugge, ça a marché au 4ème essai).

Si nous avions pu nous marier en Espagne avant la naissance de ma fille, elle aurait été directement reconnue comme ma fille (en Espagne toujours), et aurait porté nos deux noms, comme le veut la loi espagnole.

Cependant, à cause des nombreux allers-retours nécessaires pour que nous puissions nous marier (même si le mariage gay est légal en Espagne, le fait que je sois française a beaucoup compliqué les choses, la France ne voulant pas me fournir la publication des bans pour un mariage avec une femme), et puisque mon amie était déjà enceinte (la grossesse a en plus été un peu compliquée), nous n’avons pas pu le faire avant que ma fille naisse. Je l’ai donc adoptée (énormément de papiers et de voyages une fois de plus).

Légalement, elle est ma fille en Espagne mais nous avons encore du mal à obtenir un papier qui le prouve clairement aux yeux de la loi française ou à faire changer son nom sur ses documents d’identité. Elle est née en France mais est de nationalité espagnole (père inconnu, une seule mère espagnole pour la loi française). Nous attendons que sur son acte de naissance français soit inscrit dans la marge que je l’ai adoptée. Ça fait des mois…

Ce qui est le plus ironique, c’est que nous ne pouvons maintenant plus nous pacser en France. En effet, la France refuse, bien que ne reconnaissant pas mon mariage, de me fournir un certificat de célibat! Je ne suis donc considérée ni comme mariée ni comme célibataire… Pratique pour acheter une maison ensemble !

Marie

 

Témoignage de Sandie (66)

21 Jan

Fonder une famille ! Fonder SA famille !!!!! Tout un projet !! Un projet à deux !!!!! Mais à deux femmes.

Comme pour tous les couples, hétéro ou homo, c’est un projet qui mûrit, qui grandit.

Moi j’ai toujours eu envie d’enfant, mais il m’a fallu avoir ma nièce dans mes bras pour comprendre que ce désir devenait plus fort que tout, mais Diane, ma Femme, ne se voyait pas concrétiser cette envie à ce moment-là.

Il m’a fallu un an pour la convaincre. Mais cette année a été mise à profit pour faire des recherches, répondre aux questions et aux angoisses que je pouvais avoir. Parce que oui je le dis haut et fort 2 femmes ne peuvent pas concevoir un enfant, mais je crois que tout le monde en est conscient, nous les premières !!! Alors comment faire ? Comment concrétiser ce désir? Et là, j’ai trouvé pleins de témoignages sur les différentes façons de faire. Alors quelles méthodes choisir ? Partir en Belgique ? En Espagne ? Faire appel à une connaissance ? ou à un anonyme ?

Quand j’ai vu les conditions d’accès à la PMA et que j’ai expliqué à Diane le passage devant un psychologue, elle a clairement refusé. Nous avons aussi écarté l’idée de passer par une connaissance, Diane ayant peur de ne pas trouver sa place entre ce Papa-Donneur (c’est le nom qu’on a donné au donneur) et l’enfant à venir.

Mais ça se ne sont que les questions d’ordres physiques. Il y a aussi toutes les questions concernant l’éducation et l’intégration de l’enfant et comment expliquer sa conception à notre enfant. C’est surtout là-dessus que mes questions vont se fixer.

Cette année m’a aussi permis de préparer notre entourage, parce que même si tout le monde accepte notre situation, on ne savait pas quelles seraient leurs réactions.

Nous avons profité de cette année pour nous pacser. Il était important pour moi de m’unir à cette Femme que j’aime avant de fonder notre famille.

Le tribunal a officialisé notre couple le 7 décembre 2009. J’ai été très désagréablement surprise de voir la façon dont ça c’est passé, même si la personne qui c’est occupé de nous à essayer de dégrossir le coté administratif pour mettre un petit coté plus sympathique, car comme elle nous l’a fait très justement remarqué, nous n’avons pas d’autres façons de nous unir. Nous avons fait la fête avec les familles, et nous sommes parties une journée à St Malo en «Lune de miel ».

Peu de temps après ma chère et tendre m’a annoncé son désir d’enfant. J’étais aux anges !!! J’ai sauté sur le téléphone pour joindre mon gynécologue mais elle m’a retenue en me demandant d’attendre après les fêtes.

Nous nous sommes mises d’accord sur la façon dont nous voulions concevoir cette enfant, de la  place qu’on voulait laisser à ce Papa-donneur. Nous avons trouvé notre « gentil Monsieur » pour nous aider. Mon gynécologue a bien voulu nous conseiller et nous voilà partie !!!

Notre chance a été de concrétiser ce projet dès le premier essai.

L’annonce aux familles a été un réel moment d’angoisse et de joie. Je me souviens encore de certaines réactions, comme celle de mon père fier et les yeux mouillés, celle de mon frère et de ma sœur qui ont eu la même réponse quand je leurs ai annoncé ma grossesse :

« -Vous allez être Tonton (Tata) !!!

– ah bon de qui ??? »

J’ai bien vu qu’ils n’avaient pas envisagé l’hypothèse que j’aurai des enfants malgré le fait que nous en avions souvent parlé. Après leurs réactions un peu bizarres, je me suis rendue compte qu’ils étaient très heureux.

Ma relation avec ma mère a changé, je n’étais plus seulement sa fille mais aussi une future maman.

Pendant mes 9 mois de grossesse nous n’avons été confrontées qu’une seule fois à une réaction un peu décalée. En effet quand j’ai voulu prendre mes cours de préparation à l’accouchement la sage femme m’a dirigée vers une sage femme de PMI, en inscrivant sur la fiche de suivie « suivie psychologique à suggérer » ?!? je ne savais pas comment le prendre.

Ces cours étaient par groupe de 3 mamans. Tant que j’étais seule, j’ai participé à ces cours, mais quand le cours en couple est arrivé elle m’a plus que demander de faire un cours seule avec Diane, prétextant que ça serait mieux pour nous. Je pense que c’est plutôt pour elle que c’était mieux.

Malgré tout elle nous a bien préparées aux différentes réactions que pourraient avoir le personnel hospitalier.

Nous avons eu rendez-vous à l’Hôpital pour une visite interactive de la maternité et l’explication que la prise en charge.

Une équipe de télévision était présente pour nous présenter le projet qu’ils avaient. C’était pour l’émission Baby Boom, la première saison. Mon coté manifestante voulait foncer pour montrer que nos familles existent, mais ma Femme n’a pas voulu de peur d’être reconnue par certains de ces collègues qui ne connaissaient pas sa situation familiale. Je trouve cela dommage car ça nous aurait permis d’avoir un souvenir de ce moment.

Et voilà que le dernier mois de grossesse arrive !!! Des insomnies !!!! Et du coup des jeux de société avec Diane et ma mère (qui était venue en soutien) jusqu’à des heures improbables !!!

Arrive le jour J. Avec l’équipe de nuit tout s’est bien passé, par contre avec l’équipe de jour, Diane s’est vue interdire l’accès à la salle de naissance par l’aide soignante qui ne voulait pas comprendre que sa place était à cote de moi. La Sage femme a dû s’énerver pour qu’elle puisse enfin renter. Elle a par contre trouvé sa place avec le reste de l’équipe qui l’a autorisé à assister à la césarienne. A la naissance d’Elouan, elle a pu faire la peau à peau et être à coté du petit pendant les premiers soins.

Les Sages femmes l’ont attendue pour qu’elle apprenne au même titre que moi les gestes du quotidien : le bain, le change, le bib…

Pour la déclaration à la mairie nous avions fait une déclaration anticipée pour que Diane puisse aller en mairie elle-même.

Pour la petite anecdote, au moment de déclarer Elouan à la sécurité sociale de la SCNF, ils ont fait une erreur et automatiquement associé l’enfant au nom de ma Femme sans se rendre compte que ce n’était pas possible. C’est le seul papier officiel où Elouan porte de nom de famille de Diane. Nous l’avons précieusement mis de coté, comme un petit symbole.

C’est fou comme il peut ressembler à Diane. Il a pris ces grimaces, ces expressions. Ils compensent le manque de lien sanguin par un lien affectif énorme. Et ça jamais personne ne pourra leur retirer.

En 2012 on a lancé la procédure pour la délégation d’autorité parentale. Je ne sais pas ce qui a été le pire : le passage des officiers de police à la maison, la convocation au commissariat (quand on est arrivé un jeune sortait avec les menottes, on se demandait ce qu’on avait fait comme bêtises) ou bien encore au moment du passage devant la Juge qui nous a expliqué que Diane avait le même rôle qu’une baby-sitter. Je ne sais pas vous mais je n’ai pas souvent vu une baby-sitter se lever la nuit (et parfois ne pas avoir le temps de se recoucher avant d’aller travailler) pour les biberons ou parce que l’enfant est malade, ou parce qu’il a fait un cauchemar. Et surtout une baby-sitter il faut la rémunérer, alors si je dois rémunérer Diane il va falloir que je gagne au Loto.

Mais surtout la Grande différence entre Diane et la baby-sitter (qui est une personne étrangère à la famille, je le rappelle) ce sont les liens qui unissent ces 2 membres de la même famille, ces moments câlins, ces moments de jeux, ces repas partagés, ces moments d’apprentissage et ces moments de disputes, parce que c’est ça être parent !! Quand Elouan se fait mal, il fonce dans ces bras, quand il est triste dans les miens, pour jouer avec lui c’est Diane, et moi c’est quand il a faim. A chacun son rôle. Mais ça c’est comme tous les couples non ?!?!

Le passage devant la Juge a vraiment été une épreuve, on a vraiment eu l’impression de n’être rien. C’était la première fois que je ressentais ça. Ca a été assez dur à gérer. Mais quand je les vois tout les deux, la décision de la Juge m’importe peu.

Je pense au deuxième. Je pensais que ça serait plus facile, vu qu’on était déjà passé par là mais je me trompais. Certes les questions que je me posais au premier (comment ça se passe ? Comment faire ?) ne sont plus là mais d’autres sont venues (pourra-t-on faire appel au même Papa-donneur ??).

Je ne trouve pas de conclusion à faire car celle-ci viendra le jour où enfin on aura plus besoin de se battre pour être reconnu comme parents, comme famille.

Le jour où enfin les gens ne se retourneront plus sur notre passage en nous dévisageant parce qu’on est une famille atypique.

Mais cette famille, ces familles existent que ça plaise ou non !!!!

Sandie

Témoignage d’Hélène (7)

21 Jan

Je suis maman de 2 petites  filles de 9 et 3 ans et demi. Je vis en couple  depuis 13 ans avec Christophe, leur papa.

Nous avons 2 amies  qui sont en couple depuis  plus longtemps que nous.

Elles ont le bonheur d’avoir mis au monde 2 enfants. Ma dernière  est née 1 jour après leurs jumeaux !!!!

Nous avons mis à chaque fois 2 ans pour avoir chacune de nos filles. Elles aussi ont attendu, mais avec les galères, les espoirs et les déceptions  de la procréation assistée.

Nos enfants et les leurs étaient désirés, attendus ardemment.

Elles ont vécus comme nous les nuits compliquées, les maladies qui inquiètent, la fatigue.

Régulièrement nous échangeons sur les petits problèmes du quotidien ; nous partageons les mêmes inquiétudes concernant nos petits bouts.

De quel  droit la société française peut-elle refuser à 2 personnes qui s’aiment et autant investies dans le bonheur et la réussite de leurs enfants le droit officiel d’être appelé « parents ».  !!!!!

Leurs amours pour leurs enfants est aussi fort que le nôtre pour nos filles.

Les nuits blanches, les  maladies infantiles, les inquiétudes de parents, elles le vivent comme nous.

Leur combat  pour le mariage et l’adoption homoparentale, c’est encore pour offrir la sécurité et la reconnaissance officielle de leur famille, pour  leurs enfants.

Cette loi n’est  juste qu’un rétablissement de la justice : égalité de traitement  pour tous.

C’est considérer que l’amour est plus important que l’orientation sexuelle pour  définir un conjoint ou un parent.

J’espère, nous espérons.

 

Hélène

 

Témoignage de Sylvie (17)

21 Jan

Dans un mois, ma fille va naître. Elle ne sortira pas de mon ventre mais de celui de ma compagne. Et pourtant, elle sera quand même ma fille.

• Parce que je suis très amoureuse de son autre maman et que fonder une famille nous a semblé naturel. Fonder une famille lorsque l’on est un couple heureux, c’est juste normal.

• Parce qu’avec ma compagne, nous avons réfléchi à la manière de concevoir cet enfant, à la manière de l’éduquer, à la manière de défendre ses droits pendant 2 ans avant de passer à l’acte en prenant contact avec des cliniques belges. Notre désir d’enfant a été murement réfléchi, bien plus que dans la plupart des couples hétérosexuels de ma connaissance.

• Parce que j’ai parlé de ce désir d’enfant à tout mon entourage pendant des années et qu’à tous, ce désir a semblé couler de source. Maintenant que ma compagne est enceinte, ma mère me dit qu’il est possible que ma fille me ressemble. Ma sœur n’arrête pas de me répéter que dès que sa nièce viendra au monde, elle prendra sa voiture et fera 800 km d’une seule traite pour venir embrasser ma fille et me donner des conseils. Mon père m’aide à installer sa chambre. Mes amis me harcèlent pour connaître son prénom.

• Parce que j’ai été là pendant sa conception. C’était en Belgique, dans une clinique où l’on nous a accueillies, conseillées, choyées comme de futurs parents tout simplement, ni plus ni moins.

• Parce que comme tous les parents, je n’arrête pas de penser à ce petit être que je vais élever : la première fois que je la tiendrai dans mes bras, la première fois que je la verrai téter le sein de ma compagne,  la première fois qu’elle me serrera la main, la première fois que je lui ferai prendre un bain, la première fois qu’elle me sourira, la première fois qu’elle m’appellera maman, la première fois qu’elle marchera, … la liste est sans fin.

• Parce que je serai là quand elle viendra au monde. Je tiendrai la main de son autre maman et je couperai le cordon ombilical. Je l’embrasserai avec émerveillement.

• Parce que les liens biologiques n’ont aucune valeur. Ce n’est pas la biologie qui fait des êtres humains de bons parents. Ce qui compte, c’est que je sois là pour la nourrir, la laver, l’habiller, la coiffer, la consoler, l’amuser, lui lire des histoires, lui préparer à manger, l’emmener au parc, l’emmener en vacances, l’aider à faire ses devoirs, l’emmener au musée et au cinéma, … la liste est sans fin.

• Parce que quand je pense à ce petit être qui est en train de grandir dans le ventre de ma compagne, je me dis que je ne peux plus imaginer ma vie sans elle. Elle fait déjà parti intégrante de ma vie, de mes pensées, de mes projections dans l’avenir.

• Parce que j’exige l’égalité avec les couples hétérosexuels. Lorsqu’un couple hétérosexuel a recours à la PMA, on leur octroie la filiation automatiquement.

• Parce que si on écoute les « bien pensants », les femmes n’auraient toujours pas le droit de voter, ni celui de divorcer, ni celui d’ouvrir un compte en banque sans l’aval de leur maris, ni celui d’avorter.

Pourtant, tant que la loi ne reconnaîtra pas ma famille :

• Les médecins pourront me refuser l’accès à la salle de naissance lorsque ma fille naîtra.

• Je dépendrai du bon vouloir des médecins s’il arrive quoi que ce soit à ma fille. (Ils peuvent refuser que j’assiste à la consultation)

• Je n’apparaîtrai pas sur le livret de famille de ma fille. Légalement, elle n’aura qu’un seul parent.

• Ma fille ne portera pas mon nom.

• Ma fille aura autant de liens juridiques avec moi et ma famille que ma voisine, autrement dit : aucun.

• J’aurai besoin d’une autorisation de ma compagne pour aller chercher ma fille à la crèche et à l’école.

• Je ne pourrai pas me présenter comme parent d’élève.

• Je pourrais perdre ma fille si ma compagne décide de me quitter.

• Je pourrais perdre ma fille si ma compagne venait à décéder.

• Je pourrais abandonner ma compagne et ma fille sans avoir de compte à rendre à personne.

• Ma fille n’aura pas de liens juridiques avec ses frères et sœurs (parce que oui, nous désirons avoir d’autres enfants et je désire en porter aussi).

• Ma fille ne pourra pas hériter de moi.

• Je serai une sous citoyenne avec pour seule raison le fait que je sois homosexuelle, orientation sexuelle que, je le rappelle, je n’ai pas choisie. Cela fait partie de mon identité, de mon essence. Au même titre que ma couleur de cheveux, la grandeur de mes mains, la forme de ma bouche, le timbre de ma voix, la grandeur de mes jambes… Je suis homosexuelle et je suis mère. Donnez-moi des droits parce que je suis une mère comme les autres, ne me les refusez pas parce que je suis lesbienne.

En bref, si la loi ne prend pas en compte nos familles, je devrai continuer à trouver des pansements à mettre sur tous les vides juridiques auxquels ma famille sera confrontée jour après jour.

Témoignage de Catherine (6)

19 Jan

Lorsque mon fils de 3 ans et demi est revenu un soir à la maison quelques mois après sa 1ere rentrée à l’école maternelle, nous annonçant tout content qu’il avait une nouvelle amie, son père et moi nous sommes réjouis, en y voyant les 1ers signes de sa socialisation et de sa capacité à s’intégrer !!
Quand nous avons appris quelques semaines plus tard que cette petite copine avait 2 mamans, notre première réflexion a été : Et alors, la belle affaire !

Amenés progressivement à faire connaissance, nous nous sommes découverts de multiples points communs avec les mamans, qui sont naturellement devenues des amies proches de notre famille … Surtout, nous avons pour nos petits bouts – aujourd’hui âgés de 5 ans et demi – les mêmes questions, les mêmes tracas et les mêmes joies !
Elles nous ont depuis permis de suivre à leurs cotes le chemin de croix pour que leur famille s’agrandisse encore ! Nous avons pris la mesure de toute la difficulté que cela implique, mais aussi du climat général d’hypocrisie puisque les traitements pour favoriser la réussite de la PMA belge ont été prescrits et administrés en France !

Heureusement, leurs vœux se sont réalisés avec l’arrivée d’une nouvelle petite fille, âgée aujourd’hui de 7 mois et qui fait la joie de ses mamans et de sa sœur, devenue « grande sœur » !

Si l’idée d’un débat autour des questions du mariage pour tous, de l’homoparentalité et la PMA est par essence saine dans un pays démocratique, les arguments avancés par les « anti » de tous poils sont pour le moins consternants… Il y a comme des relents d’obscurantisme, d’intolérance qui sont franchement insupportables selon moi !

Notre société évolue chaque jour, et c’est d’ailleurs ce qui la différencie des civilisations en déclin !
De plus, les enfants de familles homoparentales existent, quoi qu’on en dise… Et dans leur intérêt – puisqu’il parait que c’est l’argument ultime des « antis » pour justifier des prises de position moyenâgeuses pour le moins discutables – pourquoi ne pas leur donner les mêmes droits que les autres ?
Aucune menace, dérive ou perversion dans cette demande pour le moins légitime !

J’espère de tout cœur que le Président Hollande ainsi que tous les députés de la majorité auront le courage de mener à bien et de concrétiser cette promesse de campagne… Les démonstrations de masse des « anti » ne sont que gesticulations et forcement rien face à la majorité silencieuse des Français qui pensent que c’est une affaire privée, ou l’amour seul à droit de citer !
Ces hommes, ces femmes essaient d’élever leurs enfants dans l’amour et la sérénité, rien de moins, rien de plus et tous mes vœux les accompagnent !

 

Catherine

 

Témoignage de Chrystelle (55)

19 Jan

En 2007 j’ai rencontré une charmante jeune fille dont je suis tombé amoureuse … tellement amoureuse que 2 ans plus tard, est née de notre amour (et grâce à généreux donneur !) une magnifique petite fille …

Un conte de fée, certain me dirons … la réalité est tout autre … outre le faite que nous nous soyons séparés en 2011, plus que le mariage, ce que d’autres ne veulent pas c’est que mon ex compagne soit reconnue comme le second parent de ma fille, de SA fille, fini le conte de fée … mais qu’ils nous posent la question … qui était là au moment de la conception ? qui était là à toutes les échographies ? Qui s’est inquiétée que je mène à terme cette grossesse ? Qui était là à l’accouchement ? Et maintenant, qui s’occupe d’elle  et de son bien être ? Qui la rassure la nuit quand elle fait des cauchemars ? Qui la prend dans ses bras et lui dis qu’elle l’aime ? Sa seconde maman l’a fait et le fait encore … un père fait tout ça aussi … lui il est reconnu en tant que parent ! Parce qu’il a des attributs que Séverine n’a pas alors il est plus a même d’élever un enfant ?? ils vont dire : il est lié génétiquement à son enfant, je leur dirais : vous allez oser dire a un couple hétéro qui a adopté ou a un autre qui a eu recours a un don de sperme parce que monsieur était stérile, qu’ils ne sont en aucun cas les parents de cet enfant ? …

Notre fille a 2 mamans à part entière qu’ils l’acceptent ou non, c’est un fait !

Que se passerait-il s’il m’arrivait quelque chose ? Nous comptons sur l’intelligence de ma famille … mais qui sait, dans la douleur … la séparerait-ils de la mère qui l’a élevée ?

Que se passerait-il s’il arrivait quelque chose à notre fille quand elle est chez sa mummy et que je sois loin ou pas joignable ?

Chaque jour je prie pour qu’il n’arrive rien de tout cela …alors sereine … non !

Ils disent vouloir protéger nos enfants … alors qu’ils les protègent ! Qu’ils ne se liguent pas contre ce projet de loi ! Et alors là, oui, nous pourrons profiter pleinement de notre bonheur sans cette ombre au tableau

Nous ne demandons rien d’autre que d’avoir les mêmes droits et devoirs.

 

Chrystelle, maman d’une petite Axelle de bientôt 4ans

Témoignage de Jaïc et Gisèle (8)

18 Jan

Il aura fallu les opposants obscurantistes au projet de mariage pour tous pour nous rappeler, brutalement, que notre petite fille n’est pas issue de notre fille mais de sa compagne.

Jusque là, et depuis sa naissance, nous ne la voyions qu’avec nos yeux et notre cœur de grands-parents comme nous voyions  nos 2 autres petits fils ; sans vraiment réfléchir à la différence de filiation. Sans doute parce que nous nous contentons de savourer le bonheur  d’être grands-parents d’une petite fille et de 2 garçons (qui s’entendent  à merveille, surtout pour faire des bêtises…).

Lorsque François Hollande,  a prévu d’ouvrir le mariage à tous, nous nous sommes dit que  l’égalité des droits serait enfin au rendez-vous des familles homoparentales…

C’était sans compter sur les combats d’arrière garde engagés par Barjot (la bien-nommée ?) et Cie : grenouilles de bénitiers à l’esprit étriqué, réacs de tout poil en mal de reconnaissance, pétainistes racornis ou curés aux soutanes aussi moisies que leurs idées,  qui  n’osant  avouer leur homophobie latente, ont délaissé leur goupillon en s’emparant du Code Civil qu’ils brandissent comme un étendard pour développer leurs arguties oiseuses de « défenseurs des enfants et de la famille».

Que n’utilisent-ils pas leur énergie à se préoccuper des dizaines de milliers d’enfants maltraités ou abusés sexuellement au sein de familles hétéros indignes !!!

Nous avons confiance dans la détermination du gouvernement mais devant celle des antis nous devons montrer que la nôtre est encore plus forte car elle s’appuie sur l’égalité et la justice pour tous !

 Nous nous sommes donc dit que le moins que nous puissions faire  était d’être présents le 27 janvier à Paris pour que notre petite Lalie continue à s’épanouir entre  ses 2 mamans en toute quiétude …et que, nous aussi, nous continuions sereinement à entretenir ces liens si forts d’affection, que nous avons pour elle  (et réciproquement)

Jaïc (alias Papé) & Gisèle (alias Grand-mère)

Témoignage d’Eloïne (53)

18 Jan

Quand nous nous sommes rencontrées il y a 13 ans, nous avons immédiatement su que nous avions une belle histoire à vivre. Elle avait 20 ans, j’en avais 22, nous étions étudiantes, nous avions toute la vie devant nous et beaucoup de choses à construire, mais une chose était sûre pour toutes les deux : un jour nous aurions des enfants. La famille, c’est vraiment une valeur très importante pour nous.

Les années ont passé, nous avons pris le temps de nous renseigner sur les très nombreuses études réalisées sur les familles homoparentales outre-Atlantique depuis près de 40 ans, et c’est avec soulagement que nous avons pu constater que toutes les études sérieuses (c’est-à-dire basées sur un échantillon représentatif, et avec comparaison avec un groupe témoin comparable) concluaient qu’il n’y avait aucune différence notable entre les enfants issus de famille homoparentale ou hétéroparentale. Nous avons réfléchi aux situations où nos enfants pourraient être mis en difficulté à cause de leur schéma familial, et à ce que nous parents pouvions faire pour éviter ces difficultés. Nous avons réfléchi au mode de conception qui nous convenait, celui avec lequel nous serions assez à l’aise pour assumer ce choix et pouvoir l’expliquer un jour à nos enfants. Pour nous ce fut l’insémination artificielle avec donneur (IAD), et nous avons décidé de nous tourner vers la Belgique.

C’est ensemble que nous avons fait les allers-retours vers la clinique pour rencontrer un gynécologue puis un psychothérapeute. Oh comme nous l’avons redouté ce fameux rendez-vous, quelle angoisse de dire un mot maladroit quand ce psy tenait notre avenir entre ses mains, jugeant notre capacité à être de bons parents… Quel soulagement quand la clinique a finalement accepté notre dossier ! Quels cris de joie devant ce premier pas accompli sur le chemin qui allait nous mener vers notre futur bébé !

C’est là qu’ont commencé les examens parfois douloureux, les stimulations hormonales et leur cortège d’effets secondaires, les prises de sang et échographies à répétition dans l’attente d’un résultat satisfaisant, le stress de devoir nous absenter du travail du jour au lendemain en croisant les doigts pour que l’insémination ne tombe pas un jour trop chargé, les départs à l’aube pour arriver juste à temps à notre rendez-vous quelques centaines de kilomètres plus loin, les milliers de kilomètres parcourus mois après mois, l’attente fébrile du résultat, les larmes, encore les larmes, la vie mise entre parenthèses parce qu’on ne peut rien prévoir au cas où une prise de sang et une échographie devraient être faites ce jour là, au cas où nous devrions partir en Belgique à ce moment là…

Et un jour un résultat positif, encore des larmes partagées mais de bonheur cette fois. La grossesse que nous avons vécue ensemble avec émerveillement et crainte, comme tous les futurs parents heureux. La naissance de notre fille, moment inoubliable, notre bébé, enfin. Ma compagne qui coupe son cordon ombilical, qui lui donne son premier bain, qui contemple ce tout petit bébé niché dans ses bras avec une émotion qui nous met les larmes aux yeux à toutes les deux.

Notre fille que nous élevons ensemble, que nous aimons autant l’une que l’autre et qui nous aime elle aussi tout autant. Notre fille, à qui comme tous les parents nous transmettons nos valeurs : le respect de l’autre comme de soi-même,  le goût du partage, le goût de la vie, des découvertes, des rencontres… Notre fille heureuse, joyeuse, drôle, câline, pleine de vie, curieuse de tout.

Un deuxième parcours du combattant commence, plus long et plus douloureux que le premier, qui s’achève avec la naissance de notre fils, cette fois c’est moi qui coupe le cordon.

Notre fils, bébé modèle, doux et câlin, qui fait gonfler nos cœurs de mamans de bonheur quand il nous regarde avec une égale adoration, quand il nous sourit en croisant notre regard, quand il se niche tendrement au creux de notre cou…

Ces deux enfants, ce sont les nôtres, à part égale. Ils ne sont certes pas nés de notre corps à toutes les deux, ils le savent bien car depuis leur naissance nous leur parlons de leur histoire, mais ils sont nés de notre amour, car c’est ensemble que nous les avons désirés, ensemble que nous les avons attendus. Parce que nous nous aimions, parce que nous voulions fonder une famille ensemble.

Ces deux enfants sont frère et sœur, personne ne peut en douter en voyant l’amour et la complicité qui les unit.

Ces deux enfants ont deux parents qui les aiment, qui les élèvent au quotidien, qui les guident pour faire d’eux des enfants puis des adultes équilibrés et bien dans leur peau, responsables et citoyens, et surtout heureux.

Deux parents à part entière, parce que ce n’est pas la biologie qui fait un parent. Un parent, c’est celui qui se réveille en pleine nuit pour écouter la respiration calme de son bébé, celui qui se lève pour nourrir son enfant, changer sa couche ou ses draps ou faire fuir un vilain cauchemar. Un parent c’est celui qui sait soigner les bobos avec un bisou magique, c’est celui qui apaise les pleurs et les peurs, celui qui raconte l’histoire du soir et chasse vaillamment les monstres cachés sous le lit, c’est celui qui explique, encore, et encore, c’est celui qui écoute les chagrins et les joies, c’est celui qui accompagne son enfant pour l’aider à vaincre ses peurs, celui qui fait les bonshommes de neige, qui fabrique des cabanes ou qui boit avec application le café que son enfant lui a préparé dans sa dinette. Un parent c’est ça, et beaucoup d’autres choses, mais ce n’est pas une question de gènes.

Nos enfants ont deux parents, deux mamans. Et chacun un donneur, qui n’est pas un parent, pas plus dans notre famille que dans toutes celles, hétéroparentales ou homoparentales, qui ont recours à un don de gamètes.

Mais parce que nous sommes de même sexe, nous n’avons pas le droit d’être reconnues comme parents à part entière, comme une famille à part entière. Parce que nous sommes de même sexe nous ne pouvons pas avoir la certitude qu’un de nos enfants ne nous sera pas enlevé un jour, si nous nous séparons ou que l’une de nous décède. Parce que nous sommes de même sexe nos enfants pourraient être un jour séparés l’un de l’autre. Parce que nous sommes de même sexe, nos enfants n’hériteront pas à égalité, ni de leurs parents, ni de leurs grands-parents.

C’est injuste.

C’est terrifiant.

Et ça doit changer, parce que c’est ça, l’intérêt des enfants.

Eloine

Témoignage de Céline (13)

17 Jan

Je m’appelle Céline et je me décide enfin à témoigner à mon tour car je suis révoltée de voir que, dans notre pays, le pays des Droits de l’Homme, des gens militent et manifestent pour empêcher leurs concitoyens d’avoir le droit de s’aimer, d’être reconnus en tant que famille et d’en fonder une.

J’entends tellement d’ignominies et je supporte de plus en plus difficilement de voir comment mon existence, ma vie et mon couple peuvent être niés. Moi qui étais si fière d’être française, j’en arrive à en avoir honte devant les idées rétrogrades des opposants au Mariage Pour Tous.

J’aime ma femme depuis 4 ans et nous sommes pacsées depuis 3 ans, dès notre rencontre, s’unir et fonder une famille était une évidence.

Nous essayons d’avoir un enfant depuis 2 ans.

J’ai passé des heures, des nuits à rechercher des informations sur la façon de procréer en étant un couple de femmes, consulté des forums sur internet, lu des livres, et comme tant d’autres avant nous, et tant d’autres actuellement, pris des rendez-vous, consulté des médecins, fait des kilomètres et des kilomètres vers la Belgique, des examens douloureux, des piqûres, dépensé des milliers d’euros… pour rien.

Désormais, faute de moyens financiers, nous avons dû abandonner la PMA belge et trouver un gentil jeune homme qui accepte de nous aider… à qui nous devons faire entièrement confiance et ne pas trop penser au risque sanitaire que j’encoure car il a sa vie également, sans parler de l’illégalité… pour nous comme pour mon gynécologue qui risque très gros à me prescrire des traitements destinés uniquement aux couples hétérosexuels infertiles…

Et malgré tout cela, malgré les risques de contracter une maladie très grave et mortelle, malgré les traitements qui me fatiguent, épuisent mon corps, provoquent de très fortes de douleurs, je continuerai jusqu’à ETRE MAMAN ! car je n’imagine pas ma vie autrement. En attendant, je pleure toutes les larmes de mon corps à chaque échec car j’ai si peur que notre rêve n’aboutisse jamais que parfois je m’en rends malade.

Nous EXISTONS, nous TRAVAILLONS, nous PAYONS NOS IMPÔTS  nous VOTONS, pensez-vous vraiment qu’une loi nous empêchera de fonder notre famille ?

Elle ne l’empêche absolument pas actuellement !

Des centaines de milliers d’enfants EXISTENT et ne sont absolument pas protégés par les lois de LEUR PAYS.

C’est inadmissible et insupportable de savoir cela, de le vivre, de le SUBIR.

Nous n’empêchons personne de s’unir, de vivre, d’avoir des enfants, de quel droit tente-t-on de nous l’interdire ?

Un papa, une maman, pour reprendre le fameux slogan totalement stupide de gens dont je ne citerai pas le nom, nous non plus on ne ment pas à nos enfants, les enfants sont loin d’être bêtes, apparemment, ces gens-là ne l’ont pas encore compris, et les nôtres ne sont pas élevés dans le déni de la réalité.

Une question, M. le Député, pourquoi ne sommes nous pas considérés comme des citoyens français à part entière ?

Sommes-nous vraiment coupables de nous aimer ?

Céline

Témoignage de Melvine (11)

17 Jan

Je m’appelle Melvine, j’ai 26 ans et je vis en couple depuis bientôt 5 ans avec ma moitié. Cinq années de purs bonheurs avec elle (le « s » à la fin du mot bonheur n’est pas une faute de frappe..), mais aussi 5 ans de combat, qui j’espère prendra fin bientôt.

Nous ne sommes pas encore mamans, mais nous souhaitons plus que tout au monde le devenir. Voilà maintenant 4 ans que nous en discutons et 1 an que ce projet de maternité devient de plus en plus concret.

Notre maison s’agrandit tout doucement au fur et à mesure de nos démarches, nous irons prochainement à la rencontre de celui qui sera peut être le père de notre enfant…Dur dur de faire confiance à un inconnu, malheureusement nous manquons de temps et d’argent pour un parcours en PMA, alors nous allons nous improviser chimistes afin de concevoir notre enfant, ce qui est loin d’être sans danger pour notre santé. Tout serait tellement plus facile et sécurisant si notre pays acceptait la PMA pour les couples de même sexe.

Cette loi est également indispensable afin de protéger les enfants issus des familles homoparentales, notamment pour la reconnaissance du parent social.

Il y a 3 ans, les médecins m’ont annoncé leur diagnostic : « Maladie orpheline » = maladie rare délaissée par la recherche médicale car trop peu de cas. Dans notre malheur, une lueur d’espoir : ce n’est pas une maladie héréditaire et elle n’affecte en aucun cas la stérilité.

Toujours est-il que s’il m’arrive malheur, ma compagne n’aura aucun droit sur notre enfant. La tutelle testamentaire ne pourra qu’influencer la décision d’un juge, elle n’a aucun pouvoir dans sa décision.

Notre premier combat fut semblable à celui d’un bon nombre d’homos, l’acceptation par mes parents. Après avoir été insultée, humiliée, violentée et considérée comme « anormale », il nous aura fallu 2 ans pour reprendre un dialogue parents/enfant normal, pour qu’ils « acceptent » ma compagne, puis finalement décident d’ignorer notre vie.

Le mariage devient donc pour nous et toutes les familles semblables à la nôtre, la seule protection pour nos enfants et futurs enfants, mais aussi la concrétisation de notre amour.

Tout aurait été différent si Julie s’était appelé Julien, c’est malheureux mais il suffit parfois qu’une lettre manque à l’appel pour qu’une famille vole en éclats…

 

Melvine

 

Témoignage de Karen (44)

16 Jan

Je ne comprends pas pourquoi je dois justifier l existence de ma famille…

Des parents, des enfants conçus avec amour, éduqués avec amour… Rien d anormal, une vie comme toutes les autres.

Pourtant non, chaque jour nous renvoie à notre différence, remet en question la légitimité de l’existence de mes trois filles et du bien fondé de cette existence.

Nous avons voulu ces 3 enfants, nous les avons eues et nous en sommes occupées comme tous les couples,

Au début le manque de droit nous semblait un détail, juste une ombre au tableau , des « et si un jour… » qui planaient au dessus de nos têtes sans vraiment être là au quotidien, où tout du moins dans mon quotidien de maman bio, car pour le parent social les choses sont sans aucun doute plus réelles .

Puis nous nous sommes séparées, et là tout est devenu plus clair…

Aucun cadre juridique,

Et si mon ex ne voulait plus les voir?

Rien ne l y oblige…

Et si elle ne participe pas financièrement ?

Rien ne l y oblige…

Et ce poids sur mes épaules, cette arme dont je dispose dans ma colère, dans ma souffrance, l’envie, l’espace de quelques secondes de blesser l autre,

Si je veux, elle disparaît de nos vies, je lui enlève les enfants pour toujours…

Cette arme je ne devrais pas en disposer, la loi devrait la protéger elle de moi, devrait protéger mes filles de moi même …

Parce que parfois dans la vie on ne sait plus décider calmement, c est pour ça que les lois existent aussi, pour nous protéger les uns des autres.

Je me dis que si ça m’a traversé l’esprit à moi qui suis éduquée, qui suis posée en règle générale, ça doit donc arriver à d autres…

Heureusement j ai eu la présence d’esprit d’avoir vite rejeté ces pensées, mais il faut protéger ceux et celles qui n y parviendraient pas!

Mon ex compagne EST indéniablement parent à part entière, et chaque fois que je croise son regard dans le regard de nos filles, cet amour, cette complicité, je le sens , je le vois , et personne n’a la légitimité pour en juger.

Est ce que moi je viens juger la famille et le droit à procréer des autres ?

Non, je n en ai pas le droit et eux non plus.

Quelqu’un a-t-il vu son émotion à leur naissance? Son expression devant les tests de grossesse positifs?

Sa douceur, sa patience, les éclats de rire échangés, les câlins, les larmes qui coulent pour quelques jours passés sans ses filles…

Non, ceci n appartient qu’à nous, et je ne comprends pas pourquoi aujourd’hui nous devons apporter la preuve de l’existence de ce qui n’appartient qu’à nous.

Juste pour tenter d’obtenir la même chose que d’autres ont comme ça, parce qu’ils sont hétéros.

Karen

Témoignage de Charline (6)

16 Jan

Je suis une maman et une grand’mère comme toutes les autres ! Trois enfants et 8 petits enfants, une superbe famille. Je suis donc bien placée pour faire les comparaisons que tout un chacun veut faire aujourd’hui ! Oui l’une de mes filles est homosexuelle, elle vit en couple depuis 16 ans et elle est maman de 3 adorables petites filles de 6 et 3 ans. Alors je peux vous rassurer ma fille est identique à ses frère et sœur ! Elle est normalement constituée, je l’ai élevée comme les autres. Elle n’a pas choisi d’être homosexuelle, elle l’est c’est tout.  Ses petites filles sont joyeuses et équilibrées, elles ne sont pas choquées d’avoir 2 mamans et 1 « donneur » sans qui elles savent qu’elles ne seraient pas là. Alors au nom de quoi ou de qui voudriez-vous leur interdire la reconnaissance d’une famille comme les autres ? S’il arrivait que leur maman ait un accident (pour vous servir, elle est fonctionnaire de police) trouvez-vous normal que leur Mama n’ait pas le droit de continuer à les élever ? Elle a vécu les galères de l’insémination, les caprices de la grossesse, les nuits d’insomnie quand elles sont malades, les courses folles pour les conduire à l’école, au sport ou au spectacle, au même titre que leur maman ! Croyez moi les papas des couples hétéros sont bien moins investis dans l’éducation de leurs enfants ! Alors que ces couples aient enfin les mêmes droits que les autres, il serait temps !

Charline

Témoignage d’Emmanuelle (43)

16 Jan

Ma compagne et moi sommes en couple depuis près de 30 ans. Nous sommes mamans de deux grands garçons de 28 et 26 ans nés grâce à une insémination dite “ artisanale” avec deux donneurs connus; nos fils ainés ont donc accès à leurs origines. Nous avons deux  autres fils de 6 et 8 ans que nous avons adoptés. Bien sur, la loi actuelle ne nous permettant pas une adoption en couple, nous avons chacune adoptée un de nos fils en “célibataire”.

Je suis professeur de lettres, ma compagne travaille dans la logistique, notre fils ainé est second de cuisine, en couple avec une charmante jeune femme, le second est professeur d’histoire, fiancé, il doit se marier cette année. Les deux plus jeunes sont bien sûr à l’école, école privée sous contrat, dans laquelle ils n’ont aucuns problèmes, notre famille y est très bien acceptée et nous participons activement à la vie de l’école. Je suis catholique pratiquante et je suis très impliquée dans la vie de ma paroisse, je dois cependant avouer, qu’afin de ménager toutes les susceptibilités, je reste au sein de l’Eglise très discrète sur ma vie privée. Nous payons nos impôts (nos fils ainés aussi), participons à la vie économique, sociale et politique de notre pays et cependant….. si l’une de nous venait à décéder, malgré une tutelle testamentaire déposée chez un notaire, nous n’avons aucune certitude que notre enfant pourrait continuer à vivre avec celle qui l’aurait élevé, aimé, nourri, choyé, depuis son adoption, puisque le droit strict accorderait alors plus de droits à la Mémé Chose ou au tonton Machin qu’à cette maman dite “sociale” ; nos fils ainés ne pourront hériter de celle qui n’est pas leur maman biologique. En cas de séparation de notre couple, nos enfants n’ont aucune garantie, à part celle de notre amour pour eux et de notre intelligence, de pouvoir continuer à voir leur deux parents. Ce ne sont donc pas en premier lieu les parents au sein des familles homoparentales qui sont mis en situation de fragilité et sont des citoyens de “seconde catégorie” mais bien les enfants. Nous ne demandons pas le droit de faire des enfants, Dieu merci, ils sont là !!!!! Nous demandons, nous exigeons pour eux, les mêmes droits à la sécurité et au bonheur que tous les autres enfants, simplement au regard de la priorité absolue que doit être le droit de l’enfant. Les couples homosexuels ne réclament pas un droit à l’enfant, ils l’ont, comme tout un chacun, ils réclament pour leurs enfants un droit à la famille, à leur famille.

 

Emmanuelle

Témoignage de Christine (42)

16 Jan

Maman de 2 petits rayons de soleil, je me décide à prendre la plume….

Notre vie est radicalement bouleversée depuis 1 an et demi… Enfin, le moment tant attendu… Nos deux princes sont arrivés dans nos vies, dans nos cœurs… Cela faisait tellement longtemps que nous y pensions, que nous nous posions des questions… Comment, pourquoi, de quelle façon,… nous en avons eu des discussions pour essayer que nos p’tits bouts démarrent leur vie de la plus belle des façons… Car toutes ces questions, c’est pour eux que nous nous les sommes posées… Et oui, naitre avec 2 Mamans, ça ne s’improvise pas !

Et nous avons été soutenues, par nos familles, nos amis, les professionnels qui nous accompagnaient… Comme ce soutien nous a porté pendant les démarches nécessaires… Les moments de doutes, d’espoir, de découragement…

Depuis que nos deux rayons de soleil sont arrivés, je réalise chaque jour notre chance… Notre histoire, à 2, à 4, c’est maintenant aussi l’histoire de nos 2 garçons… Et nous leur expliquons souvent cette différence, pour qu’elle soit une force… et non un critère de discrimination…

Alors ces derniers mois, quand, à quelques centaines de km d’ici, j’entends la discrimination et l’injustice être le maitre-mot de certains, je réalise la chance que nous avons de vivre dans un pays appelé la Belgique… un pays libre et respectueux… Qui nous considère comme 2 parents… Depuis toujours… Ma compagne est maintenant officiellement Maman, nos enfants portent d’ailleurs son nom… Afin qu’eux aussi sache que, même si une seule de leur Maman les a porté, nous sommes 2 Mamans à les aimer plus que notre vie…

Ce week-end, lors de la manifestation contre le mariage pour tous, mon cœur a saigné… J’ai pensé à tous ces parents et futurs parents homosexuels français… je me suis mise à leur place… Et en regardant les gens qui défilaient, je me disais… « Comment j’aurais expliqué à mes enfants, s’ils étaient en âge de comprendre ces images, que des personnes manifestaient contre leur existence même ? »…

Je fais le vœu que bientôt, tous ces enfants, ces hommes, ces femmes qui vivent la situation précaire de non-reconnaissance puissent eux aussi se sentir reconnu… Officiellement… Dans l’EGALITE !

Christine