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Témoignage de Julie (n°3)

15 Jan
Voici notre parcours à St Etienne :

Mariage en Juin 2013.
Consentements signés début juillet 2013.
Dépôt du dossier au TGI (Tribunal de Grande Instance) fin septembre.

1/ Convocation par deux assistantes sociales du CG (conseil général)

Première approche très négative puisque le courrier n’est même pas adapté à notre situation : « Suite à votre demande d’agrément, vous êtes convoquées….etc. »

Quel agrément ???!!! Bref….

On arrive le jour J, elles ne savent rien de nous et n’avaient pas eu accès au dossier de requête déposé. Elles ne s’étaient visiblement pas du tout préparées à notre situation et les questions étaient axées comme si on « attendait » l’adoption d’un enfant et du coup assez intrusives : quelle est votre vie sociale, y a t-il d’autres enfants dans votre entourage, etc.

Je suis un peu tendue par ces questions, une des AS le ressent et me dit : Le juge ne vous connait pas il se basera uniquement sur notre rapport pour dire si c’est dans l’intérêt des enfants ou pas de les adopter ! Alors là je m’énerve un peu : « Attendez, admettons que le juge décide que ce ne soit pas dans l’intérêt des enfants, notre situation ne va pas changer ?! Vous n’allez pas nous enlever les enfants quand même ! C’est absurde ! »

Bref…. un entretien tendu…prochaine étape à domicile début décembre…

2/ Convocation par la Police
Quelques jours après ce moment peu sympathique, nous recevons une convocation par la police, au commissariat. Là on tombe sur une femme très sympa qui trouve la procédure ridicule et qui tourne tout à la dérision. Donc ça se passe super bien, elle nous dit qu’elle envoie vite son rapport au TGI car elle a des choses plus importantes à traiter après ! Mais il faut qu’elle vienne voir le domicile quand même c’est la procédure.

3/ Visite du domicile par la police
Visite express : 1 minute…
C’est bon elles ne manquent de rien, je vous laisse !

4/ Visite des AS à domicile début décembre

Vu la première rencontre, on appréhendait un peu…

Et là surprise, elles avaient discuté, étudié la chose et du coup étaient beaucoup plus cool.

« On devait vous interroger sur vos capacités financières et votre budget mais on s’est dit que ce n’était pas utile » Youpi !!

« On ne va pas vous embêter plus longtemps,  pas besoin de creuser plus, on vous convoquera pour lire notre rapport. »

On a discuté un peu, elles ont regardé nos albums photos (j’avais envie un peu par provocation de « prouver » qu’on avait une vie sociale !!) elles ont regardé les chambres des puces et voilà !

30 minutes…

Donc maintenant on attend la suite mais normalement le plus gros est passé…

Julie

Témoignage d’Anne et Agnès (74)

25 Mar

Ma compagne et moi-même nous nous sommes rencontrées en avril 1993, pacsées en décembre 2000 et enfin heureuses mamans depuis aout 2008 d’un petit Gaspard, qui a 4 ans et demi maintenant.

Gaspard est né d’une FIV réalisée à l’AZVUB de Bruxelles, un bébé Thalys comme on les appelle …….. Mais quel parcours! Que de questions, que d’interrogations, que de choix, que d’options…

Tout a commencé dans l’intimité de notre couple, un enfant oui naturellement et jamais nous ne nous sommes senties illégitimes dans cette démarche. Mais ensuite… concrètement comment faire ? L’ APGL de Paris a été d’une grande aide, nous accueillant au sein de groupes de paroles, nous expliquant toutes les solutions possibles.

Informées, aiguillées, renseignées… pour nous, les choix étaient désormais clairs : pas de conception en méthode artisanale, pas de conception en co-parentalité, ce sera une PMA avec donneur anonyme et la Belgique comme destination. La feuille de route était claire. Des anges gardiens ont veillés sur nous : une équipe formidable à l’AZVUB à Bruxelles, un gynécologue à Paris, puis un autre à Saint-Malo trouvé un peu au hasard ( car entre-temps nous avons déménagées en région , comme on dit ……)

Tous ces gens étaient formidables et ils avaient réglés avec eux-même toutes les questions « éthiques », et pour eux nous n’étions pas les premières a effectuer ce genre de démarches . Nous avons également bénéficié d’un entourage amical fort et impliqué à nos côtés contrairement a nos familles ……

En revanche, 5 ans ont été nécessaires pour que je « tombe » enceinte (quelle drôle d’expression tout de même), et 5 ans de stress pour ne pas louper un train, pour arriver à l’heure, pour ne pas louper une injection, pour faire des échographies, pour trouver le bon hôtel à Bruxelles, pour boucler le budget… Une PMA n’est pas simple, moralement, physiquement, intellectuellement, financièrement … la distance, la double équipe (France et Belgique) n’arrangent rien. Ce parcours nous l’avons fait à 2, Agnès et moi ( Anne ), une équipe, soudée, unie, faisant face. Une seule fois elle est restée à Paris, car elle avait la grippe, l’équipe de Bruxelles n’a pas compris que je vienne seule, pour eux, nous n’étions pas 2 filles, nous étions un couple qui souhaitait procréer et la procréation se fait à 2…

Et enfin, 5 ans après tout ce parcours du combattant, le test, les prises de sang, les nausées tout indiquait que j’étais enceinte ! Joie, bonheur… et puis dès cet instant… amasser toutes les preuves qu’Agnès était là, présente en tant que parent, pas marraine ou tata ou tatie ou mamoune ou quelque chose dans le genre …….non parent, maman, mère à part entière au même titre que moi qui l’ai porté. Y penser même dans la salle d’accouchement, y penser en demandant à la sage femme un témoignage attestant de la présence de sa seconde maman dès le 1er souffle de notre enfant… Y penser en permanence dès le moindre papier à remplir ……. Tout consigner pour plus tard, quand nous aurions les moyens (et oui toujours l’argent au cœur du problème) de passer devant le tribunal des Affaires Familiales pour faire une délégation d’autorité parentale (quel horrible terme, réducteur, froid, impersonnel…) et faire reconnaitre Agnès comme sa mère à part presque entière. Penser à sa mort le jour de la naissance de son fils… il y a plus gai, mais c’est une réalité, aujourd’hui fonder une famille avec 2 parents de même sexe c’est tout de suite penser au pire, protéger en cas de décès de la mère biologique, pour qu’en cas de décès de cette mère biologique, notre enfant ne perde pas sa deuxième mère au passage devant le juge des affaires familiales ou au pire, d’une volonté de la famille de la mère biologique décédée …….Car c’est souvent dans bien des cas que l’épée de Damoclès est tenue par sa propre famille ! Lugubre…

Et depuis 4 ans comment cela se passe-t-il pour lui , pour nous ? Et bien comme dans toutes les familles de France, il grandit normalement, il se développe normalement, il est en pleine forme, il est au courant du pourquoi et du comment il a été conçu et il est né. Il est à l’école (privée et catholique, où tout le monde connait la situation et où tout le monde, même le prêtre, reconnait Agnès comme sa mère) où il dessine sa famille comme les autres petits camarades, bref un enfant normal, au sein d’une famille normale…

Mais une famille soumise au bon vouloir et à la compréhension des autorités représentatives de l’état (crèches, écoles, médecins, douaniers…) qui dans notre cas ne se sont jamais posés de question quant à la légitimité d’Agnès. (En revanche pas de souci de reconnaissance de notre famille pour les impôts et pour la CAF, que cela arrangent bien de ne pas me reconnaître comme parent isolé………)

Mais soudain espoir, la proposition du programme de F. Hollande accordant le mariage pour tous. Nous nous marierons, bien sûr, le plus vite possible (le temps de trouver une salle quand même !) Nous profiterons de cette fantastique avancée de la société. Mais, le mariage ne résoudra pas tout pour nous. Gaspard étant né avant notre mariage, Agnès devra l’adopter… (nous aurions espérer voir la filiation reconnue d’office, ou la possibilité d’une reconnaissance comme pour un couple « normal ») Avocat, tribunal ? on verra ce que dira la loi…

Encore un combat, mais on le gagnera…. Pour notre enfant, pour notre famille. À tous ceux qui nous lisent, surtout ne pas se décourager . Nous réussirons à changer les choses. L’important c’est de garder espoir…….

Anne et Agnès et leur petit Gaspard

Allemagne: les enfants d’homoparents ne souffrent pas de problèmes émotionnels ou psychologiques, selon une enquête officielle

5 Fév

http://yagg.com/2013/02/04/allemagne-la-premiere-etude-sur-les-familles-homoparentales-a-ete-publiee/

Article de Yagg du 4 février 2013

Angela Merkel est toujours opposée, comme son parti, à l’ouverture du mariage pour les couples de même sexe. La première étude (BMJ) représentative des familles homoparentales en Allemagne vient donner de l’eau au moulin des partisans de l’égalité. Elle montre que les enfants élevés par deux pères ou par deux mères, qui seraient au moins 7000 en Allemagne (selon une enquête de 2009) ne rencontrent pas de problèmes particuliers dans leur développement et dans leur rapport à la société, par rapport aux enfants issus des autres familles.

L’étude a été commandée par Brigitte Zypries, l’ancienne ministre de la Justice SPD (le parti social-démocrate) en 2006. Des enquêtes ont été menées auprès des parents et des enfants de familles homoparentales dans deux régions en Bavière. À l’Institut de Recherche sur la Famille de Bamberg, 1059 homoparents ont été questionnés sur différents thèmes allant de la répartition des tâches, aux rapports avec les personnes extérieures à la famille, en passant par la discrimination. Une petite centaine d’enfants âgés de 10 à 18 ans ont aussi répondu aux questions de l’enquête, portant sur l’estime de soi, la relation à leurs parents, leur façon de gérer le regard des autres.

PAS DE PROBLÈMES ÉMOTIONNELS OU PSYCHOLOGIQUES
Comparés aux données récoltées auprès de familles hétérosexuelles,…. cliquez ici pour lire la suite de l’article: http://yagg.com/2013/02/04/allemagne-la-premiere-etude-sur-les-familles-homoparentales-a-ete-publiee/

Témoignage de Jo (73)

4 Fév
J’ai 34 ans, je vis une histoire d’amour avec une femme formidable depuis presque 8 ans et nous avons depuis peu la chance de voir grandir une petite fille adorable.
Longtemps je me suis cherchée, mal dans ma peau, mal à l’aise en couple avec des hommes, je me sentais “différente” jusqu’à ce que je LA rencontre, ce fût une évidence !
Une évidence aussi de construire une famille, d’officialiser notre amour, comme beaucoup de couples amoureux…. Pacsées depuis 2006, parce que c’est la seule option qui nous était autorisée, il nous a manqué le côté cérémonieux  et romantique du mariage (Pacs conclu en 5 min dans le bureau d’un greffier du tribunal qui n’a même pas la place de nous faire signer sur son bureau en désordre !) Le Pacs nous a toujours semblé être un engagement moins fort que le mariage. Finalement à part pouvoir faire notre déclaration des impôts en commun cela n’a pas changé grand chose dans notre quotidien.
Longtemps aussi je me suis interrogée sur mon désir d’enfant. Ma compagne était déjà maman d’une grande fille, moi je voulais donner un papa à un éventuel bébé. Mais très vite, il nous semblait évident que ce bébé serait un bébé de l’amour que nous seules serions ses parents. L’unique différence serait pour lui de n’avoir pas 2 parents de sexe opposé.ET alors ? ce n’est pas pour autant qu’il sera plus malheureux qu’un enfant élevé par un papa et un maman ou un seul papa ou une seule maman…Il sera aimé, choyé, éduqué, protégé au sein d’un foyer doux et rassurant entouré d’une famille unie.
Il n’est évidemment pas question de lui mentir sur sa conception en lui disant qu’il n’a pas de géniteur. notre fille a un donneur, un homme formidable, altruiste qui nous a offert le plus beau des cadeaux. Tout cela nous le lui dirons au moment venu avec les mots adaptés à son âge. Elle aura même la possibilité de le rencontrer plus tard si elle le désire.
Voilà dans les faits nous sommes une famille mais officiellement notre fille n’a  qu’un seul parent : sa mère biologique. S’il  arrive quoique ce soit à cette dernière, le sort de notre puce dépendra uniquement du bon vouloir d’un juge. Imaginez la douleur d’une enfant qui perd un de ses parents et qui en plus est arrachée à son autre parent !
Et même au quotidien, sa maman de cœur n’a aucun droit sur elle alors qu’elle la désirée aussi fort que sa maman biologique, qu’elle est là chaque jour pour elle : non elle ne peut ni la chercher à la crèche ou à l’école sans autorisation, ne peut prendre aucune décision la concernant : hospitalisation par exemple, ne peut pas voyager seule avec elle, etc
Petit paradoxe : je suis le seul parent de ma fille (cf livret de famille) avec tous les inconvénients et problèmes que cela engendre. Par contre, au niveau de la CAF, je vis en couple donc je ne suis pas considérée comme parent isolé. Pareil pour les impôts, je ne suis pas célibataire donc je ne peux prétendre à la demie part supplémentaire pour parent élevant seul ses enfants… Alors soyons logique jusqu’au bout : notre fille doit avoir en toutes circonstances deux parents légaux et pas seulement quand ça arrange l’administration !
Jo

Témoignage de Marie (69)

25 Jan

Je suis française et mon amie est espagnole. Nous ne sommes pas pacsées en France mais nous sommes mariées en Espagne. Nous avons eu une fille (mon amie en est la mère biologique) par insémination artificielle avec donneur anonyme (à l’AZ Sint-Jan de Brugge, ça a marché au 4ème essai).

Si nous avions pu nous marier en Espagne avant la naissance de ma fille, elle aurait été directement reconnue comme ma fille (en Espagne toujours), et aurait porté nos deux noms, comme le veut la loi espagnole.

Cependant, à cause des nombreux allers-retours nécessaires pour que nous puissions nous marier (même si le mariage gay est légal en Espagne, le fait que je sois française a beaucoup compliqué les choses, la France ne voulant pas me fournir la publication des bans pour un mariage avec une femme), et puisque mon amie était déjà enceinte (la grossesse a en plus été un peu compliquée), nous n’avons pas pu le faire avant que ma fille naisse. Je l’ai donc adoptée (énormément de papiers et de voyages une fois de plus).

Légalement, elle est ma fille en Espagne mais nous avons encore du mal à obtenir un papier qui le prouve clairement aux yeux de la loi française ou à faire changer son nom sur ses documents d’identité. Elle est née en France mais est de nationalité espagnole (père inconnu, une seule mère espagnole pour la loi française). Nous attendons que sur son acte de naissance français soit inscrit dans la marge que je l’ai adoptée. Ça fait des mois…

Ce qui est le plus ironique, c’est que nous ne pouvons maintenant plus nous pacser en France. En effet, la France refuse, bien que ne reconnaissant pas mon mariage, de me fournir un certificat de célibat! Je ne suis donc considérée ni comme mariée ni comme célibataire… Pratique pour acheter une maison ensemble !

Marie

 

Témoignage de Céline (68)

22 Jan

Tout commence comme de nombreux jolis témoignages émouvants que j’ai pu lire.

Deux femmes qui s’aiment, un enfant en commun et de belles années.

Comme toute les mamans sociales, j’ai coupé le cordon, j’ai donné le premier biberon, j’ai veillé des nuits entières mon enfant contre mon cœur, j’ai essuyé les premières larmes, naturellement… parce que c’est ma fille tout simplement.

Mais les couples se séparent parfois et l’absence de lois provoque les pires drames.

Car à ce jour, la réalité d’une maman sociale c’est d’avoir été séparé de sa fille pendant des semaines, c’est ne plus pourvoir l’amener à l’école du jour au lendemain, c’est accepter tout les chantages pour pouvoir profiter de son enfant, c’est vivre dans la crainte constante que l’autre vous la retire du jour au lendemain, c’est faire le deuil d’être une vraie maman, de partager son quotidien, ses nuits, ses rencontres, ses vacances… C’est ne pas même pouvoir avoir sa première photo de classe… détail insignifiant peut être mais tellement parlant.

La réalité à ce jour c’est n’être qu’une tierce personne au regard de la loi, c’est peut être commencer un procès durant lequel je ne verrai plus ma fille pendant des mois, c’est devoir réunir les preuves de l’évidence, devoir prouver que je me suis occupée de ma fille pendant des années, que j’étais présente de la maternité à ce jour, c’est trouver des attestations quand toutes les portes se ferment.

C’est espérer encore, perdre espoir souvent, aimer son enfant toujours…

Parce que s’il y avait eu une loi, la réalité aurait été toute autre et qu’il ne me faudrait pas me battre contre le système français pour pourvoir simplement exercer mon droit de mère.

 

Céline

 

Témoignage de Sandie (66)

21 Jan

Fonder une famille ! Fonder SA famille !!!!! Tout un projet !! Un projet à deux !!!!! Mais à deux femmes.

Comme pour tous les couples, hétéro ou homo, c’est un projet qui mûrit, qui grandit.

Moi j’ai toujours eu envie d’enfant, mais il m’a fallu avoir ma nièce dans mes bras pour comprendre que ce désir devenait plus fort que tout, mais Diane, ma Femme, ne se voyait pas concrétiser cette envie à ce moment-là.

Il m’a fallu un an pour la convaincre. Mais cette année a été mise à profit pour faire des recherches, répondre aux questions et aux angoisses que je pouvais avoir. Parce que oui je le dis haut et fort 2 femmes ne peuvent pas concevoir un enfant, mais je crois que tout le monde en est conscient, nous les premières !!! Alors comment faire ? Comment concrétiser ce désir? Et là, j’ai trouvé pleins de témoignages sur les différentes façons de faire. Alors quelles méthodes choisir ? Partir en Belgique ? En Espagne ? Faire appel à une connaissance ? ou à un anonyme ?

Quand j’ai vu les conditions d’accès à la PMA et que j’ai expliqué à Diane le passage devant un psychologue, elle a clairement refusé. Nous avons aussi écarté l’idée de passer par une connaissance, Diane ayant peur de ne pas trouver sa place entre ce Papa-Donneur (c’est le nom qu’on a donné au donneur) et l’enfant à venir.

Mais ça se ne sont que les questions d’ordres physiques. Il y a aussi toutes les questions concernant l’éducation et l’intégration de l’enfant et comment expliquer sa conception à notre enfant. C’est surtout là-dessus que mes questions vont se fixer.

Cette année m’a aussi permis de préparer notre entourage, parce que même si tout le monde accepte notre situation, on ne savait pas quelles seraient leurs réactions.

Nous avons profité de cette année pour nous pacser. Il était important pour moi de m’unir à cette Femme que j’aime avant de fonder notre famille.

Le tribunal a officialisé notre couple le 7 décembre 2009. J’ai été très désagréablement surprise de voir la façon dont ça c’est passé, même si la personne qui c’est occupé de nous à essayer de dégrossir le coté administratif pour mettre un petit coté plus sympathique, car comme elle nous l’a fait très justement remarqué, nous n’avons pas d’autres façons de nous unir. Nous avons fait la fête avec les familles, et nous sommes parties une journée à St Malo en «Lune de miel ».

Peu de temps après ma chère et tendre m’a annoncé son désir d’enfant. J’étais aux anges !!! J’ai sauté sur le téléphone pour joindre mon gynécologue mais elle m’a retenue en me demandant d’attendre après les fêtes.

Nous nous sommes mises d’accord sur la façon dont nous voulions concevoir cette enfant, de la  place qu’on voulait laisser à ce Papa-donneur. Nous avons trouvé notre « gentil Monsieur » pour nous aider. Mon gynécologue a bien voulu nous conseiller et nous voilà partie !!!

Notre chance a été de concrétiser ce projet dès le premier essai.

L’annonce aux familles a été un réel moment d’angoisse et de joie. Je me souviens encore de certaines réactions, comme celle de mon père fier et les yeux mouillés, celle de mon frère et de ma sœur qui ont eu la même réponse quand je leurs ai annoncé ma grossesse :

« -Vous allez être Tonton (Tata) !!!

– ah bon de qui ??? »

J’ai bien vu qu’ils n’avaient pas envisagé l’hypothèse que j’aurai des enfants malgré le fait que nous en avions souvent parlé. Après leurs réactions un peu bizarres, je me suis rendue compte qu’ils étaient très heureux.

Ma relation avec ma mère a changé, je n’étais plus seulement sa fille mais aussi une future maman.

Pendant mes 9 mois de grossesse nous n’avons été confrontées qu’une seule fois à une réaction un peu décalée. En effet quand j’ai voulu prendre mes cours de préparation à l’accouchement la sage femme m’a dirigée vers une sage femme de PMI, en inscrivant sur la fiche de suivie « suivie psychologique à suggérer » ?!? je ne savais pas comment le prendre.

Ces cours étaient par groupe de 3 mamans. Tant que j’étais seule, j’ai participé à ces cours, mais quand le cours en couple est arrivé elle m’a plus que demander de faire un cours seule avec Diane, prétextant que ça serait mieux pour nous. Je pense que c’est plutôt pour elle que c’était mieux.

Malgré tout elle nous a bien préparées aux différentes réactions que pourraient avoir le personnel hospitalier.

Nous avons eu rendez-vous à l’Hôpital pour une visite interactive de la maternité et l’explication que la prise en charge.

Une équipe de télévision était présente pour nous présenter le projet qu’ils avaient. C’était pour l’émission Baby Boom, la première saison. Mon coté manifestante voulait foncer pour montrer que nos familles existent, mais ma Femme n’a pas voulu de peur d’être reconnue par certains de ces collègues qui ne connaissaient pas sa situation familiale. Je trouve cela dommage car ça nous aurait permis d’avoir un souvenir de ce moment.

Et voilà que le dernier mois de grossesse arrive !!! Des insomnies !!!! Et du coup des jeux de société avec Diane et ma mère (qui était venue en soutien) jusqu’à des heures improbables !!!

Arrive le jour J. Avec l’équipe de nuit tout s’est bien passé, par contre avec l’équipe de jour, Diane s’est vue interdire l’accès à la salle de naissance par l’aide soignante qui ne voulait pas comprendre que sa place était à cote de moi. La Sage femme a dû s’énerver pour qu’elle puisse enfin renter. Elle a par contre trouvé sa place avec le reste de l’équipe qui l’a autorisé à assister à la césarienne. A la naissance d’Elouan, elle a pu faire la peau à peau et être à coté du petit pendant les premiers soins.

Les Sages femmes l’ont attendue pour qu’elle apprenne au même titre que moi les gestes du quotidien : le bain, le change, le bib…

Pour la déclaration à la mairie nous avions fait une déclaration anticipée pour que Diane puisse aller en mairie elle-même.

Pour la petite anecdote, au moment de déclarer Elouan à la sécurité sociale de la SCNF, ils ont fait une erreur et automatiquement associé l’enfant au nom de ma Femme sans se rendre compte que ce n’était pas possible. C’est le seul papier officiel où Elouan porte de nom de famille de Diane. Nous l’avons précieusement mis de coté, comme un petit symbole.

C’est fou comme il peut ressembler à Diane. Il a pris ces grimaces, ces expressions. Ils compensent le manque de lien sanguin par un lien affectif énorme. Et ça jamais personne ne pourra leur retirer.

En 2012 on a lancé la procédure pour la délégation d’autorité parentale. Je ne sais pas ce qui a été le pire : le passage des officiers de police à la maison, la convocation au commissariat (quand on est arrivé un jeune sortait avec les menottes, on se demandait ce qu’on avait fait comme bêtises) ou bien encore au moment du passage devant la Juge qui nous a expliqué que Diane avait le même rôle qu’une baby-sitter. Je ne sais pas vous mais je n’ai pas souvent vu une baby-sitter se lever la nuit (et parfois ne pas avoir le temps de se recoucher avant d’aller travailler) pour les biberons ou parce que l’enfant est malade, ou parce qu’il a fait un cauchemar. Et surtout une baby-sitter il faut la rémunérer, alors si je dois rémunérer Diane il va falloir que je gagne au Loto.

Mais surtout la Grande différence entre Diane et la baby-sitter (qui est une personne étrangère à la famille, je le rappelle) ce sont les liens qui unissent ces 2 membres de la même famille, ces moments câlins, ces moments de jeux, ces repas partagés, ces moments d’apprentissage et ces moments de disputes, parce que c’est ça être parent !! Quand Elouan se fait mal, il fonce dans ces bras, quand il est triste dans les miens, pour jouer avec lui c’est Diane, et moi c’est quand il a faim. A chacun son rôle. Mais ça c’est comme tous les couples non ?!?!

Le passage devant la Juge a vraiment été une épreuve, on a vraiment eu l’impression de n’être rien. C’était la première fois que je ressentais ça. Ca a été assez dur à gérer. Mais quand je les vois tout les deux, la décision de la Juge m’importe peu.

Je pense au deuxième. Je pensais que ça serait plus facile, vu qu’on était déjà passé par là mais je me trompais. Certes les questions que je me posais au premier (comment ça se passe ? Comment faire ?) ne sont plus là mais d’autres sont venues (pourra-t-on faire appel au même Papa-donneur ??).

Je ne trouve pas de conclusion à faire car celle-ci viendra le jour où enfin on aura plus besoin de se battre pour être reconnu comme parents, comme famille.

Le jour où enfin les gens ne se retourneront plus sur notre passage en nous dévisageant parce qu’on est une famille atypique.

Mais cette famille, ces familles existent que ça plaise ou non !!!!

Sandie

Témoignage d’Evy (58)

19 Jan

Issue d’une famille très traditionnelle et baignée dans une éducation stricte et religieuse, je n’ai entendu parler de l’homosexualité que très tard dans ma vie.  A ce moment-là, mon ignorance m’a fait imaginer des gens pervers, sans morale.

Mariée comme il le fallait, je n’ai jamais réussi à m’épanouir dans mon couple. Je ne comprenais pas pourquoi. Puis, après un enfant, un divorce et une dizaine d’années de solitude, un évènement est venu bouleverser ma vie.

Une collègue de travail s’est rapprochée de moi. Au début cela n’était qu’amitié mais au fils du temps, notre relation devenait troublante. J’ai alors découvert ce que veut dire le verbe « aimer ».

Tout cela pour dire à nos détracteurs que l’homosexualité n’est pas une question d’éducation. C’est ainsi. On ne choisit pas et cela peut tomber dans n’importe quelle famille.

Notre histoire dure depuis huit ans. Aujourd’hui, après quatre années d’acharnement, trois donneurs, 37 inséminations artisanales,  une fausse couche et beaucoup de faux espoirs, nous sommes enfin les mamans comblées d’une petite fille. Sa grande sœur se dit elle aussi comblée. A noter que pour nous il était impossible de recourir à une PMA en Belgique. Nos obligations professionnelles et nos moyens financiers n’auraient pas supportés. Nous avons donc dû faire confiance à des donneurs avec tous les risques que cela comporte.

Après ce parcours du combattant, quel hétéro, peut aujourd’hui venir me dire en face que nous  sommes incapables d’aimer et d’éduquer notre fille.

Si nous revendiquons aujourd’hui les mêmes droits pour tous, ce n’est que pour protéger nos enfants. Ils méritent comme tous les autres, d’avoir une famille reconnue capable de le protéger en cas de coup dur. Je veux pouvoir soutenir ma compagne comme le feraient tous les pères. Pouvoir sans même me poser de questions, récupérer ma fille à la crèche, puis à l’école. En cas d’hospitalisation comment expliquer à Lucile que seul  un de ses parents est autorisé à venir lui rendre visite car le second n’est pas reconnu par la loi ?

Et puis est-ce normal que, lorsque ma compagne s’est retrouvée enceinte il m’a fallu prouver que j’étais à jour des remboursements de ma maison pour qu’elle puisse toucher sa prime de naissance ? Pacsées depuis  6 ans, seules  pour la CAF et les impôts, nous sommes  considérées comme un couple. Des devoirs oui mais aucuns droits ! C’est cela la république aujourd’hui ?

Je finirai par une note positive.

Aujourd’hui, à 48 ans et  après mon coming-out, je suis heureuse d’être soutenue par une famille unie, dans laquelle ma deuxième fille va pouvoir trouver toute sa place au même titre que sa grande sœur.

 

Evy

 

Témoignage de Tatiana (16)

19 Jan

La lecture d’un article récent m’a décidée à écrire ce témoignage. Brillamment intitulé « Il faut se méfier de la France bien élevée », il parlait de tous ces gens, soi disant, bien éduqués, qui se lèvent dans le métro, qui ne disent jamais rien, qui respectent les autres … et qui décident de manifester pour que d’autres n’aient surtout pas les mêmes droits qu’eux.

Claire et moi nous sommes rencontrées il y a un peu plus de 4 ans.
Jeunes filles sages par excellence. Pas de crise d’adolescence tonitruante, bonnes études, bon poste, bon salaire, polies, bien sous tous rapports. Je pousse le vice jusqu’à avoir grandi entourée de ceux qui défilaient dimanche 13 Janvier. Je suis allée au cathé avec eux, j’ai campé avec  eux, j’ai prié avec eux, j’étais sur le Champ de Mars avec eux pour accueillir JPII mais jamais, je ne les aurais accompagnés dans une manifestation pour que d’autres n’aient pas les mêmes droits que moi.

Ok en l’occurrence mes droits à moi ou, plutôt ceux de ma fille qui va naître d’ici 1 mois ½.
Mais comme je suis lesbienne, je ne suis plus « bien élevée » et je n’ai pas le droit de reconnaître l’enfant qui va naître dans notre couple et qu’il me tient tant à cœur de protéger. Pourtant, être « bien élevé », pour moi, ce n’est pas baiser avec quelqu’un qui n’est pas de mon sexe, c’est, en tout temps, prendre soin d’autrui.

De celle qui partage ma vie déjà et de celle qui va venir la rendre plus belle encore. 4 ans qu’on grandit ensemble, qu’on avance, pas toujours bien droit, mais comme tant de couples. Que, même fâchées, on prend soin de l’autre. Qu’on fait ce qu’il faut pour construire un foyer qu’on veut le plus sécurisant, le plus aimant et le plus propice à l’éducation d’un enfant.   2 ans ½ qu’on parcourt les routes aussi. On finit par bien connaître la Belgique. 2 ans ½  qu’on cherche un pharmacien sympa, un laboratoire pas trop curieux, un gynéco qui retranscrit les ordonnances belges, 2 ans ½ que le pays qui nous a vues naître, pour lequel on paye des impôts, ignore notre couple et notre volonté d’avoir un enfant. 2 ans ½ où j’ai rassuré, consolé, accompagné, soupiré, cru, désespéré, voulu, laissé tomber, espéré, raconté, tu, prié aussi.

7 mois ½ qu’on attend une petite puce. 7 mois ½ que Claire est enceinte d’un enfant qui n’est pas légalement le mien. 7 mois ½ que je suis à toutes les échos, aux rendez-vous avec les sages-femmes, que je participe aux séances d’haptonomie. 7 mois ½ que je rassure, espère, attends, achète, installe, décore, choisis un prénom, bricole…. et prie aussi.

1 mois que j’ai peur. Qu’il arrive quelque chose à Claire pendant l’accouchement. Que je ne peux même me raccrocher à la « sécurité » qui est accordée au père lorsque celle qu’il aime, meurt en couches.  Que je me dis que cette enfant pourra m’être retirée sans aucune difficulté. 1 mois que j’entends, de partout, des propos ignobles sur nos couples, nos familles, nos enfants. 1 mois que je suis prise à parti par tout un tas de gens qui pensent pouvoir me dire ce qui m’est nécessaire et le sera à ma fille.

Une seule chose lui est nécessaire : vivre dans un pays où ses 2 parents sont reconnus. Où elle pourra jouir de la sécurité que représente une double filiation. Un pays où ses deux mères pourront la protéger de la même façon. Un pays où les liens du cœur seront aussi importants que ceux du sang. Un pays où parents sociaux, homos comme hétéros (si le seul lien reconnu est le lien « biologique », alors les parents adoptifs ne sont rien pour leur enfant et sont également des parents sociaux) seront légalement reconnus parents de l’enfant qu’ils ont désiré.

En attendant. Dans une semaine. Je manifeste. Pour Elle.

Tatiana

 

Témoignage de Chrystelle (55)

19 Jan

En 2007 j’ai rencontré une charmante jeune fille dont je suis tombé amoureuse … tellement amoureuse que 2 ans plus tard, est née de notre amour (et grâce à généreux donneur !) une magnifique petite fille …

Un conte de fée, certain me dirons … la réalité est tout autre … outre le faite que nous nous soyons séparés en 2011, plus que le mariage, ce que d’autres ne veulent pas c’est que mon ex compagne soit reconnue comme le second parent de ma fille, de SA fille, fini le conte de fée … mais qu’ils nous posent la question … qui était là au moment de la conception ? qui était là à toutes les échographies ? Qui s’est inquiétée que je mène à terme cette grossesse ? Qui était là à l’accouchement ? Et maintenant, qui s’occupe d’elle  et de son bien être ? Qui la rassure la nuit quand elle fait des cauchemars ? Qui la prend dans ses bras et lui dis qu’elle l’aime ? Sa seconde maman l’a fait et le fait encore … un père fait tout ça aussi … lui il est reconnu en tant que parent ! Parce qu’il a des attributs que Séverine n’a pas alors il est plus a même d’élever un enfant ?? ils vont dire : il est lié génétiquement à son enfant, je leur dirais : vous allez oser dire a un couple hétéro qui a adopté ou a un autre qui a eu recours a un don de sperme parce que monsieur était stérile, qu’ils ne sont en aucun cas les parents de cet enfant ? …

Notre fille a 2 mamans à part entière qu’ils l’acceptent ou non, c’est un fait !

Que se passerait-il s’il m’arrivait quelque chose ? Nous comptons sur l’intelligence de ma famille … mais qui sait, dans la douleur … la séparerait-ils de la mère qui l’a élevée ?

Que se passerait-il s’il arrivait quelque chose à notre fille quand elle est chez sa mummy et que je sois loin ou pas joignable ?

Chaque jour je prie pour qu’il n’arrive rien de tout cela …alors sereine … non !

Ils disent vouloir protéger nos enfants … alors qu’ils les protègent ! Qu’ils ne se liguent pas contre ce projet de loi ! Et alors là, oui, nous pourrons profiter pleinement de notre bonheur sans cette ombre au tableau

Nous ne demandons rien d’autre que d’avoir les mêmes droits et devoirs.

 

Chrystelle, maman d’une petite Axelle de bientôt 4ans

Témoignage de Morgane (15)

19 Jan

Je m’appelle Morgane, j’ai 41 ans…
J’ai depuis toujours désiré un enfant.
Mon rêve était de fonder une famille avec une femme que j’aimerais et qui pour moi serait égale concernant les droits et les devoirs par rapport à cet enfant. Je me voyais avec un p’tit bout, avec ma p’tite femme et notre amour plus fort que tout…Je me voyais fonder une famille entourée d’amour, une famille avec 2 mamans et l’amour de notre enfant…
Ce n’était pas un caprice que de désirer un enfant, c’était une envie, un désir de donner la vie, d’être mère et de partager avec ma compagne ce bonheur…Mais du rêve à la réalité, la route est longue, chaotique, difficile, parsemée de morceaux de verre pointus qui vous coupent à chaque pas les pieds….
Avec ma première compagne, j’ai essayé quand j’avais 20 ans avec un donneur par insémination artisanale : échecs sur échecs, tristesse, déception…
Les années ont passé : séparation, case départ…
Une nouvelle vie, un nouvel amour et toujours cette envie forte en moi d’avoir un enfant qui ne me quitte pas…
Je réitère avec ma nouvelle compagne par insémination artisanale. Au bout de 3 mois le type nous lâche…

J’ai alors 35 ans. La recherche d’un nouveau donneur m’épuise : expliquer, réexpliquer que ce sera sans rapport sexuel. Je fais le tour de mes connaissances masculines, ceux qui ne refuseront pas me diront : « je suis ok mais on fait ça naturellement »…Naturellement, mon corps le refuse, je ne peux pas, c’est impossible. J’ai épuisé mon carnet de connaissances…

Alors je me tourne vers la Belgique : une clinique accepte de pratiquer une insémination. Il n’y a, à cette époque, pas d’attente mais je dois suivre un protocole de stimulation ovarienne : piqûres dans le ventre, échographie tous les 2 jours, puis quand le follicule atteint sa taille, coup de fil à la clinique pour prévenir que c’est ok..

Je suis heureuse, je me mets à y croire, ma compagne jusque-là motivée commence à me délaisser totalement. Ce désir d’enfant, l’envie de donner la vie prend le dessus. Je suis maintenant seule à affronter cette aventure…

La dernière échographie montre 3 follicules assez mûrs pour pratiquer une insémination, ces 3 follicules sont comme des bébés, sur les 3 je sais qu’il y aura mon enfant. J’ai les larmes qui me montent aux yeux, je suis comme dans un rêve… Coup de fil à la clinique, j’ai 36 heures après la dernière piqûre pour me rendre en Belgique…Bruxelles, la Belgique, la clinique, j’y suis enfin…La salle d’attente se remplit à vue d’œil, je regarde ces femmes seules ou en couple. On m’appelle, c’est enfin mon tour. La dame qui va m’inséminer est celle qui m’avait reçue avec mon amie… »Alors vous avez un follicule de mûr? » Oui j’en ai trois.

« Trois! Mais vous vous rendez compte trois! Je ne veux pas trois follicules mais un, je ne vais pas vous inséminer, je n’en veux qu’un! Ah vous les Françaises et vos gynécologues, vous ne comprenez rien! »

La terre s’écroule sous mes pieds, je me mets à pleurer, elle a la fiole d’insémination dans la main, je la supplie de m’inséminer lui disant que sur les trois, tous ne marcheront peut- être pas…Elle ne veut rien savoir…En partant je regarde une dernière fois la salle d’attente pleine et je me dis que l’une d’elle portera mon enfant…

Sur le chemin du retour, je n’arrête pas de pleurer, je me sens humiliée, rabaissée…Après toutes les prises de sang subies, tous les examens, les piqûres, les échographies, je me sens honteuse!

Je téléphone à mon amie : « je rentre, tu seras la pour me prendre dans tes bras ? » « Non je ne serai pas là. » « Mais j’ai besoin de toi, moi! »

Quand j’arrive chez moi, il n’y a personne, le calme, le vide et la douleur…Je me rappelle d’un type qui me draguait…Je lui téléphone : accepterais-tu d’être mon donneur? Le type me dit « oui » « Sida etc c’est ok? » « Oui pas de soucis… » Je lui précise qu’il ne me touchera pas, il est ok aussi…Après avoir prévenu ma meilleure amie de l’endroit où j’allais me trouver et lui avoir donné toutes les coordonnées du donneur, je me suis pointée chez lui vers 19 h… Je lui ai tendu un magazine genre Play Boy avec des superbes nanas… Il m’a dit qu’il voulait me voir nue, que sinon il ne pourra pas… Me voici dans sa piaule à me mettre nue devant lui, je lui tends le flacon et lui dit : n’oublie pas de mettre dans ce flacon ta semence…Je me dégoûte mais dans ma tête je pense à cette dernière piqûre et ces 36 heures…Il ne me reste plus que quelques heures…Pendant qu’il fait son affaire, je pense à ma compagne…Si elle avait était là, si elle m’avait prise dans ses bras, si elle m’avait juste réconfortée, je ne serais pas là, nue devant ce type…

Quelques jours plus tard…Mes règles sont arrivées…

Si la PMA avait été autorisée en France, toute cette histoire ne se serait jamais passée. Si la PMA avait été autorisée, je ne serais pas allée voir une psy en lui disant : je me dégoûte, je suis une moins que rien!

J’ai aujourd’hui 41 ans et les chances d’avoir un enfant s’amenuisent considérablement et je sais bien que malheureusement pour les nanas de plus de 40 balais, nous n’aurons pas le droit à la PMA, Cependant j’espère que la PMA verra le jour pour éviter à des tas de femmes de faire n’importe quoi et se retrouver devant une psy à lui dire : je me dégoûte!

Ce témoignage ne demande pas de jugement, il ne sert que de reflet à ce qui ne se voit pas, une pierre dans l’édifice pour toutes ces femmes seules ou en couple qui désirent un enfant…Ce désir que beaucoup vivent de l’intérieur avec toute cette souffrance et les non-dits…

 

 

Morgane

 

Témoignage Elodie (49)

18 Jan

Je souhaite témoigner, ça ne changera sûrement pas le monde mais au moins en lisant ça peut être qu’au moins une personne changera d’avis et comprendra pourquoi on a besoin « du mariage pour tous », ça sera déjà ça de gagné. Car je ne comprends pas ces gens qui se battent non pas pour acquérir des droits, mais pour empêcher les autres d’en avoir.

Pour ce qui est du mariage: il serait judicieux de leur part de différencier mariage « républicain » et mariage « catholique » (personnellement le mariage religieux je leur laisse, la religion condamne l’homosexualité, ca serait donc le comble de se marier à l’église…)

Pour ce qui est de la famille:

– leur slogan  » les enfants ont des droits » : justement leurs enfants oui, et les nôtres ???

– leur argument « on ne ment pas aux enfants », « les enfants sont issus d’une mère et d’un père » :

je souhaiterais répondre ceci:

Nous sommes, ma « future femme » (oui je suis optimiste) et moi, mamans de deux petits garçons de deux mois (IAD en Espagne avec donneur inconnu).

In utéro, on leur racontait déjà leur histoire, leurs origines. Et oui on ne ment pas à nos enfants, ils sont issus d’une mère et d’un donneur, non d’un père. Ils sont nés avant tout d’une envie, une envie de fonder une famille, une envie qui est née grâce à l’amour, un amour entre 2 personnes, 2 femmes.

Et vous croyez quoi ??? Que l’on va raconter à nos enfants que 2 femmes peuvent faire un enfant, que c’est physiquement possible ??? Non, on ne ment pas à nos enfants ; pour le moment on leur raconte ça, vu leurs âges. Plus tard on leur expliquera, plus tard on répondra à leurs questions sans aucuns tabous, car ils ont le droit à cette vérité. La vérité qui est qu’ils sont bien nés de l’amour, un amour incontestable entre leurs deux mères, sans cet amour il n’y aurait pas eu cette envie de fonder une famille, sans cet amour, il n’y aurait pas eu tout ce parcours compliqué ; et oui, il est vrai qu’ils ne sont pas nés d’un acte sexuel, mais plutôt médical et oui on a eu recours à un donneur qui souhaite rester anonyme.

Sommes-nous les seules, nous les homosexuelles, à avoir recours à un donneur anonyme ???

Je ne crois pas ! En France, combien de couples mariés ou non mariés ont recours à la PMA (accessible en France pour eux) ? Combien d’hommes sont stériles parmi tous ces couples hétérosexuels ?

Ces couples là ne font-ils pas appel à un donneur pour réaliser leur rêve, leur désir, leur envie de fonder une famille ? SI

Est-ce que cela choque ??? Est-ce qu’ils sont jugés ??? Est-ce qu’ils sont exclus de droits ??? NON

Alors oui, voilà une énorme discrimination que je dénonce !

Dans ce couple hétérosexuel qui a recours à la PMA, madame tombe enceinte grâce au donneur.

Monsieur devient parent, devient papa .. et pourtant où est le lien de sang ??? Où est la filiation ???

Du jour où madame tombe enceinte, monsieur gagne des droits, une place reconnue dans la société.

-lors des consultations gynéco pour le suivi de grossesse, lors de l’accouchement quelqu’un demandera-t-il à ce monsieur qui il est ? Pourquoi est-il là ? NON il sera immédiatement considéré comme le père sans même avoir besoin de se justifier.

– aura-t-il besoin de se justifier devant la société ? NON, ma femme oui

– est-ce qu’il sera jugé par la société? NON, ma femme oui

– aura-t-il besoin de se justifier quand il ira déclarer son enfant à l’état civil ? NON, ma femme oui

– est-ce qu’il figurera sur le livret de famille ? OUI, ma femme non

– aura-t-il besoin de se justifier pour chercher son enfant à l’école? NON, ma femme oui

La liste est encore bien longue !!!

Alors, ce monsieur sera là pour son enfant dès son premier souffle, comme ma femme pour ses fils

Ce père changera ses couches, se lèvera la nuit, fera des câlins, le consolera, rira aux éclats avec lui, l’éduquera, subviendra a ses besoins etc .. tout comme ma femme pour ses fils et pourtant…

Dans notre société :

Cet homme et ma femme sont exactement dans la même situation

Cet homme et ma femme n’ont aucuns liens de sang avec leurs enfants

Cet homme et ma femme s’occupent de la même manière de leurs enfants

Pourtant l’un a des droits, l’autre non !

Pourtant l’un est considéré comme un parent, l’autre non !

L’un des enfants est protégé, l’autre non !

Tout ceci est normal? Tout ceci n’est-il pas de la discrimination?

Voilà pourquoi nous, nous nous battons…

 

ELODIE.

 

Témoignage d’Hélène (48)

17 Jan

Nous sommes 2 mamans, 2 femmes qui au bout de plusieurs années de vie commune, décident de transformer leur couple en famille. Après le temps de la réflexion vient le long parcours de la PMA ; pour nous ce sera l’Espagne. Après de nombreux faux espoirs, déceptions, allers-retours très nombreux, des jours, des mois, des années s’écoulent…quand enfin notre fils est venu illuminer notre vie.

Ne me dites pas que nous avons conçu cet enfant sans réfléchir, nous avons une situation stable, sommes propriétaires, payons nos impôts en France ! Mais si demain je décède ma compagne n’a aucun droit sur l’enfant qu’elle a vu naître, dont elle a coupé le cordon.

Pourquoi ?

Qu’est ce que ça enlève aux hétérosexuels que les homosexuels aient le droit au mariage et à l’adoption?

Je pensais vivre dans un pays assez ouvert d’esprit mais quand je vois ce déferlement d’homophobie je me rends compte que je me suis vraiment trompée.

 

Hélène

Témoignage de Céline (13)

17 Jan

Je m’appelle Céline et je me décide enfin à témoigner à mon tour car je suis révoltée de voir que, dans notre pays, le pays des Droits de l’Homme, des gens militent et manifestent pour empêcher leurs concitoyens d’avoir le droit de s’aimer, d’être reconnus en tant que famille et d’en fonder une.

J’entends tellement d’ignominies et je supporte de plus en plus difficilement de voir comment mon existence, ma vie et mon couple peuvent être niés. Moi qui étais si fière d’être française, j’en arrive à en avoir honte devant les idées rétrogrades des opposants au Mariage Pour Tous.

J’aime ma femme depuis 4 ans et nous sommes pacsées depuis 3 ans, dès notre rencontre, s’unir et fonder une famille était une évidence.

Nous essayons d’avoir un enfant depuis 2 ans.

J’ai passé des heures, des nuits à rechercher des informations sur la façon de procréer en étant un couple de femmes, consulté des forums sur internet, lu des livres, et comme tant d’autres avant nous, et tant d’autres actuellement, pris des rendez-vous, consulté des médecins, fait des kilomètres et des kilomètres vers la Belgique, des examens douloureux, des piqûres, dépensé des milliers d’euros… pour rien.

Désormais, faute de moyens financiers, nous avons dû abandonner la PMA belge et trouver un gentil jeune homme qui accepte de nous aider… à qui nous devons faire entièrement confiance et ne pas trop penser au risque sanitaire que j’encoure car il a sa vie également, sans parler de l’illégalité… pour nous comme pour mon gynécologue qui risque très gros à me prescrire des traitements destinés uniquement aux couples hétérosexuels infertiles…

Et malgré tout cela, malgré les risques de contracter une maladie très grave et mortelle, malgré les traitements qui me fatiguent, épuisent mon corps, provoquent de très fortes de douleurs, je continuerai jusqu’à ETRE MAMAN ! car je n’imagine pas ma vie autrement. En attendant, je pleure toutes les larmes de mon corps à chaque échec car j’ai si peur que notre rêve n’aboutisse jamais que parfois je m’en rends malade.

Nous EXISTONS, nous TRAVAILLONS, nous PAYONS NOS IMPÔTS  nous VOTONS, pensez-vous vraiment qu’une loi nous empêchera de fonder notre famille ?

Elle ne l’empêche absolument pas actuellement !

Des centaines de milliers d’enfants EXISTENT et ne sont absolument pas protégés par les lois de LEUR PAYS.

C’est inadmissible et insupportable de savoir cela, de le vivre, de le SUBIR.

Nous n’empêchons personne de s’unir, de vivre, d’avoir des enfants, de quel droit tente-t-on de nous l’interdire ?

Un papa, une maman, pour reprendre le fameux slogan totalement stupide de gens dont je ne citerai pas le nom, nous non plus on ne ment pas à nos enfants, les enfants sont loin d’être bêtes, apparemment, ces gens-là ne l’ont pas encore compris, et les nôtres ne sont pas élevés dans le déni de la réalité.

Une question, M. le Député, pourquoi ne sommes nous pas considérés comme des citoyens français à part entière ?

Sommes-nous vraiment coupables de nous aimer ?

Céline

Témoignage de Valérie et Leslie (12)

17 Jan

Nous ne sommes pas encore mamans, malgré tout nous nous sentons évidemment très impliquées dans cette loi.
Nous ne sommes pas encore parents que nous nous inquiétons déjà pour les droits de chacune et la protection de nos enfants.

Nous sommes ensemble depuis bientôt 4 ans, et partageons les joies de la vie a deux depuis 2 ans.
Le désir d’enfant n’a jamais été un tabou, mais bien la consécration de notre amour.
Quelle joie de sentir un petit être dans son ventre, un petit être pour qui nous donnerions notre vie.

Les familles homoparentales existeront avant ou après ces manifestations. Le nier c’est empêcher les enfants d’homos d’avoir la même protection que tout autre enfant.

Le débat sur le mariage et l’adoption devient stérile, limite dangereux dans les mots. Nous avons même entendu se glisser inceste, pédophilie…

Nous n’imaginons pas notre vie sans enfant. Malgré tout pour y arriver nous devrions traverser bon nombre d’épreuves physiques et psychologiques.

Nous avons opté pour une IA [insémination artisanale], la PMA étant beaucoup trop cher et trop éprouvante. Même si nous avons choisi l’IA, nous sommes hors-la-loi, donc nous risquons beaucoup autant sur le plan judiciaire qu’hygiénique.

Et si pour donner la vie et fonder une famille il faut en passer par là, nous sommes prêtes et nous nous battrons.

Valérie et Leslie