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Témoignage d’Anne et Agnès (74)

25 Mar

Ma compagne et moi-même nous nous sommes rencontrées en avril 1993, pacsées en décembre 2000 et enfin heureuses mamans depuis aout 2008 d’un petit Gaspard, qui a 4 ans et demi maintenant.

Gaspard est né d’une FIV réalisée à l’AZVUB de Bruxelles, un bébé Thalys comme on les appelle …….. Mais quel parcours! Que de questions, que d’interrogations, que de choix, que d’options…

Tout a commencé dans l’intimité de notre couple, un enfant oui naturellement et jamais nous ne nous sommes senties illégitimes dans cette démarche. Mais ensuite… concrètement comment faire ? L’ APGL de Paris a été d’une grande aide, nous accueillant au sein de groupes de paroles, nous expliquant toutes les solutions possibles.

Informées, aiguillées, renseignées… pour nous, les choix étaient désormais clairs : pas de conception en méthode artisanale, pas de conception en co-parentalité, ce sera une PMA avec donneur anonyme et la Belgique comme destination. La feuille de route était claire. Des anges gardiens ont veillés sur nous : une équipe formidable à l’AZVUB à Bruxelles, un gynécologue à Paris, puis un autre à Saint-Malo trouvé un peu au hasard ( car entre-temps nous avons déménagées en région , comme on dit ……)

Tous ces gens étaient formidables et ils avaient réglés avec eux-même toutes les questions « éthiques », et pour eux nous n’étions pas les premières a effectuer ce genre de démarches . Nous avons également bénéficié d’un entourage amical fort et impliqué à nos côtés contrairement a nos familles ……

En revanche, 5 ans ont été nécessaires pour que je « tombe » enceinte (quelle drôle d’expression tout de même), et 5 ans de stress pour ne pas louper un train, pour arriver à l’heure, pour ne pas louper une injection, pour faire des échographies, pour trouver le bon hôtel à Bruxelles, pour boucler le budget… Une PMA n’est pas simple, moralement, physiquement, intellectuellement, financièrement … la distance, la double équipe (France et Belgique) n’arrangent rien. Ce parcours nous l’avons fait à 2, Agnès et moi ( Anne ), une équipe, soudée, unie, faisant face. Une seule fois elle est restée à Paris, car elle avait la grippe, l’équipe de Bruxelles n’a pas compris que je vienne seule, pour eux, nous n’étions pas 2 filles, nous étions un couple qui souhaitait procréer et la procréation se fait à 2…

Et enfin, 5 ans après tout ce parcours du combattant, le test, les prises de sang, les nausées tout indiquait que j’étais enceinte ! Joie, bonheur… et puis dès cet instant… amasser toutes les preuves qu’Agnès était là, présente en tant que parent, pas marraine ou tata ou tatie ou mamoune ou quelque chose dans le genre …….non parent, maman, mère à part entière au même titre que moi qui l’ai porté. Y penser même dans la salle d’accouchement, y penser en demandant à la sage femme un témoignage attestant de la présence de sa seconde maman dès le 1er souffle de notre enfant… Y penser en permanence dès le moindre papier à remplir ……. Tout consigner pour plus tard, quand nous aurions les moyens (et oui toujours l’argent au cœur du problème) de passer devant le tribunal des Affaires Familiales pour faire une délégation d’autorité parentale (quel horrible terme, réducteur, froid, impersonnel…) et faire reconnaitre Agnès comme sa mère à part presque entière. Penser à sa mort le jour de la naissance de son fils… il y a plus gai, mais c’est une réalité, aujourd’hui fonder une famille avec 2 parents de même sexe c’est tout de suite penser au pire, protéger en cas de décès de la mère biologique, pour qu’en cas de décès de cette mère biologique, notre enfant ne perde pas sa deuxième mère au passage devant le juge des affaires familiales ou au pire, d’une volonté de la famille de la mère biologique décédée …….Car c’est souvent dans bien des cas que l’épée de Damoclès est tenue par sa propre famille ! Lugubre…

Et depuis 4 ans comment cela se passe-t-il pour lui , pour nous ? Et bien comme dans toutes les familles de France, il grandit normalement, il se développe normalement, il est en pleine forme, il est au courant du pourquoi et du comment il a été conçu et il est né. Il est à l’école (privée et catholique, où tout le monde connait la situation et où tout le monde, même le prêtre, reconnait Agnès comme sa mère) où il dessine sa famille comme les autres petits camarades, bref un enfant normal, au sein d’une famille normale…

Mais une famille soumise au bon vouloir et à la compréhension des autorités représentatives de l’état (crèches, écoles, médecins, douaniers…) qui dans notre cas ne se sont jamais posés de question quant à la légitimité d’Agnès. (En revanche pas de souci de reconnaissance de notre famille pour les impôts et pour la CAF, que cela arrangent bien de ne pas me reconnaître comme parent isolé………)

Mais soudain espoir, la proposition du programme de F. Hollande accordant le mariage pour tous. Nous nous marierons, bien sûr, le plus vite possible (le temps de trouver une salle quand même !) Nous profiterons de cette fantastique avancée de la société. Mais, le mariage ne résoudra pas tout pour nous. Gaspard étant né avant notre mariage, Agnès devra l’adopter… (nous aurions espérer voir la filiation reconnue d’office, ou la possibilité d’une reconnaissance comme pour un couple « normal ») Avocat, tribunal ? on verra ce que dira la loi…

Encore un combat, mais on le gagnera…. Pour notre enfant, pour notre famille. À tous ceux qui nous lisent, surtout ne pas se décourager . Nous réussirons à changer les choses. L’important c’est de garder espoir…….

Anne et Agnès et leur petit Gaspard

Témoignage de Marianne (11)

10 Mar

Nous avons, mon mari, moi-même et notre petit Antonin, participé à la manif du mariage pour tous de décembre puis de janvier dernier.
Nous avons suivi en janvier pendant un temps votre cortège de poussettes, celui de l’association Enfants d’Arc-en-ciel, et notamment quand on passait devant Port-Royal (grand centre de PMA, référent notamment pour toutes les DOM-TOM) et un laboratoire d’analyse de fertilité. Une personne a dit au mégaphone à ce moment en les désignant que vous n’y avez pas le droit actuellement.

Moi, j’en ai bénéficié et votre remarque m’a émue au point où les larmes me sont venues aux yeux. Je peux vous dire que notre parcours de PMA a été difficile et que s’il avait fallu que j’aille à l’étranger, que je me justifie auprès de ma famille et amis, que je fasse tout cela sur mes temps de vacances, en me cachant de mon employeur, etc, comme le font des amies que l’on connait, je ne suis pas sure que j’aurais eu le courage d’aller jusqu’au bout !

En même temps, je sais quelle force l’on a lorsqu’on souhaite fonder une famille. Vous êtes vraiment très courageuses. Et j’ai envie de dire à ceux qui sont contre la PMA pour tous : « qui êtes vous pour juger du désir d’enfants des autres ? ».
Voilà mon témoignage de soutien,

Marianne

Témoignage de Jo (73)

4 Fév
J’ai 34 ans, je vis une histoire d’amour avec une femme formidable depuis presque 8 ans et nous avons depuis peu la chance de voir grandir une petite fille adorable.
Longtemps je me suis cherchée, mal dans ma peau, mal à l’aise en couple avec des hommes, je me sentais “différente” jusqu’à ce que je LA rencontre, ce fût une évidence !
Une évidence aussi de construire une famille, d’officialiser notre amour, comme beaucoup de couples amoureux…. Pacsées depuis 2006, parce que c’est la seule option qui nous était autorisée, il nous a manqué le côté cérémonieux  et romantique du mariage (Pacs conclu en 5 min dans le bureau d’un greffier du tribunal qui n’a même pas la place de nous faire signer sur son bureau en désordre !) Le Pacs nous a toujours semblé être un engagement moins fort que le mariage. Finalement à part pouvoir faire notre déclaration des impôts en commun cela n’a pas changé grand chose dans notre quotidien.
Longtemps aussi je me suis interrogée sur mon désir d’enfant. Ma compagne était déjà maman d’une grande fille, moi je voulais donner un papa à un éventuel bébé. Mais très vite, il nous semblait évident que ce bébé serait un bébé de l’amour que nous seules serions ses parents. L’unique différence serait pour lui de n’avoir pas 2 parents de sexe opposé.ET alors ? ce n’est pas pour autant qu’il sera plus malheureux qu’un enfant élevé par un papa et un maman ou un seul papa ou une seule maman…Il sera aimé, choyé, éduqué, protégé au sein d’un foyer doux et rassurant entouré d’une famille unie.
Il n’est évidemment pas question de lui mentir sur sa conception en lui disant qu’il n’a pas de géniteur. notre fille a un donneur, un homme formidable, altruiste qui nous a offert le plus beau des cadeaux. Tout cela nous le lui dirons au moment venu avec les mots adaptés à son âge. Elle aura même la possibilité de le rencontrer plus tard si elle le désire.
Voilà dans les faits nous sommes une famille mais officiellement notre fille n’a  qu’un seul parent : sa mère biologique. S’il  arrive quoique ce soit à cette dernière, le sort de notre puce dépendra uniquement du bon vouloir d’un juge. Imaginez la douleur d’une enfant qui perd un de ses parents et qui en plus est arrachée à son autre parent !
Et même au quotidien, sa maman de cœur n’a aucun droit sur elle alors qu’elle la désirée aussi fort que sa maman biologique, qu’elle est là chaque jour pour elle : non elle ne peut ni la chercher à la crèche ou à l’école sans autorisation, ne peut prendre aucune décision la concernant : hospitalisation par exemple, ne peut pas voyager seule avec elle, etc
Petit paradoxe : je suis le seul parent de ma fille (cf livret de famille) avec tous les inconvénients et problèmes que cela engendre. Par contre, au niveau de la CAF, je vis en couple donc je ne suis pas considérée comme parent isolé. Pareil pour les impôts, je ne suis pas célibataire donc je ne peux prétendre à la demie part supplémentaire pour parent élevant seul ses enfants… Alors soyons logique jusqu’au bout : notre fille doit avoir en toutes circonstances deux parents légaux et pas seulement quand ça arrange l’administration !
Jo

Témoignage de Nathalie (72)

27 Jan

J’ai la chance de vivre dans un pays ou les lois ont permis aux couples homosexuels de pouvoir s’unir, d’adopter et  d’avoir accès à la PMA.

Aux yeux de la loi, j’ai mes droits de maman car de leurs deux mamans, je suis celle qui ne les a pas portés. Mais j’ai été présente comme tout père avant leur naissance, pendant la grossesse et encore et pour toujours maintenant. Aux yeux de nos familles, de nos lois nous formons une famille.

J’ai pu les adopter : ils portent mon nom, s’ils n’ont pas mon sang, ils ont mon nom et tout l’amour que je peux leur apporter…

Être parents c’est avant tout savoir élever, éduquer et aimer ses enfants…

Il y a dix maintenant quand ces lois ont été votées, le peuple belge a su réagir en peuple tolérant et respectueux. Bien sûr encore maintenant certaines personnes n’acceptent pas cela mais on ne peut pas faire l’unanimité sur tous les sujets.

Nous avons aussi la chance d’être entourées de notre famille, nos collègues, nos amis qui nous aiment et qui nous respectent.

Merci aux hommes et femmes politiques belges, merci à nos familles, nos amis, nos collègues.

Merci de nous avoir permis d’avoir nos droits.

Nathalie

Témoignage d’Elsa (71)

27 Jan

M. est né il y a maintenant 17 mois. Je l’ai vu naître, j’ai été la première personne à le tenir dans mes bras, à lui parler, à le rassurer. J’ai passé 5 jours à la maternité où j’ai appris à m’occuper de lui jour et nuit. Depuis 17 mois, je me lève la nuit lorsqu’il pleure, je l’emmène chez le médecin et à la crèche, je m’assure chaque jour qu’il mange bien, qu’il dort bien et qu’il a tout ce dont il a besoin et par dessus tout je l’AIME. Tout cela, je le fais au même titre que ma compagne, celle qui pour la société est LA maman de M.

Alors j’attends avec impatience la loi qui me permettra de dire « OUI, je suis sa maman » sans que l’on puisse le remettre en question. J’attends avec impatience la loi qui lui permettra plus tard de pouvoir dire « j’ai deux mamans » sans qu’il se sente différent des autres. Parce qu’il n’est pas différent des autres enfants de son âge! C’est un petit garçon joyeux,  épanoui, très sociable et entouré d’amour. Comme chaque enfant, il mérite qu’on le respecte, qu’on respecte sa famille et que l’on ne l’exclue pas  sous prétexte qu’il n’est pas élevé par ses deux parents biologiques mais par ses DEUX MAMANS qui donneraient tout ce qu’elles ont pour son bonheur.

 

Elsa

 

Témoignage de Valérie (70)

26 Jan
Je m’appelle Valérie et je suis en couple depuis 25 ans avec ma compagne, pacsée depuis 11 ans et nous avons 2 supers petits garçons.
Nous avons été victime d’un très grave accident de voiture il y a maintenant presque 2 ans.
Lors de cette tragédie, je suis partie à l’hôpital avec le pronostic vital engagé, ma compagne et les enfants ont aussi été blessés.
Je me demande aujourd’hui ce qu’il se serait passé si par malheur j’étais décédée suite à cette tragédie, je n’ose même pas l’imaginer.
Est-ce-que ma compagne aurait pu avoir la garde des enfants, même si nous avons fait les papiers chez un notaire, je n’en suis pas sure.
Imaginez un peu le double traumatisme de ces deux petites têtes blondes si cela était arrivé. Ils auraient pu perdre leur maman (bio) et en plus on leur enlèverait la personne la plus importante pour eux leur 2ème maman, non mais ce n’est pas normale et inconcevable.
Alors mesdames et messieurs qui ne voulez pas du mariage pour tous, ni de l’adoption pour les couples homosexuels, je m’adresse à vous aujourd’hui.
Accepteriez vous que cela arrive à vos enfants ?
Valérie

Témoignage de Marie (69)

25 Jan

Je suis française et mon amie est espagnole. Nous ne sommes pas pacsées en France mais nous sommes mariées en Espagne. Nous avons eu une fille (mon amie en est la mère biologique) par insémination artificielle avec donneur anonyme (à l’AZ Sint-Jan de Brugge, ça a marché au 4ème essai).

Si nous avions pu nous marier en Espagne avant la naissance de ma fille, elle aurait été directement reconnue comme ma fille (en Espagne toujours), et aurait porté nos deux noms, comme le veut la loi espagnole.

Cependant, à cause des nombreux allers-retours nécessaires pour que nous puissions nous marier (même si le mariage gay est légal en Espagne, le fait que je sois française a beaucoup compliqué les choses, la France ne voulant pas me fournir la publication des bans pour un mariage avec une femme), et puisque mon amie était déjà enceinte (la grossesse a en plus été un peu compliquée), nous n’avons pas pu le faire avant que ma fille naisse. Je l’ai donc adoptée (énormément de papiers et de voyages une fois de plus).

Légalement, elle est ma fille en Espagne mais nous avons encore du mal à obtenir un papier qui le prouve clairement aux yeux de la loi française ou à faire changer son nom sur ses documents d’identité. Elle est née en France mais est de nationalité espagnole (père inconnu, une seule mère espagnole pour la loi française). Nous attendons que sur son acte de naissance français soit inscrit dans la marge que je l’ai adoptée. Ça fait des mois…

Ce qui est le plus ironique, c’est que nous ne pouvons maintenant plus nous pacser en France. En effet, la France refuse, bien que ne reconnaissant pas mon mariage, de me fournir un certificat de célibat! Je ne suis donc considérée ni comme mariée ni comme célibataire… Pratique pour acheter une maison ensemble !

Marie

 

Témoignage de Chantal (14)

22 Jan

Je fais partie des mamans-mamies outrées de ce qui se passe, de ce courant de bêtise, voir de haine qui circule sur les couples homo. Les cathos- bourgeois rigides et bouchés ça suffit ! De quoi s’agit-il en fait dans tout ça ? Tout simplement d’amour avec un grand A, n’en déplaise à tous ces gens coincés (l’amour, c’est pourtant l’enseignement principal qu’ils ont reçu par leur religion, non ?). L’amour de parents tout d’abord qui ont élevé leur enfant le mieux possible, et qui l’aime toujours avec son orientation de vie différente et aussi riche et respectable que les autres. L’amour de 2 personnes qui se rencontrent et ont un projet de vie commun : fonder une famille. L’amour de jeunes parents, hommes ou femmes, pour cette nouvelle vie espérée, attendue et accueillie dans la joie, malgré les embûches. L’amour de cet enfant pour ses deux parents et leurs familles. Tout ça ne devrait être que du bonheur. Mon expérience devrait faire réfléchir quelques-uns : moi aussi en temps que mère je me suis posé beaucoup de questions à l’adolescence de ma fille, avec cette amitié d’école très particulière. J’ai été la première des deux mamans à échanger là-dessus avec « mes » filles, à accepter et les soutenir dans leur projet de famille, y compris financièrement pour les voyages en Belgique.
Puis quelle chance une seule fois a suffit et mon merveilleux petit fils est arrivé. Une joie aujourd’hui pour les deux familles, même si les deux mamans ne vivent plus ensemble et sont restées très proches. Un petit garçon pétillant de 4 ans qui viens de prendre sa première grosse claque (au sens propre et au sens figuré) cette semaine en maternelle par un petit du même âge parce que « c’est pas possible d’avoir deux mamans, t’es un menteur ça n’existe pas ». Ca m’a fait mal pour lui. ! La bêtise des adultes fait beaucoup de mal aux enfants. La maitresse soutient mes filles, mais mon petit fils n’a pas voulu dénoncer son camarade. Elle va faire une information dans sa classe. Voilà où on en est !
Moi quand ma fille m’a annoncé « on va faire les démarches en Belgique et je veux porter l’enfant » ma réaction intime a été de penser au bonheur de ma fille avant tout. Dans sa situation elle ne pouvait pas être mère « normalement » avec un partenaire, même si elle n’est pas stérile, car quoi qu’en disent certains : on ne choisit pas son orientation sexuelle on la vit et on l’assume ! Donc ma fille pour être maman devait passer par l’insémination. Si un de mes gendres était stérile, personne n’aurait vu à redire puisque cette démarche est autorisée dans notre pays pour les autres couples. Où est la différence ? Et les femmes qui font des bébés toutes seules ? Et celles qui les élèvent avec n’importe qui, en changeant souvent de partenaires ? Et ces papas qui abandonnent les mamans et qui délaissent leurs enfants ! Comment vivent-ils ce manque ces petits ? Alors que là avec les couples homos, les enfants sont de faits tous désirés, grandissent avec l’amour de deux parents. Ca gêne qui ? Et puis ces opposants cathos mélangent tout ! Qu’ils gardent leur mariage religieux et qu’ils nous laissent parler de droit civil, de justice et protection des enfants et du conjoint.

Chantal

Témoignage de Michel (8)

22 Jan

Permettez à un vieillard de s’introduire, un bref instant et sur la pointe des pieds, dans la cour des petits… J’appartiens à une époque où l’homosexualité était un crime ou une maladie mentale (au choix – ce qui, de toute manière, n’était guère réjouissant). Des siècles de bêtise modelaient la pensée majoritaire.

Je lis que « cela a bien changé », que « tout est, désormais, différent »… Il n’est pas interdit de le croire et de l’espérer, en effet. Mais pour moi qui, par la force des choses, fréquente des milieux différents et des générations différentes, je suis surtout frappé par ceci : le discours a changé, mais l’hostilité (aujourd’hui voilée et fardée) envers les homosexuels est aussi forte aujourd’hui qu’hier. Il ne faut jamais croire le discours (ni les discours, d’ailleurs).

Puis-je ajouter que beaucoup de gens n’ont eu de père que pour l’état civil ? Dès lors, si les enfants des couples de lesbiennes n’ont pas de père, cela n’est pas très grave.

En France comme ailleurs la majorité des enfants n’ont pas eu de père, sinon en apparence….

 

Michel  

Témoignage de Sandie (66)

21 Jan

Fonder une famille ! Fonder SA famille !!!!! Tout un projet !! Un projet à deux !!!!! Mais à deux femmes.

Comme pour tous les couples, hétéro ou homo, c’est un projet qui mûrit, qui grandit.

Moi j’ai toujours eu envie d’enfant, mais il m’a fallu avoir ma nièce dans mes bras pour comprendre que ce désir devenait plus fort que tout, mais Diane, ma Femme, ne se voyait pas concrétiser cette envie à ce moment-là.

Il m’a fallu un an pour la convaincre. Mais cette année a été mise à profit pour faire des recherches, répondre aux questions et aux angoisses que je pouvais avoir. Parce que oui je le dis haut et fort 2 femmes ne peuvent pas concevoir un enfant, mais je crois que tout le monde en est conscient, nous les premières !!! Alors comment faire ? Comment concrétiser ce désir? Et là, j’ai trouvé pleins de témoignages sur les différentes façons de faire. Alors quelles méthodes choisir ? Partir en Belgique ? En Espagne ? Faire appel à une connaissance ? ou à un anonyme ?

Quand j’ai vu les conditions d’accès à la PMA et que j’ai expliqué à Diane le passage devant un psychologue, elle a clairement refusé. Nous avons aussi écarté l’idée de passer par une connaissance, Diane ayant peur de ne pas trouver sa place entre ce Papa-Donneur (c’est le nom qu’on a donné au donneur) et l’enfant à venir.

Mais ça se ne sont que les questions d’ordres physiques. Il y a aussi toutes les questions concernant l’éducation et l’intégration de l’enfant et comment expliquer sa conception à notre enfant. C’est surtout là-dessus que mes questions vont se fixer.

Cette année m’a aussi permis de préparer notre entourage, parce que même si tout le monde accepte notre situation, on ne savait pas quelles seraient leurs réactions.

Nous avons profité de cette année pour nous pacser. Il était important pour moi de m’unir à cette Femme que j’aime avant de fonder notre famille.

Le tribunal a officialisé notre couple le 7 décembre 2009. J’ai été très désagréablement surprise de voir la façon dont ça c’est passé, même si la personne qui c’est occupé de nous à essayer de dégrossir le coté administratif pour mettre un petit coté plus sympathique, car comme elle nous l’a fait très justement remarqué, nous n’avons pas d’autres façons de nous unir. Nous avons fait la fête avec les familles, et nous sommes parties une journée à St Malo en «Lune de miel ».

Peu de temps après ma chère et tendre m’a annoncé son désir d’enfant. J’étais aux anges !!! J’ai sauté sur le téléphone pour joindre mon gynécologue mais elle m’a retenue en me demandant d’attendre après les fêtes.

Nous nous sommes mises d’accord sur la façon dont nous voulions concevoir cette enfant, de la  place qu’on voulait laisser à ce Papa-donneur. Nous avons trouvé notre « gentil Monsieur » pour nous aider. Mon gynécologue a bien voulu nous conseiller et nous voilà partie !!!

Notre chance a été de concrétiser ce projet dès le premier essai.

L’annonce aux familles a été un réel moment d’angoisse et de joie. Je me souviens encore de certaines réactions, comme celle de mon père fier et les yeux mouillés, celle de mon frère et de ma sœur qui ont eu la même réponse quand je leurs ai annoncé ma grossesse :

« -Vous allez être Tonton (Tata) !!!

– ah bon de qui ??? »

J’ai bien vu qu’ils n’avaient pas envisagé l’hypothèse que j’aurai des enfants malgré le fait que nous en avions souvent parlé. Après leurs réactions un peu bizarres, je me suis rendue compte qu’ils étaient très heureux.

Ma relation avec ma mère a changé, je n’étais plus seulement sa fille mais aussi une future maman.

Pendant mes 9 mois de grossesse nous n’avons été confrontées qu’une seule fois à une réaction un peu décalée. En effet quand j’ai voulu prendre mes cours de préparation à l’accouchement la sage femme m’a dirigée vers une sage femme de PMI, en inscrivant sur la fiche de suivie « suivie psychologique à suggérer » ?!? je ne savais pas comment le prendre.

Ces cours étaient par groupe de 3 mamans. Tant que j’étais seule, j’ai participé à ces cours, mais quand le cours en couple est arrivé elle m’a plus que demander de faire un cours seule avec Diane, prétextant que ça serait mieux pour nous. Je pense que c’est plutôt pour elle que c’était mieux.

Malgré tout elle nous a bien préparées aux différentes réactions que pourraient avoir le personnel hospitalier.

Nous avons eu rendez-vous à l’Hôpital pour une visite interactive de la maternité et l’explication que la prise en charge.

Une équipe de télévision était présente pour nous présenter le projet qu’ils avaient. C’était pour l’émission Baby Boom, la première saison. Mon coté manifestante voulait foncer pour montrer que nos familles existent, mais ma Femme n’a pas voulu de peur d’être reconnue par certains de ces collègues qui ne connaissaient pas sa situation familiale. Je trouve cela dommage car ça nous aurait permis d’avoir un souvenir de ce moment.

Et voilà que le dernier mois de grossesse arrive !!! Des insomnies !!!! Et du coup des jeux de société avec Diane et ma mère (qui était venue en soutien) jusqu’à des heures improbables !!!

Arrive le jour J. Avec l’équipe de nuit tout s’est bien passé, par contre avec l’équipe de jour, Diane s’est vue interdire l’accès à la salle de naissance par l’aide soignante qui ne voulait pas comprendre que sa place était à cote de moi. La Sage femme a dû s’énerver pour qu’elle puisse enfin renter. Elle a par contre trouvé sa place avec le reste de l’équipe qui l’a autorisé à assister à la césarienne. A la naissance d’Elouan, elle a pu faire la peau à peau et être à coté du petit pendant les premiers soins.

Les Sages femmes l’ont attendue pour qu’elle apprenne au même titre que moi les gestes du quotidien : le bain, le change, le bib…

Pour la déclaration à la mairie nous avions fait une déclaration anticipée pour que Diane puisse aller en mairie elle-même.

Pour la petite anecdote, au moment de déclarer Elouan à la sécurité sociale de la SCNF, ils ont fait une erreur et automatiquement associé l’enfant au nom de ma Femme sans se rendre compte que ce n’était pas possible. C’est le seul papier officiel où Elouan porte de nom de famille de Diane. Nous l’avons précieusement mis de coté, comme un petit symbole.

C’est fou comme il peut ressembler à Diane. Il a pris ces grimaces, ces expressions. Ils compensent le manque de lien sanguin par un lien affectif énorme. Et ça jamais personne ne pourra leur retirer.

En 2012 on a lancé la procédure pour la délégation d’autorité parentale. Je ne sais pas ce qui a été le pire : le passage des officiers de police à la maison, la convocation au commissariat (quand on est arrivé un jeune sortait avec les menottes, on se demandait ce qu’on avait fait comme bêtises) ou bien encore au moment du passage devant la Juge qui nous a expliqué que Diane avait le même rôle qu’une baby-sitter. Je ne sais pas vous mais je n’ai pas souvent vu une baby-sitter se lever la nuit (et parfois ne pas avoir le temps de se recoucher avant d’aller travailler) pour les biberons ou parce que l’enfant est malade, ou parce qu’il a fait un cauchemar. Et surtout une baby-sitter il faut la rémunérer, alors si je dois rémunérer Diane il va falloir que je gagne au Loto.

Mais surtout la Grande différence entre Diane et la baby-sitter (qui est une personne étrangère à la famille, je le rappelle) ce sont les liens qui unissent ces 2 membres de la même famille, ces moments câlins, ces moments de jeux, ces repas partagés, ces moments d’apprentissage et ces moments de disputes, parce que c’est ça être parent !! Quand Elouan se fait mal, il fonce dans ces bras, quand il est triste dans les miens, pour jouer avec lui c’est Diane, et moi c’est quand il a faim. A chacun son rôle. Mais ça c’est comme tous les couples non ?!?!

Le passage devant la Juge a vraiment été une épreuve, on a vraiment eu l’impression de n’être rien. C’était la première fois que je ressentais ça. Ca a été assez dur à gérer. Mais quand je les vois tout les deux, la décision de la Juge m’importe peu.

Je pense au deuxième. Je pensais que ça serait plus facile, vu qu’on était déjà passé par là mais je me trompais. Certes les questions que je me posais au premier (comment ça se passe ? Comment faire ?) ne sont plus là mais d’autres sont venues (pourra-t-on faire appel au même Papa-donneur ??).

Je ne trouve pas de conclusion à faire car celle-ci viendra le jour où enfin on aura plus besoin de se battre pour être reconnu comme parents, comme famille.

Le jour où enfin les gens ne se retourneront plus sur notre passage en nous dévisageant parce qu’on est une famille atypique.

Mais cette famille, ces familles existent que ça plaise ou non !!!!

Sandie

Témoignage d’Hélène (7)

21 Jan

Je suis maman de 2 petites  filles de 9 et 3 ans et demi. Je vis en couple  depuis 13 ans avec Christophe, leur papa.

Nous avons 2 amies  qui sont en couple depuis  plus longtemps que nous.

Elles ont le bonheur d’avoir mis au monde 2 enfants. Ma dernière  est née 1 jour après leurs jumeaux !!!!

Nous avons mis à chaque fois 2 ans pour avoir chacune de nos filles. Elles aussi ont attendu, mais avec les galères, les espoirs et les déceptions  de la procréation assistée.

Nos enfants et les leurs étaient désirés, attendus ardemment.

Elles ont vécus comme nous les nuits compliquées, les maladies qui inquiètent, la fatigue.

Régulièrement nous échangeons sur les petits problèmes du quotidien ; nous partageons les mêmes inquiétudes concernant nos petits bouts.

De quel  droit la société française peut-elle refuser à 2 personnes qui s’aiment et autant investies dans le bonheur et la réussite de leurs enfants le droit officiel d’être appelé « parents ».  !!!!!

Leurs amours pour leurs enfants est aussi fort que le nôtre pour nos filles.

Les nuits blanches, les  maladies infantiles, les inquiétudes de parents, elles le vivent comme nous.

Leur combat  pour le mariage et l’adoption homoparentale, c’est encore pour offrir la sécurité et la reconnaissance officielle de leur famille, pour  leurs enfants.

Cette loi n’est  juste qu’un rétablissement de la justice : égalité de traitement  pour tous.

C’est considérer que l’amour est plus important que l’orientation sexuelle pour  définir un conjoint ou un parent.

J’espère, nous espérons.

 

Hélène

 

Témoignage de Jean-Olivier (13)

21 Jan

 Lorsque ma cousine A. m’appela il y a quelques années pour m’annoncer qu’elle allait faire sa vie avec une femme, je crois me souvenir qu’elle avait un peu d’appréhension sur la réaction de sa famille proche.

Cette appréhension n’était pas justifiée. Il n’y eu, ni réaction de rejet, ni jugement de notre part. Le bonheur n’emprunte pas qu’un seul chemin…
Lorsqu’elle m’appela quelques années plus tard, pour m’indiquer qu’elle allait avoir recours avec sa femme à une PMA, je me suis simplement dit qu’elles seraient de merveilleuses mamans et que mes deux enfants auraient une petite-cousine ou un petit-cousin et de beaux souvenirs à partager dans quelques années.
Ce fut une petite-cousine.
Lorsqu’elle m’appela pour me dire qu’elle et son amie allaient tenter une seconde PMA, pour que leur fille ait une petite sœur ou un petit frère, je me suis dit que ce qu’elles avaient si bien réussi une première fois, elles pourraient le faire une seconde.
Ce fut une petite sœur.
Cela fait maintenant six ans que j’observe avec bonheur cette famille « différente » aux yeux de certains, mais si peu aux miens.
Ma cousine aime une autre femme et une femme aime ma cousine.
Ces deux femmes ont eu deux magnifiques petites filles.
Nous n’habitons plus à côté les uns des autres (elles, à Nantes, et nous, à Vincennes), mais nous faisons tout pour passer le plus d’occasions ensemble, qu’il s’agisse des fêtes de famille, de Pâques ou de Noël.
J’observe ce petit monde évoluer, grandir et s’aimer, dans ce beau projet familial devenu réalité.
Quelle différence ?
Peut-être pas là où certains le pensent, en tout cas.
Quand j’observe l’aînée de leurs filles, je suis fier de constater à quel point celle-ci a l’esprit vif et brillant. C’est une petite fille heureuse, qui a deux mamans, des grands-parents, un parrain et une marraine, ainsi que des cousin(e)s qu’elle adore et qui le lui rendent bien.
Quand j’observe cette même petite fille avec sa jeune petite sœur, je vois une enfant comme les autres, émerveillée par l’arrivée de ce bébé au sein de sa famille.
Et quand j’observe mes propres enfants et l’affection qu’ils ont vis-à-vis de leurs cousines, je suis fier d’écrire qu’un seul lien nous lie : celui de l’amour familial.
Alors, à tous ceux qui vocifèrent sur le mariage pour tous, tous ceux qui brandissent des pancartes anti PMA, je ne dis qu’une chose : vous ne savez pas de quoi vous parlez, votre rejet ou votre haine ne provient que de votre sectarisme.
L’amour entre deux êtres n’est pas fonction de leur sexe, sauf à le réduire au seul acte charnel. L’amour qui se veut engagement est bien au-delà de cela. Alors pourquoi ne pas ouvrir les mêmes droits à tous ? De quel droit juger l’amour et l’engagement de l’autre et refuser à tous les mêmes droits, sous prétexte que cet amour ne serait pas hétérosexuel ? En quoi cet amour menacerait-il les fondements de notre société occidentale ?
L’amour filial n’est pas non plus fonction du modèle de famille. Combien d’enfants sont nés d’un homme et d’une femme par accident. Les enfants nés de deux femmes ou élevés par deux pères grandiront dans un véritable projet familial. Certains de ces projets réussiront, d’autres pas … Mais ces enfants auront toujours l’assurance qu’ils ont été désirés à deux et qu’ils ont été aimés. Combien d’enfants nés d’une relation hétérosexuelle ne peuvent pas se dire la même chose ?
Quant au fait d’avoir deux parents du même sexe, cela n’effraie pas un enfant.
Les enfants s’adaptent et savent où se situe l’essentiel.
Les adultes pas toujours, loin s’en faut…
La semaine prochaine [le 27 janvier], j’irai de nouveau battre le pavé aux côtés de mes cousine, de leurs ami(e)s, tout simplement parce-que j’estime qu’elles ont le droit de s’aimer et de s’unir, comme je l’ai fait avec mon épouse, que leur union n’est pas moins légitime que la mienne et que les droits civils qui nous sont garantis par la Loi, en tant que conjoints ou que parents, mais également les devoirs qui sont les nôtres, doivent être les mêmes pour tous.

Jean-Olivier

 

Témoignage d’Emilie et Johanna (65)

20 Jan

Je suis française mais j’ai la chance d’habiter Montréal. Pourquoi,  je dis : « la chance » ?

Parce que la femme que j’aime et avec laquelle je vis est légalement mon épouse

Parce que je suis la mère de mes deux enfants, peu importe si je les ai portés ou non.

Mes enfants ont donc la chance d’avoir deux parents plutôt qu’un.

Ici nous sommes une famille, et on nous reconnaît comme tel. Je n’ai pas à justifier au médecin, à l’école, chez le notaire, ni le banquier que : « oui je suis mariée » et « oui ce sont mes enfants ».

Ici, nous avons été accueillis avec un sourire.

Ici, je n’ai rien eu à faire pour que nos enfants soient nos fils à toutes les deux, à part remplir la déclaration de naissance, la même pour tous les parents. Il faut juste cocher mère ou père dans la bonne case.

Nous recevons des cadeaux de la garderie avec nos 2 noms : maman Mimi et maman Jojo. Mon fils n’a même pas encore senti de préjugés envers sa famille et n’en n’a pas envers les familles hétéros, gaies ni lesbiennes.

Ici non plus ça n’a pas toujours été facile pour nos familles. Il y 12 ans, avant que la loi pour le mariage ne soit votée, les sondages donnaient les mêmes résultats qu’en France, entre 53 et 60% en faveur du mariage gay. Mais les valeurs changent, heureusement. Et donne ça :

Moi, en train de faire une demande de certificat de naissance et la dame qui me demande si je vais demander la double nationalité pour mon fils. Et moi qui lui répond que non car mon fils perdrait une de ses mères sur les papiers français. Elle me répond : « oh oui, j’ai entendu ce qu’il se passe en France en ce moment, entre vous et moi ils sont retardés là-bas ! qu’il reste Canadien alors ! »

Ou encore :

Lors d’une discussion avec une connaissance sur le débat en France : on explique encore que les enfants perdraient une de leurs mamans en France, la copine demande:

« – ah oui ? vous devriez passer par des procédures d’adoption alors? »

– euh, non on pourrait rien du tout ! »

– Nan !!!!! ça se peut encore ?»

Et aussi :

Au café l’autre jour, un monsieur nous parle :

– « Oh, ils sont beaux ces enfants ! », en cœur : « merci ! » « ils sont à qui ? » : – « à nous !», « vous faites une belle famille »

J’espère que les politiciens ne se tromperont pas et choisiront de donner une place à nos familles, pas seulement nos couples, parce que dans 10 ans ce sera juste normal et que tout le monde s’en moquera, sauf nos enfants, nos familles, amis et nous !

 

Émilie et Johanna

 

Témoignage d’Anne (64)

20 Jan

Je souhaite m’exprimer en tant que parent dit « social » même si je me reconnais déjà dans beaucoup de vos témoignages.

Notre histoire me semble d’une grande banalité, nous nous sommes rencontrées, ma compagne et moi il y a bientôt 12 ans et le désir d’élever un enfant ensemble est venu petit à petit au sein de notre couple. Convaincues par les études scientifiques nord américaines qui montrent que les enfants élevés dans des familles homoparentales ne vont, ni mieux, ni moins bien que les autres, nous nous sommes lancées dans l’aventure.

Notre première fille est née il y a 6 ans, ce fut bien sûr un grand bonheur pour nous. Nous n’avons pas rencontré de difficulté particulière en dehors de la logistique de pratiquer une IAD en Belgique. C’est au début de sa scolarité, lorsque j’ai voulu me présenter en tant que parent d’élève que les choses se sont compliquées. Cette démarche me semblait tellement naturelle que je n’ai pas compris le refus de la directrice d’école puis de l’inspecteur d’académie. Mais il fallait se rendre à l’évidence, je n’avais aucun droit sur ma fille, les textes de loi me renvoyait à cette réalité. Comment accepter cela, je suis tellement une mère aux yeux de ma fille!

Nous avons alors engagé une procédure de délégation d’autorité parentale. J’ai vécu avec beaucoup de violence le passage devant le juge avec notre avocat. C’était édifiant d’entendre notre avocat nous défendre en justifiant que nous sommes propriétaire d’une maison comportant un nombre suffisant de pièces compatible avec l’accueil d’un enfant ou que ma compagne faisant beaucoup de trajets en voiture il pourrait être intéressant que je puisse prendre des décisions importantes en son absence concernant notre fille.

Être obligé de se faire juger par des inconnus sur notre capacité à être parent me semble être de l’ordre de l’humiliation. En espérant que la loi sur l’adoption de nos enfants soit votée, si les démarches d’adoption n’évoluent pas, j’attends avec impatience le passage de l’assistante sociale chez nous!

Cependant, grâce à cette autorité parentale partagée (valable du vivant de ma compagne)  je suis aujourd’hui élue parent d’élève et je peux assumer cette responsabilité concernant la vie scolaire de ma fille.

Quelques années plus tard, nous avons souhaité avoir un deuxième enfant et là notre parcours a été plus complexe, souvent vécu par beaucoup de couples de femmes: examens médicaux, voyages itératifs en Belgique avec les problèmes que cela entraine (trajet de 10 h, absences professionnelles au dernier moment, garde de notre fille,…).

Je tiens d’ailleurs à remercier les gynécologues français qui nous soutiennent dans nos démarches, nous accueillent dans leurs consultations avec nos projets. Ils nous prescrivent examens et traitements d’AMP en engageant leur responsabilité.

Après finalement une IAD en Espagne, notre deuxième petite fille est née il y a 11 jours et nous comble de bonheur.

Le seul changement depuis 6 ans est que j’ai pu prendre le congé d’accueil de l’enfant anciennement congé paternité.

Nous faisons parti de la société française, les lois sont faites pour encadrer la population, dans l’égalité. Nos familles existent et doivent être reconnues.

Nous ne voulons enlever de droit à personne, nous voulons juste en avoir.

Être parent n’est pas qu’une question de sang. Accéder à la notion symbolique de la parentalité est une des dimensions de l’espèce humaine.

 

Anne

 

 

Témoignage de Sandra (62)

20 Jan

En grandissant, je me suis vite sentie « différente », ou plutôt décalée, pas tout à fait à ma place. Très seule aussi. Il m’a fallu presque trente ans pour admettre la raison de mon mal-être. Il y a eu l’anorexie, la boulimie. Il y a eu des accès dépressifs et ces cachets cachés sous mon matelas pendant longtemps, pour pouvoir en finir. Je pleurais la nuit, planquée au fond de mon lit. Le chemin était trop long, trop escarpé, je n’en voyais pas le bout. Ma vie était complètement dans le noir et si je n’ai pas lâché prise, c’est uniquement par amour pour mes parents, parce que je ne voulais pas leur faire ce mal atroce.

Et puis elle est arrivée, celle dont je suis tombée amoureuse et qui a fait voler en éclats tous les murs qui barraient ma route. J’ai enfin pu renaître. Les personnes qui me connaissaient « avant » n’en revenaient pas. Je n’étais plus la même. J’étais libérée, heureuse, et ça changeait tout.

Quand j’entends la violence des mots proférés sans complexe ces derniers mois, je revois l’ado que j’étais. Cela aurait achevé de me désespérer… Je pense aux jeunes qui ont vu ces images, ces pancartes ignobles, et j’ai envie de hurler. Ces gens si propres sur eux, savent-ils qu’un jeune homosexuel sur quatre tente de se donner la mort ? À cause de l’image négative de l’homosexualité dans notre bonne société française et des rejets vécus, notamment en milieu scolaire.

Savent-ils que le Refuge, association qui vient en aide à ces jeunes en détresse, est submergé d’appels depuis novembre dernier ? Ça ne leur fait rien à ces bienpensants gonflés de moralité ? Non. Ils sont au-dessus de « ça » et investis d’une haute mission. D’ailleurs, leurs enfants qu’ils emmènent dans la rue brandir des pancartes homophobes ou au mieux qui rejettent l’Autre ne finiront pas homos. Ça ne leur effleure même pas l’esprit. Quelle hérésie, mon Dieu !

Seulement voilà, ils n’en savent rien en fait… Et le jour où il ne restera à certains d’entre eux que leurs yeux pour pleurer, ce sera trop tard. Mes parents pensaient avoir failli dans leur éducation, avoir raté quelque chose avec moi. Au contraire, ils m’ont donné la force de m’assumer, même si ça a pris du temps (mais ça, c’est mon côté têtu !) et ils peuvent en être fiers.

Aujourd’hui, je regarde notre fille, un petit soleil de 6 ans. Elle rayonne, elle est heureuse, elle sourit tout le temps et est à l’aise partout, bien dans ses baskets.

Je me suis fait une promesse le jour où elle est née : qu’elle ne doute jamais que ses parents l’aiment comme elle est. Et je ne laisserai personne ternir son éclat.

Vous qui vous autoproclamez défenseurs de l’enfant, ne voyez-vous pas que votre parole est à l’exact opposé de ce que prêchait votre Jésus ? Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Sauf les catégories mentionnées ci-dessous? Laissez venir à moi les petits enfants. Seuls ceux nés dans une famille avec un papa, une maman, un labrador et qui boivent l’ami Ricoré tous les matins ?!

Et figurez-vous qu’ils vont très bien, nos enfants. Ceux élevés par des parents homos et devenus adultes en témoignent, les nombreuses études sur le sujet le disent, mais aussi nos familles, nos amis hétéros, les parents des copains de nos enfants, les professionnels comme les psys, les médecins ou encore les instits et les animateurs que nous côtoyons comme tout autre parent. Si nos enfants risquent d’aller mal, c’est en entendant les messages nauséabonds que vous véhiculez, notamment auprès de vos têtes blondes qui, à leur tour, rejetteront nos enfants. J’exagère ? Détrompez-vous ; cela a déjà commencé dans les cours d’école et c’est entièrement de votre faute.

Alors oui, je suis en colère ! Ouvrez les yeux, à défaut du cœur. Nous ne demandons rien d’autre que le droit de vivre, d’aimer et de protéger ceux que nous aimons sans nous sentir de trop ou juste tolérés, citoyens et parents de l’ombre.

Sandra