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PROPOSITION DE LOI relative à l’accès égalitaire pour toutes aux techniques d’assistance à la procréation

30 Mai

présentée par Mesdames et Messieurs

Sergio CORONADO, Barbara POMPILI, François de RUGY, Éric ALAUZET, Brigitte ALLAIN, Isabelle ATTARD, Danielle AUROI, Denis BAUPIN, Michèle BONNETON, Christophe CAVARD, Cécile DUFLOT, Noël MAMÈRE, Véronique MASSONNEAU, Jean-Louis ROUMEGAS et Eva SAS

« En France, la procréation médicalement assistée est, selon les termes du code de la santé publique, « destinée à répondre à la demande parentale d’un couple ». En outre, « l’homme et la femme formant le couple doivent être vivants, en âge de procréer, mariés ou en mesure d’apporter la preuve d’une vie commune d’au moins deux ans ». Ces dispositions excluent donc les femmes célibataires ainsi que les couples homosexuels féminins. Cette limitation n’a pour nous plus lieu d’être dès lors que le cadre légal a changé et s’est ouvert à la reconnaissance juridique des couples homosexuels.

En effet, si la principale revendication qui a présidé aux réflexions et à l’élaboration du projet de loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe est celle de l’égalité, il nous semble que l’on ne peut aboutir à une égalité effective entre tous les couples sans ouvrir la procréation médicalement assistée aux couples de femmes. C’est d’ailleurs pour cette raison que presque tous les pays ayant permis le mariage aux couples de même sexe, ont également ouvert l’assistance médicale à la procréation aux couples de femmes.

Tout comme un couple hétérosexuel qui souffrirait d’infertilité, les couples de femmes ont, par définition, une sexualité non reproductive. Ce droit à l’assistance médicalement assistée doit donc leur être reconnu afin de mettre fin à toute forme de discrimination.

Il ne s’agit pas ici de questions éthiques ou morales comme celles que peut soulever la gestation pour autrui, il s’agit uniquement de réaffirmer le principe d’égalité entre tous les couples et de protéger les intérêts de l’enfant.

Il s’agit enfin de sortir d’une certaine forme d’hypocrisie. On le sait, de nombreux couples de femmes qui ont un projet parental commun ou de femmes seules, ont recours à l’assistance médicale à la procréation dans les pays qui nous entourent.

Il s’agit également de permettre aux femmes qui le désirent un encadrement médical et une sécurité juridique. Face aux blocages de la loi, de nombreuses solutions alternatives ont été bricolées par les parents, malgré les risques sanitaires pesant sur ces femmes ou l’insécurité juridique pesant sur les enfants. Prendre en compte l’intérêt des enfants c’est leur donner une sécurité juridique envers leurs parents.

Enfin, le droit français prévoit, pour les couples hétérosexuels qui ont recours à cette assistance, que la paternité du conjoint de la mère soit judiciairement déclarée.

La présente proposition de loi préconise donc que la même procédure soit possible pour les couples de femmes afin que l’enfant voie sa filiation établie à l’égard de ses deux parents. »

Pour lire la proposition de loi en entier, cliquez ici

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Témoignage de Karen (44)

16 Jan

Je ne comprends pas pourquoi je dois justifier l existence de ma famille…

Des parents, des enfants conçus avec amour, éduqués avec amour… Rien d anormal, une vie comme toutes les autres.

Pourtant non, chaque jour nous renvoie à notre différence, remet en question la légitimité de l’existence de mes trois filles et du bien fondé de cette existence.

Nous avons voulu ces 3 enfants, nous les avons eues et nous en sommes occupées comme tous les couples,

Au début le manque de droit nous semblait un détail, juste une ombre au tableau , des « et si un jour… » qui planaient au dessus de nos têtes sans vraiment être là au quotidien, où tout du moins dans mon quotidien de maman bio, car pour le parent social les choses sont sans aucun doute plus réelles .

Puis nous nous sommes séparées, et là tout est devenu plus clair…

Aucun cadre juridique,

Et si mon ex ne voulait plus les voir?

Rien ne l y oblige…

Et si elle ne participe pas financièrement ?

Rien ne l y oblige…

Et ce poids sur mes épaules, cette arme dont je dispose dans ma colère, dans ma souffrance, l’envie, l’espace de quelques secondes de blesser l autre,

Si je veux, elle disparaît de nos vies, je lui enlève les enfants pour toujours…

Cette arme je ne devrais pas en disposer, la loi devrait la protéger elle de moi, devrait protéger mes filles de moi même …

Parce que parfois dans la vie on ne sait plus décider calmement, c est pour ça que les lois existent aussi, pour nous protéger les uns des autres.

Je me dis que si ça m’a traversé l’esprit à moi qui suis éduquée, qui suis posée en règle générale, ça doit donc arriver à d autres…

Heureusement j ai eu la présence d’esprit d’avoir vite rejeté ces pensées, mais il faut protéger ceux et celles qui n y parviendraient pas!

Mon ex compagne EST indéniablement parent à part entière, et chaque fois que je croise son regard dans le regard de nos filles, cet amour, cette complicité, je le sens , je le vois , et personne n’a la légitimité pour en juger.

Est ce que moi je viens juger la famille et le droit à procréer des autres ?

Non, je n en ai pas le droit et eux non plus.

Quelqu’un a-t-il vu son émotion à leur naissance? Son expression devant les tests de grossesse positifs?

Sa douceur, sa patience, les éclats de rire échangés, les câlins, les larmes qui coulent pour quelques jours passés sans ses filles…

Non, ceci n appartient qu’à nous, et je ne comprends pas pourquoi aujourd’hui nous devons apporter la preuve de l’existence de ce qui n’appartient qu’à nous.

Juste pour tenter d’obtenir la même chose que d’autres ont comme ça, parce qu’ils sont hétéros.

Karen

Témoignage de Stéphanie (18)

19 Déc

Trois combats pour une vie

 

Croyez vous que l’Amour se définisse par un sexe ??

Non …

Si j’avais pu choisir, pensez-vous que j’aurais choisi d’aimer une femme ? Avec toutes les difficultés que cela comporte … oh que non …

C’était mon premier combat : l’acceptation… pour moi mais aussi pour mon entourage.

Mais voilà, c’est ainsi et j’en suis ravie… parce que c’est elle d’abord et qu’elle est merveilleuse et unique… mais aussi parce que cet amour a fait de moi celle que je suis aujourd’hui, une femme qui a pris confiance en elle et surtout, une maman.

Oui c’est elle qui m’a permis de devenir mère… et voilà notre second combat qui pointe le bout de son nez.

Nous avions ce projet, ce formidable projet d’avoir un enfant.

Un projet qui s’est révélé très long à réaliser …

10 ans d’envie viscérale de fonder notre famille, 6 ans de parcours du combattant entre examens médicaux, aller-retour en Belgique, attente, déception pour cause d’échecs répétés, euros dépensés … La douleur et le vide s’accumulent … je suis triste. Profondément. L’attente est interminable, insoutenable. Je le veux tant cet enfant …

Elle reste là, aussi présente sinon plus. Elle souffre aussi, beaucoup, mais en silence pour me protéger. Je sais qu’elle se sent impuissante et qu’elle voudrait soulever des montagnes.

Notre amour est une force et nous porte pour continuer.

Les membres de ma famille, les amis deviennent parents… tout autour de moi : des enfants… tous plus beaux les uns que les autres… et moi ? Et nous ?

Enfin …… oui enfin ce bonheur frappe à notre porte et nous accueillons notre bébé de l’Amour.

Malgré la joie intense, nous nous heurtons aux premières difficultés de famille homoparentale : les non droits pour Elle … Voici notre troisième combat qui commence.

2 jours après la naissance de notre enfant, Elle va à l’Hôtel de Ville déclarer SON fils…

De mon côté, dans ma chambre de maternité, un coup de téléphone… l’agent d’état civil de la Mairie m’appelle. Elle est en face de ma compagne, et me demande de confirmer ce qu’elle est en train de lui expliquer… Elle a beau être en possession d’un papier écrit de la main du médecin obstétricien qui m’a accouchée expliquant sa présence au bloc, près de moi (et de tout ce qui a suivi : le peau à peau durant 2h avec son bébé, les premiers soins, les premiers regards…), mais cela ne sert à rien, il faut que cette personne entende de ma bouche qu’elle a le droit de déclarer son enfant, qu’elle est sa maman.

Combien de temps ce troisième combat durera ? Un an ? Deux ? Dix ? Ou toute une vie ?

Pourquoi ce combat a-t- lieu d’être ?

Qu’y a-t-il de particulier à être un couple qui s’aime et qui désire avoir un enfant ?

Pourquoi notre famille n’est-elle pas reconnue ?

Mais pourquoi ? En quoi cela dérange ? Nous ne demandons qu’à vivre comme les autres, rien de plus, rien de moins …

Ce troisième combat, ne sera pas le plus facile, mais une chose est certaine, nous sommes trois, c’est notre force et nous nous battrons jusqu’au bout pour le remporter.

 

Stéphanie

 

 

L’association des Enfants d’Arc en Ciel sera présente à Tour le 8 décembre 2012

1 Déc

Le centre LGBT de Touraine propose un rassemblement le 8 DECEMBRE à 15H00, PLACE JEAN JAURES, devant la Mairie de Tours. L’association des Enfants d’Arc en Ciel y sera. Nous vous invitons vivement à nous rejoindre !

Pour toute information sur notre cortège: blog@enfants-arcenciel.org

Pour plus d’infos sur l’événement, nous vous invitons à visiter la page Facebook :

http://www.facebook.com/events/537556839606952/

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Témoignage de Gaëlle (3)

26 Nov

J’aime une femme. Jusque là, tout va bien. Je n’ai pas choisi, c’est tombé comme ça. On se sent un peu différente, bien sûr, mais rien de vraiment problématique.
J’aime une femme qui m’aime, depuis plusieurs années. L’amour grandissant et l’âge avançant, nous avons eu envie de construire notre famille. Et là, je ne me suis plus sentie « un peu différente », je me suis sentie HORS-LA LOI. Parce que nous sommes concrètement devenues des HORS-LA LOI.
INTERDITES de la procréation médicalement assistée en France, nous avons dû nous rendre en Espagne.

Pour pouvoir bénéficier des examens médicaux demandés par la clinique espagnole (préalables au début du processus d’insémination), nous avons dû trouver un médecin français qui accepte de TRANSGRESSER LA LOI (la PMA étant ILLÉGALE pour les couples de lesbiennes, la prescription du traitement de stimulation l’est donc aussi).

Ce serait difficile, on en avait bien conscience. On a d’abord demandé de l’aide à notre médecin traitant, au courant de notre situation de couple et toujours très sympathique. On a essuyé un « non » gêné mais sec. « Trop compliqué, vous comprenez ». On a donc pris l’annuaire, bien décidées à faire le tour des gynécologues de notre département (rural). Nous avons eu beaucoup de chance. Le premier qu’on a rencontré a accepté de nous suivre. C’est à dire de nous prescrire tous les examens et les traitements de stimulation demandés par la clinique. Nous avons conscience des risques qu’a pris ce professionnel. L’ordonnance en main, l’angoisse monte dans le cabinet de radiologie. « Et si le radiologue me demande pourquoi on me demande de faire cette hystérosalpingographie ? Je lui dis quoi ? Et s’il devine ? Et s’il DÉNONCE le gynéco ? »
Même stress en tendant l’autre ordonnance au pharmacien. « Et s’il refuse de nous donner les médocs ? Et s’il contacte la sécu ? Et s’il DEMANDE DES COMPTES au gynéco ? » Là aussi, on a eu beaucoup de chance : un pharmacien qui ne nous a pas regardées d’un air soupçonneux et qui nous a servies avec le sourire.
Des professionnels comme ces deux-là, beaucoup de nos copines de galère n’ont pas la chance d’en rencontrer. Certaines doivent payer en totalité leur hystéro, leurs prises de sang et leurs échos pourtant effectués dans des labos français. Et pour limiter la casse (compte tenu du prix souvent exorbitant des inséminations), d’autres se débrouillent pour s’échanger les fins de boîtes de médicaments.
Notre parcours a été court, la première insémination a été la bonne. Encore une fois, nous avons eu énormément de chance. Mais aujourd’hui, enceinte de 4 mois et demi, d’autres angoisses encore plus fortes nous tiraillent : Et si après la naissance de notre enfant, il arrive quelque chose à ma compagne, la maman biologique ? Combien faudra-t-il de temps pour que la procédure d’adoption aboutisse et que moi, la maman ILLEGALE, je puisse me voir reconnaître le droit d’être le vrai parent de mon enfant ? Pourvu qu’il n’arrive rien avant. Et comment la directrice de la crèche, la voisine ou le boulanger pourront-ils nous regarder comme une vraie famille si on est HORS-LA LOI ?
Comment mon enfant pourra-t-il se sentir égal aux autres s’il est considéré comme un CLANDESTIN ?

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Témoignage de Marie (2)

26 Nov

En couple depuis plus de 7 ans, j’attends énormément de notre nouveau Président.

J’avoue être de plus en plus frustrée par notre situation. Nous sommes citoyennes, respectons les lois et nos devoirs de citoyennes.

Mais, nous n’avons pas les mêmes droits !

Ma compagne et moi nous sommes longuement interrogées sur la question de la parentalité. Toutes ces interrogations, qui surprennent d’ailleurs nos amis hétéros, parents ou futurs parents, qui ne se posent pas autant de questions.

Quel avenir pour notre futur enfant dans une société qui ne reconnaît pas notre famille ? Quelle place pour chacune de nous, et notamment la seconde maman ? Que se passera-t-il si la maman biologique décède ?

Mais notre décision est prise : nous souhaitons élever un enfant, lui donner la chance de découvrir la vie qui peut être si belle, malgré le contexte économique, politique, environnemental actuel. Justement, les enfants d’aujourd’hui sont ceux qui permettront que demain, l’Homme soit moins égoïste, plus respectueux de la nature.

Pourquoi notre couple serait-il moins en capacité d’élever un enfant qu’un autre ? Avec tous les faits divers que nous entendons… que l’on ne nous parle pas de morale !

Que l’on ne nous parle pas non plus de bioéthique : un couple hétéro stérile ne devrait donc pas pouvoir bénéficier de la PMA car la nature a décidé qu’il ne serait pas parent !

Ma compagne et moi travaillons toutes les deux, nous sommes un couple stable, équilibré, et aujourd’hui, nous désirons un enfant.

Malheureusement, le parcours s’annonce difficile. Nous avons envisagé l’adoption, mais nous ne nous faisons pas d’illusion : combien de couples entrant dans la « norme » qui patientent pendant des années ?

Quelle est pour nous la possibilité, même si la législation venait à évoluer, de pouvoir avoir un enfant ? Certes, nous pourrions obtenir l’agrément… mais après ?

Aujourd’hui, nous avons bientôt 32 ans, même si nous avons encore quelques années devant nous, la question de porter un enfant est d’actualité.

Cependant, notre pays, pour lequel nous travaillons, payons des impôts ; notre pays dont nous respectons les lois, refuse de nous reconnaître comme couple, et nous devons envisager de nous rendre à l’étranger pour un parcours que nous espérons le plus court possible !

Car en effet, oui, nous travaillons, et ce depuis près de 10 ans, mais nous faisons partie de la classe moyenne basse avec environ 2600 € par mois pour nous deux. Et ce parcours, il va falloir le financer ! Avec environ 1000 € par insémination et 30 % de chance que la procédure fonctionne du premier coup !

Serions-nous des mi-citoyennes ?

Nous savons qu’en plus, le parcours ne sera pas simple : faire face à l’intolérance, à une administration qui ne nous reconnaît qu’à moitié, faire face à l’homophobie…

Mais notre décision est prise : notre amour est bien plus fort que tout cela. Nous sommes entourées (nous avons cette chance, ce qui n’est pas toujours le cas) par notre famille et nos amis.

Nous allons nous lancer et peut être qu’un jour nous serons mamans !

Il y a quelques mois, nous nous sommes rendues aux urnes, avec cet espoir : enfin une reconnaissance ! Aujourd’hui, cet espoir semble s’obscurcir… Nous espérons, sincèrement, que demain, rapidement, la situation évolue.

Pour une véritable égalité : mariage, adoption, présomption de parentalité et PMA !

Marie

Trois mois plus tard, Marie poursuit son témoignage:

A bientôt 32 ans, j’ai été confrontée à de nombreuses reprises à l’homophobie. Les exemples sont nombreux : insultes dans la rue, un motard qui tente de nous écraser car je tiens la main de ma compagne en traversant la rue, le couvreur qui refuse de réparer notre toit, le plombier qui ne donne plus de nouvelle depuis qu’il a compris que nous sommes un couple… C’est habituel et malheureusement, cela ne nous choque même plus.

Par contre, cette semaine, peut être en raison du contexte de ces derniers mois et de ces agressions verbales quasi quotidiennes sur tous les médias, ce que j’ai vécu est de trop !

Nous avons commencé en 2012 une démarche de PMA en Belgique, décision bien réfléchie après près de 8 ans de vie commune. Je passe tout ce qu’une telle décision implique comme énergie, patience, parfois courage car ce n’est pas l’objet de mon témoignage.

Ma gynéco n’étant pas équipée d’appareils d’échographie, une personne de mon entourage (hétéro) m’a conseillé sa gynéco qui, elle, est équipée. Dans le cadre de ma future grossesse, cela me paraît important de ne pas devoir me présenter dans un cabinet de radiologie à chaque écho et de devoir subir l’homophobie potentielle du radiologue dans un moment tellement important pour ma compagne et moi.

J’ai donc contacté le cabinet de gynéco en question en début de semaine afin de prendre RDV. Ce RDV a été fixé pour la fin du mois d’avril prochain. La secrétaire m’indiquant que, comme il s’agit d’un RDV lié à une grossesse, il était préférable de venir en couple.

J’ai donc préféré jouer cartes sur table et lui indiquer notre situation, demandant si la gynéco n’y voit pas d’inconvénient… La secrétaire m’a indiqué qu’elle poserait la question à la gynéco et m’a demandé de rappeler l’après-midi. Toute la semaine, j’ai rappelé 2 fois par jour. La secrétaire me demandant systématiquement de rappeler car n’ayant pas eu le temps d’en parler à la gynéco.

Finalement, même si la réponse me semblait de plus en plus évidente, je voulais l’entendre prononcer les mots. Hier soir, lors de mon dernier appel, elle m’a expliqué qu’en France, ce n’est pas autorisé, et que donc la gynéco refusait de me recevoir.

Je ne suis pas naïve. Je sais à quel point l’homophobie est répandue. La manifestation du 13 janvier et les commentaires nous le confirment d’ailleurs.

Cependant, j’ai réellement du mal à avaler ces quelques mots.

Il ne s’agissait pas pour elle d’être dans l’illégalité : je ne lui demandais pas de me faire une insémination. J’ai eu l’honnêteté d’expliquer notre situation, et là, elle refuse des soins pour une future maman, pour un futur bébé !

Près de deux et demi plus tard, Marie poursuit de nouveau son témoignage,

Plus de 3 ans que nous nous sommes lancées… Nous allions devenir mamans, nous pensions que nous y arriverions sans trop de problème.

3 ans après, toutes ces galères pour trouver une gynéco, concilier notre projet avec notre vie professionnelle…

3 ans d’insés, FIV, transferts d’embryons…

Les concessions car tout cela représente aussi un budget important…
Tous ces traitements, ces injections, ces attentes…
Et les espoirs, puis les chutes, de plus en plus difficile de rebondir…
Il nous restait 2 embryons. On avait encore ces 2 chances. On les vivait comme les 2 dernières…

Un nouveau traitement a débuté il y a quelques jours pour un nouveau transfert et là tout s’écroule… Un mail de notre centre : suite au don de notre donneur, 2 foetus présentent des anomalies graves (malformations, retards mental et moteur, espérance de vie limitée). 2 femmes différentes… Caryotype du donneur normal…

La décision nous appartient : est ce qu’on détruit nos embryons ?….
Pas possible de prendre la décision de prendre de risque… Mais si ces embryons sont sains ?… Nous n’allons même pas leur donner la chance de s’accrocher ? Après tout ça ?….
Non, ce n’est pas possible. C’est si difficile…

Aujourd’hui, nos espoirs nous semblent de plus en plus lointains…

On serait de la nationalité de notre centre de PMA, on serait peut être davantage accompagnées.
Mais là, juste un mail, un appel furtif… Une décision à prendre elle et moi…. Les mots me manquent pour décrire cette immense peine…

Marie

Article du Monde: Homoparentalité: ce qu’en disent les enfants

12 Nov

Vous trouverez ci-dessous un article du Monde du 25 septembre 2012 qui reprend des témoignages de personnes élevées dans des familles homoparentales:

http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/09/25/parents-homos-ce-qu-en-disent-les-enfants_1765370_3224.html

Pierre, 10 ans, a un papa et deux mamans. Il appelle maman « celle qui m’a fait naître », et l’autre, maman-Sami, du nom du héros de Scooby-doo, son dessin animé préféré. Il ne voit que des avantages à cette situation. « J’ai une plus grande famille », dit-il. Trois parents, cinq grands-parents, ça fait plus de monde pour s’occuper de lui. « Avec une seule maman, j’irais plus souvent à l’étude », relève le petit garçon. Lyns, lui, a 7 ans. Il a deux papas, « un qui dit plus oui, et un qui dit plus non ». Quand ses copains lui demandent où est sa maman, il répond qu’elle est en Haïti, où il a été adopté.

« Et l’enfant dans tout cela ? » est la question la plus fréquemment posée dans le débat sur l’ouverture du mariage et de l’adoption aux homosexuels. Bien plus que l’union de deux adultes consentants devant le maire, c’est sa conséquence, à savoir la possibilité d’établir un lien de filiation entre un couple de même sexe et un enfant, qui fait débat. Les enfants élevés par des homosexuels iront-ils bien ?

Le Monde a posé la question à des personnes qui connaissent ou ont connu cette situation. Ils seraient aujourd’hui en France de 24 000 à 40 000, selon l’Institut national d’études démographiques. Pierre et Lyns, les deux plus jeunes, ont été contactés par le biais de l’Association des parents gays et lesbiens. Deux autres témoins ont déjà raconté leur histoire dans le livre de Taina Tervonen et Zabou Carrière, Fils de… (Trans photographic press, 2011, 25 €). Tous les autres ont été recontactés après avoir répondu à un appel à témoignages sur LeMonde.fr. Leur donner la parole ne signifie pas qu’ils ont valeur d’échantillon représentatif.

Seule une personne a fait part d’une expérience douloureuse. C’est Anne, 41 ans, styliste, de nationalité belge. Elle découvre l’homosexualité de son père à l’âge de 10 ans, quand ses parents divorcent. Il est très extraverti, drague ouvertement, raconte ses rencontres d’un soir, mais n’aborde jamais clairement son homosexualité. « Ça aurait été bien mieux qu’il m’en parle, au lieu de faire comme si tout était normal », raconte Anne.

La jeune femme a l’impression que son père n’a pas été honnête envers sa famille. « Ma mère était amoureuse de lui, mais il l’a épousée uniquement pour avoir des enfants, analyse-t-elle. Elle a été une sorte de chose. Et nous, ses enfants, avons aussi été des sortes d’objets. J’ai le sentiment que je n’aurais pas dû être là, dans cette vie-là, pour lui. C’est toujours un poids. » Anne n’exclut pas que deux personnes du même sexe puissent être de bons parents pour un enfant adopté, « déjà là ». Mais elle n’approuve pas la procréation médicalement assistée pour les couples de lesbiennes (interdite en France mais autorisée en Belgique comme en Espagne), car elle y voit une « instrumentalisation » de l’enfant.

« GRANDIR DANS UNE FAMILLE COMME ÇA, C’EST POSITIF, ÇA OUVRE L’ESPRIT »

Clément, 27 ans, développeur Web, a justement été conçu comme cela : grâce à un donneur anonyme et un médecin de famille compréhensif. Il a deux mères depuis toujours. Elles lui ont tout expliqué quand il avait 8 ou 9 ans. Qu’elles s’aimaient, qu’elles avaient décidé de l’avoir, lui et ses deux frères, comment ça s’était passé. « On ne nous a jamais menti. Je sais bien que ma deuxième mère n’est pas ma mère biologique, mais c’est ma mère parce qu’elle m’a élevé », explique Clément. Plus tard, elles lui ont proposé de passer du temps avec un de leurs amis, qui aurait pu jouer le rôle de figure paternelle. Son grand frère lui a suffi. Il ne s’est jamais intéressé au donneur.

Le jeune homme va très bien. « J’ai un boulot, une copine, un appart, résume-t-il. Grandir dans une famille comme ça, c’est positif, ça ouvre l’esprit. » Il admire ses mères : « Elles se sont battues pour nous avoir. »

« Positive » aussi, fut l’installation de la mère de Mélanie, 18 ans, avec une autre femme, quand la jeune fille avait 13 ans. « J’ai été très surprise, mais très heureuse qu’elle ait trouvé quelqu’un avec qui elle avait une relation plus satisfaisante qu’avec mon père », dit-elle. Il était « rigide, fermé ». Avec sa « belle-mère », Mélanie a retrouvé un cadre familial « serein, apaisant, équilibré ». Elle ne voit plus son père.

La figure de la deuxième mère, qui arrive dans la vie de la mère biologique après la séparation des parents, revient fréquemment dans ces récits. C’est toujours quelqu’un d’important. « Elle avait plus de temps à nous consacrer que ma mère, qui travaillait beaucoup, se souvient Ambre, 28 ans, élevée par les deux femmes dès ses 4 ans. Elle nous faisait faire nos devoirs, s’occupait de notre culture. »

« SON ŒDIPE, ON LE FAIT QUOI QU’IL ARRIVE »

« On discutait, elle m’aidait à me poser des questions, raconte Mark, 31 ans, dont la mère a vécu avec une femme entre ses 12 et 18 ans. J’ai toujours eu l’impression que mon père ne m’aimait pas, qu’il m’avait abandonné. Elle m’a aidé à surmonter cela. » Dans ces histoires, le père voit ses enfants un week-end sur deux, parfois moins.

Comme les autres, Mark dit n’avoir rencontré « aucun problème psychologique » spécifique. « Je me sens tout à fait équilibrée, sourit Ambre. Son Œdipe, on le fait quoi qu’il arrive ! » Ils n’ont pas peur de l’amour homosexuel, mais sont hétéros. Seule Mathilde, 16 ans, « ne sait pas trop encore » où elle va. Son père et sa mère, tous deux homosexuels, vivent sous le même toit avec leurs partenaires respectifs. « Ça me plaît, cette façon de vivre, dit-elle. Mais la sexualité de mes parents, ça les regarde, je ferai mon propre choix. »

Tous ont été confrontés plus ou moins frontalement à l’homophobie. Le schéma familial était le plus souvent tu à l’extérieur. « J’étais très réservée, dit Camille, 26 ans, élevée par deux femmes depuis qu’elle est bébé. Je n’aurais pas apprécié d’être vue comme différente. Cacher une partie de soi, c’est difficile. » Certains ont connu des épisodes pénibles. Ambre se souvient de son frère « mis en quarantaine » dans son école sans raison apparente. Clément, d’une camarade expliquant dans un exposé que les homosexuels allaient transmettre leur « maladie mentale » à leurs enfants s’ils étaient autorisés à adopter.

Ils se disent « choqués » quand ils entendent des propos rapprochant l’homosexualité de la polygamie ou de l’inceste, comme ceux tenus récemment par le cardinal de Lyon Philippe Barbarin. « C’est honteux ! Que l’Eglise lave son propre linge !, lance Mélanie. En plus, on parle du mariage civil, je ne vois pas ce que la religion vient faire là-dedans. » « Ces gens ne réalisent pas que la société change », soupire Pablo, 30 ans, élevé par deux femmes depuis ses 4 ans.

La grande majorité attend le « mariage pour tous » avec impatience. De façon accessoire pour des raisons pratiques. « S’il était arrivé quelque chose à ma mère, j’aurais dû retourner vivre chez mon père, imagine Mark. Vu nos relations, ça n’aurait pas été simple. » Pablo sait que sa deuxième mère s’inquiète de l’absence de lien juridique entre eux, car elle aimerait transmettre ses biens aux enfants de sa compagne. L’adoption réglerait ces problèmes. Mais ces « enfants d’homos » espèrent surtout que la loi fera changer le regard de la société. « Comme ça, il sera reconnu que les homos sont égaux aux hétéros », résume Mathilde.

Gaëlle Dupont