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Témoignage de Christel (n°78)

9 Fév

Je m’appelle Christel, j’ai 34 ans aujourd’hui, et je suis en couple avec ma femme depuis 10 ans ½. Nous sommes mariées depuis 2 ans ½. Dès le début de notre relation, nous savions que fonder une famille ferait partie de nos objectifs de vie. Cela ne s’improvise pas, alors nous avons attendu de finir nos études et d’être bien installées dans nos vies professionnelles pour nous lancer. Entre l’option de la Belgique et celle d’une insémination artisanale avec donneur, nous avons opté pour la 2ème, en pensant que ce serait plus simple au niveau de l’organisation. Nous avions convenu que ma femme porterait notre premier enfant. Après une fausse couche au 1er essai, le 7ème est finalement le bon, et 9 mois plus tard, nous voilà devenues les deux mamans comblées d’un merveilleux petit garçon (je passe outre les démarches que nous avons dû accomplir pour que je sois officiellement sa maman.)

Un peu inconscientes peut-être, nous décidons 2 mois plus tard de reprendre les essais avec le même donneur pour que je puisse porter notre 2ème enfant, nous rêvions d’enfants rapprochés, et nous avions l’occasion de le tenter. Les essais se multiplient, le scénario se rôde de mois en mois, mais excepté un début de grossesse chimique au 5ème essai, aucune 2ème barre n’apparaît jamais sur les tests de grossesse. Nous commençons à désespérer et nous tournons vers la Belgique. Cette fois, il faudra mettre la main au portefeuille. Nous commençons par les inséminations classiques. L’organisation est beaucoup plus complexe, surtout avec un enfant en bas âge. Il faut gérer les rdvs médicaux, les prises de sang, les aller-retours vers la Belgique lorsque le feu vert est donné par l’équipe médicale. Une, deux, trois inséminations, jusqu’à la 6ème autorisée, à raison de 700 euros par essai, mais toujours rien… Le temps passe, nous fêtons les 2 ans de notre petit garçon.

Début 2018, nous prenons la grande décision de tenter la FIV… 3500 euros… Ma ponction se déroule bien, et 10 petits embryons en résultent. Un embryon frais m’est transféré 3 jours après la ponction. Deux semaines plus tard, pour la première fois, une 2ème barre apparaît sur le test de grossesse, la prise de sang vient confirmer ce résultat, nous exultons, enfin !

Notre joie est malheureusement de courte durée, car 3 semaines plus tard, nous apprenons que cette grossesse sera classée sans suite… La retombée est encore plus douloureuse, la fausse-couche, provoquée, est atroce. Suite à cela, nous tentons 3 transferts d’embryons congelés, qui se soldent tous par des échecs.

Notre petit garçon aura 3 ans la semaine prochaine, et mon ventre reste désespérément vide… Nous en sommes à 12000 euros et 15000 kilomètres d’effectués dans ce parcours vers notre 2ème enfant. Je suis blessée à vif, je ne vis presque plus que pour cette grossesse, je suis fatiguée, sans doute un peu dépressive, à tel point que j’en oublie même de dire à ma femme à quel point elle est formidable et combien je l’aime.

Il est peut-être temps de penser à une pause, de changer nos plans, peut-être de renoncer à cette grossesse dont je rêve depuis si longtemps. Le parcours en PMA, les échecs à répétition abîment le couple. Quand ce parcours doit se faire à 500 kilomètres de chez soi et que vient s’ajouter le caractère financier et le stress que cela représente, ce parcours abîme encore plus. Il est plus que temps que les choses bougent en France… Vive la PMA pour toutes.

Témoignage de Chantal (17)

5 Oct

Chère association Les Enfants d’Arc en Ciel, voici ma lettre envoyée à la « manif pour tous »…

C’est avec indignation que j’écris à votre présidente mme de la rochère,

De quel droit vous permettez vous de m’adresser un courrier je ne vous connais pas ! et comment avez-vous obtenu mon adresse ?

Comment osez-vous aborder les gens tout azimut, car je suppose que vous avez acheté des listings pour inonder toute la france de votre courrier immonde.

et en plus vous osez réclamer de l’argent !!!! ……

Avez-vous entendu parler du respect d’autrui ? des idées différentes qui prône l’amour et la tolérance dans la différence ? non sans doute pas !

Surveillez vos paroles et vos écrits avant de les proférer par bétise, avec une mentalité arriérée et étriquée de bourgeoise, et faites attention à qui vous vous adressez !

Car je ne suis pas madame lambda moi !

Je suis une mamie heureuse de 7 petits enfants , dont un justement qui à le bonheur d’avoir deux mamans. Et oui ça existe madame que ça vous plaise ou non !

il faudrait un peu réviser votre culture et vous mettre à la page !

Moi qui suis la mamie dite « biologique » je pense tous les jours à l’autre mamie qui comme moi aime ce petit depuis sa naissance.

Elle et sa fille selon vous n’auraient aucun lien de parenté avec lui ? Et il ne faut surtout pas leur donner le droit de filiation ? (elles ont déjà choisi d’exercer le devoir)

Que faites vous du projet de vie de deux personnes qui s’aiment ?

Cet enfant a été désiré, fait à deux, espéré, attendu dans la joie par deux familles, aimé depuis par tous ses proches.

Allez lui expliquer au petit que l’autre maman et l’autre famille sont des étrangers !

Grace à votre manif, ses méfaits, et ses courants de haine divulgués partout, mon petit fils s’est pris la 1ère baffe de sa vie à la maternelle à 4 ans par un petit de son âge ;

un enfant qui a pour seul défaut des parents qui prônent vos idées malsaines ! La maitresse a du faire une intervention auprès des parents, vous trouvez ça normal ?

A aucun moment vous n’avez pensé à tous ses enfants et au mal que vous leur faites et, entre parenthèses aussi aux votres qui n’avaient rien à faire dans vos manifs !

La bêtise des adultes n’a pas à être donnée en exemple aux plus jeunes !

Vous feriez mieux de militer pour que chaque enfant ait dans sa vie deux tuteurs pour grandir, qu’ils soient homme ou femme, beau père ou belle mère, ça c’est un droit indispensable, le reste n’a pas d’importance.

Le fait de donner un statut à l’autre parent a le mérite de protéger l’enfant et ça n’enlève rien aux autres couples dits « normaux » que je sache !

C’est aussi simple que cela. Je ne vois pas en quoi ça met en danger « la famille ».

Aujourd’hui la famille elle est plurielle et vous n’y changerez rien ! Vous n’avez pas le monopole de sa définition !

Vivez avec votre époque et retirez vos oeillères !

Et comme vous avez beaucoup d’énergie, mettez votre indignation au service d’un thème qui en vaut la peine : les enfants malheureux ou maltraités par exemple !

En tout cas je vous demande instamment et immédiatement de retirer mon adresse de votre listing.

Je ne vous salue pas.

Témoignage de Christelle (n°16)

19 Août

Retour sur une procédure…

Aujourd’hui, nous vous faisons partager cette lettre datée du 8 mai 2014 car les adoptions ont enfin été prononcées et le Parquet n’a pas fait appel.

 

 

A Mme Taubira, Ministre de la justice, Garde des sceaux

 

 

Madame la Ministre,

 

Je ne sais par où commencer…un aveu déjà, jamais personne en politique jusqu’à ce jour ne m’avait autant fait vibrer Madame, oui vous m’avez fait vibrer, pleurer et rêver et pas en première instance en tant que lesbienne non en tout premier lieu en tant que femme et philosophe de formation.

Dans cette arène, face à tous ces lions haineux, je vous ai admirée et avec toutes ces envolées lyriques jusqu’au bout de la nuit de l’assemblée, ces citations en référence à Levinas, l’altérité, l’empathie, Nietzche ,Damas, les Lumières et j’en passe…je me suis revue étudiante : rebelle, femme et combattante vingt ans auparavant, j’ai vécu ce projet de loi jour et nuit, mon ipad à la main , vous déteniez la clef de ma cage et de ma prison et vous m’avez libérée chaque jour un peu davantage jusqu’au vote solennel !!! Ce jour là, j’ai vécue ma renaissance.

Ceci est mon ressenti personnel mais c’est aussi et surtout une histoire familiale. A 18 ans je suis tombée amoureuse d’une femme. Aujourd’hui 26 ans de couple, directrices d’écoles toutes les deux , deux enfants de 12 et 10 ans conçus par PMA en Belgique, enfants brillants , nous n’avons jamais connu de problème dans notre vie quotidienne, bien acceptées nous menions notre petit chemin, oui mais voilà, mère sociale tout au fond de moi j’avais appris depuis des années à me taire , à apprendre à n’être rien face à la loi, c’était une habitude, un destin malgré moi, j’avais déjà la chance d’avoir des sourires d’enfants le soir en rentrant chez moi , j’étais maman dans mon cœur et dans le cœur de mon fils et de ma fille…déjà énorme  malgré une douleur sourde acceptée envers et contre moi! Surtout nous protégions nos enfants et ne disions rien de cette précarité jusqu’à …..2012 et l’engagement 31 !!!

Oui, là nous y avons cru, là nous avons voulu expliquer aux enfants en âge de comprendre ce qu’il se passait, sûres de gagner, fières, nous avons évoqué ce que nous avions tu : la précarité, l’insécurité. Nos enfants, fièrement, ont défilé aux manifestations à Paris en comprenant complètement ce qu’ils étaient en train de faire, interviewés par RFI, Le Monde, ils n’ont pas hésité de leur propre chef à répondre, à évoquer leur bien être et fierté de leur famille.

Notre mariage a été fabuleux, trop de monde pour une salle des mariages. C’est en salle des fêtes avec micro devant 200 personnes qu’un clip sur vous et vos plus beaux discours a été projeté sur écran géant et que nous nous sommes dit oui au bout d’un quart de siècle sous les yeux de nos enfants.

Ces derniers, avec un formidable courage, nous ont fait la surprise de lire un discours bouleversant sur le mariage et sur l’adoption, sur l’amour qu’ils me portent !

Huit mois ont passé, l’horreur l’angoisse, un dossier archi complet déposé en novembre au TGI d’Auxerre , à vrai dire pour côtoyer beaucoup de familles comme les nôtres je n’en connais pas d’autres similaires, plus de vingt attestations d’amis de professionnels de l’éducation , de psychologues, de directeurs d’écoles et quand bien même notre couple serait plus jeune et nos enfants de même,  le résultat serait le même, avis du procureur : saisine pour avis de la Cour de cassation*, stupéfaction, frais d’avocat non négligeables en attente de l’avis du juge, les enfants n’y comprennent rien et franchement nous ne trouvons aucun argument tenable : victoire de la manif pour tous, recul du gouvernement….

C’est terrible mais en pleine entrée dans l’adolescence pour eux, cette loi, j’en arrive à la regretter, cassés en plein envol d’idéal, mes enfants s’étaient inventés une signature avec mon nom, ils l’écrivent sur chacune de leur copie à l’école chaque jour, me demande pourquoi nous sommes invités aux fêtes d’adoption de leurs copains et copines et pourquoi eux ne le sont encore pas….

L’enfer est pavé de bonnes intentions disions nous en philo mais c’est exactement ce que nous vivons.

Moi je voudrais si vraiment il n’y a rien à faire que vous me remettiez en cage Madame et si vous pouviez refermer la grille à double tour s’il vous plaît en jetant la clef, cela me consolerait peut être d’avoir exposé mes enfants et d’avoir pointé sur eux un statut dont ils n’avaient pas conscience jusqu’ici. Pour autant cela ne m’enlèverait pas ma culpabilité. Ils étaient heureux, ils sont devenus anxieux et ce n’est pas de notre faute ni de la vôtre, je connais et comprends les enjeux et consensus politiques, je sais ce que vous-même avez enduré, humainement un vrai scandale ; avec vous mes enfants auront combattu le racisme et toute forme de discrimination.

Bien sûr nous ne nous laisserons pas remettre en cage, affaiblis mais déterminés nous combattrons envers et contre tout, nous partirons s’il le faut même en Belgique mais avant mes enfants veulent essayer coûte que coûte d’être adoptés par moi même.

Sur le sol français leur pays, non! Ils ne sont pas des bâtards de la République !

Membre des enfants d’arc en ciel nous mènerons notre bataille avec toutes nos familles en France parce que l’Etat nous attaque ici dans ce que nous avons de plus chers, nos enfants. Et nos enfants sont notre valeur première, leur bonheur conditionne notre bonheur !

Nous ne laisserons aucun enfant fragilisé et dans l’insécurité !

Je sais ce que vous pensez Madame dans votre for intérieur, la France en est-elle réduite aujourd’hui à de telles situations, n’y a-t-il vraiment rien à faire au niveau du législateur. Par tradition, la gauche n’intervient pas au niveau des juridictions mais la tradition Madame ne devient elle pas enlisement lors qu’elle dessert la juste cause et l’intérêt de l’enfant ?

Merci au nom de ma famille et de toutes les autres dans la même situation de m’avoir lu Madame.

Pour m’avoir permis de dire oui à celle que j’aime depuis vingt cinq ans je sais qu’en tant que femme intellectuelle et politique vous ne pouvez en restez là.

Recevez madame la ministre la certitude de ma profonde considération.

 

Christelle, membre des Enfants d’Arc en Ciel-l’asso.

 

 

*Ce dispositif, qui permet aux juges du fond qu’une question de droit nouvelle fait hésiter de surseoir à statuer et de saisir la juridiction suprême de son ordre pour obtenir un éclaircissement, répond à un double objectif :

– permettre une unification plus rapide de l’interprétation de la règle de droit ou plutôt des règles de droit nouvelles ;

– assurer la prévention du contentieux, des voies de recours, parce que, tout de suite, la portée de la loi est dite par la juridiction qui a le dernier mot.

Pour en savoir plus, cliquez ici

 

 

 

Témoignage d’Aurélie (n°15)

18 Juin
Tout a commencé le 12 décembre (soit un mois environ après notre  mariage) lorsque nous avons envoyé notre requête au TGI de Niort.
Nous avons reçu une convocation pour une audience au TGI le 12 mai. Nous étions 3 couples à attendre dans le couloir.
Nous avons été auditionnées par une juge, une procureur, une greffière et une autre personne du ministère public. L’ambiance était bienveillante.
La juge a relu  la lettre que ma conjointe avait écrite pour accompagner sa requête. Nous y indiquions notre PACS , notre demande de rattachement de notre fille sur sa carte vitale à la CPAM ( qui n’avait pas abouti ), son attachement très fort envers notre fille.
La procureur nous a dit qu’elle émettait un avis favorable à notre demande d’adoption plénière de notre fille par ma femme, car notre fille n’avait de filiation légalement établie qu’à mon égard. Elle nous a précisé que nous pouvions appeler dès le 16 juin et c’est ce que nous avons fait dès le matin-même mais pas de réponse par téléphone car grèves au TGI alors dès la débauche, visite au TGi et là:  excellente nouvelle : adoption plénière accordée ! (d’ailleurs la greffière m’a dit qu’il en était de même pour les 2 autres couples) .
Nous n’avons plus qu’à aller faire compléter notre livret de famille 🙂
Aurélie.

Témoignage d’Annelore (n°5)

14 Mai

Témoignage sur la situation belge antérieure à la loi du 3 avril 2014.

Je suis Annelore, épouse de Sophie et maman d’Emma (3 ans). J’ai déjà écrit un témoignage pour les Enfants d’Arc-en-Ciel lors des débats en France sur le mariage et l’adoption pour tous. Je voulais montrer que lorsqu’il s’agissait de fonder un foyer, en Belgique, tout était plus simple pour les couples de femmes.

Aujourd’hui, avec la nouvelle loi française et les combats encore à gagner en Belgique, nous pouvions penser que les familles homoparentales seraient logées à la même enseigne dans nos deux pays. Mais ce n’est pas encore le cas puisque la PMA reste interdite en France pour les couples homosexuels alors qu’elle est ouverte à toutes les femmes en Belgique. Les centres de fertilité de mon pays continuent donc d’accueillir de nombreuses futures mamans françaises dont le parcours médical est encore rendu plus difficile par ces voyages forcés de l’autre côté de la frontière.

En matière d’établissement de la filiation, les démarches restent discriminantes en Belgique pour les familles homoparentales par rapport aux familles hétéroparentales. Cependant, à lire les récits de nombreuses familles françaises, j’ai quand même le sentiment que les choses restent plus simples chez nous. Difficile d’établir avec certitude si la procédure est en elle-même moins complexe ou si l’on doit évoquer des différences de mentalité entre nos deux pays ou si c’est la nouveauté de la loi qui engendre tous les problèmes et les incertitudes dont témoignent ces familles françaises.

Voici comment cela se passe chez nous :

D’abord, pour que la mère qui n’a pas porté l’enfant puisse être désignée comme parent légal de celui-ci, il faut attendre la naissance du bébé. Ça peut paraître logique de prime abord mais ça ne l’est pas totalement puisque des parents qui souhaitent adopter entament en général les formations à l’adoption avant de savoir si l’enfant qu’ils adopteront peut-être un jour est déjà né quelque part sur la planète. Vous me suivez ?

La première étape de la procédure d’adoption de son propre enfant est une « formation » (en fait, plutôt une séance d’information) donnée par l’autorité compétente en matière d’adoption (en Belgique francophone, la Communauté Wallonie-Bruxelles). Donc, pendant ma grossesse, mon épouse n’avait pas le droit de s’inscrire à cette matinée pour prendre un peu d’avance et réduire le délai d’attente (et donc les risques liés à cette absence de liens officiels avec sa fille). Par contre, un couple gays de mes amis, qui avait suivi toute la procédure et obtenu l’agrément en vue d’adopter à l’étranger, a pu faire valoir sa participation à cette formation quand il s’est agit pour l’un des deux d’adopter le fils biologique de son conjoint finalement conçu par GPA. Donc voilà, un coup, « ça compte », un coup, on peut pas… Bref.

L’idée est donc de suivre une procédure d’adoption « intrafamiliale ». Je mets des guillemets parce que contrairement à la France, la Belgique ne réclame pas forcément l’existence préalable de liens familiaux officiels entre l’adopté et l’adoptant et, donc, n’impose pas aux parents d’être mariés pour pouvoir adopter son enfant. Dans notre cas, nous étions de toute façon mariées depuis des années donc pas de question de ce côté-là.

Les délais d’inscription à la formation sont variables. Des séances sont régulièrement organisées dans différentes villes de Wallonie et il faut attendre que l’une d’elles se tiennent près de chez soi. Pour nous, ça a été relativement vite car Emma n’avait pas encore un mois quand Sophie s’y est rendue. La présence du parent biologique n’est pas requise (heureusement car moi, je vivais avec un nourrisson scotché à mon sein à cette époque).

Ensuite, avec toutes les infos récoltées lors de la matinée, il faut commencer à réunir les pièces du dossier et choisir un organisme d’adoption (public ou associatif) qui va réaliser les entretiens d’évaluation relatifs à votre projet d’adoption. Et là, on sent qu’on joue une pièce qui n’est pas écrite pour nous, c’est-à-dire qu’on essaye de faire rentrer dans les cases de l’adoption intrafamiliale notre famille qui n’a pas grand chose à voir avec cette démarche.

Le plus drôle, c’est que tout le monde en est parfaitement conscient : l’assistante sociale et la psy de l’organisme qu’on avait choisi en tête. Ces entretiens sont conçus pour des personnes qui souhaitent adopter un enfant qui leur est plus ou moins étranger (soit complètement, soit c’est un membre de leur famille qui va « devenir » leur enfant). Alors que nous, nous nous rendons aux entretiens AVEC notre fille endormie dans l’écharpe de portage. Nous sommes des jeunes mamans qui manquent un peu de sommeil, qui gèrent des problèmes d’allaitement, qui racontent leur accouchement et pour qui la filiation ne fait aucun doute. C’est ridicule, les professionnels en conviennent mais on doit quand même débaler notre vie, expliquer pourquoi on a voulu un enfant, comment nos familles ont réagi, etc etc. Et on doit aussi règler la modique somme de 250 euros pour deux fois une heure de blabla.

Une fois, les deux rencontres passées, on reçoit une attestation qu’on joint au dossier avec le consentement de la mère biologique à l’adoption et la requête de mon épouse pour adopter Emma. Tout cela est déposé au tribunal de la Jeunesse en juillet 2011. Emma a alors 3 mois. Ça a roulé, on a plus qu’à attendre d’être convoquées au tribunal.

Sur l’ordre du juge, quelques semaines après, Sophie est convoquée au commissariat pour une « enquête sociale » (ou un terme approchant). Là encore, il s’agit d’un acte purement formel : la logique voudrait que cela vise à s’assurer que nous vivons bien ensemble, qu’il existe bien un lien permanent entre l’adoptant et l’adopté, etc mais en fait, le flic établit simplement un procès verbal d’audition de Sophie qui affirme qu’elle veut adopter Emma. Puis, comme le policier ne demande plus rien et qu’elle est là dans un bureau sans savoir trop quoi dire, elle explique qu’Emma est « la fille biologique de son épouse, Annelore, et qu’elle a été conçue par FIV ». Le flic lui résume sa déclaration qu’elle signe puis une fois dans la rue, en relisant le p.v., elle se rend compte que le gars a écrit « Annelore a été conçue par opération invitro » !!!! Gros fou rire. La confusion des prénoms mèlée au jargon de flic, c’est quand même délicieux !

Bref, rectification, nouveau PV, retour aux greffes du tribunal de la jeunesse et on attend à nouveau des nouvelles. En décembre, ne voyant rien venir, je téléphone au tribunal qui m’explique que « si, si, ça avance, on attend l’audition de vos parents » ! Là, je suis scandalisée. Sophie reçoit cette nouvelle comme une humiliation. Jusque là, on trouvait tout ça ridicule, parfois rigolo mais là, c’est consternant. J’apprends de la juge en personne que nous pouvions nous opposer à ce que les ascendants soient entendus mais que c’est la police qui devait nous informer de cette possibilité, chose que l’inspecteur Labavure a évidemment oublié de nous préciser !

Nous nous entendons à merveille avec mes parents et jamais ils ne se seraient opposés à cette filiation qu’ils trouvent bien entendu naturelle. C’est le principe de demander l’avis des ascendants que nous trouvons insupportable même si cet avis n’est pas forcément pris en compte (d’après la juge). Humiliant et inutile, à l’image de toute cette procédure.

C’est finalement au printemps que nous sommes enfin convoquées au tribunal de la jeunesse. Emma a 11 mois. Nous rencontrons enfin « en vrai » la juge en charge de notre dossier. Elle est très sympa, le procureur aussi. L’audience est une formalité. Emma gazouille et plait beaucoup aux magistrats. Comme tout au long de la procédure, les professionnels rencontrés n’ont aucune hostilité à l’égard de notre famille, ils nous comprennent et sont désolés de devoir nous infliger des démarches aussi longues et pénibles mais « c’est ainsi ».

A ce moment, nous pensons en avoir fini avec la justice mais nous devrons malheureusement revenir au tribunal une seconde fois car nous avions demandé à ce que notre fille porte nos deux noms accolés, ce que la juge nous a accordé avant de se rendre compte quelques jours plus tard que cette possibilité était interdite en cas d’adoption plénière. Lors de la seconde audience, nous demandons donc à ce que soit noté dans le procès verbal que nous regrettons d’avoir à choisir un seul de nos deux noms (le mien, nom de naissance d’Emma). La loi sur le nom de famille est sur le point de changer en Belgique; deux ans après cette adoption, nous espérons donc qu’elle aura un effet rétroactif et que nous pourrons enfin donner à Emma nos deux patronymes.

Il aura fallut 13 mois en tout pour que la filiation entre Emma et sa maman soit enfin reconnue. Quelques semaines plus tard, nous figurions toutes les deux comme parents sur sa toute nouvelle carte d’identité et elle était enfin inscrite dans notre carnet de mariage (chose qui nous avait été refusée lors de son inscription dans les registres de la population à sa naissance).

En matière de filiation, la Belgique est donc loin d’être un paradis. Cependant, jamais nous n’avons du « faire la preuve » de cette filiation, des liens affectifs entre Emma et Sophie. Tout est basé sur la déclaration et le consentement, ce qui est à mon sens une bonne chose. A aucun moment, nous n’avons ressenti des obstacles au niveau des mentalités : chacun a joué son rôle à un niveau administratif ou légal mais sans jamais remettre en question la légitimité de notre famille. Je pense que cela prouve, s’il le fallait encore, l’absurdité de la situation et l’urgence à modifier la loi pour que la filiation s’établisse de la même façon que pour les couples hétéros.

En France comme en Belgique, il faut que les choses bougent. Nos enfants et nos familles sont encore trop longtemps légalement fragilisés par ces procédures longues et humiliantes.

 

Annelore

 

Témoignage de Carmin (n°10)

23 Fév

Avez-vous vu « Les 12 travaux d’Astérix » ? Vous rappelez-vous du 8ème ? Celui où nos héros doivent obtenir le laissez-passer A-38, mais pour lequel ils doivent d’abord obtenir le formulaire A-39 selon la circulaire B-65 dans une administration (française sûrement, quoique). Ca y est vous vous souvenez ? Alors bienvenue dans mon monde !

Nous voilà donc, quelques années en arrières toutes les 2 (je ne dirais pas qui fait Obélix ou Astérix, hein) au pied d’un bâtiment immense et une petite voix pour nous donner le top départ « Voici votre épreuve : construisez une famille ! Prêtes ? Feux, partez ! ».

Oui parce que tu crois quoi ? Que le plus dur c’était de prendre conscience de ton homosexualité, de l’accepter, de faire ton coming out (au pluriel ce serait plus judicieux) et de changer de vie pour suivre ton nouvel amour ??? Ben non en fait ! Mais heureusement ça se joue à 2 et avec beaucoup d’Amour, la meilleure des potions bien sur.

Alors c’est parti, on entre dans ce bâtiment, y a tellement de monde mais si peu qui nous regarde ou nous écoute que nous ne savons par où commencer. On n’a peu d’armes, peu de moyens, on tente le Pacs … bien mais pas top, toujours pas une « vraie » famille. On continue. Ah, on a trouvé un stand avec une asso « Les Enfants d’Arc-en-ciel », super ! Des réponses, des idées, du soutien, on se lance ! Et on en fait des allers, des retours chez le doc, au labo, en Belgique. On y perd des plumes, mais on ne se décourage pas et on a raison : juin 2012 notre bébé vient au monde.

Puis faut s’armer pour la bataille du mariage, idem, des marches, des manifs, des jets d’insultes, des élections, des suspens mais toujours pas de passoire sur la tête, on avance, on s’épuise mais on avance. Aout 2013, on se dit « oui » ! On y est presque …

On parvient donc à d’autres bureaux, d’autres questions, d’autres formulaires. D’abord le notaire pour le consentement d’adoption. 2 mois et 250 euro plus tard place à l’avocate (non obligatoire, c’est un choix) qui pourra déposer notre dossier au tribunal. Mais il faut le construire ce dossier. Là j’avoue que la passoire n’est pas loin. Des tonnes de documents officiels, bon là il suffit de patience. Par contre ce qu’on ne savait pas c’est combien ça nous couterait en perte d’intimité et en « ravale ta fierté » quand il nous faut demander aux gens d’écrire noir sur blanc qu’ils ont été témoins que nous étions bien une vraie famille, que ma femme aimait et s’occupait de notre fils comme une mère, comme elle s’occupait de ses 2 premiers enfants …

Et puis c’est arrivé. La passoire est venue s’assoir sur ma tête à la seconde où j’ai compris qu’en plus de tout cela je devrais demander l’avis mais surtout l’avis favorable de l’ex de ma femme, le père de ses ainés, le représentant du plus petit, trop jeune selon la loi pour donner son avis. Et puis heureusement on se reprend, on est 2, on s’aime encore, toujours, alors une fois la colère criée, on reprend ses esprits. Puisqu’il le faut, faisons-le ! (avons-nous le choix ?) On n’est plus à ça près. Alors on court dans tous les sens pour réunir toutes les pièces de notre dossier, les photos de nous, de notre intimité, les témoignages, les preuves, pour qu’ils puissent être déposés au tribunal, au juge, un inconnu, l’ultime boss du jeu.

Voilà, c’est là où nous en sommes aujourd’hui en février 2014. On s’apprête à affronter sa décision, va-t-il demander une enquête sociale ? Verrons-nous la gendarmerie débarquer chez nous pour savoir si notre fils a un lit et du lait ? Ou le dossier lui suffira-t-il pour juger que oui  nous sommes déjà une famille ? Comme c’est dur de se suspendre à cette décision, comme c’est injuste, comme ça me met en colère. La dernière ligne droite, allons-nous remporter cette épreuve ? à suivre, très vite je l’espère. Pourvu que tout se termine bien avec de la bonne musique sans barde et un bon banquet convivial !

Carmin

 

Témoignage de Clothilde (n°7)

28 Jan

Les difficultés ont commencé lorsque nous avons évoqué notre désir d’avoir un enfant.

Nos familles étaient déjà réticentes à cette idée, tout comme elles l’étaient sur notre homosexualité. Nous avons dû d’abord, nous battre contre leurs préjugés et leurs craintes, avant de se lancer concrètement dans notre projet d’avoir un enfant.

Nous avons alors cherché des études, des livres sur l’homoparentalité qui prouveraient le « bien fondé » de notre désir d’enfant à notre entourage. Un enfant élevé par 2 femmes n’évolue ni mieux ni pire que n’importe quel autre enfant. Notre enfant est désiré, attendu et aimé avant même d’être dans nos bras. Il a été longuement réfléchi. Il n’est pas le fruit d’un accident. Combien de couples se posent autant de questions avant de faire un enfant?

Mes parents ont toujours refusé ce projet d’enfant. Ils sont pourtant aujourd’hui 2 grands-parents aimants et attentionnés pour mon fils, que ma compagne a porté. 4 ans de débats, pour mûrir notre projet avant de se lancer réellement. Comme quoi tout peut évoluer.

Puis concrètement, nous avons ensuite demandé à notre gynécologue habituelle, qui nous a conseillé un hôpital Edith Cavell à Bruxelles en Belgique. Car lorsqu’un couple de femmes françaises qui s’aiment et désirent avoir un enfant, et qu’il leur manque la gamète mâle, le spermatozoïde sain, elles ne peuvent demander l’aide de leur propre pays pour recevoir l’aide médicale d’un centre de Procréation Médicalement Assisté (PMA). Elles doivent se tourner vers une autre nation où cela est légalement autorisé et encadré: la Belgique, l’Espagne, l’Angleterre, les Pays-Bas, le Danemark, le Canada…

Nous avons pris RDV par téléphone avec la Belgique avec un délai d’attente d’1 mois. Puis les dépenses ont commencé. Mais pas que. Nous avons dû poser des jours de congés pour ce RDV, prendre des billets de train Thalys, une nuit d’hôtel à Bruxelles. Nous sommes ensuite retournées voir notre gynécologue habituelle en France pour qu’elle nous délivre une ordonnance de suivi médical, comme ferait n’importe quelle femme qui voudrait avoir un enfant et vérifier qu’elle est fertile. Nous avons ensuite communiqué les résultats de ces examens à Edith Cavell, qui nous a donné finalement son accord pour obtenir leur aide (6 mois d’attente pour passer en commission chez eux). Je précise que cela fut possible, car nous étions un couple reconnu par un PACS. Puis Edith Cavell a prescrit un traitement hormonal qui n’est pas anodin à ma compagne, qui porterait l’enfant. Ce traitement est contraignant en temps, en argent et pour sa santé. Comme convenu, nous avons demandé son avis avec notre gynécologue habituelle et lui avons envoyé nos ordonnances belges à retranscrire en ordonnances françaises. Elle ne nous a jamais recontacté malgré nos relances.

Nous avons recherché en catastrophe un second gynécologue, qui nous suivrait tout au long de notre parcours, jusqu’à l’accouchement. Ma compagne a fait joué ses relations de travail, ce qui l’a obligé à faire son coming-out professionnellement, sans savoir comment tout le monde allait réagir. Ce gynécologue a été notre sauveur.

Prise de sang et échographie des ovaires tous les 2 jours pendant 10 jours à jeun le matin, avant d’aller au travail, demander à recevoir les résultats avant midi, pour les communiquer à Edith Cavell, qui nous donne alors 36h pour venir les voir et pratiquer l’insémination (acte médical pratiqué par un gynécologue: dépôt de sperm d’un donneur anonyme dans le vagin à l’aide d’une pipette spéciale, c’est ça une IAD). Autant vous dire que les heures sont comptées à ce moment là. Prévenir nos employeurs que nous ne serons pas là le lendemain, et du jour au lendemain c’est un risque à prendre pour ma carrière professionnelle, tout comme ça l’a été pour ma compagne d’être régulièrement en retard à cause des examens médicaux matinaux. Alors qu’il aurait été tellement plus simple, si nous avions pu être suivies dans l’hôpital à côté de notre domicile. Trouver des billets de train au dernier moment au tarif maximum, youpi. Rentrer en France et espérer en attendant 14 jours, avant de faire une prise de sang pour savoir si on est enceinte ou pas. Et recommencer jusqu’à tomber enceinte enfin.

Après le suivi de grossesse se fait avec notre gynécologue habituel, comme toute femme enceinte. Bref ça a certes un certain coût financier: examens médicaux, déplacements, hôtellerie, jours de congés, frais médicaux d’insémination… mais pas que. Nous avons du débourser en 2 ans de quoi s’acheter une voiture. Oui une belle voiture neuve! Ces démarches nous auraient peut-être coutée qu’un plein d’essence, si ce parcours de PMA avait été autorisé et pratiqué en France à côté de chez nous. Mais pas que. C’est un sacrifice conséquent sur nos revenus, aucunes vacances, aucuns vêtements neufs, aucun achat superflu, rien que du nécessaire absolument nécessaire. Mais pas que. C’est aussi se sentir rejeter de notre pays, notre pays qui nous a vu naître, nous a élevé, que nous soutenons aux JO et lors des grandes rencontres sportives internationales avec notre cœur.

Depuis le moment, où ma compagne est tombée enceinte, nous n’avons plus rencontré de difficultés insurmontables. Nous les pulvérisions sur place. Les préjugés des gens ne nous gênaient plus. Nous prenons depuis le temps de nous montrer telles que nous sommes, nous sommes comme tout le monde: nous respirons, nous avons du sang dans nos veines et nous aimons, voilà tout. Nous avons essuyé quelques dégâts sur mon véhicule (pneus crevés, rétroviseur cassé, essuie glace arraché, plaque d’immatriculation arrachée et cassée), notre voisin était ouvertement homophobe et nous pourrissait la vie dès qu’il le pouvait dans le quartier et auprès de notre bailleur. Des voisines amicales nous signalaient être témoins de ses dégâts. Bref nous avons depuis déménagé et ne subissons plus ce personnage.

Lorsque notre garçon est né, nous avons eu par chance une place en crèche pour lui. La directrice ne voulait pas me parler n’étant pas  » la vrai mère de l’enfant ». Au bout de quelques semaines et à force de politesse et d’échanges, elle a évolué et a fini par me parler et m’offrir même des cafés, comme tout parent de la crèche.

Ma compagne étant la seule parent reconnue légalement, je n’avais pas le droit légalement d’emmener notre fils chez le médecin, même en cas d’urgences je n’étais qu’un tiers, personne aux yeux de la loi, impossible de prendre une décision médicale, pourtant il a bien fallu aller le faire recoudre lors d’une chute à la crèche. J’étais la plus proche à pouvoir intervenir, j’ai pu déposer mon fils aux urgences, mais attendre ma compagne, la seule mère reconnue car mère biologique, pour l’en faire sortir. Plein de situations deviennent absurdes rapidement.

Nous avons alors entamé avec une avocate une procédure de demande de délégation d’autorité parentale DAP, 1 an de procédure au TGI (Tribunal de Grande Instance) de Paris et 3600 euros plus tard, le juge aux affaires familiales nous l’a accordé heureusement. Ça fait cher payé pour avoir le droit de sortir son enfant de l’hôpital, de l’emmener chez le médecin. Dans le même Tribunal de Grande Instance, un couple d’amies dans la même situation se l’est vu refuser sans motif réel. Un sentiment de justice à la « loterie ».

Depuis nous avons milité pour obtenir la possibilité de nous marier: l’appel de Montpellier en 2009. C’est une bataille au quotidien,  pour dire à tout le monde que nous sommes comme tout le monde, et que nous méritons les mêmes droits et les mêmes devoirs.

Nous nous sommes mariées en décembre 2013, dans une petite commune de Loire Atlantique, le maire a dû prévenir et demander les services de la gendarmerie car Mr le maire avait reçu des menaces « d’abrutis armés » comme il disait. Nous avons demandé au procureur de la République l’autorisation de ne pas publier sur les bans de notre mariage notre adresse de domicile, pour ne pas donner l’adresse de notre domicile aux « abrutis armés ». Nous sommes mariées sous protection de la gendarmerie, tout s’est bien déroulé finalement.

Nous souhaitions ensuite entamer la procédure d’adoption. Nous nous sommes d’abord renseignées auprès de l’association les enfants-d’arc-en-ciel- l’asso! et de son forum. Puis nous avons été au TGI de Nantes, pour se renseigner sur place. Chaque TGI a sa propre procédure. La personne du service civil et adoptions nous a annoncé que ma compagne (mère biologique) perdrait ses droits, si je demandais l’adoption de mon fils, et que je ne pourrais adopter qu’en adoption simple et non en forme plénière. Totalement faux! Nous avons du lui expliquer qu’elle devait être mal renseignée, qu’elle devrait demander l’avis du greffier en chef. Un comble! Former, celle qui doit nous informer de nos droits!! Le greffier en chef lui a confirmé par téléphone que nous avions raison et indiqué les documents pré-imprimés à remplir. Nous avons ensuite contacté notre notaire de famille, qui nous a reçu 2 jours après notre mariage: « parce que vous avez déjà trop attendu pour ça ». Nous avons signé un acte notarié de consentement à l’adoption plénière, nous attendrons les 2 mois, délai de rétractation légal. Puis notre notaire pourra attester de notre non-rétractation à ce consentement. Avec tous ces documents et quelques autres (actes de naissance, certificat de mariage, livret de famille…) nous allons déposer notre demande d’adoption plénière de l’enfant de mon épouse, celui que j’élève depuis sa naissance et désire depuis plus longtemps, par une requête auprès du service adoptions du parquet du TGI de Nantes. La greffière nous a indiqué un délai de 6 à 8 mois de procédure. Que faire pendant encore ces 8 mois s’il arrivait malheur à mon épouse? Elle n’a su quoi me répondre.

Nous avons donc commencé la procédure en justice pour demander l’adoption plénière de l’enfant du conjoint en espérant obtenir victoire. Mon fils de 4ans 1/2 deviendrait bientôt mon fils légalement dans 6 à 8 mois. Il aura alors plus de 5 ans. Enfin, si le juge m’autorise à devenir son parent. Et pour le second enfant? Tout recommence…

Clothilde

 

Témoignage d’Anne (n°6)

26 Jan

Publié le 26 janvier 2014:

Je m’appelle Anne. Je suis mariée à Marie depuis le 9 novembre 2013. Bien sûr nous nous sommes mariées par amour, mais surtout, nous nous sommes mariées pour que je puisse adopter Théophile, 3 ans, issu de mes gènes et porté par ma compagne. Pour nous, le mariage était le premier acte de cette adoption, de ce nouveau parcours du combattant. C’était une fête très réussie, remplie d’amour, de bonne humeur et surtout d’espoir…

En 2012, nous avions tenté de demander une DAP (délégation d’autorité parentale) à la justice. Elle ne nous avait pas été accordée par le TGI de Versailles dont nous dépendons. Je m’étais entendue dire que j’avais le même rôle qu’une nounou, à qui personne n’accorde d’autorité parentale, et qui assure pourtant les mêmes actes que moi auprès des enfants. En tant que maman, cette phrase restera gravée en moi pour le restant de mes jours.

Cet enfant, nous l’avons voulu, nous l’avons attendu pendant 4 ans. Quatre années durant lesquelles nous avons vécu au rythme des prises de sang à 7h du matin, l’angoisse d’arriver en retard au travail, l’angoisse aussi de demander des jours de congés au dernier moment pour nous rendre en Belgique, la crainte d’être « découvertes » par la sécurité sociale, la crainte que notre gynéco soit ennuyé et ne veuille plus nous suivre, la crainte à chaque instant clandestin… Et la douleur… La douleur à chaque insémination, la douleur liée aux fécondations in vitro, la douleur de chaque échec… Et l’espoir… L’espoir de fonder une famille avec celle que j’aimais, l’espoir quand je lui ai dit d’essayer de porter mes embryons puisqu’en moi ils ne voulaient pas se développer… Ce bonheur quand le test de grossesse a affiché positif et que c’est moi qui l’ai vu en premier… Ces larmes lors de la première échographie, lorsque ce petit haricot s’est mis à avoir un cœur qui battait tellement plus vite encore que le nôtre… J’ai été là tout le temps. J’ai repeint la chambre de notre enfant, je lui ai acheté ses habits premiers âge, j’ai porté les sacs de courses pour que ma compagne ne se fatigue pas trop, j’ai compté les jours, les semaines de grossesse, je les ai cochées sur mon calendrier, j’ai écrit au jour le jour pour me souvenir de tout…

Théophile est né par césarienne en urgence, j’étais là lors des premiers soins, je l’ai apaisé au son de ma voix, j’ai donné le premier biberon, j’ai été là toute la semaine à la maternité, tous les jours, et la nuit je rentrais pour faire des lessives et rapporter du linge propre le lendemain matin à la première heure… C’est moi qui ai prévenu la famille, les amis, de la naissance, c’est moi qui ai envoyé les premières photos, c’est moi qui suis allée le déclarer à la Mairie, accompagnée de ma petite soeur… Un bonheur si intense que personne ne pourrait le décrire.

L’enfant a grandi, il s’est mis à marcher, à parler, il m’appelle Maman Nanoue, il appelle ma compagne Maman Mayé… Je le console quand il se fait mal, je lui prépare de bons petits plats, je l’emmène chez le pédiatre quand il est malade, je vais le chercher à la crèche le soir, je lui donne son bain, je perds un temps fou à la pharmacie pour trouver pour lui une bouteille de bain moussant qui convienne à sa peau fragile, il appelle mes parents Papy et Mamie, mes sœurs Tata, c’est mon fils.

Trois ans plus tard, j’en suis là. Je dois adopter mon propre fils.

Nous avons tellement l’habitude de devoir galérer que cela ne me semble qu’une étape de plus dans notre parcours. Presque comme si c’était normal de devoir subir cela. Nous nous renseignons donc avec pragmatisme sur la procédure. Comment devenir légalement la maman de mon enfant ? Comment faire pour que je ne sois plus un « tiers » pour lui aux yeux de la loi ? Pour que plus personne, jamais, ne puisse me séparer de lui, ne puisse le séparer de moi ? Pour qu’il puisse, aussi, hériter de moi, de mes parents, tout comme les enfants que mes sœurs auront ? Comment faire pour officialiser mes devoirs envers lui, pour que ma compagne ne puisse jamais se retrouver seule à élever cet enfant que nous avons tellement voulu à deux si jamais la vie nous séparait ? C’est bizarre de penser à ces éventualités alors qu’on parle de se marier, mais les circonstances font que nous sommes obligées de les évoquer…

Après le mariage, nous avons donc pris rendez-vous avec un notaire pour constituer la première pièce du dossier (le consentement de ma compagne à l’adoption de son enfant par son conjoint), qui nous avait été conseillé par une amie.

Le premier rendez-vous eu lieu le 18 décembre 2013. Nous avons fait garder Théophile par une amie et nous sommes rendues toutes les deux en plein Paris pour un rendez-vous d’environ ¾ d’heure. Ce notaire paraissait bien informé de la procédure, et nous a expliqué que l’adoption plénière était irrévocable, et qu’il était de son devoir de nous en informer, de nous dire qu’il fallait bien y réfléchir, car si demain nous devions nous séparer, après l’adoption nous serions à égalité devant la loi. Cela tombe bien, c’est exactement ce que nous souhaitons !

Le notaire nous a alors proposé de rédiger ce consentement à l’adoption, puis de nous donner un nouveau rendez-vous pour le signer, le 30 décembre. Lorsque nous lui avons dit que nous dépendions du TGI de Versailles, il a eu un air dépité, et nous a dit alors : « Oh là là, Versailles, ils sont réputés très conservateurs, j’espère que vous l’obtiendrez quand même… Et puis vous ne pouvez pas vous faire domicilier ailleurs, ce serait une faute… » Ce genre de remarque, on ne peut pas dire que cela donne du baume au cœur… Nous craignons en effet beaucoup ce TGI, parce que nous y avons déjà subi une défaite, et nous avions déjà compris à ce moment-là que l’égalité de traitement n’existait pas d’un TGI à l’autre. Nous avons donc la malchance de déposer notre requête au mauvais endroit, sans possibilité d’en changer…

Le 30 décembre, nous sommes retournées chez le notaire, avons signé le consentement à l’adoption (et nous sommes délestées de 250 euros au passage…), et avons également remis au notaire une « tutelle testamentaire », expliquant qu’en cas de décès de ma compagne, sa volonté est que Théophile puisse rester avec moi. Ubuesque… Mon fils pourrait en effet m’être enlevé, parce que je ne suis pas sa mère. Pour le moment. Jusqu’à quand ?

Le sort de notre fils, de notre famille, dépend donc d’un procureur, d’un juge, du bon vouloir de l’administration… Cà et là, nous lisons des témoignages réconfortants. Certaines familles ont déjà obtenu l’adoption plénière, et leurs enfants ont donc deux parents, deux mamans, aux yeux de la loi. Leurs enfants sont protégés. Cela nous donne de l’espoir. Mais et nous ? Est-ce que nous aussi nous y aurons droit ? Est-ce qu’on me dira bientôt que je suis légalement la maman de mon fils, comme je le suis aux yeux de mes amis, ma famille, mes collègues, de ma compagne, à ses yeux à lui surtout ? Est-ce qu’on pourra bientôt souffler ?

Du haut de ses trois ans, Théophile pose des questions… C’est quoi un notaire ? Pourquoi on va le voir ? Pourquoi je dois lui dire : « Bonjour Maître ? » Nous lui expliquons qu’après le mariage, il faut faire une adoption. Il comprend, un peu, pas tout. Je lui dis que je veux être sa maman légalement, et que pour cela nous devons faire des papiers. Je lui dis que de toute façon quoi qu’il arrive, je suis sa maman. Que je le serai toujours. Qu’il est mon fils. Que bientôt, on les aura, ces papiers. Je le rassure.

Mais qui me rassure, moi ?

Anne

Publié le 3 janvier 2016

Il y a quelques mois, je publiais ici mon début de parcours pour adopter mon fils (témoignage numéro 6). Je vous ai laissés au moment où mon épouse signait le consentement à l’adoption de son fils par sa compagne (donc moi !) devant un notaire, fin décembre 2013.

Nous avons décidé de prendre une avocate, pour nous aider à constituer notre dossier. Afin de prouver aux magistrats que oui, je m’occupais bien de mon enfant. Que oui, j’étais bien sa maman aux yeux de tous, sauf aux yeux de la loi.

Nous avions une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes depuis la naissance de Théophile : que se passerait-il si ma chérie venait à disparaître ? Mon fils et moi pourrions être séparés ! Et s’il y avait une urgence médicale ? Je ne pourrais pas rester au chevet de mon enfant, ni même aller le chercher à l’hôpital sans l’accord de ma compagne ! Plus concrètement, je n’ai pas pu être « déléguée de parents d’élèves » à l’école, parce qu’il fallait avoir l’autorité parentale… celle que le TGI de Versailles m’avait refusée en 2012 ! J’étais sa maman, et pourtant, à chaque fois que je disais « mon fils », j’avais l’impression d’être une usurpatrice… Moi qui l’avais tant voulu, tant désiré, moi qui l’aimais de toutes mes forces…
Après notre échec devant le tribunal de grande instance (TGI) de Versailles en 2012, nous avons lâchement décidé de ne pas être les premières à déposer un dossier dans ce tribunal.

D’autres l’ont donc fait avant nous (bravo les filles, vraiment !). Malheureusement, nous avons appris fin avril 2014 que leur demande d’adoption avait été rejetée par le juge. Il a en effet argué que le recours à la procréation médicalement assistée, illégal en France pour les couples homosexuels, rendait l’adoption de l’enfant impossible. Les mamans auraient été coupables de « fraude à la loi ».

Devant cet échec, nous nous sommes senties assommées. Alors que dans d’autres juridictions, ces adoptions ne posaient pas de problème, chez nous, elles devenaient impossibles ! Nous avons même pensé à déménager, à louer un appartement ailleurs. Je me suis renseignée partout pour savoir si c’était envisageable, mais il a rapidement fallu se rendre à l’évidence : nous devions rester dans notre juridiction, sinon nous aurions commis une faute et l’adoption aurait été également compromise…

Un jour, pendant la sieste de Théophile, j’ai appelé une avocate. Mon fils s’est réveillé juste après que j’aie raccroché. Je précise qu’il dormait à l’étage supérieur et que j’avais téléphoné dans la pièce la plus éloignée de sa chambre, porte fermée…

Au réveil, il était en sueur, à tel point que j’ai dû le changer ! On est descendu et on a commencé à lire des livres. Je lui ai donné à boire, et tout à coup il s’est mis à pleurer, hurler, sans pouvoir s’arrêter. Il est « coutumier » de ces crises, et je sais qu’il y a toujours quelque chose derrière. Mais là, je ne voyais pas quoi… J’ai essayé de le réconforter. Il pleurait et hurlait : « Je n’arrive pas à être bien ! » et « J’ai mal ! ». Je lui demandais où il avait mal, je lui nommais même des parties du corps (la gorge, la tête, le ventre, le dos ?). Il disait qu’il ne savait pas, qu’il n’était pas bien et qu’il ne pouvait pas s’arrêter. Il gesticulait des bras et jambes en s’accrochant à moi et en pleurant.

J’ai tenté la musique, le sirop pour la toux, l’eau, la fenêtre ouverte pour avoir de l’air frais, les massages… Il pleurait, pleurait, pleurait, et disait qu’il ne pouvait pas se calmer. Je l’ai assis sur moi et j’ai dit : « C’est l’adoption ? » Il a respiré profondément et m’a dit : « Oui ». A-t-il entendu quelque chose quand je téléphonais ? Franchement, ça me parait improbable…

Je lui ai demandé s’il voulait que je lui explique. Il m’a dit que oui. Et j’ai parlé.

« Tu sais que pour faire un bébé, il faut une graine de monsieur et une graine de dame ? Et donc pour te faire, tu sais que maman et moi, nous sommes allées chercher une graine de monsieur à l’hôpital. Un monsieur qu’on ne connait pas mais qui a donné sa graine pour qu’on puisse t’avoir? »

Il m’a dit oui. Alors j’ai continué :

« Eh bien, il y a des gens qui pensent que, parce qu’on a fait ça et qu’on est deux mamans, on n’est pas une vraie famille. Pour qu’on soit une vraie famille dans la tête de ces gens-là, il faut qu’on ait un papier qui s’appelle l’adoption. Mais c’est juste un papier. Et ce sont des problèmes de grands.

Toi, tu es un petit garçon. Tu n’as pas à gérer les problèmes des grands. Toi, ton boulot de petit garçon, c’est de jouer, d’apprendre, d’aller à l’école, de faire des bêtises aussi un peu, mais pas de gérer les problèmes des grands. C’est maman et moi qui sommes inquiètes pour cette adoption, c’est vrai, mais ce n’est pas ton problème à toi.

Et tu sais, je vais te dire autre chose : ce n’est pas un problème très grave, parce que nous, on sait qu’on est une famille. On s’aime, on sera toujours tes deux mamans, on sera toujours là pour toi, et personne ne peut nous enlever ça. Tu le sais ? Nous on est une famille, quoi qu’il arrive, tu comprends ? J’aime ta maman Mayé, elle elle m’aime, toutes les deux on t’aime, et toi tu nous aimes. C’est ça qui compte, pas le reste. Et pour toute la famille, c’est pareil, avec les papys, les mamies, les tatas et les tontons… On est une famille, c’est ça qui est important, et ça c’est sûr, tu vois ? »

Il faisait oui avec la tête. Puis il m’a dit : « C’était ça qui me tracassait. » Je lui ai demandé : « Est-ce que ça va mieux maintenant ? » Et il m’a répondu : « Est-ce que j’ai loupé l’heure du goûter ? »

Vous en tirerez les conclusions que vous voulez, mais moi, ça m’a encore plus donné la rage. La rage de me battre pour mon fils et pour notre famille…

Les rebondissements ne se sont pas arrêtés là : en octobre 2014, saisie notamment par le TGI d’Avignon, la Cour de Cassation a émis un avis selon lequel, finalement, la PMA ne constituait pas une fraude à la loi. Elle n’était donc pas un obstacle pour les adoptions intra-familiales. L’espoir est revenu dans notre foyer… Et avec raison, puisque en décembre 2014, nous avons appris que des enfants avaient pu être adoptés par leurs mamans « sociales » dans notre juridiction versaillaise !

Nous avons alors constitué notre dossier, demandé des attestations à nos proches et réuni plus de vingt témoignages, tous plus adorables les uns que les autres, affirmant que nous étions une famille, que Théophile était un enfant heureux avec ses mamans, et qu’il était temps que je puisse l’adopter officiellement. Nous avons également joint des photos, de nous, de la famille élargie (grands-parents, arrières-grands-parents, oncles, tantes, cousins…), des photos qui respiraient le bonheur. C’était d’ailleurs bizarre de constituer une requête comme celle-là : à la fois humiliant de devoir demander des témoignages pour prouver que nous étions de bons parents, et très gratifiant de constater qu’en fait, les gens avaient une belle image de nous !

Fin janvier 2015, nous avons finalement déposé le dossier complet au tribunal, par l’intermédiaire de notre avocate. L’attente a commencé…

Fin avril, n’ayant aucune nouvelle de notre dossier, j’ai appelé notre avocate pour savoir si elle en avait (sait-on jamais, hein ?)… Elle s’est renseignée et a fini par obtenir l’info le jeudi 7 mai : le jugement était prévu le mardi suivant, soit le 12 mai ! Sans convocation à une audience, ce qui voulait dire qu’a priori, notre dossier allait passer sans problème ! J’ai su aussi que le parquet ne s’était pas opposé à la demande…

À ce moment-là, j’ai été tellement soulagée ! J’ai appelé tout de suite ma chérie au boulot pour le lui annoncer, j’ai appelé mes parents… C’était une vraie bonne nouvelle, comme on n’en avait pas eue depuis longtemps!

Le mardi 12 mai, j’ai pensé toute la journée à ce jugement. Je n’arrivais pas à me l’enlever de la tête, même si je savais que je ne saurais rien le jour-même…

Le lendemain matin, j’ai fait des pieds et des mains pour obtenir des infos, et l’avocate a fini par me dire que normalement, c’était bon ! J’ai essayé en vain d’appeler le tribunal… Finalement, je suis allée faire quelques courses en bas de chez moi, et quand je suis rentrée, le facteur était en train de distribuer le courrier.

J’ai attendu sagement, et il m’a dit, en me tendant une enveloppe de papier kraft : « Ah bah ça, ça doit être pour vous ! » Un recommandé avec accusé de réception et le tampon du TGI de Versailles dessus ! Autant dire que je ne m’attendais pas à le recevoir si vite !

En ouvrant l’enveloppe et en voyant écrit noir sur blanc que l’adoption était prononcée, j’ai éclaté en sanglots toute seule chez moi !

Puis je suis allée chercher mon fils à l’école, et je lui ai expliqué qu’enfin, on avait le papier pour l’adoption, que les tracas étaient finis et qu’on était bien reconnus comme une famille. Il m’a écoutée mais n’a rien montré de particulier…

En arrivant dans l’appartement, il a vu l’enveloppe et les papiers sur la table de la cuisine. Il m’a demandé : « C’est ça, les papiers ? » J’ai dit que oui. Alors, il a voulu que je lui lise. Puis il a dit : « Bon, je vais écrire mon nouveau nom ! » (En effet, il a changé de nom de famille avec cette adoption, puisque nous avons ajouté mon nom à celui de ma compagne). Je lui ai donné une feuille, il a écrit son prénom (en fait, il l’a écrit en rébus : T O fil ) et m’a demandé d’écrire son nom en entier (un peu dur, ça, encore !). Enfin il m’a dit : « On le met avec les papiers ! »

Affaire classée, en somme…

Un peu plus tard, pendant qu’il se lavait les mains avant de passer à table, il m’a dit : « Et tous ceux qui disent qu’on n’est pas une vraie famille… Eh ben, je vais leur envoyer le papier, moi ! »

Il nous restait alors à faire inscrire notre fils sur notre livret de famille commun, après avoir reçu son nouvel acte de naissance. Cet acte de naissance pouvait être modifié après que le TGI aurait envoyé les directives à la mairie de naissance de l’enfant, et bien sûr après les quinze jours de rétractation qui m’étaient octroyés, des fois que je veuille changer d’avis et ne plus adopter mon fils…

Bien sûr, les rebondissements ne se sont pas arrêtés là.

Fin juin 2015, nous avons reçu un nouveau recommandé : il s’agissait d’un deuxième jugement, rectificatif du premier, parce que sur le premier, le TGI avait oublié de notifier les prénoms de l’enfant (le pauvre n’avait plus de prénoms !). Nous avions vu cette erreur, mais comme nous n’avions pas modifié les prénoms de notre fils, nous n’avions pas pensé que cela aurait une conséquence. Nous avons donc dû attendre encore les 15 jours obligatoires de rétractation, et comme tout cela nous menait à l’été, nous avons laissé passer les vacances.

Début septembre, j’ai appelé le TGI pour savoir où en était notre dossier, et si la demande de transcription du nouvel état civil de Théophile avait été fait. Réponse : « la mairie nous a renvoyé le dossier car il y a eu une erreur dans le jugement : nous avions mis la ville de naissance de l’enfant dans le mauvais département et ils ont donc refusé la transcription, mais le jugement va être refait le 8 septembre… »

Patience étant mère de toutes les vertus, nous avons donc attendu de recevoir le troisième jugement, en espérant que cela soit le dernier ! Puis il a fallu encore attendre 15 jours afin que je puisse éventuellement me rétracter (notez que cela m’a laissé beaucoup de temps pour réfléchir à la question…).

Après ce délai, j’ai rappelé le TGI qui m’a dit (Ô miracle !) que l’ordre de changer l’acte d’état civil de mon fils partait le jour même à la mairie de naissance.

Quelques semaines plus tard, le 22 octobre 2015, j’appelais la mairie de naissance de mon fils pour savoir s’ils avaient reçu l’ordre de modifier l’acte de naissance de Théophile. Je suis tombée sur une charmante dame qui m’a dit qu’elle était en train de le modifier, justement (c’est ce qui s’appelle timing parfait !). Je demande donc immédiatement sur le site internet de la mairie un acte de naissance intégral avec mentions de filiation de mon fils.

Une semaine plus tard, le 27 octobre 2015, je reçois une lettre de la mairie, j’ouvre fébrilement l’enveloppe… pour découvrir que l’acte de naissance était complètement faux : mon fils était subitement né le 24 janvier 2015 (au lieu de 2011), et les noms des parents n’apparaissaient plus du tout, c’était comme s’il était né de… personne ! Je rappelle la mairie, qui me dit qu’effectivement il y a un problème, qu’ils vont le résoudre, etc… Moi, je suis furieuse, cela fait si longtemps qu’on attend !

Finalement, nous nous déplaçons le vendredi 30 octobre à la mairie, tous les trois, munis de notre troisième jugement, de nos deux livrets de famille et de nos trois cartes d’identités. Nous sommes rapidement reçus par une employée de mairie qui nous délivre enfin le précieux sésame : l’acte de naissance modifié de notre fils, avec son nom désormais complet, et la mention de ses deux parents, mon épouse et moi-même ! Cette employée, dans la foulée, inscrit notre fils sur le livret de famille qui nous a été délivré lors de notre mariage, presque 2 ans jour pour jour avant…

Nous sommes rentrés à la maison, avons pris des selfies de nous trois avec nos papiers à jour, et avons bu le champagne avec mes parents, qui venaient passer le week-end avec nous.

Voilà, la boucle est bouclée pour nous. Nous sommes une famille. Nous sommes tous les trois vraiment soulagés. Nous pensons encore à celles et ceux qui galèrent, pour avoir un enfant, pour l’adopter, pour avoir juste les mêmes droits que tous les autres citoyens. Il reste du boulot mais petit à petit, on avance, et ça fait du bien à nos enfants.

Anne

Témoignage de Marie (n°19)

21 Jan

Nous avons décidé de faire un bébé (d’essayer…) en août 2010, juste après notre PACS. Nous étions ensemble depuis un peu plus de deux ans à cette époque.
Nous avons commencé par chercher un donneur connu, dans notre « deuxième cercle » de connaissances. Nous avions trouvé quelqu’un qui s’est rétracté début janvier 2011, nous laissant donc un peu démunies. Après réflexion, nous avons opté pour un donneur anonyme, notamment suite à un argument apporté par une de mes amies « au moins, avec un donneur anonyme, l’enfant fait « le deuil » d’un père qu’il n’aura jamais et ne risque pas d’avoir d’attentes vis-à-vis de son géniteur ». C’était pas faux, on a donc dit banco.
Nous avons donc eu notre premier rdv à Barcelone début février 2011 puis nous avons fait trois IAD (Insémination Artificielle avec Donneur anonyme) là-bas, dans mon ventre. J’étais la plus jeune, ma compagne venait de perdre son job, voilà comment le choix s’est fait (et j’étais très prête et elle moins).
Après avoir dépensé 6000€ en trois mois, nous avons compris que l’Espagne ne nous conviendrait pas. Chacun de ces essais était stimulé (bien que je n’ai a priori pas de souci particulier (j’avais 27 ans)), mais rien n’a pris.
Suite à cela, nous sommes parties à Gent où j’ai refait 3 IAD stimulées mais très mal encadrées (sans gynéco en France, et mal suivies par l’hôpital belge). Trois nouveaux négatifs.
Après un an de stim, j’étais à bout et ma compagne avait envie de s’y mettre (elle avait 35 ans).
Nous sommes parties à Liège, où nous sommes encore aujourd’hui.
Là-bas, elle a fait 5 IAD stimulées, toutes négatives, puis une FIV (Fécondation in Vitro), négative et sans embryon à congeler, une seconde FIV qui nous a donné un joli espoir qui s’est envolé après 7 semaines de grossesse, un TEC (Transfert d’Embryon Congelé) d’un embryon restant de la FIV 2 qui n’a pas pu avoir lieu car l’embryon n’a pas survécu à la décongélation, une 3ème FIV mi juin qui a conduit à un nouveau négatif, et un dernier TEC qui n’a pas pu avoir lieu.

Enfin, je m’y suis remise à mon tour, j’ai fait une FIV pour laquelle ma stimulation a été un peu trop forte, m’a donné des maux de ventre terribles, une souffrance incroyable à la ponction des 14 ovocytes, puis les jours suivants. On m’a transféré un embryon qui n’a pas tenu, lui non plus. Il reste 8 embryons congelés là bas, mais au bout de trois ans de douloureux et couteux parcours, il devient nécessaire de faire une pause. Cette pause que nous n’avons encore jamais faite, en enchaînant 15 échecs et 2 faux départs, en encaissant une fausse couche, et en ayant dépensé à l’étranger l’équivalent de plus d’un an de salaire…

Alors, vous n’y avez rien compris ? Dites-vous que nous non plus au début. Et que si on avait tout simplement eu le droit de vivre tout cela en France, à côté de chez nous, la peine de de ce parcours long et compliqué n’aurait pas été amplifiée par la honte de devoir quitter mon pays pour avoir le droit d’espérer, un jour, fonder une famille.

Ou sinon, comme les gens idiots racontent parfois, je n’ai qu’à « me faire un mec dans une boîte de nuit ». Ben oui, c’est pas beau de faire des enfants illégalement…

Marie

Témoignage de Zina (n°5)

19 Jan

Je suis la maman de 2 merveilleuses petites filles, elles ont respectivement 6 ans et demi et 18 mois.

Je dis que je suis la maman de ces 2 merveilles, parce-que dans mon cœur, celui de mes enfants, de ma femme, de ma famille ou encore de mes amis c’est bien le cas.

Pourtant la justice ne me reconnaît pas comme la maman des 2.

Aux yeux de la loi, je suis uniquement la  maman de la petite, celle que j’ai mise au monde et pourtant ça n’est pas elle qui m’a fait devenir mère mais bel et bien ma fille aînée, à la seconde où notre regard s’est croisé lors de sa naissance, j’ai su que je serais pour toujours Sa Maman.

L’inverse est aussi vrai pour ma femme, elle aussi est la merveilleuse maman de nos 2 petites filles, pourtant là encore, légalement, elle n’est la maman que de notre fille aînée car elle l’a mise au monde.

Et pourtant le jour où j’ai mise au monde notre 2ème enfant, elle était bien là à me tenir la main, à m’aider à faire naître notre bébé, elle a pleuré tout autant que moi dès qu’elle l’a vu (d’ailleurs c’est elle qui l’a vu en 1er)

Vous me direz c’est bon arrête maintenant,  la loi dite « mariage pour tous » est passée, vous êtes donc toutes les 2 les Mamans de vos filles puisque vous vous êtes mariées !

Et bien non, nos enfants ne sont toujours pas protégées légalement par leurs 2 parents, et c’est bien là toute l’incohérence de cette loi (parmi d’autres incohérences)

Pour les protéger, le mariage n’était que la 1ère étape. Maintenant il va falloir en passer par une procédure judiciaire que nous allons devoir déposer au TGI de Nantes.

Je vais donc vous raconter tout ce qu’il s’est passé depuis notre mariage à la fin du mois de juin 2013.

C’est étrange de se marier en se disant sans cesse, ça y est 1ère étape de faite, maintenant en route pour l’adoption. Quelque part ça « gâche » un peu la fête.

Après notre mariage, les vacances sont arrivées et en plus des nôtres, celles de notre notaire, il nous a été très difficile de trouver une date commune pendant cette période donc nous avons pris rdv avec notre notaire pour début septembre.

Pourquoi le notaire ?

Tout simplement parce-que dans une procédure d’adoption plénière d’enfant du conjoint, le parent biologique doit donner son consentement à l’adoption de son enfant par son conjoint. Comme toute procédure notariale, celle-ci n’est pas gratuite, loin de là en fait.

Cet acte coûte 250€ (en tout cas chez notre notaire car chacun prend sa marge comme il veut) et comme nous avons chacune mise au monde une de nos filles, il nous faut donner chacune notre consentement pour l’adoption de notre enfant biologique, ce qui nous a coûté 500€.

500€ pour tout simplement écrire ce que l’on clame depuis le départ, oui ma femme est bien la mère de mon enfant, oui je souhaite qu’elle le soit légalement !

Quand nous sommes sortit du bureau du notaire ma femme s’est mise à pleurer dans la voiture, de rage mais aussi de tristesse de devoir en passer par une procédure judiciaire pour pouvoir protéger nos enfants alors qu’il serait si simple dans notre cas de faire une reconnaissance en mairie étant donné que le géniteur est inconnu, ce qui fait que nos filles n’ont bien qu’une seule filiation légale, que l’on ne prive personne de ses droits dans cette histoire.

Mais non, nous, on nous envoie devant la justice !!!

Nous, nous apercevons très vite que cette procédure est peu connue et que même les notaires pataugent. Sur nos consentements a été écrit un article de loi expliquant que par cette procédure l’enfant adopté n’aurait plus aucun lien légal avec sa famille biologique.

Or, cet article là ne s’applique par dans le cadre d’une procédure d’adoption plénière d’enfant du conjoint. Heureusement je m’en suis rendue compte immédiatement et il a fallut corriger les consentements en ajoutant un second article qui explique que le 1er ne s’applique pas dans notre cas.

C’est là où nous nous sommes dit « ça ne va pas être simple tout ça »

Après la signature des consentements, vient le temps dit de « rétractation », c’est à dire que la loi impose un délai de 2 mois de réflexion au parent biologique qui a signé le consentement, si tout à coup, ce parent ne souhaiterait plus que son conjoint adopte son enfant !

Là encore dans notre cas, c’est absurde, nous ne sommes pas les beaux-parents de nos enfants, nous ne sommes pas arrivées dans leurs vie après leur naissance, non, nous sommes bien leurs parents, elles ont été conçues parce-que nous nous aimons. Mais bon, la loi est la loi, alors nous attendrons ces 2 mois avant d’obtenir nos attestations de non rétractation et ainsi pouvoir les mettre dans les requêtes à déposer au TGI (ce document est obligatoire tout comme le consentement)

Nous mettons à profit ces 2 mois pour réunir toutes les pièces que demande le TGI afin de déposer la requête d’adoption plénière de l’enfant du conjoint.

Et là, commence le grand bal des interrogations, des incohérences d’un tribunal à l’autre.

Premièrement, nous faut-il un avocat ? Nous apprenons après moultes recherches que l’avocat n’est pas obligatoire dans ce type de procédure mais il nous est vivement conseillé d’en prendre un,  en tout cas notre notaire le pense fortement.

Pourquoi puisque cette procédure n’en oblige pas me diriez-vous ? Et bien tout simplement parce-qu’aux yeux des juges et des procureurs (en tout cas de certains) nous ne sommes pas un couple comme les autres et qu’ils ne savent pas encore exactement ce qu’ils vont nous demander comme pièces justificatives par exemple. Pourtant cette loi existe depuis longtemps, donc pourquoi chercher à l’appliquer différemment pour nous ??

Concernant notre TGI, notre avocat s’est entendu répondre en réclamant les pièces justificatives et le déroulement de la procédure, que le tribunal ne savait pas encore s’il allait demander une enquête sociale et/ou de gendarmerie pour les demandes de couple de même sexe, c’est tout nouveau vous comprenez !

Non je ne comprends pas et ça me scandalise de toujours être discriminée !

Donc effectivement nous avons pris un avocat et très sincèrement j’en remercie encore le cousin de ma femme (le parrain de nos 2 filles ) donc mon cousin également et, car il se trouve qu’il est avocat et qu’il nous a immédiatement proposé son aide pro bono (on ne peut pas non plus avoir que des galères ;-)) S’il avait fallut payer un avocat, cela aurait été très difficile d’autant plus que nous avons 2 requêtes à déposer donc le prix aurait été encore un peu plus élevé.

Nous voilà donc à monter nos dossiers. Dans notre cas, nous avons besoin de témoignages (je dis dans notre cas, car dans certains TGI cela n’a pas été demandé)

Alors nous voilà partis à « réclamer » des témoignages, mais qui témoigne de quoi au juste ? Qui dit que nous sommes de « bons parents », que nous aimons nos enfants, que nous les éduquons correctement ???? Tout ceci est limite humiliant, mais nous nous y plions, alors on va voir les maîtresses, la pédiatre, la nounou, la famille, les amis et on quémande « leur aval » afin de permettre ce qui est une évidence pour tous ces gens là, que nous sommes les parents de nos filles.

D’ailleurs pour eux aussi cela a été une aberration de devoir faire un témoignage, bien souvent ils ne savaient pas quoi écrire tellement ils ont trouvé cette procédure stupide et injuste.

Ensuite il a fallu ajouter au dossier des photos prouvant le lien de l’enfant avec son parent non biologique (là encore certains TGI ne les ont pas demandés)

Je me suis demandé si le TGI ne voulait pas aussi des vidéos pendant qu’il y était ! C’est faisable, je leur ferais un beau montage.

Mais encore une fois nous nous plions à ce qui nous est demandé.

Nous voila partit à remonter plus de 7000 photos (entre nos 2 louloutes), oui le tribunal a beaucoup de chances, on adore prendre des photos de nos enfants.

Tant qu’à leur fournir des photos, autant se faire plaisir, alors j’ai réalisé pour chaque requête un reportage photo de manière chronologique en m’appuyant tout au long de ce reportage sur le lien de l’enfant avec sa famille non-biologique (que c’est laid d’écrire ceci)

Si le procureur et le juge les regardent vraiment ces photos, ils vont avoir l’impression de connaitre parfaitement notre famille 😉

Outre, les papiers administratifs tels que : actes de naissance, livrets de famille, acte de mariage……….notre avocat nous a demandé des documents qui prouvent la durée de notre relation et d’autres documents qui prouvent notre implication dans la vie de nos enfants.

Nous avons donc joints aux requêtes, notre certificat de pacs, notre acte d’achat de la maison mais aussi les factures de la crèche, de la nounou ou encore du centre de loisirs à nos 2 noms, en d’autres termes nous avons montré patte blanche !

En parallèle de tout ceci, nous discutons virtuellement ou en face à face avec des amies et/ou connaissances faisant partie de la même association que nous « Les Enfants d’Arc en Ciel ! »

Nous échangeons nos expériences sur la procédure et très vite on se rend compte que rien n’est bien clair dans tout ceci, chaque tribunal et/ou avocat fait comme bon lui semble. Donc finalement on se retrouve avec des dossiers allant d’une simple formalité (uniquement des documents administratifs sont joints) à de véritables livres ouverts sur nos vies où il faut paraître plus blanc que neige pour espérer être légalement les parents de nos enfants et enfin les sécuriser.

Mais voilà tout ne s’arrête pas à la constitution des requêtes.

En ce qui nous concerne, nous avons récupéré du notaire les attestations de non-rétractation mi novembre et notre avocat a déposer nos requêtes au TGI début décembre, et une semaine plus tard, il recevait à son tour un courrier du TGI accusant réception des requêtes et lui demandant de limiter sa correspondance avec eux que dans un cas très important (traduction de ce courrier : ils sont débordés donc ne les emmerdons pas avec nos requêtes)

En effet, là encore la différence entre chaque TGI est énorme, le TGI de Nantes annonce environ 12 mois de délai pour traiter nos demandes quand d’autres tribunaux annoncent 3 ou 4 mois.

Si ça n’était qu’une question de mois nous attendrions sereinement (en espérant quand même très fort qu’il n’arrive rien de dramatique à l’une ou à l’autres des mamans pendant ce délai), oui mais voilà nous ne pouvons pas être sereines tout simplement parce-que nous avons bien compris que derrière toutes décisions des tribunaux se cache des être humains avec leurs convictions personnelles qui malheureusement parfois prennent le dessus sur la loi.

De ce fait on a peur, on se dit et si nous n’habitions pas dans la bonne région ? La sécurité de nos enfants, de notre famille peut-il vraiment dépendre de là où on habite ? Je trouve ça affreux !

Nous attendons aussi de savoir si des assistantes sociales vont venir chez nous où même la police. Pour constater quoi au juste ? Que nos enfants aient bien une chambre, à manger dans le frigo, des jouets ? Tout ceci est ridicule et insultant, mais même s’il nous faudra ronger notre frein si ses visites/interrogatoires ont lieu, une fois encore nous nous y plierons pour l’intérêt de nos enfants.

Nous ne sommes pas naïves, nous savons que malheureusement Nantes est une ville où vivent de nombreux conservateurs (pour ne pas dire intégristes)

Mais nous avons envie d’espérer, espérer que le juge qui traitera nos demandes même s’il est de ceux-là, regardent vraiment l’intérêt de nos enfants et prononcent leur adoption plénière, car s’il ne s’agit exclusivement que de l’intérêt de l’enfant alors il ne peut en être autrement, l’intérêt de nos enfants et qu’elles aient le droit d’être protégées légalement par des parents qui les aiment et les éduquent depuis leur naissance et qu’elles considèrent toutes les deux comme leurs Mamans.

Si je ne devais faire qu’un seul vœu pour cette nouvelle année c’est que nous puissions rapidement fêter avec tous nos proches la naissance Légale de notre Famille.

Zina

Autres témoignage écrits par Zina:

https://lesenfantsarcenciel.wordpress.com/2013/01/14/temoignage-de-zina-31/

https://lesenfantsarcenciel.wordpress.com/2013/02/06/cest-pas-bien-2-mamans/

Témoignage de Jennifer (n°4)

16 Jan

Mariée avec ma femme fin juin 2013 après 13 ans et demi de vie commune et un enfant née en novembre 2012 après un parcours fastidieux et douloureux de PMA  en Belgique.

Consentement à l’adoption rédigé début septembre pour 300 euros.

Acte de non rétractation reçu début septembre mais on réalise qu il y a une erreur puisque c’est mentionné adoption simple et non plénière…on n’avait pas relu dans l’euphorie du moment.

Le notaire a établi un acte rectificatif le 9.9.13 stipulant une erreur matérielle.  On envoie la requête au TGI (Tribunal de Grande Instance) de Melun.

La requête est simple à faire sur un imprimé fourni par le tribunal sans attestations à fournir ni lettre de motivation, ni preuve du donneur anonyme.

Finalement, le juge estime qu’il faut un nouveau délai de 2 mois de non rétractation…

On obtient la nouvelle attestation le 12.11.13 que j’envoie au tribunal la semaine suivante et  on attend la réponse du Juge qui arrive mi décembre.

Nous avons été convoquées ma femme et moi le 9.01.14 sans notre fille car trop petite.

Trois magistrates et deux greffières nous reçoivent. On nous demande de motiver notre requête, Caroline dit qu’avoir désiré et eu notre fille puis l’élever ne peut se concevoir sans moi, que c est un projet de couple et de vie.

Puis j’ explique la gorge nouée d’émotion l’ensemble du parcours et mon rôle maternel, mes devoirs et responsabilités en quelques minutes en précisant qu’en mai 2013 j avais obtenu le partage de l exercice de l’autorité parentale.

Elles se regardent et décident de nous donner leur verdict sans délibéré. Et là je souris déjà car leur sourire rayonne.Une des magistrates prononce donc l’adoption plénière de Lou en ma faveur….

Moment unique, magique rempli d’émotion où toute la pression retombe….voilà c est fait je suis officiellement maman sur le plan juridique ! On est fières !

Je vous souhaite à tous et toutes un bon déroulement dans vos démarches et savourez l’instant qui vous légitime dans votre statut parental car nous n’avons rien volé à personne, ce droit nous le méritons…

Jennifer (en Seine et Marne)

Un an auparavant Jennifer nous faisait parvenir ce témoignage:

https://lesenfantsarcenciel.wordpress.com/2013/01/17/temoignage-de-jennifer-46/

Témoignage de Julie (n°3)

15 Jan
Voici notre parcours à St Etienne :

Mariage en Juin 2013.
Consentements signés début juillet 2013.
Dépôt du dossier au TGI (Tribunal de Grande Instance) fin septembre.

1/ Convocation par deux assistantes sociales du CG (conseil général)

Première approche très négative puisque le courrier n’est même pas adapté à notre situation : « Suite à votre demande d’agrément, vous êtes convoquées….etc. »

Quel agrément ???!!! Bref….

On arrive le jour J, elles ne savent rien de nous et n’avaient pas eu accès au dossier de requête déposé. Elles ne s’étaient visiblement pas du tout préparées à notre situation et les questions étaient axées comme si on « attendait » l’adoption d’un enfant et du coup assez intrusives : quelle est votre vie sociale, y a t-il d’autres enfants dans votre entourage, etc.

Je suis un peu tendue par ces questions, une des AS le ressent et me dit : Le juge ne vous connait pas il se basera uniquement sur notre rapport pour dire si c’est dans l’intérêt des enfants ou pas de les adopter ! Alors là je m’énerve un peu : « Attendez, admettons que le juge décide que ce ne soit pas dans l’intérêt des enfants, notre situation ne va pas changer ?! Vous n’allez pas nous enlever les enfants quand même ! C’est absurde ! »

Bref…. un entretien tendu…prochaine étape à domicile début décembre…

2/ Convocation par la Police
Quelques jours après ce moment peu sympathique, nous recevons une convocation par la police, au commissariat. Là on tombe sur une femme très sympa qui trouve la procédure ridicule et qui tourne tout à la dérision. Donc ça se passe super bien, elle nous dit qu’elle envoie vite son rapport au TGI car elle a des choses plus importantes à traiter après ! Mais il faut qu’elle vienne voir le domicile quand même c’est la procédure.

3/ Visite du domicile par la police
Visite express : 1 minute…
C’est bon elles ne manquent de rien, je vous laisse !

4/ Visite des AS à domicile début décembre

Vu la première rencontre, on appréhendait un peu…

Et là surprise, elles avaient discuté, étudié la chose et du coup étaient beaucoup plus cool.

« On devait vous interroger sur vos capacités financières et votre budget mais on s’est dit que ce n’était pas utile » Youpi !!

« On ne va pas vous embêter plus longtemps,  pas besoin de creuser plus, on vous convoquera pour lire notre rapport. »

On a discuté un peu, elles ont regardé nos albums photos (j’avais envie un peu par provocation de « prouver » qu’on avait une vie sociale !!) elles ont regardé les chambres des puces et voilà !

30 minutes…

Donc maintenant on attend la suite mais normalement le plus gros est passé…

Julie

Témoignage de Lucy (n°18)

13 Jan

Charlotte et moi sommes en couple depuis 3 ans. Entre elle et moi, le départ fut mouvementé car nous étions chacune en couple avec d’autres femmes lorsque nous nous sommes rencontrées. Limpide et clair, elle et moi ne pouvions plus passer la moindre journée et la moindre nuit l’une sans l’autre. Au delà d’un coup de foudre, l’union de nos deux êtres nous a fait nous sentir entières, nous a fait grandir et mûrir à une vitesse incroyable. Nous avons emménagé ensemble 4 mois après notre première rencontre, même si cela a pu sembler prématuré, nous en avions le désir et rien n’était forcé. L’année suivante, nous avons emménagé ensemble dans la Ville Rose, accueilli un chat et nous nous sommes fiancées officiellement.

Le temps a passé, nos amis deviennent parents les uns après les autres et avec la jalousie que nous éprouvions vient l’envie de devenir mamans à notre tour. Avoir un bout de nous, avec son tempérament de feu et mes jolies boucles brunes.

Après de longues discussions, nous avons pris la décision de lancer ce bébé d’amour à la fin de l’année prochaine car nous souhaitons avoir le temps de mettre encore quelques sous de côté afin de nous organiser un petit mariage simple (pour simplifier les choses ) et  de changer de maison et d’en trouver une où notre grenouille pourra avoir sa propre chambre.

Le choix de l’insémination avec donneur anonyme était une évidence car nous ne souhaitons pas partager l’autorité parentale, aussi je serai celle qui portera notre enfant.

Hormis ces informations, nous réalisons qu’il est dur de connaître toutes les procédures liées à la conception de ce bébé. Les médecins sont rarement confrontés à ce type de situation et sont frileux dès qu’il s’agit de donner des informations et connaître ses VRAIS droits est presque impossible, j’ai lu bon nombre de témoignages à ce sujet et chacun comportait son lot de mauvaises surprises.

Le mariage gay a aidé à l’éclaircissement, mais quelles sont nos options lorsque nous ne souhaitons pas avoir recours à des cliniques spécialisées en Espagne ou en Belgique? Demander à un passant dans la rue de nous donner son sperme? Tout ça pour s’inquiéter de l’avenir de son enfant en cas de décès et se battre avec le tribunal pour obtenir une adoption plénière ?
Il est temps de faire bouger les choses, que de réelles solutions soient trouvées. Nous avons trop de questions et pas assez de réponses.

Lucy

Témoignage de Nathalie (n°2)

10 Jan

30 juillet 2013

585,84 €
A quoi correspond ce montant ?

1/ Le prix de fournitures scolaires pour la rentrée des classes de 2 enfants
2/ Le prix d’une semaine de vacances en famille en bord de mer
3/ Le prix d’une heure dix d’inégalité en pleine face

Réponse : Je suis en colère !

Après le bonheur et la fierté du jour du mariage où l’on constate qu’enfin les LGBT ne sont plus des sous-citoyens…
Voici la colère du jour du recueil du consentement à l’adoption de l’enfant du conjoint…

Comme je l’ai toujours dit, les parents sociaux ne sont pas considérés comme des parents, cette Loi nous assimile à des beaux-parents ni plus ni moins.
Nous allons donc devoir adopter nos propres enfants !

Depuis le mariage, j’ai du le répéter des dizaines de fois : « Non, le mariage ne change rien à la protection immédiate des enfants » « Non, Madame, ce n’est pas parce qu’on a eu nos enfants avant le mariage, ce sera pareil pour tous les enfants d’homos à venir ! » « Non je ne peux pas aller la reconnaitre en Mairie alors que n’importe quel homme peut y aller »
La plupart des gens, qu’ils soient pour ou contre cette Loi n’avaient pas compris son essence
La haine la plus vive s’est levée car elle a cru à l’Égalité
Le soutien le plus profond ne s’est pas levé car il a cru à l’Égalité

Ce matin, nous avions rendez-vous avec notre Notaire et voilà, nous avons pris en face, la réalité des conséquences de la demi-mesure…
Vous avez nié ce qui fait notre identité de parent : le projet et l’engagement parental.
Nous devons donc cheminer vers la filiation comme un beau-parent, arrivé dans la vie de l’enfant après sa conception et donc qui n’est pas à l’origine de sa naissance.
La colère monte minute après minute…

Monsieur le Notaire lit : « parent » « adopté » « adoptante » « conjoint de l’adoptante »
Il cafouille « bah non c’est vous la mère c’est vrai », tout cela est tellement illogique que cela en devient ridicule…
Je lui fais corriger une mention car on « essuie les plâtres » comme disent les juristes que nous avons rencontrés et on modifie donc les documents habituels.
Le Notaire s’excuse d’ailleurs par avance au cas où, par malheur, le document ne conviendrait pas au juge… on verra bien…
Pendant ce temps, le futur « adopté » remue sur les genoux de son « adoptante », il lui attrape les deux joues et lui dit « Maman je t’aime le plus fort du monde ! »
Puis la future « adoptée » fait 3 câlins à son petit frère car « plusieurs câlins c’est mieux qu’un »

Après une heure dix, la feuille de dessin de ma fille comprend deux parents, deux enfants et un Monsieur-le-Notaire…
Il reste de la place sur sa feuille, elle pourra rajouter Monsieur-le-Maire, Madame-l’Avocate, Monsieur-le-Greffier, Madame-la-Juge, Mesdames-les-Secrétaires-de-Mairie…
Que quiconque ose venir me dire en face que notre République nous considère comme une famille comme les autres!

Avant de partir, le Notaire nous rappelle qu’il ne faut pas qu’on oublie de rédiger un testament…
car oui, même après le mariage, si je décède avant la fin de la procédure d’adoption, mon fils sera légalement orphelin et je n’ai aucune garantie qu’il reste auprès de sa maman et de sa sœur.

Je me demande quand cette colère s’éteindra ?
Quand je brûlerai les deux premiers livrets de famille pour ne conserver que celui que j’aurais du avoir dès le premier souffle de mon premier enfant ?

Bon, j’ai du travail…
Je dois maintenant aller quémander des témoignages à ma famille, mes amis, les médecins, les professionnels de la petite enfance, les professionnels de l’éducation, etc.
Je dois réunir des preuves venant des administrations, de mon employeur, de mon casier judiciaire, etc.

Ah je dois aussi ajouter des photos de ma vie de famille…
mais je vais éviter de mettre ma photo à l’instant présent car la colère se lit bien trop sur mon visage…

Vous avez enterré la filiation dès la naissance
Vous avez amputé l’Égalité
La discrimination évidente a changé d’échelle
Les enfants d’homos sont discriminés et maintenant c’est flagrant !

9 octobre

Clic… clic… clic…
(oui les bruitages étaient plus sympas avant la photo numérique )

Une photo de moi devant le centre de PMA ?

Zut… je n’ai pas de photo du moment où je mange un sandwich avec l’anesthésiste qui vient de te faire la péridurale…

bon attends j’en ai une dans la salle d’accouchement…

Oh wait… hier, j’aurais dû prendre une photo de nos enfants qui se tenaient la main, d’un siège auto à l’autre, tout le long du chemin en voiture vers l’école !

L’intérêt de l’enfant, Nous on en doute pas…

#montage des dossiers d’adoption

29 novembre 2013

dépôt
nom masculin
(latin depositum, consignation)
– Action de mettre, placer, poser quelque part quelque chose que l’on portait
– Action de laisser, de confier quelque chose à quelqu’un qui s’en porte garant
– Lieu de détention temporaire
…Etc.

Cinquième démarche dans ce Tribunal…

J’espère que j’ai enfin déposé l’épée de Damoclès
celle au dessus de ma famille
celle si lourde, si injuste et si effrayante
celle que j’espère qu’un jour
aucun enfant d’homo
aucun homoparent
n’aura à porter…

j’ai confié l’espoir
en un traitement égalitaire de nos dossiers
lors d’une procédure inégalitaire…

la filiation, l’identité, la sécurité de mes enfants
sont détenues temporairement…

23 janvier 2014

Après avoir déposé un dossier déjà bien complet,
on nous demande maintenant une attestation indiquant
qu’on n’a pas d’enfant caché !

Si si, on ne sait jamais…
Malgré tous les documents, témoignages, photos…
Une requête rédigée par notre avocate avec les jolis mots qui vont bien…
Le résumé de l’histoire de notre vie rédigé en plusieurs paragraphes…

On m’annonce aujourd’hui qu’il faut une autre pièce
C’est bien noté dans la catégorie « Autres » du document du T.G.I d’ailleurs…
« Attestation de Mme selon laquelle est n’est mère d’aucun autre enfant issu d’une précédente union »
L’information est déjà dans la requête, puisqu’on me demande si j’ai d’autres enfants [que l’adoptée] et que je dis qu’on a un fils
Si j’avais un troisième enfant, je l’aurais dit, non ?

On doit partir à l’étranger pour concevoir nos enfants,
Puis on doit revenir en France pour les adopter,
Certains estiment maintenant qu’on pourrait bien avoir des enfants cachés dont on ne parle pas dans la requête déposée au T.G.I. …

Voilà ce que cela entraîne de confier
la filiation des enfants d’homos
aux mains de l’arbitraire judiciaire…

Les 12 travaux d’Astérix…
ou l’adoption de l’enfant du conjoint [pour certains]…
http://www.youtube.com/watch?v=c45FtDhdDoY

14 février 2014

Aujourd’hui, j’ai du choisir entre :
le droit à l’intimité de ma vie privée
ou
la protection de mes enfants

La Juge demande un document écrit mentionnant explicitement le mode de conception de nos enfants étant donné que nous demandons une adoption plénière…

A priori, ce n’est pas de la discrimination
puisque les mêmes éléments sont demandés aux parents hétéros…
mais nous n’avons plus qu’à surveiller l’évolution de la jurisprudence
pour vérifier ce que cela augure pour les familles LGBTparentales…

25 février 2014

Hier, j’ai senti la colère
de tous ces parents qui venaient de comprendre la situation,
de tous ceux qui l’avaient bien comprise mais qui essayaient de toutes leurs forces de ne pas la voir,
tout était prévisible…

L’euphorie et la gratitude quasi aveugle…
La désillusion et la colère…
Nous ne sommes pas ingrats, nous sommes conscients des avancées législatives et de la chance formidable pour nos familles de vivre dans un monde où l’homoparenté est enfin légale,
Nous ne sommes pas dupes, nous savions où nous allions et jusqu’où ils iraient,
Nous ne sommes pas crédules, nous savons que l’Egalité n’est pas,
et que les premières victimes de ces inégalités sont nos enfants…

Hier, fut un de ces jours dont on sait que les lendemains seront différents.
Certains ont pris conscience des combats restant à mener.
J’espère qu’ils ne l’oublieront pas quand il sera temps de marcher…

Hier, j’ai pensé à ceux qui n’auront jamais la chance d’être parents
car leur projet parental n’a pas été permis dans leur pays, ou le sera trop tard pour eux…

Hier, j’ai pensé aux enfants dont la filiation n’a aucun moyen d’être établie
et à leurs parents qui ne peuvent pas, ou plus, se marier…

Non, nous n’allons pas laisser faire cela,
Nous allons nous battre,
ce n’est pas une soit disant théorie de « fraude à la loi » en cas de PMA qui va nous arrêter !
Ce n’est pas notre genre…
La femme qui accouche est considérée comme la mère en France, on ne le sait que trop bien…
La PMA ne nous est pas interdite, nous n’y avons pas accès en France…
Le parcours du combattant continue mais nous sommes des combattantes !

Aujourd’hui, on a frappé à la porte de ma maison…

Est-ce que c’était les policiers souhaitant inspecter mon domicile ?
Non

Est-ce que c’était les policiers venant m’arrêter pour « fraude à la loi » ?
Non

C’était la factrice… avec deux courriers recommandés à la main
Elle m’a dit « il y en a un pour chacune de vous »,
je lui ai répondu qu’on avait des procurations mutuelles donc que j’allais signer les deux…
Puis, j’ai douté et je lui ai demandé de vérifier l’expéditeur…
Elle m’a répondu « Les courriers viennent du Tribunal »
J’ai donc appelé mon épouse pour que chacune signe son récépissé, on ne sait jamais…

Aujourd’hui, nous avons reçu les convocations pour l’audience.
L’Audience, celle qui décidera de la protection à venir de notre famille.
Nous avons souri en lisant la date, c’est le jour de l’anniversaire de ma maman…
C’est une belle date pour que sa petite-fille, qu’elle a couru voir à la maternité afin d’être la première à la prendre dans ses bras, le devienne légalement…

Je n’ai pas peur, je suis déterminée,
J’ai déjà affronté cette barre lors des audiences pour les Délégations d’Autorité Parentale
J’ai déjà affronté un Procureur hostile à notre requête
Et j’y crois.
Je crois qu’on y arrivera ce jour là ou un autre….

Après plusieurs demandes de pièces complémentaires, nos dossiers sont assez complets pour la Juge,
Après nous avoir demandé d’expliciter par écrit le mode de conception de nos enfants, elle a toutes les cartes en main…
Si on me parle de « filiation maternelle frauduleusement établie », je les attends de pied ferme…
Veulent-ils voir une vidéo de mon accouchement sans péridurale ?!

Ne perdez pas espoir,
Nous sommes le combat,

et
Le combat doit continuer !
Ensemble…

Témoignage de Céline (n°1)

8 Jan

Je suis la maman sociale de deux enfants de 2 ans et demi (pour qui nous avions obtenu une DAP-délégation d’autorité parentale) et 5 mois.

Nous avons commencé les démarches d’adoption il y a quelques semaines. Tout d’abord en appelant le TGI (Tribunal de Grande Instance) de Créteil pour avoir des infos sur la marche à suivre. Une première fois, on m’a dit, « nous n’avons pas de directive du procureur, rappelez nous ». Une deuxième « il faut venir le mardi ou jeudi matin retirer le dossier sur place ».

Finalement, à une rencontre de l’association des Enfants d’Arc en Ciel, nous avons discuté avec un couple qui venait de déposer la requête et qui nous a expliqué avoir obtenu le dossier par courrier.

J’ai donc fait un courrier au TGI et quelques jours plus tard, j’avais le dossier dans ma boite aux lettres.

C’est un dossier assez complet, du même type que celui que l’on a monté pour la DAP, attestations incluses. Et en bonus, l’accord écrit des grands parents biologiques des enfants pour qui on demande l’adoption. Ce qui ne nous arrange pas tellement puisque les relations sont difficiles avec la grand-mère biologique des enfants.

La semaine dernière nous avions rendez-vous chez le notaire. Après plusieurs échanges par mail et téléphone pour se mettre d’accord sur les tarifs notamment. En effet, lors du premier contact, ils voulaient nous facturer deux actes : le recueil du consentement et l’attestation de non rétractation. J’ai donc argumenté grâce aux infos transmises par l’association des Enfants d’Arc en Ciel et j’ai obtenu gain de cause. 250€ pour l’acte (un seul pour nos deux enfants) et l’attestation de non rétractation.

Le jour du rendez-vous, à notre arrivée, on nous informe que la personne avec qui nous avions rendez-vous a eu un empêchement et que c’est une autre personne du cabinet qui  nous recevra. Pourquoi pas, nous on veut juste signer le papier !

Au début de l’entretien elle reprend nos états civils complet (et ceux des enfants). J’avais transmis par mail les actes de naissance en amont même si on ne me les avait pas demandés pour éviter qu’ils les demandent eux même et qu’ils nous  le facturent.

Puis viens le moment de parler du contenu de l’acte et là, problème, elle a rédigé un acte pour une adoption simple. Nous lui expliquons que ce n’est pas notre demande, ni ce qui avait été convenu avec sa collègue. Et elle insiste en nous expliquant que l’adoption plénière rompra les liens de filiation avec la mère biologique. Nous argumentons encore, elle fini par aller se renseigner auprès de la collaboratrice de la notaire qui devait nous recevoir, et revenir en nous disant, je suis désolée, vous aviez raison, l’adoption plénière de l’enfant du conjoint est une exception à la règle vis-à-vis de la rupture du lien biologique.

Donc après une bonne demi-heure d’attente, nous avons enfin pu signer l’acte (sans qu’elle nous ai demandé nos cartes d’identité…

Voilà, maintenant on passe à l’étape recueil des attestations…Nous nous avons prévu un dépôt du dossier fin janvier.

Suite du témoignage:

Nous avons presque terminé la constitution « administrative » du dossier.  Ce n’est pas croyable le nombre de documents qu’il faut fournir pour justifier que je suis bien présente au domicile et que je participe à l’éducation de mes enfants !!!

Nous avons également terminé le recueil des attestations qui nous sont demandées par le tribunal pour prouver, je cite, qu’il existe « un lien affectif entre l’adoptant et l’adopté ». Autant vous dire que cela n’a pas été simple de dire à nos familles, nos amis que nous avions besoin d’attestations pour prouver tout cela. Plusieurs fois on nous a dit, mais qu’allons nous écrire, c’est tellement évident pour nous ? Nous leur avons conseillé de laisser parler leur cœur, de parler de ce qu’ils voient quand ils sont avec nous et nous avons eu de belles surprises qui m’ont mises les larmes aux yeux.

Cela est venu partiellement compenser la colère et l’humiliation que j’ai ressentie de demander à mes proches d’attester que j’aime mes enfants !!!

Nous avons aussi demandé aux professionnels qui côtoient nos enfants (crèche, pédiatre…), à mon directeur… et chaque fois la réponse fut la même, mais comment ça, ce n’est pas automatique avec le mariage ?  Et là on se demande pourquoi on a supporté tant de mois de débat et de battage médiatiques pour qu’au final les gens n’aient en fait rien compris !!!

Maintenant, il nous reste à écrire la requête pour le juge et à trouver les bons mots pour lui expliquer pourquoi je souhaiterai qu’il m’autorise à adopter  mes propres enfants !!! Bien sur il va falloir que je ravale ma colère et que je courbe le dos pour rester correcte, ne froisser personne et que toutes ces procédures se terminent enfin. Qu’enfin notre famille soit tranquille et surtout protégée.

Nous nous demandons encore si nous allons joindre des photos au dossier car cela n’apparait pas sur la liste des pièces à fournir. Ma compagne dit pourquoi pas… Personnellement je n’ai pas très envie d’exposer encore plus ma famille. Je le ressens comme une effraction supplémentaire de notre intimité. Nous avons déjà demandé les témoignages, fourni tout un tas de documents administratifs…nous nous attendons également, comme pour la DAP (délégation d’autorité parentale) à être convoquées au commissariat et à avoir la visite de la police à la maison… Alors pour les photos, je me dis stop, là c’est trop.

Nous devrions déposer le dossier fin janvier car nous sommes toujours en attente de l’attestation de non rétractation…

Suite du témoignage:

Suite à la rencontre avec l’avocate partenaire des EAC à Paris le mois dernier, nous avons finalisé notre dossier.
Finalement, suite aux conseils de l’avocate, nous avons mis des photos et les factures de la clinique où nous avons fait les IAD.
Nous avons également réutilisé certaines attestations du dossier de DAP. L’avocate nous a dit que celles qui attestent de frais précis peuvent être réutilisées. Par exemple, celle de la sage femme qui dit que j’étais là au cours de préparation à l’accouchement.

Donc une fois notre dossier finalisé, je suis allée le déposer au TGI de Créteil, l’accueil ne fut pas des plus chaleureux, surtout quand j’ai demandé une preuve de dépôt du dossier, mais qu’importe !

Voilà donc une étape de plus de franchie, nous rentrons à présent dans la liste d’attente, qui j’espère, ne sera pas trop longue. Mais j’ai peu d’espoir car pour la DAP nous avions attendu plus d’un an et demi et que la réputation du TGI n’est pas reluisante en matière de rapidité de traitement des dossiers.

Suite au dépôt du dossier au TGI fin janvier, nous pensions que l’attente serait longue. Finalement, pas tant que ça !
L’enquête de police a eu lieu en février : audition au commissariat (seulement moi en tant qu’adoptante) et visite au domicile.
L’audition s’est bien passé, s’était le même policier que pour l’enquête de la DAP et il a repris le PV d’audition précédent donc il m’a simplement demandé d’actualiser les éléments et de lui redire un certains nombre de choses qui était déjà dans le dossier : non, nous ne sommes pas séparées ou en instance de divorce, non je n’ai pas d’autres enfants issus d’une union précédentes…
Puis il m’a demandé de décrire mon quotidien avec les enfants et de lui expliquer pourquoi je demandais l’adoption.
C’est toujours une grande question ça ! Pourquoi ? Parce que ce sont mes enfants…? Non ça, ça ne marche pas bien sur ! J’ai donc redit que j’étais là depuis leur conception et que je les élevais au quotidien…
Après ça, ils sont venus à la maison pour faire le plan du logement. 
 
Lorsque j’ai recontacté le TGI pour savoir où en était notre dossier, on m’a informé que l’audience aurait certainement lieu en avril/mai, mais que nous ne serions pas convoquées. Notre dossier étant complet, notre présence n’était pas nécessaire.
 
Lorsque j’ai rappelé en avril, j’ai pu avoir la date de l’audience…J’ai donc téléphoné le lendemain matin… La personne m’a dit, oui c’est bon, le juge vous a accordé l’adoption.
Et là, je me suis retrouvée un peu bête, seule dans mon bureau…elle venait de m’annoncer quelque chose qui changeait ma vie mais en fait rien ne changeait vraiment… 
Oui, finalement, ça change tout et ça ne change rien à la fois… J’avais envie de le crier sur tous les toit…et en même temps le sentiment que personne ne pouvait comprendre ( à part les familles dans notre situation ) à quel point j’étais soulagée et heureuse que ma famille soit enfin en sécurité.
 
Et puis quelques jours après, j’ai appris que le jour où notre réponse avait été positive, à quelques kilomètres à peine de chez nous, à Versailles, plusieurs jugements avaient été refusés.
Cette injustice et cette inégalité sont inacceptable et montre bien que le combat n’est pas terminé…
 
Aujourd’hui nous sommes le 29 juin, cela fait deux mois que le jugement a été rendu. Mais les actes de naissance des enfants n’ont toujours pas été modifiés. Le procureur n’a pas fait les démarches…nous attendons donc toujours de pouvoir faire modifier notre livret de famille…
 
Après une lettre recommandée et plusieurs appels au TGI les actes de naissance de nos enfants ont enfin étaient modifiés le 19 août dernier.
À notre retour de vacances nous avons enfin pu faire rajouter nos enfants sur notre livret de famille.
Nous abordons donc cette nouvelle année scolaire sereines et heureuses de pouvoir fournir des documents administratifs en conformité avec notre composition familiale.

Céline